CHAPITRE XI
Les indices des prix de détail des denrées alimentaires ne pourraient prétendre exprimer la variation générale du coût de la vie pour les milieux auxquels ils se réfèrent — même si on adjoint aux denrées alimentaires quelques denrées de première nécessité — que s’il était établi que ces articles varient dans l’ensemble comme le reste des biens et services que consomment les dits milieux pour la satisfaction de leurs besoins. Or l’expérience prouve qu'il n’en est nullement ainsi; dans les pays qui publient une série de nombres indices du coût de la vie, on publie en général parallèlement des indices des prix de détail des denrées alimentaires, et les deux séries non seulement n’ont pas les mêmes valeurs, mais encore ne varient pas de la même manière, La chose s’explique aisément et pouvait être prévue en ce qui concerne le coût du logement. Chez la plupart des belligérants européens et même chez certains neutres, les loyers ont été réglementés et leur valeur contenue dans certaines limites. Les prix des articles d’habillement présentent également des variations ayant une allure propre. On à eu de ce fait une
illustration saisissante en Allemagne : quand l'Office Statistique introduisit les articles d’habillement en 1922 dans l’indice officiel du coût de la vie, celui-ci subit une modification considérable,
ER (1913-1914 — 100) mai juin habillement. 5.667 | 6.605 coût de la vie, habillement non compris 3.462 | 3.719 coût de la vie, y compris habillement 3.751 | 4.156
On pourrait objecter, il est vrai, que la dépense pour l’alimentation est beaucoup plus considérable que les dépenses nécessitées par chacun des autres besoins de l’organisme humain, et même souvent plus considérable que l’ensemble de ces dernières dépenses. Dans ces conditions, les variations des dépenses pour l'alimentation pourraient dominer les variations de l’indice général du coût de la vie, mais l’expérience montre que la prépondérance des dépenses pour l’alimentation n’est pas telle que la différence d’allure entre les variations des prix des denrées alimentaires et celle des articles d’habillement, du logement, etc., puisse être négligée.
Il est donc indispensable, si l’on veut mesurer les variations du coût de la vie, de prendre en considération les dépenses de toute nature, et non pas seulement les dépenses pour l’alimentation. Or il va de soi que la mesure des variations du coût de la vie offre beaucoup plus d'intérêt, notamment pour la régularisation des salaires réels, que la mesure des seules variations des dépenses pour l'alimentation. Si l’on s’est contenté d’abord dans beaucoup de pays de calculer un indice des prix de détail des denrées alimentaires, c’est que le calcul de ce dernier indice, tout en offrant des difficultés assez sérieuses et en ne donnant que des résultats assez approximatifs, est cependant, comme nous allons le voir, bien plus facile et donne des résultats plus exacts que celui des indices du coût de la vie.
On a l'habitude de répartir les différentes dépenses en €einq groupes
En :
Alimentation
Eclairage et chauffage Habillement
Logement
Divers
Cette classification a été notamment conseillée par l’Institut International de Statistique et par la Conférence Internationale des Statisticiens du Travail. I n’y a d’ailleurs rien à y redire. Mais si cette répartition des dépenses se justifie ‘économiquement, puisqu'elle correspond à des différences dans la nature des besoins de l’organisme humain à satisfaire, il n’en résulte pas immédiatement qu’elle soit justifiée du point de vue de la statistique. Comme nous l’avons vu pour les indices des prix de gros, une telle décomposition en groupes n’est justifiée que si chacun des groupes a une allure de variations dans les prix qui lui soit propre. En fait il y a tellement de différence a priori entre le prix des articles d’habillement et les loyers, par exemple, qu’on peut présumer qu'il est nécessaire de calculer séparément un indice du coût de l’habillement et un indice du coût du logement. Il y à cependant là un point qui, pour certains groupes de dépenses, mérite d’être examiné attentivement.
Dans beaucoup de séries d’indices du coût de la vie, il n’est tenu compte qu’en apparence dans le calcul de l'indice général de l’existence de groupes parmi les biens et services considérés. En effet on calcule bien des indices de groupes
QUE ww N
mais pour calculer l’indice général on
Zpiq de la forme =—,
2 poq se borne à former 2 pq pour tous les éléments sans distinction, c’est-à-dire à calculer la dépense globale pour les deux époques et à en prendre le rapport. C’est ce que M. Barnett (1) appelle la méthode agrégative de formation
de l’indice général. Avant de montrer que cette méthode ne tient pas compte de l'existence de groupes d'éléments ayant une allure de variation propre, remarquons que même si l’on admet qu’il n’y a pas à se préoccuper des groupes, la moyenne agrégative pondérée des prix absolus n’est pas en général identique à la moyenne arithmétique pondérée des prix relatifs, contrairement à ce qui se passe pour les indices des prix de gros. C’est que le plus souvent, comme nous l’avons vu pour les indices des prix de détail des denrées alimentaires, la pondération résulte d’une enquête qui ne porte pas sur la période servant de base au calcul des prix relatifs. Si «a est l’époque à laquelle se rapporte l'enquête, la moyenne agrégative pondérée des prix absolus est . ’ et la moyenne arithmétique pondérée des prix relatifs est mets
Po 2Paqa à l’autre; leur différence varie avec la dispersion des indices de groupe et avec le poids accordé aux groupes très divergents par rapport à la moyenne. C’est ainsi qu'aux Etats-Unis, l'indice du coût .de l’alimentation pour 1917, avec 1914 pour base, était sensiblement plus élevé que les indices des autres groupes : en prenant pour base la répartition des dépenses de 1917 au lieu de prendre celle de 1914, on exagérait l’augmentation du coût de la vie. M. Barnett a calculé l'indice pour Philadelphie par les deux méthodes et a trouvé 143,8 et 140; la différence n’est pas négligeable.
Ces deux expressions ne sont pas identiques l’une
La méthode agrégative de formation de l’indice général a évidemment un avantage, c'est sa sinplicité. On détermine un régime-type, c’est-à-dire qu’on choisit pour l’alimentation, le chauffage, l’habillement, etc., un certain nom bre de biens ou de services, on fixe une quantité pour chacun d’eux, on multiplie cette quantité par le prix correspondant à l’époque de base et à l’époque considérée et le quotient des deux agrégats est l’indice cherché, C’est le rapport des dépenses aux deux époques pour tous les articles pris en
considération, le niveau de vie étant supposé le même. Mais cette méthode simple est incorrecte s’il existe des groupes d’éléments dont les variations de prix ont une allure propre. Elle ne donnerait de résultats exacts que si chacun des groupes était également bien représenté, mais il n’en est pas ainsi.
Le nombre des articles pris en considération dans chaque groupe est très variable selon les pays. D’après la documentation du Bureau International du Travail (1), le nombre des denrées alimentaires va de 16 (Vienne) à 55 (Pays-Bas), celui des articles d’habillement de 0 ou 3 (Autriche) à 54 ou 57 (Etats-Unis); le nombre des articles divers est encore beaucoup plus variable (0 dans certains pays, 65 aux Etats- Unis, dont 22 articles d'ameublement et articles de ménage), mais le nombre des articles n’a pas grand intérêt, parce que souvent un même article est représenté par un grand nombre de qualités ou variétés différentes (en Australe, sur 41 denrées alimentaires, il y a 10 qualités de viande de bœuf et 7 de viande de mouton). Ce qui importe, c’est la proportion dans chaque groupe entre les dépenses correspondant aux articles représentés dans l’indice et les dépenses correspondant aux articles non représentés. Or cette proportion, dé même et plus encore que pour les nombres indices des prix de gros, est très variable selon les groupes. Pour le groupe du logement, par exemple, cette proportion est 0 ou 100 % : ou on néglige la variation du coût du logement, ou on en tient compte; dans ce dernier cas, le groupe ne contient qu’un élément, le coût du logement d'importance moyenne pour le milieu auquel se réfère l’indice. Dans le groupe de l’alimentation, il est possible d’obtenir une assez bonne représentation de l’ensemble des dépenses. Pour l’indice des Etats-Unis, la dépense correspondant aux denrées prises en considération représente plus des 2/3 du budget
(1) Etudes et Documents, série N, n° 6, 1925
alimentaire total d’une famille ouvrière moyenne, en Grande- Bretagne cette même dépense représente environ les 3/4 de la dépense alimentaire totale (soit 45 % du budget total), en Suisse environ les 4/5, en Belgique 88,3 % etc. Pour le groupe de l’éclairage et du chauffage on peut aussi en général assurer une assez bonne représentation, mais pour le groupe des articles d’habillement et surtout pour celui des articles divers, il est souvent très difficile, Comme on le verra plus loin, de trouver des articles qui offrent les qualités que doivent posséder les éléments d’un indice.
Dans ces conditions il est nécessaire d'appliquer la même règle que pour les indices des prix de gros, c’est-à-dire calculer d’abord des indices de groupe, puis calculer l'indice général en pondérant les indices de groupe proportionnellement à l’importance du groupe, c’est-à-dire à la dépense pour l’ensemble du groupe.
Pour le calcul des indices de groupes, une première question se pose : faut-il ou non pondérer les prix des différents éléments pris en considération dans le groupe ? Il n°y a évidemment aucune raison théorique de ne pas tenir compte de l'importance relative que peuvent avoir les divers éléments de chaque groupe, et l’on doit en principe pondérer tous les groupes comme on pondère le groupe de l’alimentation. Des trois méthodes que nous avons étudiées pour les indices des prix des denrées alimentaires, l’une est évidemment inapplicable, la méthode du budget théorique, du « Soll- Konsum ». On a pu plus ou moins déterminer a priori la quantité d'aliments que « doit » consommer un individu, en se basant sur la valeur calorifique des aliments et sur le nombre des calories nécessaires à l’individu, mais en admettant qu'on puisse, pour un climat donné, déterminer a priori quelques règles sur les moyens à mettre en œuvre pour éviter la dissipation de l’énergie calorifique produite par la combustion des aliments ( et ce serait sans doute tout un ordre de recherches à instituer), on ne voit pas comment ces règles permettraient de répartir ces moyens entre le groupe des
combustibles et celui des vêtements (l’un et l’autre étant capables de se remplacer mutuellement dans une certaine mesure); On ne voit pas davantage comment déterminer la quantité d’articles d'éclairage, ni a fortiori la quantité d’articles divers (objets d’ameublement, ustensiles de ménage, frais de transport, d'instruction, ete.) qu’un individu « doit » consommer.
La méthode de la consommation globale pourrait être appliquée à tous les groupes comme elle l’est au groupe des denrées alimentaires, mais pratiquement si l’on peut concevoir une évaluation de la somme payée en loyers pour l’ensemble de la propriété bâtie d’un territoire, d’où la consommation globale de l’article « logement », il semble bien difficile d'obtenir au moyen de statistiques générales la consommation en articles d’habillement, d’ameublement, etc. Si même on pouvait obtenir la valeur globale de la consommation, le chiffre obtenu pour la consommation par tête en divisant la consommation totale par le nombre des membres du milieu étudié serait dépourvu de toute valeur représentative.
C’est donc en général par voie d'enquête que l’on déterminera la quantité de combustibles, d'articles d'éclairage, de vêtements, etc., qui est consommée par une famille-type pendant une certaine période de temps, ainsi que les sommes dépensées pendant la même période pour le logement, les transports, les plaisirs, l'instruction, etc. Pour l’étude des quantités de denrées alimentaires consommées, on à vu qu’en raison de l’importance des denrées saisonnières il était indispensable théoriquement de faire porter l'enquête sur une année au moins. Ici il faudrait faire porter l’enquête sur des périodes beaucoup plus étendues, puisque les achats de certains articles ne se reproduisent qu’à des intervalles très éloignés. Pratiquement comme il est impossible de faire porter sur de longues périodes des enquêtes sur les dépenses ménagères, on en est réduit à procéder à des évaluations assez grossières appuyées sur les réponses aux questionnaires
adressés aux intéressés. Il ne faut même pas hésiter à renoncer à comprendre dans le calcul les articles dont la consommation est répartie sur de trop longues périodes, par exemple le mobilier : le coût d’une chaise de cuisine ordinaire, par exemple, est évidemment à négliger, bien que ce soit un élément du coût de la vie, parce que la dépense théorique mensuelle correspondant à l’amortissement de la chaise est trop faible. Mais il n’en est pas de même pour les vêtements, qui doivent être renouvelés tous les ans par exemple eu tous les deux ans. Dans beaucoup d’indices on ne pondère pas l'indice du coût de l’habillement. Il serait cependant préférable de le pondérer, car il n’est nullement impossible de déterminer avec une approximation suffisante la consommation en vêtements, linge, etc. Cela est fait d’ailleurs dans certains indices ,qui accordent par exemple pour deux ans : un complet, un manteau, deux paires de souliers, deux chapeaux, quatre chemises, quatre calecons, six cols, six paires de chaussettes, six mouchoirs, deux cravates par adulte (ou trois fois ces quantités. pour une famille de quatre personnes) (1). Les indices américains du Bureau of Labor Statistics et du National Industrial Conference Board comportent pour le groupe « habillement » une pondération très détaillée et très soigneusement étudiée. Il est également désirable et possible de pondérer le groupe « divers », en déterminant par une enquête la somme dépensée pendant une période donnée pour chacun des éléments du groupe. Pour calculer les poids du groupe « éclairage », si l’on était appelé à utiliser des statistiques d’avant-guerre, il pourrait être opportun de tenir compte de la diminution de consommation due à l’institution de l’heure d'été.
Si l’on renonce à pondérer les indices de groupe, soit que cela paraisse inutile, soit qu'il soit impossible de déterminer les poids même approximativement, il faut tenir soigneuse-
(1) Pondération de la Commission statistique centrale de Vienne.
ment compte des hypothèses que comporte implicitement l'emploi des formes simples de moyennes, et choisir la forme correspondant à l'hypothèse qu’on juge la moins éloignée de la réalité. Si l’on a des raisons d’estimer que la dépense à l’époque de base était sensiblement la même pour tous les éléments du groupe, on prendra la moyenne arithmétique
simple des prix relatifs de ces éléments (ES à, si au contraire
on a des raisons de croire qu’à l’époque de base les intéressés achetaient un même nombre de chacun des éléments,
2p1 Se Le choix des éléments à prendre en considération est dicté par les mêmes règles que pour les autres indices : on doit retenir des articles aussi peu corrélés que possible entre eux et aussi fortement corrélés que possible avec ceux qu’on néglige. À cet égard certaines recherches ont abouti à des constatations curieuses. On a reconnu par exemple aux Etats- Unis que les prix des vêtements d’enfants ont des variations moins amples que ceux des vêtements d’adultes (1).
on prendra la moyenne agrégative des prix absolus (
vélements vêtements
4920 Juin 1400 100 1923 Mars 59 62
Décembre 89 91 Juin 59 63 4991 Mai Nr Sept. 60 63
Sept. 65 69 Décembre 60 63
Décembre 62 66 1924 Mars 60 63 4922 Mars COTE Juin 59 63
Juin 58 62
Sept. 58 (I
Décembre 58 61
La différence n’est évidemment pas très considérable . (environ 6 % en moyenne), maïs elle est toujours de même
(1) Carr, À. S. A., 1924, p. 501.
signe. On aurait donc tort de considérer les variations de prix des vêtements d'adultes comme représentatives des variations de prix des vêtements d’enfants. Il convient de même de tenir compte, comme le fait le Bureau of Labor Statistics, des articles d’été et des vêtements d'hiver.
Les prix destinés à servir au calcul des indices de groupe seront demandés, comme pour les indices des prix de détail des denrées alimentaires, aux commerçants ayant une clientèle recrutée dans le milieu auquel se réfère l’indice, ou aux Sociétés et Compagnies intéressées quand il s’agit de denrées tarifées (frais de transport, gaz, électricité, etc.). La difficulté est, plus encore que pour les denrées alimentaires, d’assurer l’identité et l’homogénéité dans l’espace et dans le temps des cotations utilisées, parce que les articles sont souvent malaisés à définir avec précision. C’est l’identité économique et non l'identité physique qu'il faut respecter. Si les données sont obtenues des commerçants au moyen de questionnaires, la précaution habituelle, pour être certain que les cours qu’ils indiquent pour les périodes successives se rapportent bien à la même marchandise, est de les prier de donner en même temps que le cours de la période considérée celui de la période précédente; la comparaison des réponses successives permet de dépister les erreurs. Si la marchandise a disparu du marché, on invite le détaillant à lui substituer la qualité la plus voisine, en indiquant le rapport des qualités de l’ancien et du nouvel article. A vrai dire cette méthode des questionnaires repose sur les estimations d’un nombre plus ou moins grand de commerçants dispersés à travers la région sur laquelle porte l’indice et risque de conduire à certaines erreurs. Il est évidemment bien préférable de faire relever les prix chez les commerçants par des agents spéciaux. Le contact direct, personnel et fréquent des commerçants avec des fonctionnaires spécialisés, bien ax courant des conditions à observer, des difficultés éventuelles à surmonter, donne certainement de meilleurs résultats, mais c'est-une méthode très onéreuse qui n’est à la portée que de
Services statistiques richement dotés, comme le Bureau of Labor Statistics.
La forme suivant laquelle les prix sont relevés peut conduire à des erreurs systématiques. C’est ainsi qu’on a expliqué une divergence systématique entre les indices américains du Bureau of Labor Statistics et du National Industrial Conference Board pour le logement, par le fait que le Board obtenait l’indice du logement en questionnant des agents de propriétés auxquels il demandait le pourcentage moyen de variation des loyers; questionné sous cette forme, l’agent se trouvait inconsciemment poussé à ne tenir compte que des loyers-qui avaient varié (en l’espèce augmenté) et à négliger tous les loyers qui, n’ayant pas varié, n’attiraient pas son attention; il était ainsi conduit à donner un prix relatif systématiquement trop fort.
Le prix servant au calcul de l’indice est obtenu à partir des renseignements donnés par les diverses personnes questionnées, en prenant la moyenne simple ou pondérée, ou la dominante, comme pour les indices des prix de détail des denrées alimentaires. Pour les articles dont la définition précise est particulièrement difficile à donner, il est prudent de renoncer à demander aux commerçants d’indiquer le prix absolu de l’article. Il vaut mieux, comme on le fait pour l’indice officiel anglais, se faire indiquer un pourcentage 1e variation et on prendra la moyenne ou la dominante des pourcentages indiqués par les diverses sources. Les condi- {ions de centralisation et d’élaboration des données relatives aux prix sont les mêmes que pour les indices des prix de détail. En Allemagne, la centralisation est faite par les mufnicipalités, sauf pour les articles d’habillement pour lesquels le calcul est fait par l’autorité centrale.
Certains articles d’habillement peuvent être achetés tout faits ou être confectionnés dans le ménage. Dans cette dernière hypothèse, on n’a à se préoccuper que des matières premières servant à la confection de ces articles, ce qui permet d'arriver à des résultats plus précis, parce qu’il est bien
plus facile d’obtenir des chiffres comparables, dans tout le champ de l'indice et pour toute la période étudiée, pour les matières premières que pour les articles confectionnés, mais dans la première hypothèse il est nécessaire de prendre en considération le prix des articles tout faits, parce que le coût de la confection ne varie pas de la même manière que le prix des matières premières.
L'indice du groupe, « divers » est celui qu'il est le plus difficile de déterminer, parce que les articles correspondants sont malaisés à définir avec précision, que les prix et les poids ne sont connus que très approximativement. Parmi les éléments qui figurent dans les séries actuellement publiées, citons : dans l’indice officiel anglais, les articles de nettoyage, les journaux, les frais de transport, le tabac; dans l’indice de Vienne, les savons, les frais de coiffeur et de bains, de transport, les journaux; dans l’indice de Cologne, le savon, la lessive, les impôts, les assurances maladie et invalidité, les journaux; dans l’indice officiel allemand, le savon, la soude, les serviettes, les crayons, les journaux, les frais de coiffeur, de transport, de cinéma, etc.; dans l'indice du Bureau of Labor Statistics (qui comprend en outre un groupe « mobilier et articles de ménage »), les frais de tram- Ways, journaux, frais médicaux et pharmaceutiques, les articles de nettoyage et de toilette, les frais de coiffeur, de téléphone, les spectacles, le tabac; dans l'indice du Nationaï Industrial Conference Board, les frais de tramway, de mé- ‘ecin, de lecture, de téléphone, d'assurance, de récréation, les articles de ménage, les frais religieux et les aumônes, les cotisations, les sucreries, le tabac. On conçoit que les prix et les poids correspondant à ces articles si variés ne soient pas toujours connus très exactement. Fort heureusement, <omme on va le voir, le poids accordé à cet indice de groupe dans l’indice général n’est jamais très considérable.
L'un des articles que je viens d’énumérer soulève un problème spécial. On a vivement discuté, notamment -à la 2* Conférence des Statisticiens du travail, l'opportunité de
comprendre les impôts dans le groupe « divers ». Naturellement il ne s’agit ici que des impôts directs, car les impôts indirects sont incorporés dans le prix d'achat des marchandises ou des services qu’ils frappent. Si le champ de l’indice du coût de la vie est limité, comme c’est le cas habituel, à la classe ouvrière, le problème ne se pose que si les impôts directs qui frappent la classe ouvrière sont assez élevés. On sait que ce n’est pas le cas en France, mais au point de vue théorique le problème mérite d’être signalé. La dépense correspondant aux impôts a ceci de particulier qu’elle ne dépend pas du libre choix de l'individu, mais qu’elle est fixée par la législation en vigueur et est obligatoire. Son montant est indépendant de toute loi de l’offre et de la demande, en général il varie avec le revenu de l’individu, ce qui peut conduire à calculer différents indices en répartissant les individus, auxquels se rapporte l’indice, par catégories de revenu. Mais il y a une difficulté spéciale, c’est que l’impôt n’est pas, en général, dans les systèmes fiscaux modernes, proportionnel au revenu, mais bien progressif, de sorte qu'il ne suffit pas de tenir compte des variations des tarifs fiscaux, mais qu'il faut aussi prendre garde aux changements dans le revenu de l’individu qui peuvent l’avoir fait passer d’une catégorie dans une autre. Il est naturellement indispensable de supposer que les services rendus par l’Etat sont les mêmes aux deux époques comparées. C’est ainsi que si l’on voulait comparer en France les impôts payés après la Séparation des Eglises et de l’Etat aux impôts payés avant la Séparation par les fidèles des divers cultes antérieurement reconnus par l'Etat, il faudrait ajouter aux impôts payés après la Séparation les sommes versées par ces fidèles aux ministres de leur culte pour l’entretien de ce culte.
Les indices de groupe étant calculés, l’indice général est obtenu en pondérant ces indices proportionnellement à la dépense consacrée à chaque groupe, telle que l’enquête l’a révélée. C’est la même règle que pour les indices des prix de gros. On trouvera ci-dessous l’importance accordée dans l’in-
dice général à chaque groupe de dépenses dans les pricipales séries d’indices du coût de la vie actuellement publiées, sans distinguer s’il s’agit de l'importance de fait (ce qui est le cas des indices généraux calculés par la méthode globale) ou de l’importance réelle (poids de groupe dans les indices généraux calculés comme moyennes pondérées des indices de groupe). Une enquête effectuée en 1924 a fait ressortir des modifications importantes dans les proportions relatives aw loyer par rapport aux chiffres que comporte le tableau ci-
dessous.
Autriche (Vienne)
etai Bel- cl.| | Selon