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Où les Normands n'ont-ils pas apparu vers le neuvième et le dixième siècle? Nous ne les suivrons point partout, mais chez les peuples dont l'histoire leur consacre des pages sérieuses et qui conservent d'eux de profonds souvenirs. Voici ce que Henri Martin (1) dit des Normands : «Ils s'étaient partagé le monde. Aux Suédois, le levant, aux Danois et aux Norvégiens le couchant; les guerriers errants de la Suède commencèrent à s’assujettir les Russes (Æhos) et allèrent fonder l'empire des Varègues russiens entre la Baltique et la mer Noire dans les mèmes régions où les Goths, dont les frères subsistaient encore en Scandinavie, avaient régné cinq siècles auparavant. Les Danois poursuivirent la conquètes des îles Britanniques et envahissaient la Germanie et la France. »
Suivons, en le complétant, l'ordre tracé par notre historien.
Les Suédois s'étaient étendus jusqu'au fond du golfe de Finlande assez près des lieux où fut bâtie la ville de Saint-Pétersbourg.
L'histoire russe ancienne est moins popularisée en France que le roman russe moderne. Au berceau du vaste empire de Russie le premier rôle appartient aux Varègues; étaient-ce des Normands, uües Suédois? Le nom : Varègues, Waraigne, Warangues, Wargr, parait dériver de war (guerre) et signifier Homme de guerre. L'origine scandinave de ce peuple a été contestée par quelques auteurs; les uns ont dit que c’étaient des Slaves; les autres ont prétendu que c'étaient des bandes
(1) Histoire de France, t. II, p. 426.
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de guerriers dont les chefs étaient scandinaves et les soldats slaves.
L'opinion la plus accréditée et que nous n'hésitons pas à adopter est que les Varègues ont imposé le nom de Russie aux pays slaves.
Gever, dans son Histoire de Suède, prouve que les Suédois dans la langue des Finnois sont appelés Russes. Les annales de Saint-Bertin rapportent que l'empereur de Constantinople, Théophile, avait envoyé des ambassadeurs à Louis le Débonnaire. Parmi les gens qui suivaient l'ambassade, on arrèta, comme espions, des individus qui se disaient de la nation de Rhos et qui étaient Suédois. Luitprand dit formellement : « Ceux que les Grecs appellent Russes, nous les appelons des Normands (Græcivocant Russos, nosvero Normannos). Des historiens récents de la Russie, M. Alfred Rambeaud notamment, n'hésitent pas à assimiler les Varègues aux Vikings, aux Normands; M. Samokvassof a découvert dans la tombe d'un prince varègue du dixième siècle, une cotte de maille, un casque pointu qui rappellent tout à fait l’armure des guerriers normands. Les chefs russes sont représentés dans des miniatures anciennes et sur les tapisseries de la reine Mathilde à Bayeux, vêtus comme les Normands.
L'histoire de la Russie commence à l’arrivée des Varègues en Slavie et le millième anniversaire de cet événement a été célébré en 1862 à Novgorod.
Les Varègues de Novgorod et de Kief sont bien des Normands hardis marins, guerriers intrépides, avides
d'aventures; on les retrouve presque à la fois sous les murs de Constantinople et au pied du Caucase
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où ils enlèvent aux Arabes la ville de Berdao en 744.
Nous ne remonterons pas au déluge. pour faire descendre les Russes de Ros fils de Japhet. Nestor, le célèbre chroniqueur de la Russie (1), admet l’origine scandinave des Varègues.
Les Slaves, au commencement du dixième siècle étaient aans un état de barbarie qui nous est racontée par le calife Giafar, dont la relation n'a été traduite que de nos jours. Il avait envoyé Ibn-Forlan pour répandre l'islamisme dans les contrées septentrionales. Voici quelques détails que nous lui empruntons.
Les femmes couvrent leur sein d’une plaque de métal où un poignard est suspendu à un anneau. Les hommes ont un vêtement de laine grossière qui ne les couvre qu'à mi-corps.
La même hutte en bois abrite plusieurs familles et dans cette promiscuité des divers âges et des deux sexes, tout sentiment dé pudeur semble complètement ignoré. Les ablutions chères aux musulmans ne sont pas en usage et la malpropreté règne partout.
« Leur roi, dit Cantù (2), se tient sur une large estrade ornée de pierreries avec quarante concubines qu'il embrasse à la vue de tous, jamais il ne pose le pied à terre, dans quelle circonstance que ce soit : il veut monter à cheval? On lui amène sa monture près de cette estrade, autour de laquelle se tiennent #00 hommes d'élite, dé-
voués à mourir pour lui, qui ont chacun deux jeunes
filles l’une pour servante, l’autre pour concubine. »
(1) Nestor (Letopis Nesterova), né en 1056, mort vers 1114, a écrit une Chronique de Russie publiée à Saint-Pétersbourg, 1767, in 4°. (2) Histoire universelle, t. XVII, p. 149.
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Ces barbares. aiment à se battre, mais on comprend qu'ils fussent souvent battus par les Finnois, moins sauvages et plus braves.
Les Slaves s'étaient répandus du lac Ilmen à la mer aire et les diverses tribus de cette race avaient pris des
ms dont nous ne reproduirons pas l'énumération.
Deux villes surtout acquirent une grande importance : Novgorod et Kief. Novgorod, dont Nestor constate
l’origine ancienne, était bâtie dans un beau site, et entourée d’une plaine fertile coupée par des forèts de sapins et de bouleaux. Le Volkoff qui traverse la ville unit le lac Imen au lac Ladoga, d’où sort le fleuve de la Néva qui se jette dans la mer Baltique.
Les Slaves avaient ainsi des moyens de communication avec les habitants de la Finlande, et une route qui, traversant le continent d’un bout à l’autre, leur permettait d'arriver sans obstacle à Constantinople. Ils profitaient de cette position pour faire avec la ville impériale le commerce des fourrures et des produits venus par la mer Baltique, et avec le Nord, le commerce du vin, des fruits, des objets de luxe venus de l'Orient.
Si la richesse abondaiït chez les Novgorodiens, la barbarie régnait toujours dans les environs où les tribus slaves se querellaient sans cesse entre elles et vivaient, suivant la zone du pays, des récoltes des champs, de leurs troupeaux, ou de la chasse.
Kief était une belle ville dans une heureuse situation. Les Poloniens qui habitaient cette partie de la Slavie formaient la tribu la plus douce pour les mœurs, mais la moins guerrière et la plus énervée.
Les Normands ou Varègues, bons explorateurs des contrées où l’on pouvait recueillir le plus de butin, ne manquèrent pas de convoiter les trésors que Novgorod devait contenir. En l’année 859 une flottille de Varègues passa de la Néva au lac Ladoga, de ce lac dans le Volkoff et s'approcha de Novgorod.
Les Novgorodiens, r!:3 désireux de ramasser de l’argent que de recueillir de la gloire, furent effrayés de l'apparition des Normands dont la renommée de férocité était partout répandue.
Comment résister à des ennemis si terribles? Au lieu de les combattre, on résolut de traiter avec eux; comme ils ne voulaient que de l'argent, on marchanda, on discuta le chiffre de la somme exigée. Les Slaves, vaincus avant de s'être battus, permirent aux Varègues de frapper d’une forte contribution chaque habitant de la ville. Enhardis par le succès, les Normands s’en allèrent à travers Les forèts et des régions inconnues, sans autre but que le pillage, attaquer des tribus éparses qu'ils rendirent leurs tributaires.
Plus les Normands recevaient de l'argent pour partir, plus ils étaient pressés de revenir. Le succès de cette campagne en Slavie les encouragea à en recommencer une autre. Ils vinrent réclamer comme un impôt régulier ce qui avait été une concession faite par la peur et pour une fois.
Les Varègues éprouvèrent un refus qui irrita leur colère et redoubla leurs exigences. Les Slaves eurent
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l'air d'entrer en négociation, mais pendant qu'ils gagnaient du temps en marchandant, ils faisaient avertir les diverses tribus qu'il importait de se réunir, de s'armer, et d'infliger une rude lecon aux envahisseurs scandinaves.
Cet appel fut entendu; une véritable armée attaqua les Varègues, cet les rejeta loin des frontières.
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Les Slaves sentirent qu'ils étaient forts quand ils étaient réunis, mais jamais pays ne fut en proie à plus de divisions. Les tribus avaient des rivalités entre elles: les chefs de Ta mème tribu n'étaient pas d'accord entre eux. Le père ou le frère ainé ne reconnaissait dans la maison d'autre loi que son caprice. Le général était élu quand il fallait réunir une armée, et révoqué quand la guerre était finie. L'absence de tout gouvernement produisait de si déplorables effets que chaque peuplade essaya d'avoir un chef qui fût général en temps de guerre et boyard ou knés en temps de paix.
Les chefs des tribus devaient se réunir, délibérer ensemble, mais ils étaient rarement d'accord souvent
aussi leurs décisions n’obtenaient pas les ratifications du
peuple.
Les hommes sages comprirent les inconvénients de cette anarchie funeste à la tranquillité du pays et aux intérêts du cor:merce. Une voix osa s’écrier un jour dans une assemblée à Novgorod : « Cherchons un prince qui nous gouverne et nous parle selon la justice. »
Les divers chefs des tribus avaient tellement ressenti les dangers de leurs divisions qu'ils applaudirent à la proposition d'organiser un gouvernement sérieux et comme aucun d'eux n'était prépondérant, ils décidèrent qu'on s’adresserait aux Varègues pour leur demander un prince assez fort pour relever leur pays et le défendre. Il est assez étrange qu'ils se soient adressés à un ennemi qu'ils venaient de combattre pour lui demanderun roi, mais dans ce temps là on avait un culte pour la force et les Slaves avaient pu juger par eux-mêmes de la bravoure des Normands.
Une députation, chargée de porter en Scandinavie la décision prise par les tribus slaves, s'embarqua à Novgorod et aborda chez les Varègues russes qui tiennent ce nom de la province suédoise de Ross-Lagen.
Les députés, en arrivant, demandent aux Varègues. « Avez-vous des princes? » Prince en Varégie voulait dire : puissant, courageux, redouté : « Oui, fut-il répondu, nous avons des princes, » et la députation fut introduite chez les princes. Le doyen des Slaves prit la parole et dit : «Prince Varègue, notre pays est grand et abonde en toutes choses, mais l’ordre et la justice y manquent, venez prendre possession du sol et nous gouverner. »
Et alors trois frères furent choisis pour aller gouverner les Slaves. Ils se nommaient : Rourik, Sinéous et Trouvor dont les noms scandinaves signifient le Pacifique, le Victorieux et le Fidèle.
Ces princes partirent pour Novgorod accompagnés
par leurs familles et des bandes guerrières soumises à
leurs ordres. Ils arrivèrent en 862 chez les Slaves où ils L . ,
furent acclamés. Ils reçurent des terres considérables
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qu'ils choisirent eux-mêmes et s’installèrent à part des tribus. L'ainé, Rourik, s'établit au sud du lac Ladoga en face de la Finlande; Sinéous sur le lac Blanc, et Trouvor
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à Isborg. Ils étaient ainsi bien placés pour tenir en respect les Finnois, le pays Vasse et les peuplades livoniennes.
Les Norman”in’étaient pas faciles à contenter, malgré la grande pari que les trois princes leur avaient faite ; ils étaient avides d'aventures et de combats. Rourik forma une armée composée d'hommes plus aguerris et mieux armés que les tribus à demi-barbares qu'il allait piller, rançonner et soumettre à sa domination ; aussi, avait-il donné une grande extension à ses États lorsque en 866, Sinéous et Trouvor vinrent à mourir et le laissèrent maître unique de la Russie entière.
Pour s'assurer l'affection de ses compagnons d'armes, Rourik voulut les attacher au sol en leur concédant de petites souverainetés territoriales dont il se réservait la suzeraineté., Pour constater son autorité sur eux, il prit pour lui le titre de Grand Prince ou grand-duc.
En distribuant des largesses pour se faire des amis, Rourik ne fit que des jaloux et des mécontents.
Deux chefs normands, Ascold et son frère Dir, se séparèrent du Grand Prince, qui les avait blessés en ne leur faisant pas dans le partage une part proportionnée à leur ambition.
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Ascold et Dir tournèrent leurs yeux vers l'Orient, vers: Constantinople, et ils recrutèrent des guerriers avec la
promesse de leur faire prendre du service dans les troupes de l'empereur Michel HE.
C'était un long voyage à entreprendre que celui de Kief à Byzance à travers des populations encore barbares et très hostiles aux étrangers.
Les Varègues, que rien n'effrayait, se mirent en route ; ils redoutaient moins les dangers des déserts et des forêts que de traverser les villes et les villages ; aussi cheminaient-ils de préférence dans les bois où la hache leur ouvrait un passage. Ils couchaïent la nuit sur des peaux d'ours qu'ils apportaient dans leurs bagages : ils allumaient de grands feux qui les réchauffaient et leur servaient à faire cuire les aliments: leur nourriture se composait de miel trouvé dans les ruches d’abeilles et de gibier pris à la chasse,
Après avoir franchi plusieurs fleuves, traversé de vastes solitudes, les voyageurs normands rencontrèrent une jolie petite ville qui s'élevait sur une hauteur au bord du Dniéper, c'était un pays d'un aspect ravissant, d'une rare fertilité, d'une culture perfectionnée, riche en vergers à fruits, en céréales et en pâturages, À qui appartient cette ville, demandèreut Ascold et Dir? Un Polonien leur répondit :
« Cette ville s'appelle Kief. Elle est aujourd'hui tributaire des Khosars. »
La tribu polonienne, adonnée à la culture des champs, avait le respect de la justice, des mœurs douces et peu de goût pour la guerre. Les habitants de la ville étaient habiles à exercer des métiers et leur commerce florissant se faisait par l'entremise des colonies grecques de la
Crimée.
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Nestor se horne à dire sans entrer dans aucun détail, que Ascold et Dir, apprenant que la ville était habitée par les Poloniens et qu'elle payait tribut aux Khosars, s'y établirent, appelèrent un grand nombre de Varègues et commencèrent à régner dans ce pays. Il est facile de comprendre que des populations paisibles, pour se soustraire au joug des Khosars, préférèrent se soumettre aux Varègues, qui savaient les instruire, favoriser leur commerce et les défendre.
Les Normands rencontrèrent des difficultés dans les rivalités locales, et d’ailleurs la guerre leur allait mieux que les petites intrigues de la vie pacifique.
Ils concurent le projet d’une expédition contre Constantinople : déjà la décadence de l'Empire était assez visible pour tenter l'ambition des conquérants, et les richesses renfermées dans Byzance étaient un appât pour les Normands si avides de buüin.
Ascold et Di: prirent des mesures pour assurer par des lois sages et des gouverneurs capables leurs possessions de Kief pendant leur absence, puisils firent un appel aux hommes
du Nord et les invitèrent à se joindre à eux pour attaquer
l'empire grec dont ils partageraient les riches dépouilles.
Des courriers envoyés de tous côtés leur rapportèrent de bonnes nouvelles, leurs paroles avaient produit de l'effet, les Normands accoururent de toutes parts, et leurs navires, au nombre de 200, se réunirent près de Kief dans les eaux du Dniépe:.
En ce temps-là régnait à Constantinople Michel I, surnommé l’Ivrogne, dont la débauche, la folie, la Acheté avaient fait trop de bruit pour que les Varègues, habiles
à prendre des informations, ne fussent pas au courant de
ce qui se passait dans le pays où ils allaient tenter une grande entreprise.
Michel III avait de bonne heure éloigné sa mère, le patriarche Ignace et tous ceux qui lui donnaient de bons conseils, et s'était entouré de vils personnages, qui, au lieu de contenir ses mauvais instincts, ne faisaient que l’exciter au mal.
L'impiété qu'on lui avait enseignée avait brisé le seul frein qui eût pu arrêter les folles passions du despote d’un grand empire en état de décadence. Son plaisir était de contrefaire les cérémonies les plus saintes dans des farces sacrilèges, où Dieu lui-même était l'objet d’abominables blasphèmes.
Lorsque le vénérable patriarche Ignace, à la tête de son clergé, faisait quelque procession dans la ville, l’empereur allait au-devant lui, avec des courtisans montés sur des ânes, déguisés en satyres, chantant d'ignobles chansons sur le a des psaumes, et insultant à la piété des fidèles par des gestes obscènes (1).
Comme Néron, il excellait à mener un char dans la carrière. Transformé en cocher, l'empereur se mélait aux cochers vulgaires, luttait avec eux dans les courses de cirque, les traitait en camarades, servait de parrain à leurs enfants et leur donnait de hauts emplois. Ses folies ruinaient le trésor. Les murs de son écurie étaient revêtu: de marbre et de porphyre. Des sources d'eau limpide jaillissaient dans des abreuvoirs splendides, et les plus beaux palais n égalaient pas en magnificence le palais de ses chevaux.
\1) Le Beau, Histoire du Bas-Empir'e, L. XX, p. 57.
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La cour de Byzance était chaque jour le théâtre de sourdes intrigues, de conspirations et de meurtres. Michel n’était pas cruel, mais l'ivresse, et la colère excitée par de faux rapports, lui firent commettre des cruautés dont il n’avait pas même la conscience. Quand le vin troublait sa raison, 1l passait brusquement d'une gaité bruyante à une fureur sombre. Il donnait l’ordre sans motif de saisir les gens, de leur trancher la tête, de leur crever les yeux, de leur couper les pieds ou les mains, de les faire brüler vifs. On n’exécutait pas toujours ses ordres insensés, et quand la raison lui revenait, il approuvait ceux qui lui avaient désobéi. Maïs parfois, quand l’ordre barbare était conforme aux haines de l'officier qui le recevait, et lui permettait de se défaire d’un ennemi personnel ; alors l'exécution avait lieu sans retard.
Peu courageux et ignorant dans l'art de la guerre, l'empereur voulut un jour se mettre lui-même à la tête d'une armée contre les Sarrasins; et il eût été perdu s’il n’eût pas fui déguisé et laissant le commandement à un de ses généraux.
Il semblait vouloir prendre sa revanche et il était parti en campagne, lorsqu'il apprit que des guerriers inconnus traversaient le Pont-Euxin avec deux cents navires. On lui fit un affreux tableau de ces Barbares féroces. Ils agissaient comme tous les Normands, ils descendaient sur le rivage à 1 mproviste, pillaient tout, ravageaient les champs et massacraient les hommes. Ce qui les attirait toujours et partout, c'étaient les riches monastères. On nous a laissé de terribles descriptions surtout de la prise du couvent où le saint patriarche Ignace s'était retiré lorsqu'il fut remplacé par l'indigne Pho-
tius. Les moines, en défendant l'entrée de leur maison, périrent ; vingt-deux furent faits prisonniers et eurent la tête tranchée. Les Normands enlevèrent l'or, l'argent, les pierreries des vases sacrés et des objets précieux, puis détruisirent ce qu'ils ne pouvaient emporter.
Le récit des profanations, des horreurs commises par des Russes barbares répandit partout la terreur.
A la nouvelle du danger qui menaçait sa capitale, l’empereur, qui était absent, s'empressa d'y rentrer.
Il voulut par lui-même juger de l’état des esprits, et seul, à pied, il parcourut les différents quartiers de la ville.
Pendant que des hommes aguerris, habiles à monter à l’assaut, bien armés et d'une intrépidité sans égale, approchaient des remparts, nul élan belliqueux ne se manifestait dans Constantinople. Les guerres d'Asie avaient éloigné les meilleurs soldats, et quand l'ennemi ne négligeait rien pour une terrible attaque, nul ne faisait aucun préparatif pour la défense.
On n’entendait que des lamentations. Les rues étaient désertes; les églises, pleines de personnes affolées. Au quartier de Blaquerna, au fond du port, s'élevait un célèbre sanctuaire de Sainte-Marie. Là se trouvaient de précieuses reliques, notamment une robe de la sainte Vierge, renommée par les miracles qu'elle opérait. On racontait que tous les vendredis, à l'heure des vèpres, un voile placé sur une image miraculeuse de la mère de Dieu, se relevait et s'abaissait, paraissait et disparaissait par l'effet d’un miracle. Là, dans l’église, la foule s'était entassée gémissant et demandant à la céleste protectrice de la ville de la sauver.
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Il fut décidé que des prières publiques et une procession solennelle auraient lieu pour implorer les secours du ciel.
Par une belle matinée, sous un ciel bleu, à l'éclat d'un soleil qui faisait resplendir une mer transparente, la procession se met en marche traversant les rues décorées de splendides tapis, et de tentures brodées d’or et d'argent.
Le porte-croix et les acolytes s'avancent en tête. Les jeunes clercs le suivent portant des cierges allumés sur des chandeliers d'argent, et de saintes images cerclées d'émail et d'ornements d’orfèvrerie.
Puis, marchaient en ordre les évêques avec leurs bounets en drap d’or en forme de tiare et leurs chapes splendides ; les prêtres avec leurs ornements éclatants, les moines avec leur costume sévère, les porteurs de magnifiques bannières, les officiers avec les enseignes militaires, la garde, l’épée nue, enfin l’empereur et le patriarche Photius. Ils étaient tous deux au même rang, le premier portant un cierge, le second la robe de la Vierge dans un reliquaire.
L'empereur avait revêtu son costume impérial pour-
pre et parsemé de rubis et de diamants. Les vêtements pontificaux du patriarche étaient surchargés de dorures et de pierreries dans le goût oriental.
L'empereur était suivi des dignitaires de l’État, des patrices, des fonctionnaires de la cour, de l’armée, de la magistrature et de la ville, dans leurs costumes divers resplendissant d’or et d'argent. La population entière suivait le cortège.
La procession s'arrêta au bas du golfe, et se rangea
le long du rivage. Les Russes avaient aperçu et suivi des yeux ce spectacle nouveau pour eux, dont ils ne comprenaient pas le sens, mais dont la magnificence les frappait. Ils regardaient immobiles, la hache en main.
Au milieu de la foule agenouillée, le patriarche debout, les yeux levés au ciel, les bras étendus, prie, et ensuite s'approche de la grève, met un pied dans la mer,
se penche, et plonge dans l’eau quelque chose de mer-
veilleux : la robe de la sainte Vierge !
Aussitôt, le ciel s’obscurcit, les flots s’agitent, le tonnerre gronde, l'ouragan hurle et le plus effrayant orage éclate.
Les Russes carguent les voiles, luttent avec habileté contre la fureur des ondes, mais la tempête triomphe de leurs efforts, met en pièces leurs navires et rejette de nombreux naufragés sur le rivage. Les chrétiens leur portent secours, et sauvent la vie aux ennemis qui auraient été sans pitié pour eux. Les Russes, soignés par la cherité chrétienne, témoins d’un événement extraordinaire que tous s’accordaient à regarder comme un miracle, ne furent pas difficiles à convertir. Ils se firent baptiser, et quand ils quittèrent Constantinople, ils amenèrent avec eux un évèque qui fut le premier apôtre de la Russie.
Ascold et Dir avaient été très impressionnés de la manière dont la tempête avait sauvé les Grecs au moment où ils paraissaient perdus. Le récit des actes de dévouement de la charité chrétienne envers les naufragés les
avaient touchés et ils accueillirent ies missionnaires avec faveur. Les premières prédications de l'Évangile pa-
rurent céda :
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Oleg agrand lieu de dans la son aut laissait
Oleg :
périté « promis | Norman parer.
Il rass de ses p:
fai 6, fils de 1 prince |
Arrive tre en f loniens guerrier
Kief ]
rurent rendre les vengeances moins vives, et la paix succéda aux guerres incessantes.
Rourik à Novgorod paraissait avoir oublié Kief. En 879, il sentit la mort approcher. Il n'avait qu'un fils, Igor, qui était en bas âge; Rourik confia la tutelle de son enfant à son frère Oleg.
Oleg continua l’œuvre de Rourik et travailla à agrandir sa puissance. Le premier prince Varègue, au lieu de dompter par la force les diverses tribus éparses dans la Russie, les habituaït, une par une, à reconnaître son autorité en lu’ payant un léger tribut, mais il leur laissait la ‘liberté de se gouverner elles-mêmes.
Oleg avait entendu parler de la beauté et de la prospérité de Kief, ui avait été démembré du domaine promis par les Sl-- °° «u grand prince Varègue, par des Normands aver ‘“ers sans aucun droit pour s'en emparer.
Il rassemble une armée, et sans rien faire pressentir de ses projets, il se met en campagne, s'empare, chemin fai: .i, de Smolenska et de Loubetche en présentant le fils de Rourik, Igor, qui est partout reconnu comme le prince légitime.
Arrivé près de Kief, il comprit le danger de combattre en face Ascold et Dir qui s'étaient fait aimer des Poloniens et qui comptaient parmi les Normands pour des guerriers redoutables.
Kief pouvait détourner à son profit une partie du
commerce de Novgorod, grâce à la facilité des communications avec l'Empire sur un fleuve navigable en toutes saisons.
Les Normands, pour satisfaire leur cupidité ou leur ambition n'étaient pas ordinairement très scrupuleux sur le choix des moyens. Les stratagèmes les plus perfides ne répugnaient pas à leur conscience. :
Oleg jugea prudent d’user de finesse plutôt que d’employer la force. Son armée n'était pas encore arrivée; il cacha des navires remplis d'hommes sous des rochers bordant le Dniéper, : les déroba ainsi aux regards des Kiévains.
Il s’avança ensuite, suivi seulement de quelques barques et : avoya aux magistrats de la ville des messagers qui leur dirent : « Nous sommes envoyés par des marchands de Novgorod, qui sont de même origine que vous et qui demandent l'autorisation de voir votre ville. »
Ces Normands sont reçus par Ascold et Dir qui, trompés par la douceur et le pacifique langage de leurs frères du Nord, acceptent l'invitation d'aller voir dans leur bâtiment les commerçants Novgorodiens.
Ils sont accueillis avec honneur, maïs tout à coup la scène change. Les soldats cachés dans les navires se redressent cuirassés, l'épée à la main, et les princes de Kief se voient cernés de toutes parts. Oleg va au-devant d'eux avec Igor qu'il porte sur les bras. Il les interpelle d’un ton sévère : « Comment vous êtes-vous emparés de ce pays? Vous n'y avez aucun droit; vous n'êtes ni princes, ni du sang des princes ; le vrai maître c’est celui-ci, dit-il, en montrant l'enfant ; c’est Igor, fils de Rourik; » etsansavoir
eu le te lement
Les Ki douleur,
quelques flotte, e d’une fo Oleg s qu'il av main le rues, S'il On savai était dev Dieu ct de toutes États, il Comme célèbres, dité du b:
de Kief ne mières de béissance les arts, ( actes et d tième évi d'Orient.
ques aux la garde Oleg s’ du pays Profitant
eu le temps de répondre, Ascold et Dir tombent mortellement frappés aux pieds d’Oleg.
Les Kiévains apprirent le meurtre de leurs princes avec douleur, et grande fut leur épouvante lorsqu'ils virent les quelques barques de la veille se transformer en véritable flotte, et le prétendu commerçant en prince entouré d'une forte armée.
Oleg se montra aussi doux pour les habitants de Kief qu'il avait été cruel pour leurs princes. Tenant par la main le fils de Rourik, il parcourait à pied toutes les rues, s'intéressant à tout et admirant la beauté du pays. On savait qu'il avait embelli tellement Novgorod qu'il était devenu proverbial de dire : « Qui oserait attaquer Dieu et Novgorod ? » Il promit de rendre Kief la mère de toutes les villes russes. Sans abandonner ses anciens États , il habitait souvent Kief.
Comme nous le remarquerons chez plusieurs Normands célèbres, il savait unir la férocité à l’héroiïsme, la cupidité du brigand à la sagesse du roi. Les prêtres chrétiens de Kief ne furent pas persécutés : ils répandaient les lumières dans les populations ignorantes, préchaient l'obéissance à Dieu et au Prince, enseignaient les lettres et les arts, et leur science était utile pour la rédaction des actes et des traités. En 902, Kief figure comme le soixantième évèché dans la liste des éparchies du patriarcat d'Orient. Constantinople longtemps fournit des évè-
ques aux Varègues et leur emprunta des soldats pour la garde impériale et pour la marine.
Oleg s’occupa beaucoup de l'administration intérieure du pays et de l'extension de son commerce à l'étranger. Profitant des immenses forêts qui couvraient le sol à
peine défriché, il fonda de nouvelles villes. En ce tempslà, les maisons étaient construites en bois. Pour les peupler, il appela des hommes du Nord qui arrivèrent en foule de la Scandinavie. Par son épée et son habileté, Oleg réunit sous sa domination presque toutes les peuplades du vaste pays auquel les Varègucs venaient de donner le nom de Rosland, comme le dit formellement Nestor.
Les Empereurs d'Orient, en ornant leur costume de fourrures, en avaient répandu la mode. La Slavie abondait en martres noires. Oleg exigeait des tribus soumises un impôt payable en fourrures, plutôt qu'en argent; chaque individu devait lui donner une martre noire. Le commerce de ces fourrures devint très florissant. Par Novgorod, Smolenska et Kief, Oleg était maître de la grande route fluviale de la mer Baltique à la mer Noire.
Au moment où il était occupé à régler ses conquêtes, il apprit qu'une immigration considérable de Ongres (Hongrois ou Madgyars) venait s'établir à Kief. Il se hâte d’accourir sur les lieux. Fondre à l’improviste sur les étrangers eût plu à son orgueil, mais ils étaient en très grand nombre et lui n'avait qu’une petite armée exténuée de fatigue. Sa sagesse lui conseilla d’éloigner par la douceur des hommes qui auraient pu triompher par la force. Il leur envoya donc des députés pour leur dire : Traversez le Dniéper et vous trouverez au delà des plaines fertiles où l’eau abonde et où vous pourrez vous étendre. Si vous écoutez cet avis, qui est dans votre intérêt, nous vous traiterons en amis et nous promettons de ne pas vous inquiéter dans le voyage.
Les Hongrois se laïssèrent séduire par les belles paroles d’Oleg et allèrent envahir la Pannonie.
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Igor avait dépassé l'âge de la majorité et son tuteur gardait le pouvoir. Jeune et ardent, il dépensait à la chasse contre les loups, les ours et les sangliers, le courage qu'il ne lui était pas permis de déployer à la guerre dont on l’éloignait à dessein, Un jour d'automne, il se perdit dans une vaste forêt; guidé par la fumée qui sortait d'un toit, il arriva dans le petit village de Vouiboutskoï ; il reconnut à leur langage des Varègues, et leur demanda l'hospitalité. Il fut étonné, dans une humble maison, de rencontrer une jeune fille qui joignait à une rare beauté, une distinction naturelle, une intelligence supérieure ; il revint souvent, conduit par l'amour, auprès de la belle Varègue. Sa passion devint si forte, qu'il résolut de l’épouser. Il fit part de sa détermination à Oleg. Celui-ci éprouva un premier mouvement d’indignation à la pensée de cette union mal
assortie qui dérangeait ses projets. Il eût trouvé poli-
tique une alliance du prince varègue avec une puissante famille indigène. Il dut se résigner à consentir à un mariage qu'il ne pouvait empècher. Igor alla cnercher sa fiancée dans son humble demeure pour la conduire à Kief, vêtue de vêtements princiers, dans un char couvert de superbes tapis d'Orient. A l’arrivée des nouveaux époux la foule qui les attendait les acclama, et lorsque la jeune fille eut soulevé son voile, chacun s'écria : « Jamais on ne vit si admirable beauté! »
Oleg lui donna le nom d’Olga, la proclama sa fille adopti:e , et lui donna un superbe palais orné de magnifiques Jardins, rempli de serviteurs et d'esclaves sans nombre.
Pendant que le jeune prince ne songeait qu’à son