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CHAPITRE III

qA r Immutabilité de Dieu.

ELEVATION ET PRIERE

vous, Roi des siècles.^ immortel., invisible^ en qui il n'y a ni changement, ni l ombre dune vicissitude, seul H^ieu^ et mon souverain Maître, honneur et gloire ( i ) de la part de toute créature au ciel et sur la terre, et au-dessus de toute créature, dans la très haute et inaccessible lumière de votre sagesse et de votre Divinité I Vous êtes l'auteur de toute immortalité et de toute stabilité, vous êtes 1 attraction et le lien de toutes choses.

C'est par vous que les natures angéliques et les âmes raisonnables sont immortelles et

(i) Ad Timotli., I. — Jacob., i.

Élévations à Dieu. — Clinp. III. 2o5

indestructibles. De vous émane cette fermeté des deux qui semblent fondus en airain ( i). T^ar vous, la terre demeure éternellement stable (2), balancée par son propre poids, au milieu de l'Univers, comme un centre immobile. Par vous persévère l'indissoluble nature des éléments et de la matière. Vous avez, d'une main si puissante, imprimé à tous les êtres leur beauté, qu'aucun art ne peut les en dépouiller; vous les maintenez à l'intérieur avec un tel pouvoir, et vous leur communiquez une si puissante force de cohésion qu'il n'y a aucune violence qui puisse les désunir et les dissiper.

Vous n'êtes pas seulement l'auteur de l'immortalité et de la stabilité, mais vous êtes encore la première et suprême origine de tout mouvement, tant spirituel que corporel. Car rien de visible ne se fait parmi les créatures de cet immense univers, qui ne soit ordonné ou permis dans le conseil invisible de votre souveraine Majesté, eu égard à l'ineffable distribution des dons et des

(1) Job., 37. - (2) Eccles., i.

2o6 Léonard Lessius.

grâces, des récompenses et des peines, des biens et des maux, et des autres vicissitudes de cette vie.

Toutes les idées des choses sujettes au changement sont en vous sans aucun changement, et les origines de toutes les choses temporelles sont éternelles en vous. Une seule fois avant tous les siècles^, vous avez statué sur toutes choses ; une seule fois, vous avez parlé. Et par la puissance de ce statut ou de ce décret, vous ouvrez la série des siècles, et vous déterminez tout ce qui, durant leur cours, doit, en son temps et en son lieu, venir à la lumière. L'ordre des temps est en vous sans temps. Et il ne peut y avoir rien de nouveau pour vous qui de toute éternité avez fait toutes les choses futures. En disant que vous les avez faites, j'entends dans votre prédestination, dans votre décret qui ordonne ou permet, et dans votre infaillible prescience qui voit toutes choses comme présentes.

En vous est la plénitude de tout bien, préexistante et antérieure à tous les siècles, à laquelle on ne peut rien ajouter ni rien enlever. Vous avez à la fois dès le commence-

Élévations à Dieu. — Cliap. 111. 207

ment tout ce qui peut arriver en des siècles infinis, et vous ne pouvez rien perdre, parce que, par votre Essence, vous avez et vous êtes tout. Vous n'avez pas besoin de nos services ; il ne peut vous advenir ni aucun avantage de notre salut, ni aucun détriment de notre damnation. Et quand le monde entier périrait, vous, cependant, vous ne perdriez rien ; et votre gloire et votre félicité n'en subiraient ni la moindre diminution ni la moindre atteinte.

Mais, malgré cela, vous nous aimez d'un amour éternel et infini. Il n'est rien que vous ne fassiez pour nous sauver et pour nous rendre participants de votre béatitude, et même, lorsque nous nous éloignons de vous, vous ne nous abandonnez pas; vous nous rappelez de mille manières, comme un tendre père qui rappelle ses enfants fugitifs, nous promettant le pardon, afin que nous ne tombions pas dans un éternel malheur.

O immense douceur de votre esprit, qui vous porte à user d'une si grande bénignité envers nous, non seulement lorsque nous ne méritons rien de pareil, mais encore lorsque

2o8 Léonard Lessius.

nous sommes ingrats, rebelles envers vous, que nous ne cessons de vous offenser, et que nous vous rendons le mal en retour de vos infinis bienfaits !

Illuminez nos ténèbres, ô Lumière primordiale ! Faites tomber des yeux de notre âme ce bandeau de Terreur, et cette fascination de ce monde qui pervertit un esprit simple, afin que nous apercevions clairement la différence qui existe entre les choses caduques et les immortelles, entre celles qui passent et celles qui demeurent, entre les biens de ce monde et ceux du monde futur. Faites que nous méprisions ceux-là et qu'estimant ceuxci, nous nous efforcions de les conquérir. Éloignez de nous l'inconstance de l'esprit, pour que nous ne soyons point flottants dans nos bonnes résolutions, et que nous n'abandonnions jamais ce que nous avons une fois bien commencé. Car rien n'est plus nuisible à l'avancement spirituel que l'instabilité d'une amc qui ne se ûxq jamais, et qui au moindre souffle penche d'un côté et d'autre comme un frêle roseau.

Touchez la partie la plus élevée de notre

L' levât ions à Dieu. — Chap. III. 209

âme du rayon de votre lumière, et attirez notre esprit en haut vers vous, au-dessus des sphères de toutes les choses changeantes, au-dessus des routes du Soleil et des années, au-dessus de tous les biens créés, et enchaînez-le à vous par l'indissoluble lien de la chanté, afin que ni la mort ni la vie, ni la pauvreté ni les richesses, ni la gloire ou rignominie, ni le plaisir ou Taffliction, ni la sublimité ou la profondeur, ni les portes elles-mêmes de l'enfer et tous les tourments du démon ne puissent nous arracher de vos bras ou nous séparer de vous !

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