CHAPITRE L
CDe ^ieu, en tant qu'il est la fn dernière de toutes choses.
E qui est le premier principe des choses en est aussi nécessairement la dernière fin. Car le premier principe, agissant et produisant au dehors quelque chose, ne peut pas avoir pour but et pour dernière fin le bien d'un être autre que lui. Et la raison en est, parce que tous les autres êtres sont infiniment au-dessous de lui. il suit de là, que leur bien n'est pas d'une valeur telle, que Dieu, en qualité de premier principe, puisse s'y arrêter et le regarder comme son but et comme sa fin dernière. Ce bien même n'est devant lui que comme s'il n'était pas; car tous les êtres comparés à lui ne sont que comme un néant. Il doit donc avoir en vue,
Les Noms dii^ins. — Cliap. L. lyg
comme fia dernière, son bien, c'est-à-dire sa gloire, parce qu'on ne saurait concevoir aucun autre bien, plus grand, qui puisse être le terme de ses vues et de ses désirs. Car toute gloire de Dieu, en tant que bien de Dieu, doit être infiniment"plus estimée que tous les biens de la créature considérés comme biens de la créature.
Or, il y a deux sortes de fin : la première est le bien qu'on désire et pour l'acquisition duquel on travaille ^ la seconde est la personne pour qui on désire ce bien.
En ce dernier sens. Dieu est la fin dernière de toutes choses, parce que c'est Lui, pour l'amour et pour la gloire de qui toutes choses ont été créées, et que c'est uniquement pour sa gloire qu'il veut et qu'il fait lui-même toutes choses, et qu'il permet tout ce qu'il permet, selon ces paroles de l'Écriture : « Dieu a tout fait pour sa gloire, l'impie même pour le jour mauvais : Universa propter semet ipsum operatus est Dominus, impium quoque ad diem malum (i) », car
(i) l'rov., c. XVI, 4,
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celui qui s'est rendu lui-même impie, le Seigneur le destine aux supplices éternels pour la gloire de sa justice.
Dieu est d'une manière spéciale dans les deux sens exposés plus haut, la fin dernière de la nature raisonnable \ parce qu'elle seule est capable de lui, et que seule elle a été créée pour jouir de lui comme de son souverain bien, attendu qu il n'existe rien de plus excellent qu'elle puisse désirer pour son bonheur. C'est pourquoi elle doit désirer Dieu et le chercher de toutes les manières, comme son souverain bien-, et cela, pour son propre avantage, afin qu'elle jouisse de lui et qu'elle se délecte dans sa douceur.
Dieu est encore la fin dernière de la nature raisonnable dans le second sens énoncé plus haut, parce que tous les bienheureux doivent rapporter à sa gloire toute leur béatitude et tous leurs biens, comme en réalité ils le font incessamment; de sorte qu'ils estitiment plus et qu'ils aiment plus leur béafitude, leur gloire et tous leurs biens, comme étant les biens de Dieu, par lesquels Dieu est glorifié, loué, béni, que comme étant
Les Noms divins. — Chap. L. i8i
leurs biens propres, par lesquels ils sont perfectionnés, béatifiés et glorifiés.
Ainsi les bienheureux se réjouissent de leur gloire et de leurs biens en deux manières : La première, lorsqu'ils considèrent ces biens comme leur bien propre qui leur apporte une souveraine excellence, une souveraine joie, une souveraine suavité, qu'aucune des autres perfections qui sont en eux ne peut leur apporter.
La seconde manière, lorsqu'ils les considèrent comme le bien de Dieu, et qui appartient à sa gloire et à sa louange éternelles. Et cette joie est la principale qu'ils ressentent de leur béatitude et des dons de la gloire. Car cette béatitude n'est pas seulement leur suprême perfection, leur suprême excellence et leur gloire objective, mais elle est encore la gloire formelle de Dieu. Et, en effet, connaître Dieu, l'aimer et jouir de lui, est sa gloire formelle extrinsèque, et la plus' grande qui se puisse concevoir; et de plus, elle est la gloire intérieure des saints et leur béatitude essentielle. De là vient qu'ils estiment incomparablement plus leur béati
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tude intérieure, parce qu'elle est le bien et la gloire de Dieu, que parce qu'elle est leur bien propre.
Enfin Dieu est appelé la fin dernière de la créature raisonnable, parce que tous les anges et tous les hommes bienheureux, pendant toute l'éternité, se reposeront de telle sorte en sa vision, en son amour, en sa jouissance béatifique, qu'ils ne pourront rien désirer au delà; mais ils trouveront en lui le terme de tous leurs désirs, et ils goûteront en lui un repos souverainement heureux.
LEONARD LESSIUS
ELEVATIONS A DIEU
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