‹ Les normands au Canada: Jean Nicolet, 1618-1642 [microforme]Chapitre 12 sur 12 · MEET · texte numérisé non relu

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livres que possédait Nicolet : nous le donnons ici tout entier : « Un livre intitulé L'inventaire des sciences: — La découverte des Portugais aux Indes Occidentales; — Le recueil des gazettes de l’année 1634; — L'art de naviguer; — Le recueil des gazettes de l'année 1635 ; — Ung livre pour tirer l'épée; — Les métamorphoses d'Ovide mises en vers; — Une relation de la Nouvelle France de l'année 1637 ; — Le tableau des passions vivantes: — L'histoire de sainte Ursule: — Les médilations sur la vie de Jésus-Christ: --

Le Secrétaire de la Cour; — L'horloge de dévotion; — L'adresse pour vivre selon Dieu: — Les éléments de logique: -- Les saints devoirs de la vie dévote; — L'histoire de Portugal; — Ung petit

livre couvert de saltain intitulé le ritu.i de la messe : — La vie du Sauveur du monde : — Deux livres de musique ; — L'histoire des Indes Occidentales; — Une vie des Saints, in-folio; — Une liasse de cinq autres livres vieux (A). »

Voilà la bibliothèque d’un honnête Canadien, dans la première moitié du dix-septième siècle. Composée en grande partie d’ouvrages sérieux et de livres de piété, elle nous peint Nicolet au naturel et nous fait lire, pour ainsi dire, dans son âme. Que de fois, sans doute, il aura feuilleté ces livres! Que de fois il leur aura demandé, au milieu des ennuis inévitables de la vie des bois, une distraction, une douce consolation, aimant peut-être alors de préférence à tout autre un bon livre de piété, car c'est surtout de ces livres que l’on peut dire : Adversis perfugium ac solatium præbent, delectant domi, non impediunt foris, pernoctant nobiscum, peregrinantur, rusticantur.

A cette petite bibliothèque, qui ornait sans doute quelque pan de mur, ajoutons « une lunette à longue vue, une montre d’horloge garnie de ses rouages, quatre images représentant les quatre saisons de la nature, quatre cartes de géographie, un tableau de la Vierge (2): » et l’on a l’intérieur du modeste logis de Nicolet aux Trois-Rivières.

(1) Mémoire des livres trouvés au logis de Jean Nicolet aux Trois-Rivières, 12 novembre 1642. — Nous devons une copie de ce mémoire et de tout l’Inventaire, à la bienveillance de notre distingué collègue de la Société Royale, M. Joseph-Edmond Roy.

(2) Mémoire ci-dessus.

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Rivières, l’iInven- Royale,

La rivière qui coule au nord de l'ile Jésus, une des trois branches par lesquelles l’Ottawa se jette dans le Saint-Laurent, s'appelait autrefois rivière Saint-Jean : on l’avait ainsi nommée en l'honneur de Jean Nicolet (1). Le nom a disparu aujourd’hui.

Mais il y a mieux que cela pour la mémoire de Nicolet. Presque en face des Trois-Rivières, où il a vécu plusieurs années, se décharge dans le lac Saint-Pierre une magnifique rivière appelée Nicolet. Elle porte ce nom en dépit de trois tentatives de lui en donner un autre. Champlain l’avait d’abord appelée rivière du Pont, en l'honneur de M. de Pont-Gravé (2). Plus tard, les fonctionnaires civils essayèrent de lui imposer les noms de deux personnages qui furent successivement seigneurs de l’endroit, MM. de Laubia et Cressé. Les Trifluviens persistèrent à lui donner le nom de celui qu’ils regardent avec raison comme l’un des citoyensfondateurs de leur ville, et le nom de Nicolet a prévalu.

Touchante association de souvenirs! Deux autres petites rivières, voisines de la rivière Nicolet, portent fièrement les noms de Marguerie et de Godefroy, qui furent les amis de cœur de Jean Nicolet. Ces trois rivières, par leur doux murmure, redisent sans cesse la gloire et les mérites de trois braves Normands, qui ont honoré la patrie canadienne : leurs voix semblent s'unir pour chanter le même poème, un hymne religieux et patriotique.

La rivière Nicolet coule à travers un magnifique village, auquel elle a donné son nom; et ce village lui-même, où s'élève un grand collège (3), l’une des premières institutions du pays (4), est devenu il y a quelques années le siège d’un évèque et le cheflieu d’un riche diocèse (5) : collège et diocèse portent également le nom de Nicolet.

(4) Relations des Jésuites, 1637, p. 75.

(2) Œuvres de Champlain, t. ir, p. 180.

(3) La plupart des collèges classiques, dans le Canada français, doivent leur existence au clergé canadien. Celui de Nicolet fut fondé en 1804, grâce à la munificence d’un ancien curé de cette paroisse, M. Louis-Marie Brassard.

(4) L'alma Mater d’un de nos principaux historiens, M. l'abbé Ferland, cité dans cette étude.

().Le diocèse de Nicolet a été érigé le 10 juillet 1885.

Le village de Nicolet respire l’aisance, la fraicheur, la gaieté : c’est un de nos beaux paysages canadiens. L'été surtout, lorsque les grands ormes qui bordent la rivière ont revêtu leur feuillage, et que ce:ce rivière elle-même, aux eaux vives et limpides, est sillonnée par de jolies embarcations ; lorsque la longue avenue, garnie de pins séculaires, qui conduit au collège, dessine ses voûtes gracieuses, et que les bosquets estompent leurs formes élégantes et variées sur le tapis vert des prairies ou sur les murs des édifices ; lorsque les parterres étalent devant les maisons leurs riches couleurs, le séjour de Nicolet est tout à fait charmant.

Pour nous, nous aimons à nous rappeler ce joli village dans une circonstance mémorable, l'installation du premier évêque (1). Le soleil était brillant, le temps délicieux. Des milliers de personnes accourues de toutes parts pour la cérémonie, se croisaient en tous sens dans ces avenues, au milieu de ces bosquets, dans ces rues toutes pavoisées et ornées d’arcs-de-triomphe. Au-dessus des édifices, une infinité de drapeaux flottaient au vent; leurs vives couleurs tranchaient bien sur les blanches maisons et sur le feuillage des arbres. L'air était rempli de sons harmonieux ; et le soir, une brillante illumination rayonnait partout : le village était couronné d’une auréole de feu. Le spectacle était vraiment beau, et la scène digne de l'événement qu’on y venait célébrer.

Mais au-dessus de tout cela, il nous semblait voir planer la douce et sympathique figure de Nicolet, dont nous avions appris depuis longtemps à estimer les mérites, la gloire et les vertus. Nous étions heureux pour sa mémoire de la voir attachée et confiée, pour ainsi dire, à un endroit aussi enchanteur, aussi brillant d'avenir ; et nous félicitions en même temps l’évèque, le diocèse, le collège, le village de porter un nom si pur et si glorieux.

(1) Mgr Elphège Gravel, qui est encore aujourd’hui évêque de Nicolet, prit solennellement possession de son siège le 25 août 1885.

Evreux. — Imprimerie de l’Eure, L. Onreuvre, 4 bis, rue du Meilet,

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