LES NORMA“DS
Quelle différence entre la vie des Grecs au déclin de l'empire de Byzance, et la vie des Varègues à la naissance de l'empire de Russie!
Pendant que les empereurs d'Orient recevaient Olga avectous les raffinements d’un luxe inouï , et la logeaient dans un palais dont rien au monde n’a peut-être jamais égalé le faste et l’opulence, voici comment vivait le grand prince, fils d’Olga : Il ignorait et dédaignait les délicatesses de la cuisine. Il dépeçait lui-même la chair des chevaux, des buffles et des animaux sauvages; il la tranchaït en petits morceaux, la mettait sur des charbons ardents et la mangeait à peine grillée.
Dans ses marches, il ne portait pour lui aucun bagage. La nuit il ne se faisait dresser aucune tente. La housse de son cheval lui servait de lit et la selle d'oreiller. Une peau d'ours était son vêtement favori.
Véritable Normand, il conservait le goût des divinités farouches qui aimaient les sacrifices humains, et ne put Jamais comprendre un Dieu de charité et de clémence. Il ne s’épargnait pas à la guerre, et s'imposait des privations pour donner l’exemple à ses soldats de les supporter. Lorsqu'il était sur un navire, il maniait lui-même la rame comme les autres. Son portrait est parvenu Jusqu'à nous, et cependant les premiers chroniqueurs de la Russie ne s’attachent guère à retracer les traits des personnages dont ils racontent la vie.
Il était de taille movenne, mais très robuste; il avait une large poitrine, le cou gros, les yeux bleus, les sourcils épais, le nez épaté, de longues moustaches, une barbe légère, et sur sa tête rasée une touffle de cheveux, marque de sa noblesse ; à une de ses oreilles pen-
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Sa passion pour la guerre ne pouvait jamais être assouvie : s’il obtenait un succès, il courait après un autre ; s’il éprouvait un revers, 1l joignait à l’ardeur du combat le désir de la revanche et de la vengeance.
Il semblerait cependant que chez ce Normand, encore à demi barbare, mais plein de courage et de génie, commençait à luire un rayon de la chevalerie qui se répandait en Europe. Nestor rapporte que voulant soumettre à sa domination les Viatiches, peuplade slave que ses prédécesseurs avaient laissé vivre en paix dans un pays fertile entre la Desma et le Don, il leur envoya un hérault d'armes pour leur déclarer qu'il voulait les attaquer.
C'était un fait nouveau et contraire à toutes les habitudes des Normands qui cherchaient à tomber à l’improviste sur l'ennemi pour profiter du premier moment de surprise et d’épouvante.
Les Slaves se soumirent à payer à Sviatoslof le tribut qu'ils payaient aux Khozars : une martre noire par charrue.
Le prince attaqua alors les Khozars; Nestor ne donne pas beaucoup de détails sur cette guerre, mais la victoire de Sviatoslof dut être complète, puisqu'il s'empara de la Ville blanche, capitale de l'empire khozar, sur le Don, ruina leurs possessions sur les côtes de la mer d’Azof et rendit tributaires plusieurs peuplades du Caucase.
L'empereur de Constantinople, Nicéphore, furieux contre Pierre, roi des Bulgares, qui lui avait refusé son
concours, malgré le lien qui l’unissait à la famille impé-
riale, suscita contre lui le prince russe qui, moyennant une forte somme d'argent, entreprit de faire aux Bulgares
une guerre qui convenait à ses goûts d’expéditions lointaines. Il touche l'argent offert par les Grecs, et se met en campagne avec une bonne armée. Nestor raconte ses exploits merveilleux : dans moins de deux ans, il prit 80 places fortes; chassa le roi Pierre, et avec sa garde s'établit dans la capitale Périaslavets. Cette ville plaisait tant au prince russe qu'il disait à sa mère. « Cet endroit est le point central de mes États et tous les biens y abondent. De la Grèce y viennent les étoffes précieuses, le vin, l'or et les fruits de toutes espèces; du pays des Tchèques et des Hongrois, des chevaux et de l'argent ; de la Russie, des fourrures, de la cire, du miel et des esclaves. »
Pendant que Sviatoslof était dans l'enthousiasme de ses conquêtes, sa mère Olga et les Kiévains couraient de grands dangers.
Des farouches barbares venus d’Asie, les Petchenèques nommés aussi Patzinaces, profitant de l'absence du prince qui avait amenéavec lui les meilleurs soldats, vinrent surprendre Kief, qui n’était défendu que parune femme. Mais Olga n'avait rien perdu de son énergie. Son fils lui avait
confié le gouvernement de ses États et la garde de ses trois fils Yaropolk, Oleg et Vladimir, sous la condition qu'elle ne les ferait point baptiser sans son consentement. Elle prit toutes les mesures possibles, mais les assiégeants avaient des forces considérables, aussi repoussaient-ils
tout. les propositions de paix et ne doutaient pas que la place ne fût forcée à se rendre.
Olga, quand toute espérance semblait perdue, gardait toujours bon espoir et bon courage. Son imagination de Varègue était fertile en ressources. Après avoir reçu ses instructions, un jeune homme hardi sort de la ville, se mêle
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aux Petchenèqnes dont il parle la langue et tenant une bride à la main, demande partout des nouvelles de son cheval, qu'il disait échappé; puis, après avoir tout examiné, iltraverse le fleuve à la nage, parvient à rejoindre, le voiïwode Prétiez, qui commandait un corps de troupes de réserve.
Prétiez, bien renseigné, ne perd pas un instant et marche au secours de Kief. Il fait croire au chef des Petchenèques qu'il est suivi de près par Sviatoslof et, à force de ruses, parvient à lui persuader que s’il ne fait pas la paix avec la Russie, il aura à subir une terrible guerre. La paix si obstinément refusée à une femme est facilement conclue avec le général du conquérant de la Bulgarie. Des présents sont échangés; le chef petchenèque offre son cheval, son sabre et son arc à Prétiez qui lui donne en retour un harnais, un bouclier et une épée. Après cet échange de bons procédés et de paroles de paix, les Petchenèques, peu désireux de rencontrer l’armée triomphale du Grand Prince se hâtèrent de partir au plus vite.
Averti du danger qu'avaient. couru sa mère et ses enfants, Sviatoslof laissa tout pour aller se venger ; il poursuivit les Petchenèques et les châtia sévèrement.
Son désir de quitter Kief pour s'établir dans la capitale de la Bulgarie devenait de plus en plus vif; sa mère s'y opposait, elle ne pouvait se résoudre à l'idée d'abandonner Kief pour se créer une nouvelle patrie. Nestor reproduit les touchantes paroles adressées par elle à son fils. « Et moi, vas-tu m'abandonner aussi? Je suis très malade, et ton départ me donnera le coup de la mort. Attends un peu. Ensevelis-moi et puis tu iras où il te plaira. Du moins je n'aurai pas assisté à ton méchant et
fatal départ. » Elle mourut peu de temps après en 970.
Si Sviatoslof avait pu réaliser son projet et fixer sa capitale à Périaslavets, sa puissance se serait étendue de la Baltique aux Balkans, et avec une armée composée de Varègues scandinaves, de hordes de Finnois, de tribus diverses de Slaves, enfin de Bulgares armés comme les Romains, il aurait pu devenir formidable pour l’empire qui, déjà vermoulu, menaçait ruine de toutes parts.
Sviatoslof se hâta de revenir en Bulgarie ; il fut obligé d'en faire en quelque sorte une seconde fois la conquête.
La cour de Constantinople possédait en ce moment des généraux très habiles, notamment Zimiscès et Sclerus son beau-frère. Zimiscès avait assassiné l'empereur Nicéphore Phocas pour s'emparer de son trône. Il pensa que le voisinage des Russes était un danger qu'il fallait conjurer à tout prix. Il envoie des ambassadeurs à Sviatoslof pour lui demander la restitution du royaume de Bulgarie et l'exécution du traité passé entre les Russes et les Grecs.
Voici la fière réponse du grand prince : « Nous ne quitterons jamais un si beau pays avant que vous n'ayez racheté en beaux deniers comptant, les villes et les prisonniers qui sont en notre pouvoir. Grecs! si vous ne voulez pas subir cette condition, quittez l'Europe et retirez-vous en Asie ; vous êtes des femmes et nous sommes des hommes de sang. »
Zimiscès fit venir d’Asie quelques bonnes troupes, et Sclerus, qui les commandait, fut chargé de repousser les Russes. Sviatoslof était arrivé avant lui à la tête de 30,000 Russes, Bulgares, Petchenèques et Hongrois.
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Sclerus renfermé dans Andrinople, montra tant d’habileté contre les Petchenèques barbares, les fit tomber dans de tels pièges et les écrasa avec un tel courage, qu'on rapporte que, dans une grande bataille, il ne perdit que 25 hommes tandis que l'armée ennemie en perdit plus de 20,000.
Sviatoslof avait trouvé à se dérober dans ce pays cou-
vert de forêts, aux poursuites du vainqueur et lorsque
Sclerus quitta le pays, il resta maitre de la Bulgarie.
Zimiscès, après avoir pris des mesures pour couper aux Russes la retraite par la mer Noire, se mit en marche lui-même pour les combattre. Arrivé devant la ville importante de Parostlava, il attaque les Russes; il leur tue 8,000 hommes dans une de leurs sorties, commande l’assaut et prend la ville. Il y trouva prisonnier et gardant les marques de sa royauté l’ancien roi de Bulgarie, Boricès, auquel il fit bon accueil et lui affirma qu'il n’aait d’ennemis que les Russes. Huit mille braves s'étaient retirés dans le château qui était bien fortifié.
L'empereur marche lui-même à pied à la tête de ses soldats ; les Russes défendent la citadelle et périssent tous plutôt que de la rendre.
Le lendemain Zimiscès se remettait en campagne et Sviatoslof allait au-devant de lui. Leurs deux armées se rencontrèrent à Dorostat (Silistrie). D'après les historiens grecs, l’armée russe était de 60,000 hommes ; elle n'était que de 10,000 hommes selon Nestor. Terrible fut la bataille, Elle fut tellement acharnée que, suivant Le Beau, l'avantage passa douze fois d'une armée à l'autre.
Les Russes furent enfin battus. Plusieurs qui avaient été cernés par les ennemis, plutôt que de tomber en
leurs mains, se tuèrent eux-mêmes de leurs propres épées. « Ils croyaient, dit Léon le Diacre, que celui qui est tué dans une bataille deviendra dans l'autre monde l'esclave de celui qui l’a vaincu, aussi se poignardent-ils quand ils ont perdu tout espérance de vaincre ou de fuir et ils conserveront du moins la liberté dans la vie future. » Zimiscès, actif et habile, met le siège devant Drista et fait avancer sa flotte dans le Danube; ses vaisseaux étaient chargés de boulets qui auraient incendié les barques russes si on ne les eût mises en sûreté derrière les murs de la place. Les vivres manquaient aux assiégeants ; Sviatoslof, pendant une nuit d'orage, s’échappa audacieusement sur ses canots avec 2000 guerriers, fit le tour de la flotte grecque, alla ramasser du millet et du blé dans le village voisin, et tombant à l'improviste sur les Grecs, rentra heureusement en ville (1).
Zimiscès, pour éviter une grande bataille, offrit à Sviatoslof de tout terminer par un combat singulier. Le grand prince fit répondre à l’empereur : « Je ne le consulte pas sur ce j'ai à faire; s’il est ennuyé de la vie, il a mille moyens de s’en débarrasser. »
Le 20 juillet 971, une grande bataille fut livrée, et les Russes éprouvèrent une défaite sanglante. Les Grecs, en dépouillant le lendemain les morts laissés sur le champ de bataille, trouvèrent des cadavres de femmes habillées en hommes, qui s'étaient battues à côté de leurs maris.
Vaincus un jour, les Russes recommencaient le lendemain le combat. Le 25 juillet, Sviatoslof sort de la ville
(1) Rambaud, Histoire de la Russie, p. 53.
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dont il ferme les portes pour ôter aux fugitifs la possibilité d'y rentrer, et livre bataille avec son armée. L’'empereur eut besoin de toutes les ressources de son génie militaire et de toutes ses forces pour vaincré les Russes. Désireux d’éloigner à tout prix un ennemi si dangereux, il accepta les propositions de paix de Sviatoslof, Celui-ci offrait de rendre Drista avec tous ses prisonniers et d'évacuer la Bulgarie. 11 exigeait qu’on lui assurât sa retraite sans être inquiété, qu'on lui donnât des vivres, et que le commerce des Russes avec Constantinople continuât comme par le passé. Nestor a conservé les termes de cette capitulation. En contractant l'obligation de ne plus attaquer les Grecs, les Russes déclarent que, s'ils manquaient à leur serment, ils veulent devenir jaunes comme l'or et périr par leurs propres armes.
Zimiscès envoya un évêque aux Petchenèques pour leur demander de laisser aux Russes le passage libre dans le port, c’est ce que disent les historiens grecs. Sviatoslof se fia à cette recommandation; elle lui fut funeste. Les Barbares, avertis de la marche de son armée, l’attendirent près de Prorogues (cataractes du Dniéper) et tuèrent Sviatoslof; leur chef Kouria fit couper la tète au cadavre et se servit du crâne en guise de coupe.
Rambaud dit avec raison : « Sviatoslof, malgré son
nom slave, semble le véritable type des princes Varègues,
des Normands intrépides, rusés, aux vastes ambitions. » (1)
(1) Histoire de la Russie, p. 52.
I laissa plusieurs enfants, et Karamsin raconte comment il partagea ses États entre ses trois fils. Yaropolsk, l'ainé, régna à Kiel; Ôleg le second, chez les Drevliens; Vladimir le troisième, à Novgorod : Yaropolk n'avait, à ce qu'il parait, aucune autorité sur les apanages de ses frères. Chez les Varègues païens, le mariage n'était pas assez bien défini pour que l'on püt toujours saisir les nuances entre les fils légitimes et les enfants naturels. Vladimir, fils d'une servante, finit par réunir sous son
sceptre tous les États de son père, lorsqu'il eut tué son
frère Yaropolk qui avait tué son frère Oleg.
Nous avons vu avec quelle perfidie et quelle cruauté Olga vengea la mort de son époux et comment cette femme en devenant chrétienne mérita d’être classée à la tête des saints de la Russie.
Le premier roi chrétien, Vladimir, son petit-fils, commenca par être un barbare d’une immoralité et d'une férocité inouïes avant d’être Le fondateur du christianisme en Russie et l'époux de la sœur de l’empereur d'Orient.
Vladimir avait six femmes légitimes, 300 concubines à Novgorod, 300 près de Kiel, et 200 au bourg de Berestof. IL n'admettait pas qu'une femme dans ses États eût le droit de se soustraire à ses caprices. Il eut notamment des fils d'une Bulgare et d’une Bohémienne.
Il demanda la main de la belle Ragnéda, fiancée de son frère Yaropolk, à son père Rogvolod qui régnait à Politock. Ce prince ne-voulut: pas donner sa fille à célui qu'il traitait de fus. d'estlave,: : …
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Vladimir le tua, et épousa Ragnéda. Après avoir assouvi sa passion, il ne tarda pas à reléguer sa femme et le fils qu'elle lui avait donné, à Libèda près de Kiel.
Un jour, en passant à Libèda, il entra chez Ragnéda et s'endormit. La femme abandonnée, irritée de tant d'indifférence, et voulant se venger elle-même et venger la mort de son père, prit une arme pour poignarder son infidèle époux. Celui-ci se réveille, désarme sa femme et lui dit d'aller se placer sur un lit où elle va recevoir la mort de sa main. Ragnéda paraît prète à obéir, mais quand son mari arrive, il trouve avec la mère le petit enfant qu'il avait eu d’elle.
Vladimir se sentit ému par les caresses et par le remords. Il renvoya Ragnéda et son fils à la principauté enlevée à Rogvolod, et la leur rendit.
Vladimir avait les mœurs barbares des Normands, il avait aussi toute leur vigueur et leur habileté. Il poussa
les frontières de ses États jusqu'aux monts Ourals, dans
la Tauride et soumit la Galicie, la Lithuanie et la Livonie.
Sa puissance était grande; il eut assez d'intelligence pour comprendre que la religion sauvage de ses pères n'était plus en harmonie avec les mœurs de son temps. Il résolut d'en choisir une autre. Mais laquelle? L'islamisme, le judaïsme ou le christianisme? Il fit faire une enquête, prit conseil des boyards, et étudia sérieusement la question. L'islamisme lui déplut surtout parce 6] défendait le vin qui fait la joie des Russes.
Les Juifs, chassés de leur pays, menaient une vie errante, sans patrie et sans considération. Les pompes des cérémonies chrétiennes et le souvenir de son aïeule
le décidèrent à se faire baptiser ; mais ce n'est pas en pélerin dévot qu'il alla chercher le baptême comme Olga à Constantinople.
Il commença par s'emparer, les armes à la main, d’une ville chrétienne, Chersonesos, en Tauride (Crimée). Là, il s'approvisionna de tout ce qui lui était nécessaire pour l'installation du culte à Kief. Il fit prisonnier nn grand nombre de prêtres; il emporta comme butin les vases sacrés, les ornements sacerdotaux, les reliques, les objets religieux dont il dépouilla les églises de Chersonesos pour meubler celles qu'il allait faire bâtir.
Décidé à devenir franchement chrétien, il voulut une femme chrétienne. Il demanda à empereur d’Orient la main de sa sœur la princesse Anne, en le menacant en cas de refus, de marcher sur Constantinople.
Son baptème et son mariage avec la princesse grecque furent célébrés à l’église de Chersonesos, dont il emporta les belles portes d'airain à Novgorod comme souvenir de sa victoire et de sa conversion. Il rendit la ville à son beau-frère l’empereur Basile et se hâta d'aller procéder à la conversion générale de ses sujets. Il ne chercha pas à faire prècher l'Évangile par des missionnaires. C’eût été trop long et contraire à ses principes. Ses sujets ne dev: ent pas raisonner, mais obéir.
Il donne l’ordre à tous les Kiévains de se trouver à jour et heure fixes sur le bord du fleuve. Il fait ranger en ligne sur le rivage les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants. Il leur commande de se mettre tous nus dans l'eau et les prêtres alors confèrent à la foule en masse le baptème par immersion.
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Vladimir éprouva sans doute des remords en songeant à ses deux frères dont la mort violente avait agrandi sa puissance; il fit ouvrir leur tombe, et fit donner à leurs ossements un baptème posthume dont il n'existe pas sans doute un autre exemple.
Le prince devenu chrétien traita les dieux nationaux en vaincus. Péroun, le dieu du Tonnerre, était le plus redouté de tous. Son idole informe fut renversée, promenée dans les rues par douze hommes robustes qui, après l’avoir fouettée, la jetèrent à l’eau dans un lieu nommé encore la dégringolade du Diable.
Le 900° anniversaire du triomphe du christianisme en Russie aété célébré au mois de Juillet 1888 par des fêtes extraordinaires dans les pays où se trouvent des Slaves; les fôtes de Kief ont eu surtout un caractère grandiose. Des centaines, des milliers de pèlerins sont accourus dans la ville aux cent églises, de toutes les parties de l'empire russe, de la mer du Nord à la mer Noire; ilen est venu de Bulgarie, de Serbie, de Roumanie, de Monténégro, et si les Slaves d'Autriche ne sont pas arrivés à Kief, ils ont célébré avec pompe cette fête chez eux. Les pèlerins étaient transportés gratuitement dans toute l'étendue de la Russie et à Kief ils étaient pendant huit jours gratuitement logés.
Vladimir, après avoir cruellement frappé les païens qui faisaient résistance à ses ordres de conversion forcée, se montra vraiment chrétien dans sa conduite.
Le prince d’une immoralité scandaleuse, devint le modèle des époux. Le prince qui avait fait couler tant de sang, hésitait même à appliquer la peine de mort aux coupables, et pour vaincre sa répugnance à autoriser l’exé-
eution d'un homme, il fallut l'insistance des évêques qui lui firent comprendre que si la justice doit être rendue avec douceur, il est des cas où il est nécessaire qu'elle frappe les grands criminels pour intimider ceux qui voudraient les imiter.
Vladimir ne négligea rien pour adoucir les mœurs des populations à demi-barbares.
Il bâtit des églises, des couvents, des écoles.
Ce qui fut le plus difficile à faire accepter par ces populations ignorantes, ce fut l’art de lire et d'écrire que Vladimir avait à cœur de propager. « Ces nouveautés, dit Karamsine, parurent si effrayantes qu'il fallut trainer de force à l’école publique les enfants des femmes de distinction, car elles se croyaient perdues; l'écriture passait alors pour la plusdangereuse invention de la sorcellerie. »
Vladimir avait douze enfants et on lui a fait le reproche d'avoir affaibli son empire en le partageant entre ses fils.
Il faut, pour juger si ce reproche était mérité, se reporter aux mœurs du temps. Un prince donnait à un de ses enfants une ville pour satisfaire à sa dépense ; il préférait coniier à sa famille qu’à des étrangers le gouvernement des provinces où ilne pouvait pas exercer sa surveillance et faire respecter son autorité.
Rourik et ses fils avaient conservé la physionomie des anciens Varègues, maisque de changements s'opèrenttout à coup en Russie. Dans la période qui s'étend de 105%, date de la mort de Jarosiaf, jusqu’en 122%, année de l'apparition des Tartares , M. Pogudine énumère 64 principautés de différente durée , les rivalités de 293 princes, 82 guerres civiles, #6 invasions.
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Nousne pouvons plus avancer dans l'histoire de Russie ; peut-être aurions-nous dû revenir plus tôt aux vrais Vikings dans d’autres contrées.
Nous ne pouvous terminer cependant ce chapitre sans parler des Varègues qui vinrent s'établir à Constantinople, non pour attaquer les empereurs d'Orient, mais pour les servir et former leur garde.
Vladimir avait attiré près de lui des Normands, qui le servirent dans ses expéditions; ilen fut embarrassé lorsque, devenu chrétien, il perdit le goût des lointaines aventures. Ilengagea ces mercenaires à quitter le Nord, où ils ne trouvaient pour s'enrichir que des peaux d'écureuil, tandis que dans le midi ils trouveraient en abondance l'or et la soie.
Vladimir avait averti son beau-frère l'empereur des Grecs de l’arrivée des Varègues qu'il lui recommandait. Ces hommes intrépides gagnèrent chaque jour de plus en plus la faveur des empereurs qui les chargèrent de la gtrde de leur palais et de leurs personnes.
G'bhon dit que ces Varègues conservèrent à la cour de
Byzance, jusqu'aux dernières années de l’empire, une loyauté sans tache et l'usage de la langue danoise ou anglaise. L'épaule chargée de leurs longues haches de bataille à deux tranchants, ilsaccompagnaient l'empereur au temple, au sénat, et à l'hippodrome; c'était à leur garde fidèle qu’il devait la tranquillité de son sommeil et de ses festins ; les clefs du palais, du trésor et de la capitale,
reposaient dans leurs mains également sûres et courageuses (1). »
D'après Bonstetten , les Varangiens, qui vinrent du fond de la Scandinavie former la garde de l’empereur de Constantinople, étaient attirés par les fruits dont ils étaient si friands que dans la langue islandaise, parlée autrefois par tous les Scandinaves, on dit encore figiakasta (désirer des figues), pour dire désirer quelque chose avec passion.
Nous avons parlé de l’'étymologie des Varègues russes qui sont bien les mêmes que les Varangi de Byzance. Geyer (2) dit que ce mot dérive de Varingar qui dans
les langues septentrionales, signifie : soldats servant en vertu d'un trailé. On appelait Fœderati les soldats de la milice des Goths au service des Romains depuis Constantin le Grand.
Les Varègues prirent divers noms à Byzance : on leur donne en 935 ceux de Gargoni, de Barangi.
La première arme qu'ils portèrent, connue sous le nom de hache de guerre danoise, les fit appeler par les Grecs, xubwpous ( porteurs de hache). ;
Très intéressantes sont les recherches faites par les savants du Nord sur les Varègues byzantins, mais ce n’est qu'un détail dans le vaste sujet que nous avons à parcourir.
(1) Histoire dela Décadence de l'Empire romain, eh. 55. (2) Histoire de Suède, p. 174.
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