CHAPITRE VIT
invasions normandes. — Le fils de Regner Lodbrog. — Le roi saint Edmond martyr. — Alfred le Grand; ses revers, sa disparition, sa gloire et sa puissance. — Le roi anglais Ethelred, le danois Svend et le norvégien Olaf. — Saint-Barthélemy de Normands et la vengeance. — Svend et Thurechill. — Horrible mort de saint Elphège, — Partage du royaume d'Angleterre. — Canut le Grand. — Les Normands en Écosse. — Macbeth.
Les Scandinaves du nord étaient voisins des Slaves; Ceux du midi, les Danois surtout, avaient des relations
avec les Iles Britanniques qu'ils désolèrent souvent par
leurs pirateries.
Nous ne remonterons pas aux temps antérieurs au huitième siècle.
L'’Angleterre était divisée en 7 royaumes anglo-saxons. Les rois de Kent, de Northumberland et de Mercie parurent devoir l'emporter sur les autres, mais Egbert, roi de Wessex et de Sussex, finit par conquérir la prépondérance sur tous.
Egbert était le seul prince qui descendit d'Odin. Il avait fait ses premières armes, durant trois ans dans l’armée de Charlemagne.
’ar sa politique, ses lumières etses victoires, il acquit une telle supériorité sur les princes rivaux que des
historiens l'ont regardé comme le premier roi d'Angleterre, titre qui lui est refusé par Lingard.
Au mortent, où il comptait jouir en paix de sa puissance, Egbert se vit tout à coup aux prises avec un ennemi imprévu. L'histoire constate trois invasions normandes en Angleterre durant le cours du huitième siècle.
En 787, des Normands, avec trois vaisseaux, firent une descente à l'un des ports de la côte orientale de la Grande- Bretagne. Un magistrat du pays vint demander à ces étrangers leurs noms et leur nationalité. Les Normands pour toute réponse, le tuèrent, mirent tout à feu et à sang et disparurent en emportant un riche butin. Ils revinrent bientôt plus nombreux. Ils enrôlèrent des indigènes en exploitant leurs antipathies contre les Saxons et réunirent une armée assez forte pour inquiéter Egbert.
Celui-ci se mitlui-même à la tète de ses troupes et remporta une complète victoire qui releva la gloire de ses armes.
Les Bretons révoltés se soumirent, les Normands vaineus se réfugièrent dans leurs vaisseaux et prirent lelarge.
Egbert mourut en 836, son fils et successeur Ethelwulf est diversement jugé; les uns le représentent comme plus propre à porter le capuchon du moine que la couronne de roi; les autres disent qu'il ne manquait ni de capacité ni de valeur. Les Normands devenaient de jour en jour plus redoutables, et leurs invasions plus fréquentes. Le roi fit établir dans des districts maritimes des officiers chargés, à la première apparition des vikings, de donner l'alarme, de réunir des forces pour s'opposer au débarquement et arrêter la marche de l'ennemi, dont les escadres en 837 entouraient l’île. L'une de ces escadres fut
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battue à Southampton, mais l’autre fit beaucoup de mal
ettriompha à Portland.
En 839, trois terribles batailles furent livrées à Londres, à Rochester et à Canterbury, Ethelwulf lui-même éprouva une défaite à Charmouth; les Barbares ne possédaient alors que 35 navires. Lorsque les Normands étaient le plus redoutés, on les vit tout à coup s'éloigner de l’Angleterre ; ils allaient faire des excursions en France.
Ils reparurent en 851, au moment où l'on commencait à les oublier. Une flotte de 350 voiles remonta la Tamise. Toute la valeur du roi de Mercie ne put sauver Londres et Canterbury, ni leur épargner les horreurs du pillage.
Lesvainqueursseretiraient chargés de riches dépouilles, mais ils eurent de grands combats à soutenir, de rudes échecs à essuyer. Ils furent tellement écrasés par Ethelwulf qu'on à dit que dans aucun temps ni dans aucun pays les Normands n'éprouvèrent jamais des pertes pareilles. Battus aussi par le roi de Kent, ils disparurent et en Angleterre cette année fut appelée : l’année prospère.
En 86%, sous le règne d’Ethelred, les Normands surprirent la ville de Winchester qu'ils saccagèrent et une de leurs escadres attaqua l'ile de Thanek Les habitants de Kent pour échapper au pillage offrirent une somme d'argent, « mais, dit Lingard, les hommes du Nord n'’eurent pas plutôt recu l'argent qu'ils se moquèrent de la crédulité des Saxons, et la moitié de la province de l'Est fut pillée et dévastée par ces hommes sans foi. »
C'est vers cette époque que Lingard place les expéditions et la mort de Regner Lodbrog, dont nous avons raconté l’histoire et la légende. Regner, dit-il, se consolait dans ses derniers moments dans l'espoir que les petits du
sanglier vengeraient sa mort. Il ne se trompa point; les parents, les amis, les admirateurs de Lodbrog accoururent en foule sous la bannière de ses fils, et huit rois de mer avec vingt earls ou comtes réunirent leurs forces dans le double but du pillage et de la vengeance.
Ungvar et Ubbo, fils de Lodbrog se rendirent maitres d'une partie de l'Angleterre et tentèrent de la conquérir en entier. Ils se divisèrent en deux corps d'armée : l'un s'établit à Yorck et s’occupa de faire cultiver les terres qu'on laissait incultes de crainte que la moisson ne füt recueillie par Normands; l’autre corps d'armée (c'était le plus considérable) se mit en n :che ver le Sud et prit Nottingham.
Les populations se soulevaient en masse contre ces étrangers tombant sur eux comme un fléau du ciel, mais ce qui les effrayait, c'était moins la bravoure des Septentrionaux que leur férocité contre les prètres les plus vénérés et la violation impie de tout ce qu'il y avait de plus sacré.
Débarqués à l’improviste, massacrant tout, ravageant tout sur leur passage, les fils de Lodbrog, dans leur marche silencieuse, la nuit, à la clarté des incendies, commettaient des horreurs surtout dans les couvents. L'abbé du monastère de Coyland eut la tête tranchée sur les marches de l'autel, tous les religieux furent immolés sans pitié; tout fut pillé.
Ungvar fut blessé en voulant prendre d’assaut Medeshamsled. Ubbo pénétra dans la ville et, pour venger la blessure faite à son frère, égorgea de sa main dans une
abbaye où ils avaient cherché un refuge , des femmes, des enfants, l'abbé et 84 moines.
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Le leurs tenir
Après s'ètre emparé de Hungdington, les Normands
passèrent dans l'ile d'Ely où les religieux du monastère
furent victimes de leurs outrages et de leur barbarie. Les chefs du pays semblaient frappés de stupeur devant ces envahisseurs inconnus et n'osaient plus résister, craignant par la résistance, d'accroitre leur furie. Le roi Edmond voyant ses forces inférieures à celles de l'ennemi, licencia ses troupes et allait chercher un asile dans un de ses châteaux-forts, lorsqu'il fut arrèté par les Normands et conduit enchainé devant le chef Ungvar. Le royal “aptif ne voulut jamais consentir à des propositions contraires à la religion et à l'honneur. Son supplice fut affreux : attaché nu à un arbre, flagellé, criblé de flèches aux bras et aux jambes, il souffrit longtemps avant qu'on ne lui tranchât la tête. Martyr de son inébranlable fermeté dans le devoir, Edmond fut placé parmi les saints dignes de la vénération des siècles.
Alfred, qui mérita plus tard le surnom de grand, avait succédé à son frère Éthelred comme roi des West-Saxons. Il avait à peine terminé la cérémonie des funérailles de son prédécesseur, que les Normands, dont il avait déjà triomphé dans une bataille, reparurent. Ils n'étaient jamais plus terribles que lorsqu'ils avaient une revanche à prendre. Alfred, malgré l’impétuosité de son attaque, son courage, son génie militaire, comprit qu'il lui était impossible par la force de débarrasser le pays de ces envahisseurs redoutables; il traita avec eux, marchanda et acheta leur départ à prix d'argent.
Les Normands promirent de s'éloigner et de cesser leurs ravages, mais ils étaient fort peu scrupuleux de tenir longtemps leurs promesses, et lorsqu'ils trouvaient
une proie facile à saisir, ils profitaient de l’occasion. Ils recherchaient surtout les riches monastères. Malgré leur traité avec le roi de Mercie, ils n'épargnèrent pas l’abbaye qui était la plus chère à ce prince, celle de Repton. qui renfermait les sépultures des princes du pays. Les tombes furent violées: tout fut pillé, tout fut ensuite livré aux flammes (87%).
Le roi de Mercie Burhred, se sentant dans l’impossibilité de résister à trois terribles vikings Gothrun, Oskytal et Amund, déserta son trône, et accompagné de sa femme Ethelswithe, partit pour Rome en pèlerinage. Ils moururent tous deux dans ce long voyage.
Les Normands placèrent sur le trône vacant de Mercie, un thane du pays qu'ils soutinrent tant qu'il ne fut que l'agent de leur rapacité, et qu'ils massacrèrent lorsqu'il osa résister à leurs exigences.
En 875, les Normands étaient maitres de presque tout le territoire des Anglo-Saxons. Ils passaient l'hiver dans leur pays et le printemps ils recommencçaient leurs courses dévastatrices, massacrant, pillant, incendiant et jetant une telle terreur partout, que pour échapper à leur luxure, si elles ne pouvaient échapper à leur cruauté, lesreligieuses se mutilaient elles-mêmes la figure afin de paraitre hideuses à leurs yeux.
Les envahisseurs étrangers disparaissaient tout à coup d'une contrée pour fondre sur une autre. Ils savaient se fortifier dans les places, et les Saxons étaient fort arriérés dans l'art de faire un siège.
Le roi Alfred chercha à négocier la paix avec les ennemis qu'il ne pouvait vaincre; mais ne se fiant point à leur parole, il exigea des otages et un double serment :
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l'un sur leurs bracelets consacrés à Odin, l’autre sur les saintes reliques. Il eut beau prendre toutes les précautions, une nuit, les vikings surprennent la cavalerie saxonne, tuent les hommes, s'emparent des chevaux et dans une course rapide, vont attaquer Excter et s’en rendent maitres.
Alfred, désolé de ne pouvoir les déloger d'Exeter, cherchait dans son esprit le moyen de délivrer sa patrie des invasions étrangères.
Pour vaincre les vikings, il vouiut les imiter. Il équipa en 875, quelques vaisseaux qu’il confia à des : venturiers, à des mercenaires, qui attaquaient les navires danois et exerçaient une véritable piraterie contre les pirates. Ils furent trèsutiles à Alfred qui assiégeait Exeter, en achevani de détruire la flotte danoise, assaillie et dispersée par la tempête lorsqu'elle allait au secours de la ville assiégée. Le terrible viking Gothrun perdit cent vingt voileset fut obligé de faire un traité sérieux et de se retirer en Mercie. Là, il se livra à la culture des terres qu'il distribuait à ses vétérans; mais au moment où il semblait occupé de projets
pacifiques, il organisait un plan de guerre pour s'emparer
du dernier des sept petits royaumes saxons. Pendant l'hiver, dans une saison où l’on ne faisait jamzis la guerre, le 6 janvier 878, il donne rendez-vous la nuit, dans un lieu désigné, à ses hommes, qui vinrent le rejoindre à cheval. Cette armée improvisée attaqua de toutes parts les Saxons qui se croyaient en paix.
Alfred envoya aussitôt par la ville et les hameaux les messagers de guerre, portant une flèche et une épée nue, et criant : « Au nom du roi et de la patrie en danger,
que quiconque ne veut pas étre tenu pour un homme
de rien (un nithing), sorte de sa maison et accoure! » Comme personne ne répondit à l'appel, Alfred, dans son désespoir, avait résolu de se précipiter sur les ennemis
et de périr les armes à la main. Cédant à de sages con-
seils, il se décida à abandonner une lutte dans ce moment impossible, et à disparaitre de la scène politique afin d'attendre des jours meilleurs.
A travers les bois et les marais, ce prince, qui avait la bravoure d'un héros et le génie d’un grand roi, chercha une chaumière où il put cacher sa vie. Il fut accueilli chez un pauvre porcher qu'il aidait dans son humble ménage. La femme du porcher, dans l'absence de son mari. le chargea un jour de surveiller la cuisson du pain qu’e le avait mis au four. Alfred, qui sous l’apparence de l’oisiveté avait toujours la tête en travail, s'occupa mal de la mission qui lui avait été confiée et laissa brûler le pain. La décharge d’injures féminines que lui attira sa négligence était un souvenir qu'il aimait à ra. onter, et son biographe, Asse, a mis en vers cette anecdote.
Les Danois, qui avaient été décus dans leur espoir de s'emparer d'Alfred, ne manquèrent pas de profiter de sa disparition. Pour calmer leur férocité, de tous côtés on se soumettait à leur puissance, et le comté de Sommerset fut le seul qui resta fidèle au roi.
Quelques mois s’écoulèrent sans que personne ne songet à retrouver le monarque perdu. Cependant, quelques amis découvrirent la retraite d'Alfred, qui était trop préoccupé de la situation de son malheureux pays pour ne pas essayer d'avoir quelque nouvelle de ce qui se passait. Il apprit que les envahisseurs étaient redoutés par leur oppression, mais que leur joug était trouvé si
terre l'ent Des parts la vic plus :
des $ l’éten corbe vol d défai ailes en pl Al trie.
bata toire roi,
re! » lourd, que le désir de le secouer devenait de jour en jour dans plus vif dans le cœur de ses sujets.
1emis Alfred, pour se mettre à l'abri de toute surprise, se | COn- posta dans un ilot, au milieu de bois et de marais, avec : O= quelques braves compagnons dont le nombre grossit tique chaque jour. Tantôt travesti en skalde, mettant à profit toutes les ressources d'une imagination brillante de vrai ait la poète, il osait s’introduire chez ses ennemis pour étudier rcha par lui-même leurs forces réelles; tantôt le roi héros, eilli transformé en bandit guettait les Normands au passage, mé- fondait sur eux et pillait les pillards.
ri. le Les amis du roi accouraient en foule auprès de lui; au € le point que trouvant son ilot trop petit, Alfred le relia à la oisi- terre ferme par un pont de bois dont un fort défendait le la l'entrée.
ain. Des braves, fidèl:s à sa cause, s'armaient de toutes gli- parts; l'un d'eux, l’ealdoman Odun, finit par remporter son la victoire. Dans le butin recueilli après un combat des D plus acharnés se trouvait le reafan, auquel la superstition » de des Scandinaves prêtait une grande importance : c'était e Sa l'étendard du Corbeau, tissé par les filles de Lodbrog. Le on corbeau jouait un rôle dans la mythologie d'Odin, et le rset vol de cet oiseau passait pour prédire la victoire ou la défaite : c'était un bon présage, si le corbeau battait des on- ailes; c'était un présage funeste, s’il paraissait immobile ues en planant dans les airs.
"0p Alfred se posait en vengeur, en libérateur de la papur trie. Il parvint à réunir une armée considérable et livra se bataille au terrible chef de Normands Gothrun. La vicés toire longtemps indécise se déclara enfin en faveur du
roi, qui sut en profiter en rendant aux vaincus la fuite
impossible, pour les obliger à capituler. Depuis longtemps Alfred et Gothrun, qui avaient l'âme assez élevée pour se bien juger, éprouvaient une grande admiration lun pour l’autre. La paix fut conclue entre eux et loyalement
observée. Gothrun se fit baptiser et eut Alfred pour par-
rain. Ils se reconnurent rois tous deux et la Tamise marqua les limites de leurs États. Ils cherchèrent à bien vivre ensemble en mettant de l'harmonie dans les institutions politiques et religieuses des deux royaumes.
Alfred, après avoir procuré au pays de Wessex les avantages de la paix, mérita le titre de grand par la sagesse de son administration autant qu'il l'avait mérité par ses victoires. Il acquit une grande autorité sur les petits rois qui régnaient encore en Angleterre, et tous finirent, pour obtenir sa protection, par lui rendre hommage.
Gothrun résista aux sollicitations des Danois, qui voulaient lui faire reprendre les armes contre Alfred; mais la position honorée et paisible de ce viking devenu roi, excita un autre viking, le célèbre Hasting (dont nous dirons les aventures en France et en Italie), à chercher aussi à conquérir un royaume en Angleterre, Hasting comprit bientôt qu'il lui était impossible de soutenir la lutte contre un guerrier aussi habile et aussi brave qu'Alfred. Avant de s'éloigner, il se fit remettre une somme d'arge:::; il eut l'air de vouloir se faire chrétien, et organisa un complot qui devait éclater pendant la cérémonie du baptème de ses enfants. Ce comploi fut déjoué et Hasting partit pour aller chercher ailleurs un homme plus facile à vaincre et à (tromper qu'Alfred. Ce grand roi ne parvenait pas à chasser un viking qu'il n’en vitapparaitre aus-
resta Il m sans le te atta il y nois effr étai sert seig leu:
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sitôt un autre. Il prit des mesures pour rendre les débarquements des Normands difficiles et pour les combattre lui-même par des manœuvres habiles et des attaques soudaines.
Alfred le Grand mourut le 26 octobre 900 ou 901. Édouard, son fils, prit la couronne, mais elle lui fut disputée par son neveu Ethelwald. Celui-ci était fils d'un
frère ainé d'Edouard, décédé avant le roi son père, et
prétendait que par droit de représentation, il était l'hérilier légitime du trône.
Repoussé parles Saxons, Ethelwald alla chez les Danois chercher un appui qu'il ne craignit pas d'acheter, et prix de sa conscience et de son honneur, en devenant idolâtre et en se servant des ennemis de sa patrie pour salisfaire son ambition.
Édouard soutint contre lui de nombreux enmbats et resta vainqueur dans une bataille où Ethelwald périt. Il montra autant de sagesse que de courage en étendant sans cesse ses États par des empiètements progressifs sur le territoire ennemi. I s'assurait un district, avant d'en attaquer un autre, Dès qu'il s'étaitemparé d'une contrée, il y élevait des forteresses si bien défendues que les Danois ne pouvaient s'en emparer. Enfin les Normands, effrayés par de constants échecs, virent bien qu’Édouard était le plus fort, ils se soumirent à lui, lui prètèrent serment de fidélité et le reconnurent pour leur lord ou seigneur, Les Danois et les Anglais du Nord firent aussi leur soumission; les rois des Écossais et des Strathclydes bretons le choisirent pour leur lord et leur pére. Édouard mourut en 925, après avoir acquis la prépondérance sur tous les princes voisins.
Athelstan son fils monta sur le trône et il est regardé comme le premier roi d'Angleterre.
Pendant qu'il croyait la paix assurée, il découvrit que les amis d’un prince du sang, nommé Alfred, avaient ourdi un complot pour lui ôter la vie et la couronne. Alfred, lorsque la conspiration fut déjouée, nia toute participation à ce crime, et voulut prouver son innocence par serment. D’après la législation du temps, ce moyen de justification fut admis, le serment devait ètre fait soleanellement à Rome; avant qu’Alfred ne l’eût prèté, il vint à mourir. Ii n’est pas rare à cette époque de voir les ennemis des chefs puissants mourir à propos.
Sightric, roi danois de la Northumbrie, reconnut qu'il lui serait plus avantageux de bien vivre avec un puissant voisin que d’être en guerre contre lui. Il épousa la sœur d’Athelstan, après avoir recu le baptème, et l’année suivante il vint à mourir. Athelstan joignit la Northumbrie à ses États; c'était un grand prince, adoré de ses sujets et jouissant d'une haute considération en Europe; une de ses sœurs épousa (thon, fils de l'empereur Henri l'Oiseleur, et une autre, Louis, prince d'Aquitaine ; il mourut en 940 et laissa le trône à son frère Edmond.
Des peuples différents de races : des Bretons, des Saxons, des Northumbres, des païens septentrionaux, occupaient l'Angleterre, et la guerre était permanente entre les princes d'origine diverse. Les aventuriers, les Normands étaient accueillis par les uns, combattus par
les autres. Edmond céda en toute souveraineté au Danois Auloff les provinces situées au nord de Walling Street, mais dès que Auloff vint à mourir, le roi d'Angleterre reprit en 9%1 ce qu'il avait cédé.
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Edmond ne régna que 6 ans, son successeur Edred fit en 946, la conquête définitive de la Northumbrie. Éric, exilé de la Norvège par son frère, parcourait les mers avec des Normands; il se fit proclamer roi par les Northumbres dès qu'Edred se fut éloigné du pays. Son triomphe fut court et sa fin misérable.
Après Edred et son successeur Edwy, le roi Edgard eut un règne tranquille. Chaque année lorsque les vikings sortaient au printemps pour aller chercher aventures, une flotte de 360 voiles, divisée en 3 escadres, protégeait les côtes et lui-même commandant tour à tour chacune des escadres surveillait les mers. Les Normands furent intimidés par les mesures prises contre eux, et jugèrent préférable d'aller ravager à l’improviste des contrées qui n'étaient pas si bien sur leurs gardes.
Les premiers vikings comptaient beaucoup sur la terreur qu'ils inspiraient par leur aspect étrange de barbares, venant des régions inconnues. On finit par se familiariser avec ces hommes du Nord. à se prémunir contre leurs surprises, leurs ruses, et la soudaineté de leur attaque. Les progrès du christianisme tendaient à l’adoucissement des mœurs et aux progrès de tous les arts, même de celui de la guerre. Les invasions devenaient plus rares à mesure qu'elles devenaient plus périlleuses et la vie errante de viking commencait à avoir moins de charme que la vie sédentaire d’un prince gouvernant en paix un pays fertile.
Des Normands qui débarquaient en Angleterre ne s’aventuraient plus qu'avec des forces considérables. Ils reparurent en 980; puis, en 991 commandés par des chefs redoutables, ils firent des ravages qu'on ne put
faire cesser qu’en leur payant dix mille livres d’argent.
Les succès des Normands grossissaient leur parti; souvent ceux qui élaien‘ envoyés pour les combattre trouvèrent plus avantageux de s'associer à leur vie de pillage. En l'année 992, le gouverneur de Mercie, chargé d'attaquer une escadre danoise, partit avec elle, et la suivit. L’année suivante (993), les Danois passèrent du sud au nord de l'Angleterre, et ramassèrent tant de butin, que trois chefs envoyés contre les envahisseurs passèrent dans leurs rangs.
Le roi Ethelred, surnommé l'indécis, était plus redouté de ses sujets parce qu'il était cruel que de ses ennemis, parce qu'il était lâche.
Deux invasions redoutables commandés par le Danois Svend et un Norvégien Tryggvasson vinrent jeter l'épouvante en Angleterre.
Svend (en latin Sueno d'où vient le nom français Suénon) avait été proclamé roi de Danemark maigré la résistance du parti chrétien qui était encore le plus faible. |
Les Danois, qui avaient tenu un rang considérable parmi les Normands, avaient pris partaux expéditions loin taines, mais la conquête de l'Angleterre avait été toujours l'objet de leur convoitise et de leur ambition. Pendant plus de deux siècles, ils avaient souvent fait de terribles incursions dans la Grande-Bretagne et l'on a vu qu'ils avaient fondé des États dans la Northumbrie et l'Est-Anglie. Rétablir leur puissance presque anéantie par Alfred le Grand, et profiter de la faiblesse d’Ethelret pour conquérir son royaume était le rêve de Svend. Dans la cé-
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rémonie des funérailles solennelles, il était d'usage de s'engager à quelque grande entreprise en l'honneur de la mémoire du défunt; Svend un jour, dans un banquet funèbre, prit l'engagement de se rendre maitre de l'Angleterre.
Olaf, fils de Tryggva, s'associa à Svend. Nous avons dit déjà la part qu'il prit à la propagation du christianisme en Norvège, lorsqu'il fut converti et maitre du royaume. Les Danois et les Norvégiens formèrent une confédération et, avec 9% navires, ils entrèrent dans la Tamise pour attaquer la ville de Londres; ils éprouvèrent un sanglant échec dont ils se consolèrent en pillant les
riches contrées du voisinage.
Ethelred, au lieu de se mettre à la tète de son armée pour tirer une vengeance exemplaire des ravages faits par les Danois, leur offrit, pour s’en débarrasser, une
somme de 16,000 livres et des quartiers d'hiver à Southampton.
Olaf reçut la confirmation de la main de l'évèque de Winchester et promit de ne plus combattre les chrétiens.
Svend ne pardonna pas à son compagnon d'armes ce qu'il appelait une défection, 1l lui fit une guerre qui ne finit que par la mort d'Olaf.
Les Normands, après s'être enrichis en ruinant le pays, trouvaient commode de se faire payer comme s'ils avaient bien mérité du roi.
Ethelred, toujours faible envers ceux qui étaient forts, rechercha l'amitié des Danois, leur fit des avances ; leur promit encore 24,000 livres, et se maria en l’année 1002, avec Emma, fille de Richard, duc de Normandie. Pendant qu'il semblait si désireux de gagner les bonnes
grâces des Normands, il méditait contre eux un projet horrible.
Le 13 novembre, il ordonna le massacre général, sans pitié, à l’improviste de tous ceux qui se trouvaient dans ses États, hommes, femmes, enfants et vieillards. L'horreur de cette sanglante tragédie fut aggravée par des épisodes barbares; les bourreaux égorgeaient les victimes jusqu'aux pieds des autels où elles cherchaient asile et personne ne fut épargné, pas mème la sœur de Svend, Gunhilda qui avait embrassé le christianisme et épousé un Normand naturalisé en Angleterre.
Sur l'ordre d'Edrie, favori du roi, l'intéressante princesse, avant d'être frappée elle-mème, dut souffrir l'horrible supplice de voir immoler sous ses yeux son mari et ses enfants. Dans son agonie, l’infortunée prédit que ce massacrene resterait pas impuni et que les représailles seraient terribles.
La vengeance fut prompte. En 1003, Svend réappaaissait avec des forces considérables. Ethelred était détesté, et plusieurs de ceux qui lui étaient soumis le trahirent, favorisèrent ses ennemis et leur laissèrent commettre des ravages qu'ils auraient pu empècher ou prévenir.
Svend pillait tout ce qu'il pouvait emporter et brülait le reste. Il ne disparaissait l'hiver que pour reparaitre au printemps; ce n’est qu'après avoir satisfait sa vengeance qu'en 1007, il consentit à promettre la paix qui lui fut payée 36,000 livres. On s'étonne de voir en Angleterre et en France tant de traités de ce genre, si souvent renouvelés, après avoir été si souvent violés par les Normands. Comment tant d'argent a-t-1l été donné aux
pillé forte péri
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L'a ratior sa vil au lie celles milie carna la go les or prodi sa vi
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aux
pillards au lieu d’être employé à former des armées assez fortes pour lés chasser? On ne songeaït qu'à éloigner les périls du jour, sans souci de ceux du lendemain.
Svend parut vouloir tenir sa parole, mais à sa place, et avec son aide, on vit bientôt arriver un viking terrible, Thurchill, dont les massacres etles incendiessignalèrent la présence.
Durant trois ans, dans trois expéditions dirigées vers des points différents, Thurchill parcourut les plus riches contrées, saccageant tout, pillant tout, et massacrant sans pitié les malheureux affolés qu'il rencontrait fuyant àson approche. Un écrivain danois moderne à prétendu que les Danois anciens ne commettaient guère d'actes de barbarie et de férocité. Racontons la prise et la destruction de la cité importante de Canterbury.
L'archevèque Elphège jouissait d’une grande vénération bien méritée par ses hautes vertus. Lorsqu'il voit sa ville épiscopale au pouvoir des barbares, Elphège, au lieu de fuir pour sauver sa vie, ne songe qu'à sauver celles des malheureux qu’on va égorger ; il se jette au milieu des ennemis sans pitié, il les supplie d’arrèter le carnage. Pour étouffer sa voix, les Danois le saisissent à la gorge, lui lient les mains, lui déchirent les joues avec les ongles, le meurtrissent à coups de poings. Ils lui prodiguent tous les supplices en ayant soin d’épargner sa vie.
Il est trainé dans sa cathédrale pour le faire assister à un épouvantable spectacle. L'église était encombrée de prètres, de moines, de femmes et d'enfants qui avaient cherché asile dans le lieu saint. Des fagots avaient été entassés contre les murailles ; on y met le feu avec des cris
de joie et des hurlements sauvages. Les flammes gagnent le toit qui s'écroule en faisant tomber des poutres brülantes, et couler du plomb fondu sur les malheureux réfugiés dans l’église. Ils sont obligés de fuir, mais à mesure qu'ils sortent, les Normands les égorgent sous les yeux de l’archevèque auquel ïls tiennent à faire contempler tous les détails de cette horrible boucherie.
Elphège eût préféré mourir que d'être témoin des horreurs de cette journée, où sa cathédrale fut livrée aux flammes, où mille hommes périrent, sans compter les femmes et les enfants égorgés sous ses yeux.
Les Normands l'enfermèrent ensuite dans un cachot immonde; ils croyaient l'avoir terrifié et espéraient, à force de tortures, l'obliger à racheter sa vie par le payement d’une rançon fixée à 3,000 livres. L'intrépide vieillard répondait à leurs instances : « Vous me pressez en vain; je ne suis pas homme à fournir aux diners des païens de la chair de chrétien à dévorer, et ce serait le faire que de vous livrer ce qui est destiné à nourrir les pauvres. »
« Un jour, ditle savant Dozy (1), que tous les Normands avaient reçu de Danemark des tonneaux de vin, dont ils
burent largement, ne sachant que faire pour s'amuser. après le repas, ils firent venir le vieillard. « De l'or, lui crie-t-on de toutes parts, du plus loin q:'on l’apercut, ou nous allons te faire jouer un rôle qui te rendra fameux dans le monde. »
« Mal inspiré, et ignorant probablement qu'ils étaient
(1) Recherches sur l'histoire et la littérature de l'Espagne pendant le moyen âge ; 1. EI, p. 320 et suiv.
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ivres, l’évêque eut la maladresse de les sermonner, de leur offrir l'or de la parole divine, conime il disait, et de les menacer d’une mort terrible au c&s où ils oseraient attenter à ses jours. À peine eut-il fini de parler que les Normands se mirent à rugir comme des bètes féroces. L'un lui jeta un os, l’autre une”pierre, un troisième une tète de bœuf. Le malheureux vieillard tomba à terre et, maltraité de la manière la plus brutale et la plus ignoble, il dut bénir le ciel lorsqu'un Danois, auquel il avait conféré le baptème, lui donna par compassion le coup de grâce le 19 avril 1012. »
Ce récit, qui pourrait ètre suivi de plusieurs faits semblables peint bien les mœurs des barbares normands.
Ethelred, comme s’il eût voulu récompenser Thurchill d'avoir ravagé la plupart des treize comtés, lui donna 8,000 livres et l’admit dans son amitié. Les Normands jurèrent fidélité au roi et plusieurs s'établirent en Angleterre.
Svend, irrité de cette alliance de Thurchill avec ceux qu'il s'était chargé de combattre, reprit lui-même le projet de conquète de l'Angleterre. Il alla assiéger Londres, mais la ville était bien défendue par le roi et par Thurchill. Quoique moins heureux dans le siège d’une grande cité fortifiée que dans son expédition dévastatrice dans les campagnes, le roi de Danemark fit tant de mal dans le pays qu'il fut proclamé roi des Anglais. Ethelred crut prudent de se retirer auprès de son beau-frère Richard, duc de Normandie. Il avait à peine abandonné son trône, qu'il crut le moment favorable pour le reprendre, lorsqu'il apprit la mort imprévue de Svend au commencement de février 101%. Les Anglais, animés d’un sen-
timent patriotique se hâtèrent de secouer le joug du jeune fils de Svend, Canut (1), qui devait mériter un jour le titre de Grand mais qui n'avait pas encore pu se faire connaitre.
Ethelred fut reçu en Angleterre avec enthousiasme; il chercha à se concilier l'affection des Thanes ou seigneurs anglais, et organisa une armée dont la supériorité sur l’armée danoise était considérable. Canut crut prudent de fuir; il partit sans se soucier du sort de ses amis, avec une escadre de soixante vaisseaux. Ethelred, au lieu de chercher à gagner le parti du roi fugitif, ne chercha qu'à se venger et donna l’ordre de passer au fil de l'épée tous les habitants d'origine danoise.
Les cruautés du roi et des nobles excitèrent des représailles cruelles. Canut, qui avait des otages choisis dans la haute noblesse anglaise, les renvoya à leurs familles affreusement mutilés, les oreilles, es mains et le nez Coupés.
La fuite des Danois permettait aux Anglais de prendre des mesures contre leur retour, mais Ethelred perdit le temps à se faire des ennemis par des massacres odieux. Pour se défaire des thanes d'extraction danoise, tout lui semblait permis; et lorsqu'il n'osait pas les faire arrêter, il avait recours à la perfidie et au poignard de l'assassin. |
Son fils Edric invita un jour à diner Sigeferth et Morcar, chefs des Sept-Bourgs et pendant le repas, des hommes armés les massacrèrent. Des amis de ces lords puis-
(1) Knud était le vrai nom; on le traduit en latin Canutius, d'où vient le nom français de Canut.
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LES NORMANDS EN ANGLETERRE, sants se réfugièrent dans une église et pour les faire périr dans les flammes, l'église fut brülée.
Ethelred souleva des inimitiés jusque dans sa famille.
Il était aussi barbare pour ceux qu'il pouvait abattre que
faible envers ceux dont il redoutait la puissance. Son fils ainé Edmond lui demanda les deux comtés de Sigeferth et de Morcar; il le traita si mal qu'Edmond retira d'un monastère où on l'avait enfermée, Algive, veuve de Sigeferth, et se fit reconnaitre, grâce à elle, pour chef des habitants des Sept-Bourgs (1).
Ethelred vit que son fils était assez fort pour le braver ; il avait résisté à ses prières, il céda à ses outrages.
Thurchill se fit payer comme prix de ses services passés 20,000 livres, et quitta un roi faible et perfide pour aller rejoindre un roi fort, son souverain naturel. Il rentra en grâce auprès de Canut et la grande entreprise d’envahir l'Angleterre entière fut organisée avec le concours de tout ce que le roi de Danemark put réunir de braves guerriers. L'or ne manquait pas aux vikings riches du butin conquis depuis tant d'années dans les plus opulentes contrées de l’Europe.
Aussi avec quels termes pompeux les écrivains du Nord font-ils la description de la flotte de Canut qui se composait, disent les vieux chroniqueurs, de mille navires, chiffre fort réduit par les auteurs modernes.
Parmi les guerriers partant pour la conquête de l’Angleterre, il n’y en avait pas qui ne fût de noble race, qui n’eût fait ses preuves de bravoure, qui ne fût ca-
(1) On appelait Fif-Burghers les habitants de Leicester, Stamfort, Derby, Nottingham et Lincoln.
pable de lutter à la course contre le cheval le plus rapide.
Thurchill débarqua le premier, prèt à combattre avec énergie contre celui pour lequel il avait naguère combattu. Edmond avait rassemblé une armée; Edric une autre. Ils ne s'entendirent pas, et Edric passa dans les rangs de Canut.
Les Royalistes et Les Danois avaient des forces considéfables; mais au lieu d'engager une loyale et grande bataille, ils s'occupèrent d’abord à piller les habitants sans défense des contrées qui ne leur étaient peu soumises.
Ici nous aurions à raconter des actes de cruauté ct de perfidie qui donnent une triste idée des mœurs du temps.
Uthred, comte des Northumbres, s'était prononcé pour Edmond, mais il dut le quitter pour défendre son domaine; ne regardant que ses intérêts, il se décida à changer de drapeau et fit des propositions à Canut qui les accepta.
Uthred avait de terribles antécédents. Après une vic-
toire qu’il avait remportée, il fit couper la tète des plus
beaux hommes tombés sur le champ de bataille et les fit suspendre par leurs longs cheveux à des poteaux rangés autour de la ville de Durham. Ethelred trouva que c'était un homme qui lui plaisait; il le nomma cr nte, il lui donna sa fille Algive en mariage. En fait de cruautés, le beau-père et le gendre -s’entendaient très bien, Uthred avait promis au roi de le débarrasser de Thuribrand, l'ennemi des nobles, mais il ne put réussir dans ses desseins perfides.
Lorsque Uthred abandonna Edmond pour Canut,
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celui-ci fit inviter le comte à venir le voir à sa cour. Uthered se rendit à cette invitation, et fut admis dans une grande salle, Tout à coup, Thuribrand et des hommes armés, cachés derrière un rideau, fondirent sur lui et le tuèrent. Alfred, fils du comte, vengea plus tard la mort de son père en tuant Thurib and dont le fils à son tour le fit périr. La vendetta se perpétuait de génération en génération d'une manière indéfinie.
Ethered finit sa triste vie au moment où Carat se préparait à aller l'assiéger à Londres, et son fils Edmond, qui avait déjà le commandement de l'armée, lui succéda comme roi d'Angleterre. Ce n’est pas le courage, l'habileté, ni la persévérance qui manquaient à Edmond. Bloqué dans sa capitale par Canut, qui était à la tête de 27,000 hommes, il s'échappe la nuit, dans une barque, traverse la flotte danoïse, soulève en sa faveur les habitants du Wessex, et, avec une forte armée, livre à Canut une terrible bataille qui dura deux ou trois jours. Edmond attaque lui-même Canut, coupe son bouclier d'un coup de hache d'arme, blesse son chevel et aurait abattu le danois, s’il eut pu résister au nombre de guerriers qui accoururent pour défendre la vie de leur chef.
D'autres combats meurtriers eurent lieu, avec des chances diverses, entre le roi d'Angleterre et celui de Danemark. Fatigués, épuisés par des luttes qui avaient fait périr leurs plus braves soldats durant trois ans de sanglantes batailles, les princes ennemis eurent une entrevue personnelle :, i'ile de Sight. Il fut convenu entr'eux qu'ils se purtageraient l'Angleterre en prenant la Tamise pour
limite; qu'Edmond gouvernerait la partie méridionale
peuplée d’Anglais, et Canut la partie septentrionale où les Danoiïs étaient en majorité. Les deux rois s'embrassèrent, se jurèrent une amitié éternelle... Un mois ne s'était pas écoulé que le brave Edmond, surnommé Côte de fer, admiré, adoré de ses sujets, était visité de Dieu, selon l'expression d'un vieux chroniqueur, ce qui veut dire qu'il mourut subitement après sept mois de règne dans ses États réduits.
On n'a pas manqué de dire que cette mort venait trop à propos dans l'intérêt de Canut, pour qu'elle ne fût pas son œuvre, On a attribué ce meurtre à divers; à Canut lui-même, aux chambellans d'Edmond et surtout au cruel et perfide Edrik.
Canut fut proclamé roi de tout le royaume. I s'était débarrassé des enfants d'Edmond en se faisant nommer leur tuteur et en les envoyant au roi de Suède Olaf qui, pour les mettre en sûreté, les fit passer en Hongrie.
Canut récompensa ceux qui l'avaient servi; mais s’il avait profité de leur trahison, il redoutait leur pertidie et leur audace. Les iarls qui avaient passé plusieurs fois d'un camp à l’autre, ne lui inspiraient aucune confiance, et il ne voulait pas garder lorgtemps près de lui les hommes suspects.
Edrik se montrait un jour exigeant en vantant ses services qu'il ne trouvait pas assez bien payés.
« Traitre, lui cria le roi, tu as tué ton propre maitre, mon frère par alliance! Tu vas recevoir la récompense que tu mérites et tu ne trahiras plus personne. » 1] fit un signe à un iarl qui était présent, et un coup de hache fit tomber la tête d’Edrik.
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Lorsque Canut se vit tranquille possesseur de deux royaumes, il abjura les mœurs féroces du viking pour adopter les mœurs d’un grand roi, 1 devint sincèrement chrétien et assura en Danemark le triomphe complet du christianisme. Il fit en 1031 un pèlerinage à Rome d'où il écrivit une lettre fameuse qui commence ainsi : « Canut, roi de tout le Danemark, de l'Angleterre, de la Norvège et d'une partie de la Suède, à Egelnoth le métropolitain, à l'archevêque Alfrie, à tous les évêques et chefs, et à toute la nation des Anglais nobles et gens des communes, salut!... » Canut parle de son voyage; il raconte qu'il est venu à Rome prier Dieu pour la rémission de ses péchés. Le jour de Pâques, il y a eu grand concours de nobles personnages, qui tous l'ont recu avec honneur et lui ont fait des présents, notamment l'empereur Conrad, qui lui à donné des vases d'or et d'argent, de riches manteaux et des vêtements magnifiques. «Je veux actueilement, dit-il, qu'il vous soit connu à tous que j'ai consacré ma vie au service de Dieu, afin de gouverner mes royaumes avec équité et d'observer la justice en toute chose, Si l'impétuosité ou l'insouciance de la jeunesse m'a jadis fait violer la juslice, mon intention est, avec la grâce de Dieu, de faire à l'avenir les réparations nécessaires. »
En conséquence, il recommande de faire droit au pauvre comme au riche. Il ne veut pas qu'on commette des injustices pour remplir son trésor, « Je n'ai pas besoin, dit-il, de l'argent injustement levé ». Il ordonne de faire payer ce qui lui est dû, et le denier de Saint- Pierre.
Il fit construire des établissements religieux et de
belles églises, notamment dans les lieux où 1l avait donné de sanglantes batailles.
Comme roi, il mérite vraiment le titre de Grand : pour se concilier les sympathies des Anglais, il épousa la veuve de leur ancien roi Ethered, Emma de Normandie, princesse intelligente et qui connaissait parfaitement les mœurs du pys dont elle avait été la reine légitime.
Canut favorisa le commerce, l’agriculture, l’industrie. et sous son règne brille l'aurore des lettres et des sciences.
Il fut législateur et fit régner la justice.
Il compléta ce que Svend avait commencé, l'institut on d’une armée permanente. Il ne choisit pas les gardes du corps parmi la noblesse qui n’était encore ni héréditaire ni bien définie, mais l'équipement d’un garde était si coûteux qu'il ne pouvait être fait que par un homme riche. Les gardes devaient être pourvus de hallebardes dorées, d’épées à poignée dorée, de heaumes et de boucliers magnifiques.
Dans un livre consacré aux Normands, nous ne devons pas insister sur les institutions créées par un prince qui abandonne la vie des vikings pour imiter les mœurs et les idées des rois chrétiens, de la cour du Pape et de l'Empereur.
Canut, malgré sa conversion, revenait parfois à ses habitudes féroces, mais le repentir suivait de près la faute. Il avait accordé de grands privilèges à ses gardes et fixé des règles pour les punitions qu'ils pourraient encourir. Frapper simplement un garde était un crime puni de mort. Un garde dégradé trois fois était
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rejeté de la table commune, mangeait seul, et ses camaades pouvaient, comme preuve de mépris, lui jeter des os. Canut, dans un moment de colère, violant sa propre loi, tua un garde. Il se repentit de sa violence, réunit tout le corps, descendit de son trône, et ordonna qu'on le jugeàt selon les règles de la justice. On le pria de remonter sur le trône et de se juger lui-même, Il se condamna à payer 9 fois le prix du sang.
Historien des invasions normandes, nous aurions beaucoup à dire si nous voulions raconter toutes celles qui eurent lieu en Écosse, en Irlande, mais bornons-nous à résumer les faits les plus intéressants.
Une victoire de grande importance est celle que Macbeth remporta sur Sven Kanusson, roi de Norvège, dont ïl tailla en pièces toute l’armée.
Macbeth doit une si grande renommée au génie de Shakespeare, qu'il nous sera permis de redire son histoire moins connue que la tragédie qui a popularisé son nom.
Macbeth était parent de Duncan [*, ro1 d'Écosse. Il était d’une rare énergie, le roi, d’une déplorable faiblesse. Le peuple adorait le vainqueur des Normands, le libérateur du pays.
Un jour que Machet”, avec son compagnon d'armes Banquo, traversait de vastes bruyères, il vit tout à coup se dresser devant lui trois femmes étranges et mystérieuses. L'une le salue du titre de thane de Glomis; l’autre du titre de thane de Cawdo;; l'autre du titre de roi d'Écosse, puis ces êtres inconnus s'évanouissent comme une apparition du monde surnaturel, Macbeth se rendit auprès du roi et fut saisi d’une vive
émotion lorsque Duncan le salua du titre de thane de Cawdor. Le singulier accomplissement de la première partie de la prophétie lui donna le désir d'arriver à la réalisation de la prédiction entière. Il était séparé du trône par les fils de Duncan ; il ne pouvait y monter par droit de naissance ; pour y parvenir, il fallait un crime. Il recut le roi dans son château d'Inverness en 1040, et le fit périr.
Appelé à remplacer sa victime, il sut se faire respecter par sa fermeté et ses largesses, mais le remords implacable s’attacha à son âme et ne cessa de la déchirer. Il devint farouche , soupconneux, cruel; il chercha à laver dans le sang ses mains ensanglantées.
Les idées superstitieuses, qui avaient envahi son esprit crédule, le poussèrent d'abord au trône; et plus tard causèrent sa mort : on lui avait prédit qu'il ne périrait que lorsque la forêt de Birnam marcherait contre lui et qu'un homme qui ne serait pas né d’une femme viendrait à le frapper.
Macduff, puissant seigneur d'Écosse, s'était attiré la haine du tyran qui fit massacrer sa femme et ses enfants pour le punir de sa fidélité aux enfants de l'ancien roi. Macduff parvint à fuir; il finit par décider Édouard le Confesseur à envoyer une armée contre l’usurpateur de la couronne de l'Écosse.
La lutte était vive, la résistance de Macheth énergique; mais on sut exploiter sa crédulité et ses superstitions. Un jour les ennemis s'avancèrent vers lui avec des branches d'arbres sur leurs casques, et on lui dit : C’est la forêt de Birnam qui s'avance. Son épouvante fut grande en songeant à la prédiction qui lui avait été faite; mais
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cette épouvante fut à son comble lorsqu'on lui dit que Macduff n’était pas né d’une femme, mais d’un cadavre, C’est à l’aide du fer qu'on l'avait arraché du sein de sa mère morte.
Macbeth perdit la tète, abandonna ses soldats, prit la fuite, fut saisi et tué.