Les noms divins
L E Livre des NOMS DIVINS que nous offrons au public est l'œuvre d'un des plus beaux génies qui aient illustré l'Eglise dans ces derniers siècles.
Dès Vâge le plus tendre^ Léonard Lessius fait pressentir ce qu'il sera un jour. Né en i554, dans le Brabant, d'une famille distinguée, il montre, dès sa cinquième année, une admirable piété et une étonnante ardeur pour l'étude. Orphelin à six ans, il conjure ses tuteurs de ne rien épargner pour lui faire continuer ses études, fallût-il j" dépenser son patrimoine. Ils le lui promettent. L'enfant, au comble du bonheur^ se livre tout entier au travail et à ses pieux exercices. Pendant les froids de lliiver, pour ne pas perdre des instants précieux en descendant de sa chambre au foyer de la famille, il réchauffe ses mains à la flamme de la lampe.
Ses études de grammaire terminées, il suit avec le plus grand succès, à l'Université de Louvain, le cours de belles-lettres. Mais, dans celui de philosophie, il Jette un tel éclat, qu^'il est proclamé par ses condisciples et par ses maîtres le Prince des Philosophes. // n'avait alors que dix-sept ans; et, à cet âge, il entre dans la Compagnie de Jésus.
A vingt ans il enseigne la philosophie au collège de
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Douai, Les sept années qu'il occupe cette chaire sont la grande période de ses études. Ce vaste et puissant génie embrasse le domaine entier des connaissances humaines. Il approfondit les littératures grecque et latine, en so?-te que leurs chefs-d'œuvre lui deviennent fajniliers. Telle est la prodigieuse facilité qu'il a reçue du Ciel, qu'en deux mois, au témoignage d'un de ses plus graves historiens, il apprend la langue grecque, en saisit les beautés et le génie, la parle avec facilité, et est capable de traduire en latin saint Denys l'Aréopagite et Aristote. Il étudie à fond les grands théologiens., les Pères de l'Eglise, l'Ecriture sainte, les langues orientales, le droit canon, le droit civil, l'histoire., les mathématiques, la médecine môme, et il parle les principales langues vivantes. A vingtsept ans, il avait une science universelle.
Fait prêtre à cette époque, et envoyé au Collège Romain, il y rencontre deux hommes dignes d'être ses maîtres : Augustin Justiniani et François Suare:[, dont, pendant deux années, il entend les leçons. Lessius montre bientôt qu'il ti'a pas de riual parmi ces nombreux étudiants, et il est chargé de répéter les leçons des maîtres au Collège des Anglais.
Suare:{ avait remarqué, par les difficultés que Lessius lui avait soumises, qu'une crainte excessive de s'écarter de l'autorité pouvait comprimer ce génie. Il eut le mérite de lui faire prendre son essor par cette décision : « Dans toutes les questions qui ne regardent ni la foi ni les mœurs, il y a liberté de .suivre son propre sentiment, en montrant qu'il est fondé en raison. » Cet oracle, disent les historiens de Lessius, dissipa ses craintes, et l'aigle prit son vol.
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De Rome, rappelé en Belgique par ses supérieurs, Lessius enseigne à Louvain la théologie dogmatique, et, pendant trente-huit ans, il est non seulement le flambeau de cette Université, mais encore, selon r expression de Cordara, une des plus éclatantes lumières parmi les théologiens de son siècle.
Il se voit approuvé, estimé, loué par de grands Papes, seul suffrage qu'il ambitionne. En i5Sj, quelques docteurs de l' Université de Louvain et de celle de Douai soulèvent un orage contre certaines propositions extraites de ses cahiers. Sixte-Quint, qui occupe alors le Saint-Siège, prend sa défense, et députe en Belgique un nonce revêtu du pouvoir de légat a hitere pour prononcer en son nom que les propositions de Lessius sont entièrement conformes à la saine doctrine. Un Jugement si solennel rend le nom de Lessius célèbre dans le monde entier. Les Universités de Mayence, de Trêves, d'Ingolstadt et de Louvain s'empressent de se déclarer pour lui.
Plus tard, Paul V le remercie publiquement, à Rome, de ses travau.x pour l'Eglise. Et nous allons entendre Urbain VJII rendre le plus éclatant témoignage non seulement à sa science, mais encore à sa sainteté.
Lessius est consulté de toutes les parties du monde, et ses réponses font loi.
Dans les deux voyages quil fait à Rome pour se rendre à la sixième et septième Congrégation générale de son Ordre, les savants viennent le visiter dans les villes oie il s\irrcte pour conférer avec celui qu''ils appellent /'Oracle des Pays-Bas.
Le Prince Albert, dont le gouvernement rend la Belgique si heureuse, consulte souvent Lessius. Il l'a en si haute estime, que, sur la table de la salle
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où il donne audience, il tient toujours ouvert devant lui son Traité de la Justice et du Droit, pour déclarer qu'il sera la règle de ses réponses.
Juste Lipse, un des princes des lettres de cette époque, subjugué par le génie et la sainteté de Lessius, le choisit pour le guide de son âyne les dernières années de sa vie; il est transformé par lui en un chrétien magnanime, et il meurt entre ses bras, nous laissant comme monument de la piété à laquelle il s'était élevé, ses trois Livres sur la Croix et ses Histoires de Notre-Dame de Hal et de Notre-Dame de Montaigu.
De combien d'' autres encore Lessius est le conseiller et le guide spirituel !
Durant le cours de son enseignement, il publie ses savants ouvrages. On en trouve le catalogue complet dans Sotwel (Biblioth. script. Soc. Jesu). Nous indiquerons seulement : — I. De la J ustice et du Droit. — II. De la Foi. — III. De la Providence de Dieu. — IV. De l'Immortalité de l'âme. — V. De la grâce efficace, des décrets divins, du libre arbitre et de la prescience conditionnelle de Dieu. — VI . De la prédestination et de la réprobation des anges et des hommes, et de la prédestination de Jésus-Chr'isl. Saint François de Sales dans une lettre écrite à Lessius le félicite du sentiment qu'il a embrassé sur la prédestination, savoir : que Dieu prédestine les hommes à la gloire en conséquence de leurs mérites prévus. « J'ai toujours, ajoutc-t-il, regardé cette doctrine comme la plus propre à nous porter à aimer Dieu, ainsi que je rai insinué dans mon petit livre de l'amour de Dieu. — VII. Du souverain Bien. — VIII. Des perfections divines. — IX. Du pouvoir du pontife romain. — X. QuclL' foi et quelle religion il faut embrasser, a Cet
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auvraf^e, selon saint François de Sales, est moins celui de Lessiiis que celui de l'Ange du grand conseil. 0 Jean, prince de Nassau, et plusieurs autres personnages engagés dans l hérésie, lui doivent leur retour à V Eglise catholique. — XI. De l'abstinence. —