L'AFRIQUE MÉRIDIONALE
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les grands conquérants et les fondateurs d'empires, soient moins développés chez eux que chez les Soudanais, mais simplement parce que leur pays, couvert en grande partie de forêts épaisses et coupé par d'innombrables cours d'eau que les crues annuelles transforment en obstacles difficilement franchissables, est moins favorable que la steppe soudanaise aux grandes randonnées militaires et aux relations commerciales ou politiques de région à région ou de peuple à peuple.
Cependant, depuis que cette partie de l'Afrique a été révélée à l'Europe par les premiers navigateurs, on y a signalé l'existence d'une certaine quantité de royaumes qui, pour n'avoir jamais eu l'étendue territoriale ni l'influence à longue portée de l'empire de Ghana ou de celui du Manding, n'étaient pas sans posséder quelque puissance, appuyée sur une organisation^ rudimentaire.
Tel est le cas des Etats qui, au XVi*' siècle, et sans doute longtemps auparavant, s'échelonnaient le long des rives de l'Atlantique, de la hauteur de Femando-Po au Cap de Bonne-Espérance. Le premier, parmi les plus renommés, était le royaume de Loango ou des Brama, compris entre le Cap Lopez et l'embouchure du fleuve Congo ou Zaïre. Ensuite venait celui que les Européens appelaient « l'empire » du Congo et dont la fondation remonterait au XIV® siècle. Son souverain, le mani-congo, exerçait son autorite au siècle suivant jusqu'à Setté-Cama au Nord et Benguella au Sud et, à l'Est, jusqu'au Kassaï et au haut Zambèze ; mais ses limites furent ramenées, vers le début du XVI^ siècle, à Cabinda au Nord, à Loanda au Sud et au Kouango à l'Est. La capitale de l'Etat se trouvait à l'intérieur des terres, à Banza, aujourd'hui San-Salvador.
A l'Est du Loango et au Nord-Est du G>ngo se trouvait ,
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a cheval sur le fleuve, le royaume d'Ansika ou Anzikana, dont les habitants étaient pour la plupart des Batéké et des Bayaka. Ces derniers sont aujourd'hui répandus surtout à rOuest des Batéké ; ils auraient occupé autrefois la région située au Nord et à l'Est du Stanley-Pool et auraient gagné leur habitat actuel à la suite de migrations d'un caractère guerrier ; ils étaient anthropophages au XVi^ siècle et fort redoutés des populations côtières ^. Le roi d'Ansika portait le titre de makoko et résidait non loin du lieu où s'élève de nos jours Brazzaville.
Au Sud de ^< l'empire » du Congo s'étendait le long de l'Océan un Etat dont le chef était appelé mataman et dont la capitale se trouvait près de la ville actuelle de Mossamédès. Son territoire, qui allait au Nord jusqu'à Benguella et au Sud jusque près de la baie de Swakopmund, était peuplé de Bachimba, de Héréro, de Damara et, au Sud, de Hottentots.
L'ensemble des pays qui constituent maintenant l'Union Sud-Africaine (Colonie du Cap, Natal, Orange, Transvaal) formait un vaste Etat, d'ailleurs peu homogène, dont la population dominante, celle des Betchouana, exerçait une sorte de suzeraineté sur les Bassouto, les Zoulou et autres peuples bantou étroitement apparentés aux Betchouana, ainsi que sur les Hottentots et les Bushmen du Liideritzland et du désert du Kalahari.
Sur la Côte Orientale, entre la baie de Lourenço-Marques et celle de Sofala, régnait le fameux monomotapa, dont le titre signifierait, d'après Avelot, «, seigneur des hippopo-
I. Les premiers voyageurs qui entendirent parler des Bayaka les appelèrent laca ou Jaga, ce qui n'était que le nom véritable de cette peuplade, dâtarrassé du préfixe de pluralité ba. Certains auteurs ont prétendu assimiler ces Jaga aux Massai et d'autres aux Galla, et leur faire accomplir, à travers toute l'Afrique, des randonnées qui semblent purement imaginaires.
tames « et dont l'Etat, fondé dès avant le X^ siècle, comprenait comme populations suzeraines les Matébélé et les Makalaka et comme populations vassales les Matonga et les Machona. Les Ouazimba, peuplade anthropophage et guerrière qui habitait à l'Ouest de Sofala, faisaient de fréquentes incursions dans ce royaume.
Tout le reste de la Côte Orientale, jusqu'au Cap Guardafui, était plus ou moins sous la dépendance des sultanats fondés par des Arabes de Mascate et des Persans de Chiraz et de Bouchir, avec le concours commercial d'Hindous de Bombay et du Malabar.
Le plus puissant de ces sultanats, dont les autres relevaient au moins nominalement, avait son siège à Quiloa, entre le Cap Delgado et l'île de Mafia. Fondé vers 980 par Ali, fils de Hassan, prince de Chiraz, il avait comme vassaux les sultans de Sofala, d'Àngotche, de Mozambique, de Zanzibar, de Pemba, de Mombaz ou Mombassa, de Mélinde ou Malindi, de Kismayou et de Magadoxo (Bénadir). Dans la suite, les sultans de Sofala et de Zanzibar s'affranchirent de la tutelle de celui de Quiloa et le sultan de Zanzibar devint suzerain des établissements situés au Nord de son île.
Ces divers sultans arabes ou persans n'étaient pas à proprement parler des chefs d'Etat ; leur autorité ne s'exerçait que sur les colonies de musulmans d'origine asiatique établies auprès de leurs résidences respectives et sur les indigènes qui habitaient à proximité de ces résidences. Leur principale occupation était de recruter des esclaves que les chefs noirs en relations avec eux se procuraient au moyen de razzias et leur vendaient, et qu'ils expédiaient ensuite vers les ports de la Mer d'Oman et du Golfe Persique ou revendaient aux négriers portugais. La traite des
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esclaves constituait à peu près le seul négoce et la seule raison d'être des établissements musulmans de l'Afrique Orientale et faisait leur prospérité. Point n'est besoin de dire que celle-ci était purement matérielle, que seuls en bénéficiaient les sultans, leur entourage et leurs clients et qu'une telle situation, loin de profiter à la masse de la population indigène, contribuait à la maintenir dans un état de barbarie et de misère morale dont elle n*a pas réussi encore à s'affranchir complètement.
L'ensemble des tribus noires répandues le long de la Côte Orientale était connu des Portugais sous le nom de Makpua et des Arabes sous celui de Zendj, ces deux mots étant à peu près synonymes d'esclaves dans la bouche de ceux qui les employaient. Du second fut formé le composé Zendj-bar « pays des esclaves » dont nous avons fait Zanguebar et Zanzibar ^
A l'intérieur s'étaient constitués des Etats indigènes au moins aussi puissants que ceux de la côte A l'Est de « l'empire » du Congo s'étendait le royaume du Lounda, à cheval sur les hautes vallées du Kassaï et du Zambèze, connu sous le nom du royaume du mouata-yamvo. Entre celui-ci et l'Etat du monomotapa, sur le moyen Zambèze, était le royaume des Barotsé, au Nord duquel se trouvait celui du Katanga, dans la région montagneuse où le fleuve Congo prend sa source. Plus au Nord encore, on rencontrait, à l'Ouest du lac Tanganika, le royaume de l'Ouroua ou des Balouba et celui des Manyéma et, à l'Est du même lac, le célèbre « empire » du mouéné-mouézi ou de l'Ounya-
1. Les Arabes donnaient de préférence le nom de Zend aux populations noirps avec lesquelles ils étaient en relations et dont ils tiraient leurs esclaves et celui de Kafir (païen), dont nous avons fait < Cafrc >, à celles qui vivaient en dehors de leur zone d'action. Quant à la dénomination de Makoua, elle s'applique proprement à une tribu du Mozambique.
mouézi, avec ses vassaux l'Ouroundi et le Rouanda. Enfin, au Nord du lac Victoria, fleurissait l'Ouganda, avec son vassal rOunyoro.
Tous ces Etats, royaumes nègres et sultanats arabes ou persans, se sont conservés jusqu'à nos jours ou, du moins, jusqu'à l'occupation du pays par les puissances européennes. Dans leur sein ou à côté d'eux, et souvent à leurs dépens, se sont produites des migrations de tribus dont aucune, semble-t-il, n'a eu l'importance qu'on a voulu parfois attribuer à certaines. Quelques peuples, à peu près inconnus des anciens navigateurs, se sont révélés par la suite à l'attention, comme, par exemple, celui des Fang ou Pahouins que l'on rencontre dans le Cameroun et le Gabon. Mais, d'une façon générale, l'état politique et social de l'Afrique noire méridionale paraît avoir subi bien peu de changements depuis le XV^ siècle jusqu'au XIX^. Aucun des États mentionnés plus haut n'a exercé, en tout cas, une influence sérieuse sur le développement de la civilisation et n'a jeté, même momentanément, un lustre appréciable à l'intérieur même de ses limites normales.
D'autre part, l'action des usages européens importés par les colons portugais, hollandais, anglais, allemands, belges et français et celle de la religion chrétienne prêchée par les missionnaires catholiques et protestants ont eu plus de poids sur ces populations incomplètement formées et demeurées étrangères à l'emprise islamique qu'elles n'en ont eu au Nord des pays bantou. Grâce au grand nombre des Européens établis à demeure dans l'Afrique du Sud et à l'extension progressive que les Boers et autres « Afrikanders « ont donnée à leurs mouvements de migration vers l'intérieur des terres, la civilisation primitive des Zoulou, des Bassouto, des Betchouana, des Matébélé, des
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Hottentots s'est parfois modifiée assez profondément, en même temps que se formaient de véritables populations de métis dans les colonies portugaises et hollandaises. Certains royaumes mdigènes ont été fortement secoués par des querelles confessionnelles, par suite des rivalités entre néophytes catholiques et néophytes protestants ; ainsi, sous le règne de Mtessa, qui était catholique, l'Ouganda fut ensanglanté par une guerre de religion qui se contmua sous Mouanga, successeur de Mtessa, et ne prit fin qu'en 1892 avec la conversion de Mouanga au protestantisme.
Ce sont là choses nouvelles, assurément, chez les Noirs de l'Afrique, et l'on peut dire que, dans une certaine mesure, l'européanisation d'une partie importante de l'Afrique Méridionale et le développement qui y a été donné à la christianisation, ont amené des résultats, non identiques certainement, mais comparables à ceux produits par l'islamisation d'une partie du Soudan occidental et central.
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