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PREFACE

DES PERFECTIONS DIVINES (i

E toutes les parties de la Théologie, la plus noble, la plus digne, celle qui mérite à plus juste titre le nom de Théologie ou de Sagesse^ est sans contredit la Théologie spéculative, qui contemple les choses éternelles et s'instruit à leur école. Car il est incomparablement plus noble d'avoir quelques connaissances sur les choses divines, c'est-à-dire sur les perfections de Dieu, sur le mystère de la très sainte Trinité, sur la création et la conservation du monde, sur

(i) Nous ne citons de cette Préface que ce qui a rapport à la connaissance de Dieu.

i86 Léonard Lessiiis.

la coopération de Dieu avec tous les êtres créés, sur Tlncarnation et sur le mystère de TEucharistie, sur la vision de Dieu et sur la vie éternelle, que de posséder les connaissances les plus étendues sur les choses créées, sur les inventions et les institutions humaines, et sur d autres objets dont Tusage appartient uniquement à cette vie.

Ensuite, la Théologie spéculative, non seulement apporte à l'homme qui sait bien s'en servir une immense consolation, mais elle peut Télever à la perfection la plus sublime et à la plus haute sainteté. Ce qu'elle enseigne n'appartient pas seulement, comme quelques-uns se le persuadent, aux écoles et aux argumentations scolastiques, mais se rapporte principalement au bien spirituel et à la conduite des chrétiens. Et, en effet, par la considération très attentive des perfections divines, l'âme s'élève vers Dieu, le contemple, Tadmire, le révère, le craint, l'aime, le loue et le bénit sans cesse, et, se tenant toujours en sa présence, règle très parfaitement toute sa vie et ses mœurs d'après son bon plaisir et d'après le moindre

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signe de sa volonté. C'est là le but propre et la fin de la Théologie spéculative.

Ainsi donc, ces sublimes mystères doivent souvent occuper nos pensées, et notre âme doit souvent s'exercer dans leur contemplation. Mais il faut le faire avec cette soumission de Tesprit et ce respect profond que demande un tel exercice : il faut implorer fréquemment le secours divin et la lumière du Saint-Esprit-, car sans ce secours et cette lumière, nous sommes forcés d'avouer que tout le travail de notre contemplation serait sans fruit et inutile.

De plus, bien que la Théologie enseigne d'autres choses qui nous aident beaucoup à régler notre vie selon la justice et la sainteté, il n'est rien cependant qui nous retire plus puissamment de Tamour des chosescaduques et passagères, et qui nous enflamme plus du désir des choses célestes et éternelles que la méditation des perfections et des opérations divines. Seule, comme maîtresse et reine de toutes les autres sciences, la Théologie régnera dans le siècle futur, où cessera toute science qui ne regarde que le siècle présent.

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C'est elle qui , par une admirable prérogative de la félicité céleste , donne à rhomme, encore retenu sur la terre, un commencement des joies du Ciel , en lui enseignant à pratiquer, dès ici-bas^ ce qu'il devra faire un jour dans Téternelle société des anges.

C'est à cette méditation, comme au sommet le plus élevé et au faîte le plus sublime de toute sagesse et de toute vertu, que saint Denys l'Aréopagiste exhorte son disciple Timothée : « Pour vous, mon cher Timothée, par un continuel exercice fixant le regard de votre âme sur les spectacles mystiques^ j'entends sur les perfections divines, laissez les sens, les opérations intellectuelles, toutes les choses sensibles et intelligibles, et tout ce qui est et tout ce qui n'est pas, afin de vous élever, sans notion, autant que l'âme en est capable, à l'union de Celui qui est au-dessus de toute essence et de toute notion. » Saint Denys traite, dans cet endroit, de ce mode souverainement excellent de contemplation par lequel, après avoir considéré très attentivement les perfections divi-

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nés, en tant qu'elles se présentent à nous comme limitées à une certaine espèce, et comme distinctes les unes des autres, Tesprit s'élève à quelque chose de plus sublime, qui est illimité et infiniment plus noble, embrassant non les perfections divines telles que Fesprit créé les conçoit, mais l'Être divin luimême ; et par un mode inconnu s'unissant à lui par la contemplation et par l'amour. Enfin la connaissance des perfections divines est la suprême et première règle de toute sainteté et de toute perfection de vie, pour la nature raisonnable, tant pour les anges que pour les hommes : et si cette connaissance est parfaite, elle suffit à elle seule pour acquérir la suprême perfection des plus grandes vertus. « Car vous connaître, ô mon Dieu, est la justice consommée, et connaître votre justice et votre puissance est la racine de V immortalité (i). » Et, en effet, la connaissance de Dieu est la règle suprême et très absolue de la justice parfaite et consommée-, elle l'excite dans le cœur;

(i) Sap., XV.

igo Léonard Lessius.

après ravoir excitée, elle Taugmente, et après ravoir augmentée, elle la perfectionne. Ces paroles de TÉvangile selon saint Jean : « La vie éternelle consiste en ce que l'on vous connaisse, vous, vrai Dieu, et Jésus Christ que vous avei envoyé (i), « que signifientelles autre chose sinon que cette connaissance est la règle de toute rectitude, par laquelle nous sommes très certainement conduits à la vie éternelle? Et n'est-ce pas là ce que proclame FApôtre, quand il demande si souvent par des vœux si enflammés et par de si vives supplications, que les fidèles croissent dans la science de T^ieu ? Et ce que Dieu recommande si sérieusement à Abraham :

« Marche en ma présence et sois parfait {2) , » qu'indique-t-il, que nous inculque-t-il, sinon que par une considération assidue de la présence de Dieu et des perfections divines, on acquiert les vertus et la perfection de la vie ? De là, dans les saints, tant de zèle, tant d'industrie, tant d'efforts pour garder perpétuellement la présence de Dieu.

(1) Joann., xvii. — (x) (îcn., xvii.

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La considération des perfections divines est, ainsi qu on le voit, la règle par excellence de toute perfection et de toute sainteté; si elle était parfaitement proposée à notre esprit, nous n'aurions besoin d'aucune autre règle.

Mais de même que la connaissance de la présence de Dieu et la méditation des opérations divines conduisent Thomme à toutes les vertus et à la perfection de la vie, de même, par la raison des contraires, Tignorance de Dieu et Thabitude de ne le considérer jamais sont la source de tout vice, de toute turpitude et de tout péché, selon les paroles des Psaumes : « L'impie a dit dans son cœur : il 11 y a pas de T)ieii. Ils se sont pervertis, et ils sont devenus abominables par la corruption du cœur. Il n'eti est pas un qui fasse le bien, pas un seul! (i) » Car, quel est Thomme, si oublieux qu'il soit de son salut, qui ne tremblerait de commettre un crime, s'il pesait attentivement combien il déplaît à Dieu, et s'il considérait Dieu comme

(1) Ps. i3.

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présent, le menaçant de sa colère et de la foudre de la damnation éternelle?

Que la connaissance de Dieu soit la règle de la vertu, la raison en est manifeste. La perfection de l'homme consiste dans l'union avec Dieu, son premier principe et sa dernière fin. Or, cette union prend son origine dans la connaissance, qui est le fondement de toute union avec Dieu. Ainsi que le dit saint Denys, la première union avec Dieu se fait par Fentendement. De cette union suit celle du cœur par Tespérance, la charité, la religion, et celle de toutes les autres forces de l'âme, en tant que leurs opérations effectives sont élevées et dirigées vers Dieu, c'est à-dire vers la gloire de Dieu. L.es bienheureux habitants du Ciel eux-mêmes n'ont point d'autre loi, ce qui est extrêmement digne d'être observé. Toutes leurs affections et leurs mouvements sont formés d'après l'unique et très parfaite règle de la connaissance de Dieu. C'est de cette règle que toutes les autres règles d'une vie juste et sainte tirent leur rectitude. C'est de cette règle qu'ont découlé immédiatement toute la doctrine et

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la vie de Jésus-Christ. C'est de cette règle qu émanent^ comme de leur source, tous les enseignements et les exemples des saints. Ce qui le confirme encore, c'est que toute loi et toute règle dérivent de la loi éternelle. Or, la loi éternelle résulte de l'essence divine, comme la loi de nature dans Thomme et dans l'ange résulte de la nature raisonnable. Donc, la connaissance de la Divinité est la première et suprême règle de toute perfection.

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