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CHAPITRE IV

qA l Eternité de Dieu.

ELEVATION ET PRIERE

Y AiiT la formation des montagnes^ avant la création de la terre et du monde, de l éternité à V éternité vous êtes^ ô grand Dieu (i)! Vous êtes le Principe et le Créateur de toutes choses : vous êtes donc avant toutes choses. Par sa nature, le soleil répand forcément ses rayons^ mais dans votre nature, Seigneur, rien ne vous forçait à créer cet univers, ce grand palais avec ses habitants et ses richesses, afin de posséder un ouvrage qui vous devînt co-éternel. C'est avec une souveraine liberté, et comme artisan suprême,

(i) Psal. 8y,

Élévations à Dieu. Chap. IV. 211

que VOUS en avez formé le dessein, et que vous l'avez exécuté quand il vous a plu. Vous êtes donc plus ancien que cet ouvrage qui n'a pas encore duré six mille ans. Mais de combien de siècles, je vous prie, étes-vous plus ancien? Cette demande ne doit point paraître étrange, comme si, avant que le monde fût, il n'y avait point eu de siècles pendant lesquels vous auriez été et vous auriez joui de vos biens. Car, quoique avant la création du ciel et de la terre, il n'y eut point de mouvements du Soleil et de la Lune qui mesurent nos jours, nos mois, nos années, et par lesquels nous connaissons le peu de temps que durent les choses humaines, il ne faut pourtant pas douter, à moins de vouloir disputer sur des mots, qu'il n"y ait eu des durées et certains espaces, comme de jours, de mois, d'années et de siècles, où ces mouvements auraient pu s'étendre et s'exécuter s'ils eussent alors existé. De même, après que le monde aura fini, et que les mouvements des eaux auront cessé, toute sorte de durée et d'espace de temps ne finira point.

Concevons donc, en remontant, et avant la

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création du monde, cent mille siècles, vous étiez déjà, ô mon Dieu ! Concevons autant de millions de siècles, vous étiez déjà encore alors aussi grand, aussi puissant, aussi sage, aussi heureux que vous Têtes. Enfin, que notre esprit conçoive, sans cesser, un plus grand et encore un plus grand nombre de siècles, en remontant toujours, il trouvera que vous étiez encore auparavant, et plus ancien • d'une infinité de siècles, avec tous vos biens et votre souveraine béatitude.

Car vous êtes le fondement, le principe et la mesure de tous les siècles. Votre éternité précède et domine tous les siècles ; vous les voyez couler au-dessous de vous. De même que par votre immensité vous étendez, vous environnez et vous contenez tous les espaces des lieux, de même par votre éternité vous devancez, vous étendez, vous environnez toutes les durées et les espaces de temps, comme racine et origine de tous les temps. C'est au-dessous de vous que commencent tous les principes, qu'ont lieu tous les progrès, que toute vie s'écoule, que tous les mouvements s'avancent, que toute

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existence persévère, que tous les termes arrivent, que toutes les bornes finissent !

O éternité, primordiale et interminable réunion de tout bien ; possession totale, parfaite et simultanée de toute vie qui ne peut vieillir; jouissance suréminemment pleine, sans principe et sans fin, de toute félicité ! Pour vous, rien de passé, rien de futur; pour vous, aucune augmentation, aucune diminution possible. De la hauteur de votre Maintenant ou moment actuel qui embrasse un temps infini, vous recueillez simultanément toutes choses-, dans ce Maintenant, vous les tenez toutes présentes, en sorte qu'elles ne peuvent ni s'enfuir au passé, ni arriver de nouveau au futur. Vous devancez et anticipez toutes choses, présentes, passées et à venir-, et elles vous étaient déjà présentes avant qu'elles eussent la nature du futur. Car, bien que tout ce qui doit être futur avec le temps, ait dû être futur dès Téternité, il n'aurait pas toutefois été futur dès l'éternité, si vous ne l'aviez su. et si vous ne l'aviez voulu ou faire ou permettre.

Dans votre Maintenant toutes choses sont

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constituées et décrétées une fois. Tout conseil sur toutes choses est pris et conclu. Il ne reste aucune délibération à faire ; tout a été examiné à fond. Les conclusions sur toutes les choses qui doivent jamais se faire, et sur celles qui ne se feront pas, y sont prises et arrêtées. Cest là que nous sommes nousmêmes inscrits;, là, nous sommes mis dans la balance, et toutes nos œuvres sont pesées. C'est là que nous est préparée la peine ou la gloire éternelle. C'est là, ou que nous régnons avec tous les Saints dans la gloire, ou que nous brûlons dans les feux de Tenter avec tous les impies et avec les démons. L'éternité de votre prescience et de vos décrets précède et devance toutes choses \ et tout ce qui doit jamais se faire dans le temps est déjà fait dans Téternité de votre prescience.

O éternité ! abîme de joie pour les Saints, abîme de misères et de douleurs pour les impies! Car si vous rendez tout bien infiniment meilleur et plus souhaitable, vous rendez aussi tout mal infiniment pire et infinimcnl plus cruel. (^)ucl esprit peut com-

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prendre votre grandeur? Quelle force d'âme peut soutenir votre poids ? Vous abattez tout orgueil, vous brisez toute dureté, vous réprimez toute animosité, vous troublez tous les pécheurs, vous fortifiez tous les justes dans leurs afflictions, en répandant dans leur âme une joie ineffable. « Car répreuve momentanée et légère des tribulations de cette vie^ opère en nous au delà de toute mesure et dans les hauteurs des cieux^ un poids éternel de gloire (i). » Pour un mal d'un moment nous recevons un bien éternel; pour une tribulation légère, un poids immense de gloire ; pour une affliction terrestre, une gloire infinie dans le ciel. Malheur aux misérables pécheurs qui préfèrent le plaisir si momentané et si léger de cette vie à ce poids éternel de gloire; qui aiment mieux endurer un supplice éternel que de se priver en cette vie de quelque jouissance qui ne dure qu'un moment ; qui préfèrent ces choses terrestres, si basses et si passagères, aux choses célestes, si élevées et qui durent éternellement !

(i) II Cor., IV.

2i6 Léonard Lessius.

O éternité! soyez toujours présente à mon esprit \ demeurez intimement attachée et inhérente à tous mes sens ; soyez la règle de toutes mes actions et de toute ma vie. Faites qu'en comparaison de vous, je méprise et regarde comme un mal tout ce qui passe, soit les biens soit les maux. Soyez ma consolation dans toutes mes peines • mon secours dans toutes les tentations ; ma lumière et mon conseil dans toutes les prospérités.

Et quant à vous, qui êtes le principe de tous les principes, et plus ancien que tout principe, qui êtes le Père des âges, le Roi des siècles, le dispensateur des temps, qui prolongez la vie des hommes, qui êtes la base de tout ce qui subsiste et qui dure, et qui donnez enfin la bienheureuse éternité, que tout honneur et toute gloire vous soient rendus pendant l'éternité tout entière. Ainsi soit-il !

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