‹ Les Normands sur la route des Indes [microforme]Chapitre 6 sur 6 · PP · texte numérisé non relu

PP

di Pisa, PP. XXII-

pp. Xil*

» je diroie que ce est por. ij. raisons : l’une, car nos somes en » France; et l’autre porce que la parleure est plus delitable et plus » commune à loutes gens 57 ».

Martino da Canale, auteur d’une histoire de Venise dont le manuscrit est à Florence, a écrit en français « pour ce que la » langue françoise cort parmi le monde et est plus delictable à lire » et à oïr que nulle autre 58 ».

Voilà pour quelle cause le livre de Marco Polo, qui est encore aujourd’hui la pierre 4ngulaire de la géographie de l'Orient, fut écrit en français.

Huit ans plus tard, Thiébault, chevalier, seigneur de Cepoy, se trouvait à Venise pour une mission diplomatique. Il vit Marco Polo et lui demanda une copie de sa relation. « Et ledit » sire Marc Pol, comme tres honnourable et tres accoustumé » en plusieurs regions, et bien morigené ; et lui, des‘rans que » ce qu’il auoit uëu fut scéu par l’vniuers monde, et pour » l’onneur et reuerance de tres excellent et puissant prince » monseigneur Charles, filz du Roy de France, et conte de » Valois, baïlla et donna au dessus dit seigneur de Cepoy, la » premiere coppie de son dit liure, puis qu’il l’eut fait; et » moult lui estoit agreables quant par si preudhomme estoit » annunciez et portez ès nobles parties de France. De laquelle » coppie, que ledit messire Thiebault sire de Cepoy, cy dessus » nommez, apporta en France, messire Jehan, qui fut son » ainsnez filz, et qui est sires de Cepoy, après son decès, bailla » la premiere coppie de ce liure qui oncques fuf faite, puis que

$7 Brunerro Larint, Li livres dou Tresor, edit. CHABAILLE 3; Paris, Imp. imp., 1863, p. 3 58 GÉNIN, Des variations de la langue française, Introduction, p. 30.

il fut apporté ou royaume de France, à son tres chier et tres redoubté seigneur monseigneur de Valois. Et, depuis, en a il donné coppie à ses amis, qui l’en ont requis. Et fut celle coppie baillée dudit sire Marc Pol audit seigneur de Cepoy, quant il alla en Venise pour monseigneur de Valois, et pour madame l’empereris sa femme, vicaire general pour eulx deux en toutes les parties de l’empire de Constantinople,

» Ce fut fait l’an de l’incarnation nostre Seigneur Jhesu Crist mil trois cent et sept, ou mois d’aoust 59 ».

Toutes les autres rédactions et traductions sont faites sur les manuscrits rédigés sous les yeux de Marco Polo par Rusticien de Pise d’abord, puis par le sire de Cepoy.

On nous accordera bien que si ces relations furent connues, c’est surtout en France.

Un autre voyageur qui s’aventura sur les traces de Marco Polo, eut aussi une grande influence : c’est John de Mandeville. Parti en 1332, se$ pérégrinations durèrent trente-quatre ans. De retour dans sa patrie, il en écrivit le récit en anglais, en français et en latin.

Cette relation fut imprimée pour la première fois en 1480, en français et à Lyon 6.

Qui donc fut le plus à portée de la connaitre ? Sur quel pays eut-elle le plus d’influence ?

Un vieux conteur disait plaisamment que les Normands faisaient cette prière : « Mon Dieu, nous ne demandons pas de

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so Le Livre de Marco Polo, édit, PAUTHIER, Préambule,

60 BERGERON, Voyages faits principalement en Asie dans les XII, XIIE, XIV° et XV siècles ; La Haye, Jean Neaulme, 1735 ; Recueil ou abrégé des voiages, et observations, du S* Jean de Mandeville, Préface, p. 2 — Nouvelle biographie générale, t. XXXTI, Col. 171.

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» biens ; dis-nous seulement où il y en a ». Ces hommes d’acier qu’on retrouve dans toutes les mers, qui savent se faire bien accueillir dans tous les pays, n’ont besoin, effectivement, que de savoir où il y a des richesses, car, pour les conquérir, ils ont le droit de compter sur leur courage invincible, sur la solidité de leurs navires, sur leur probité commerciale.

Est-ce que les récits de Marco Polo et de Mandeville ne les poussaient pas vers ces merveilleux pays du Grand Can ?

Au moment où Mandeville publiait sun livre, un armateur de Dieppe s’occupait activement de navigations lointaines, et ses navires étaient commandés par des hommes dont les noms sont gravés dans les fastes de la géographie : c’était Jean Ango Ier. Jean Ango était très-entreprenant, il se tenait certainement au courant des questions cosmographiques, et pour mettre à exécution ses projets il n’avait besoin de la permission ni de l’aide de personne, ce qui lui donnait sur Colomb un immense avantage.

Nous nous demandions, il y a un instant, ce qu’aurait dit Christophe Colomb s’il avait connu le Commentaire du Songe de Scipion ; nous nous demandons maintenant si l’on connaissait en France la théorie de Macrobe. Si nous l’avons ignorée, c’est bien par notre faute, car Guillaume de Conches et Geoffroy de Saint-Victor ont soutenu que la surface terraquée du globe est divisée par l'Océan en quatre parties, et forme quatre grands continents dont les deux de l’ouest nous sont inconnus 61.

61 Cette étonnante théorie de la Terra quadrifida de Macrobe a été répétée par Marcien Capella. Guillaume de Conches l’a ressuscitée au commencement du x siècle, (Philosophia minor, lib. IV, cap. 3). Bède, historien des navigations scandinaves, a publié, sous le titre De elementis philosophiæ, le travail

Guillaume, né à Conches en Normandie, est mort vers 1150. Grammairien et philosophe, il fut célébre non-seulement par sa science mais par les idées nouvelles qu’il mit en circulation. Son livre Philosophia Minor fut publié dans les œuvres de Béde, sous le titre De elementis philosophie, et, dans celles d’Honoré d’Autun, sous le titre Philosophia Mundi 6. Cette œuvre, qui devait faire rêver les marins et les armateurs, comment n’auraiteile pas été connue en Normandie, dont Guillaume de Conches était l’une des gloires ?

Quant au Microcosmos du chanoine de Saint-Victor, il est resté manuscrit, et s’il fut connu, c’est en France 6.

Les classiques grecs et latins auxquels Colomb fit tant d’emprunts, particulièrement par l’intermédiaire de Pierre d’Ailly, n'étaient pas moins étudiés en France qu’en Portugal.

Pour Colomb, Pierre d’Aïlly fut un oracle ; pour les hommes de son temps, ce prélat fut le Marteau des hérétiques et l’ Aigle des docteurs de France ; pour tous les temps, il fut un homme remarquable : enfant d’une famille obscure, il est parvenu au cardinalat par son seul mérite.

Ses œuvres cosmographiques furent publiées, au plus tôt,

de Guillaume; et ce même travail fut compris, sous le titre Philosophia mundi, dans les œuvres d’'Honoré d’Autun.

Au xm' siècle, Geoffroy de Saint-Victor s’est emparé de nouveau de la théo- | rie de Macrobe, (Müicrocosmos, Bibl. nat., fonds de S.-Victor, n° 738, f 18 verso, cité par M. Cu. JourDain, De l'influence d’Aristote et de ses interprètes sur la découverte du Nouveau-Monde ; Paris, P. Dupont, 1861, pp. 8, 9). 62 Nouvelle biooraphie générale, verbo Guillaume de Conches, t, XXXII, col. 667 et seq.

63 Nouvelle biographic générale, verbo Geoffroi, t. XX, col, 18,

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en 1490 64. C’est donc sur des manuscrits que Christophe Colomb les consultait. Ces manuscrits furent pour le moins aussi communs en France qu’en Portugal, et si les hypothèses de l’illustre prélat eurent du retentissement et de l’influence, c’est surtout dans sa patrie.

Nos Normands croyaient-ils, comme Christophe Colomb, que l’Atlantique avait peu de largeur, et que, par un bon vent, on pouvait ie traverser en peu.de jours ? Croyaient-ils, comme Christophe Colomb, qu’au delà se trouvaient les pays merveilleux décrits par Marco Polo et John de Mandeville? Avaient-ils, comme Christophe Colomb, le désir de prendre part au trafic le plus fructueux dont on ait jamais ouï parler ? Nous répondons par ce dicton paradoxal : « Je n’ensaisrien, mais j’en suis sûr! »

Tandis que l’immortel génois portait son projet de cour en cour, offrant pour quelques vaisseaux tout un monde, nos marins de Dieppe et de Rouen n’avaient besoin, pour tenter les plus grandes aventures, que d’un mot de ces marchands qui, jadis, les avaient envoyés aux côtes de Guinée. Ce mot fut donné.

« L’an de grâce mil cinq cent trois, le propre jour de » Monseigneur Saint Jean Baptiste, s’en partirent du hable de » Honnefleur » Binot Paulmier de Gonneville et 60 hommes pour aller aux Indes orientales.

Arrivés à la zone des calmes du Capricorne, « région maudite » ét redoutée des marins, et par eux pittoresquement stigmatisée

64 Nouvel!: biographi: général:, verbo Ailly, t. I, col. 461-63.

» du nom de Pot-au-Noir 65 », ils furent très-maltraités par la mer, et le 9 novembre les trouva dans le voisinage des îles de Tristan da Cunha, un peu au sud du parallèle du cap de Bonne- Espérance. La mer continuant à se jouer d’eux, dans les premiers jours de janvier 1504 « ils commencèrent à voir » plusieurs oiseaux venans et retournans du costé du sud, ce » qui leur fit penser que de là ils n’étoient éloignez de terre : » pour quoi, jaçoit qu’aller là fust fourner le dos à l'Inde orien- » alle, necessité cy fit tourner les vesles; et le s Janvier » decouurirent une grande terre, qu’ils ne purent aborder que » l’assoirant du lendemain, obstant un vent de terre contraire; » et encrèrent à bon fond.

» Et dez ledit jour aucuns de l’équipage furent en terre » reconnoistre ; et dez le matin suyuant fut enuoyé la barge » ranger la coste pour trouuer port, et reuint l’après-midy ; » et conduisit la nauire dans vne riuiere qu’elle auoit trouuée, » qui est quasiment comme celle de Orne 66 ».

La grande terre découverte était le Brésil, et la rivière assez semblable à l'Orne, était le Rio San Francisco do Sul, qui débouche, par 26° 10° de latitude sud, dans le pays anciennement occupé par les Carijôs 67.

Dans la déclaration qu’il a faite, le 19 juin 1505, devant les gens tenants l'amirauté de France au siege general de la Table de marbre du Pallais à Rouen, Gonneville décrit le pays et les

6$ M. D’Avezac, Campagne du navire l'Espoir de Honfleur, 1503-1505. Relation authentique du voyage du capitaine de Gonneville ès nouvelles terres des Indes publiée intégralement pour la première fois avec une introduction et des éclaircissements. (Annales des voyages, juin et juillet 1869, tirage à part, p. 69, Introduction).

66 M. D’AVEZAC, op. cit., pp. 94, 95 (Relation).

67 M. D’AVEZAG, op. cit, p. 72. (Introduction).

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habitants, et cette description ne laisse aucune place au doute : on croirait lire une page de Jean de Léry ou d'Yves d’Evreux.

Le bon capitaine nous apprend aussi que « empuis aucunes » années en ça les Dieppois et les Malouïnoïis etautres Normands » et Bretons vont quérir du bois à teindre en rouge, cotons, » guenons et perroquets et autres denréesé8 ». Or, aucunes années avant juin 1503 supposent, à tout le moins, trois années d’antériorité, d’où il suit que, dès la première moitié de 1500, au plus tard, nos navires allaient chercher au Brésil du bois de teinture.

Dans le temps même où Gonneville séjournait sur le Rio San Francisco do Sul, un autre capitaine de Honfleur, Jean

Denis, ayant pour pilote, Gamart, de Rouen, touchait également au Brésil.

Jean Parmentier, qui signale le fait, ajoute ces lignes remarquables : « Si le roi (François Ier) voulait lâcher la bride aux » taarchands de son pays, ils lui conquerraient, en quatre ou » cinq années, le trafic et l’amitié de toutes les nations de cette » nouvelle terre; par amour et sans violence, ils pénétreraient » plus avant que ne l’ont fait les Portugais en cinquante ans 69, » et les peuples de cette terre les chasseraient comme leurs » ennemis mortels : telle est la principale raison pour laquelle » les Portugais ne veulent pas que les Français y viennent, » parce que, dès que les Français pratiquent en quelque lieu,

68 M. D’AvEzAC, op. cit., p. 104 (Relation).

69 Les Cinquante ans sont une inadvertance de lecture : la découverte

ayant eu lieu en 1500 et la relation étant de 1539, c'est quarante ans que l’auteur, Pierre Crignon, a voulu dire,

» les habitants de ce lieu ne demandent plus les Portugais, ils » les ont en abjection eten mépris 7° ».

fl La date de 1504 revient encore. Dans une enquête faite par | un jésuite anonyme, en 1584, sous le titre Enformagäo do Brazil et de suas capitanias, on lit au chapitre Da primeira entrada dos Francexes no Braxil : « En l’année 1504, les Français vinrent au po fi » Brésil, la premiére fois au port de Bahia, et ils entrérent dans | | » la rivière de Paraguaçu qui est à l’intérieur de cette même | » baie, y firent leur trafic et s’en retournérent satisfaits en » France, d’où vinrent ensuite trois navires au même lieu », De ces trois navires, l’un fut pris et les deux autres furent brûlés. Quelques hommes, parvenus à s’échapper dans une chaloupe, trouvérent, à la pointe d’Itapuama, un quatrième navire français qui les reçut à son bord 71.

Cette rencontre fortuite, dans les environs de Bahia, prouve qu’en n s04 nos navires visitaient souvent les côtes du Brésil.

Nous avons dit, en parlant du voyage de Gonneville, que nos premières navigations aux côtes de l’Amérique du Sud remontent au moins à la première moitié de l’an 1500. Une autre pièce va peut-étre nous permettre de remonter un peu plus haut.

Dans sa Bibliotheca Americana Vetustissima, M. Henry Harrisse, du barreau de New-York, décrit, sous les n°5 99 et 100, deux exemplaires d’un opuscule de 3 feuillets, sans nom d’auteur, sans lieu ni date d’impression, ayant pour titre Copia der Newen Zeytung auss Presillg Landi. C’est la version trés-peu claire,

70 Discorso d’un gran capitano di mare francese del luogo di Dieppa, dans Rauxusio, Navigationi vt viaggi, t. III, f° 358 B, Venise, 1606.

71 Ce curieux document a été publié par Varnhagen dans la Revista trimensal, t. VI, pp. 404-35. Vo': spéci: 'ement pp. 412-14.

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d’un fragment de lettre écrit primitivement en italien 72, et donnant le récit d’une expédition portugaise armée en partie par Christoval de Haro. Le navire monté par l’auteur de la lettre est arrivé du Brésil le 12 octobre « précédent 73 ».

Humboldt place ce voyage entre 1525 et 1540 74, mais il a

des doutes, et des doutes bien fondés.

L’un des exemplaires décrits par M. Harrisse a été imprimé à Augsbourg, par Erhart Oglin. Oglin ayant cessé d’imprimer en 1516, le voyage est nécessairement antérieur à cette date.

Varnhagen 75 fixe pour ce voyage la date de 1508 et veut bien faire remonter à cette époque l’arrivée des Normands au Brésil. L’expédition à laquelle se réfère le savant lusitanobrésilien était commandée par Solis et Vicente Yänez Pinçon : donc elle était castillane; donc elle ne peut être confondue avec celle de la Copia, qui était portugaise.

Le terrain déblayé de ces deux hypothèses, nous ne trouvons plus que trois expéditions envoyées par le Portugal au Brésil :

La première, commandée par Pedralvarez Cabral et composée de treize voiles, eut lieu en 1500 76. Tous les détails en sont

72 M. Harrisse suppose que la version originale était en portugais. M. d’Avezac pense que les dénominations de Capo de Bona Sperantza, colfo stritto di Gibelterra, coperta, etc., prouvent au contraire une origine italienne. (Considérations géographiques sur l'histoire du Brésil, p. 79, note 1 du tirage à part). — Humboldt est aussi de cet avis. (Examen crilique, t. V, p. 249).

73 TERNAUX-CoMPANs, Archives des voyages, t. II, pp. 306-9, donne une traduction de cet opuscule. Humboldt en donne un long extrait. — (Examen critique, t. V, pp. 239 et seq.).

74 HuMBOLDT, Examen critique, t. V, p. 249.

75 VARNAGEN, Historia geral do Braxil ; Madrid, 1854, t. I, p2. 36 et 434-35.

76 A cual armada era de treze velas entre naos, navios et carivelas. (Decada primeira da Asia de Joao DE Barros ; Lisboa, 1628, liv. V, cap. 1,f. 86 verso, col. 2).

| bien connus. Il est impossible de l’assimiler avec celle de la hu Copia.

| | | La troisième, ayant à sa tête Gonzales Coelho, était compr

| | de six voiles et partit de Lisbonne le 10 miai 1503 77. Ellepe. . | À quatre navires et les deux autres revinrent avec un chargement de bois de teintnre, de singes et de perroquets. Elle n’a aucun | fl rapport avec celle de l’opuscule allemand.

Il ne reste plus que la seconde. Elle avait pour capitaine Nuno Manuel, pour cosmographe Amerigo Vespucci ; elle se composait de trois navires et partit de Lisbonne le 13 mai 1501 78.

Deux de ses navires seulement revinrent au port d’armement. | La Copia ne désigne expressément que deux navires. | Al Elle longe la côte d’Afrique jusqu’au Cap-Vert et fait voile | |! au sud en inclinant à l’ouest — comme celle de la Copa.

Elle subit une tempête dans le voisinage de l’équateur autre sur les côtes du Brésil. L'expédition de la Copia essuie une tempête sur les mêmes côtes, et l’auteur anonyme dit à cette occasion : « Le pilote, c’est-à-dire le conducteur du vaisseau » est mon trés-bon ami, c’est le plus célèbre de tous ceux du » roi de Portugal ». C’est l’opinion que Vespucci avait de luimême, peut-être avec raison 79. « Il a été plusieurs fois dans

77 DamanNto DE Goes, Chronica de Joûo IT ; Lisboa, 1567.

78 Con felice augurio adunque, alli xiij. di Maggio. M. D. I. per comandamento del Re ci partimmo da Lisbona con tre carauellearmate, et andammoà cercare il mondo nuouo. (Sommario di Amerigo Vespvcci Fiorentino di due sue nauigationi al Magnifico M, Pietro Soderini Gonfalonier della Magnifica Republica di Firenze, dans Ramusto, op. cit., t. 1, 1563, f. 130, C.)

79 À propos de l’une des tempêtes survenues à l’expédition de Manuel, le cosmographe florentin s'exprime ainsi : « Et per gsta cagione mi acquistai non picciola gloria : di modo che dal!’ hora innäzi appresso di loro fui tenuto in

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» l'Inde », continue le narrateur. Vespucci y était allé deux fois, en 1497 et en 1499, pour le compte de l'Espagne. « Il m'a dit » et pense, ajoute la Copia, que de ce cap du Brésil ou commencement de la terre du Brésil il n’y a pas plus de 600 lieues jusqu’à Malacca (Malaqua) ; il pense aussi que par cette route » on pourra aller à Malacca et en revenir en si peu de temps » que ce sera un grand avantage pour le roi de Portugal, à » raison du commerce des épices. On trouve aussi que le pays » du Brésil tourne et continue jusqu'à Malacca 8 »,

Cette persistance à revenir sur ce nom de Malacca rappelle forcément Amérigo Vespucci, qui rêvait et qui tenta d’aller à cette presqu’ile par la voie que suivit plus tard Fernändo de Magalhäes.

Dans la lettre qu’il écrivit de Lisbonne à Pietro Soderini 8,

quel luogo, che i dotti sono hauuti appresso gli huomini da bene. percioche insegnai loro la carta da nauigase, et feci che côfessassero che i nocchieri ordinari; ignoranti della cosmographia, + mia côparatione non hauessero saputo niente. (Sommario di Amerigo Vespucci, em., dans Ramusio, t. I, f. 130F.).

80 Il ne sera peut-être pas hors de propos de faire remarquer ici que, sur le globe Lenox de 1511, l'Amérique se termine au sud par un tracé conjectural semblable à celui de l'Afrique. (Soc. normande de Géographie, cahier d’oct.-nov.déc. 1879, p. 219). Sur une mappemonde de Joan. Ruysch jointe au Ptolémée de 1508 (imprimé par Evangelista Tosino et rédigé par Marc de Bénévent et Jean Cotta), l'Amérique du Sud est représentée, sous le nom de Terra Sancte Crucis sive mundus novus, comme une île d’immense étendue, Une légende ajoute : « Hæc regio a plerisque alter terrarum orbis existimatur ». Il est dit aussi sur cette mappemonde que l’on n’a pas encore atteint l'extrémité du continent. (Voir HumBozpr, Examen critique, t, II, p. $ et seq. ; t. V, p. 20, note 2.) F

81 Di Amerigo Vespvcci fiorentino lettera prima drixxata al Magnifico M. Pietro Soderini Gonfaloniere perpetuo della Magnifica et excelsa Signoria di Firenze, di due viaggi fatti per il Serenissimo Re di Portogallo, dans Ramusio, op. cit, t, I, f. 128 À.

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le savant cosmographe dit qu’au moment où le roi Emmanuel le fit demander, il formait le projet de retourner au Pays des Perles. Et dans sa lettre à Médicis sur son troisième voyage on lit : « J’espère pouvoir ajouter peut-être à la relation de mes différents voyages celle d’une quatrième expédition. J’ai le » vif désir de me rendre de nouveau dans cette partie du monde » qui s’étend vers le midi. Pour exécuter ce projet on a déjà armé et abondamment chargé de vivres deux caravelles, Je passerai donc au levant par le sud, et, arrivé là, je ferai des choses dignes d’éloges, utiles à ma patrie et honorables pour » la mémoire de mon nom. Cette entreprise sera la consolation » de ma vieillesse qui arrive à grands pas. Tout est prêt, il ne » manque que l’ordre du roi, et nous naviguerons à pleines » voiles, s’il plaît à Dieu que nous réussissions 82 ».

Cette idée de passer à l’orient par le sud, exprimée à la fois dans la Copia et dans les lettres de Vespucci, est reproduite dans

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82 Ho in animo di nuouo andare a cercar quella parte del mondo, che tiguarda mezo giorno : et per mandare ad effetto cotal pensiero gia sono apparecchiate et armate due carauelle et fornite abbôdantissimamente di vettovaglie. Mentre adunque io anderd in leuante faccëdo il viaggio per mezzo giorno nauigherô per ostro. et gionto che sard la, io fard molte cose a laude et gloria di Dio, a vtilità della patria, a perpetua memoria del mio nome, et principalmente a honore et alleuiamento della mia vecchiezza, laquale & gia quasi venuta. Siche in sta cosa niente altro ci mäca send il cômiato del Re, et ottenuto che l’hauerd a grâ giornate nauigaremo. il che piaccia a Iddio che ci succeda felicemente. (Sommario Di Amerigo Vespucci Fiorentino di due sue nauigationi al Magnifico M. Pietro Soderini, etc., dans RaMusio, op cit,, t. I, f, 133 A).

Par lettre du 23 août 1506, Philippe Ie* invita les officiers de la Contratacion à mettre le plus tôt possible à la disposition de Vicinti Añes (Vicinte Yañez Pinçon) et d'Amerigo (Amerigo Vespucci) la armada nécessaire para descobrir la especeria, (NAVARRETE, op. cit, t. IT, pp. 294, 321). .

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1do, che gia sono di vettober mezzO a laude et nome, et ale & gia o del Re; Iddio che Hi due sue b cit, te ls

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une carte de Ruysch jointe au Ptolémée imprimé à Rome, en 1508, par Evangelista Tosino 83. Un autre fait digne de remarque, c’est que l’expédition de Magalhäes fut armée sur les instances et en partie aux frais de Christoval de Haro, en haïne du Portugal 84, et que Magalhäes montra au roi d’Espagne, sur une mappemonde, la route qui devait le conduire au succès.

Revenons à Manuel et à la Copia.

Après avoir fait au sud-ouest 700 lieues, peut-être 800, peut-être 1800, Nuno Manuel découvrit, par 5° de latitude australe, une côte qui lui parut faire partie d’un continent. Si sa longitude était exacte, le lieu d’atterrage serait la Punta do Mel; mais en suivant avec attention les rumbs et les distances, Navarrete porte cet atterrage un peu plus à l’est, au cap Saint-Roch 85. C’est précisément au cap Saint-Roch que vinrent prendre terre les navires de la Copia.

Nuno Manuel prend à son bord trois indigènes qui désirent l’accompagner en Portugal. La Copia dit : « Le capitaine amène

» aussi un homme de ce pays qui a voulu voir le roi de » Portr zal ».

« Le peuple de cette côte », dit la mème pièce, « n’a ni loi » niroi; maisils respectent les vieillards et leur obéissent ».

Selon Vespucci, les hommes de ce pays « n’ont ni roi ni » empereur, chacun est son propre roi... Dans les conseils, les

83 Carte du Ptolémée de 1508. Voir suprà, note 80.

84 M. D’Avezac, Considérations géographiques sur l'histoire du Brésil, p. 79 du tirage à part.

85 NAVARRETE, op, cif., t, III, p. 272, note 2.

» anciens influencent les jeunes gens et les aménent à faire | | » tout ce qui leuz convient 86 »,

| D’après la Copia, on dit aussi que les gens de ce pays vivent | jusqu’à 140 ans.

Pour Vespucci, « les femmes vivent cent cinquante ans, » autant qu’on le peut comprendre 87 »,

Les deux narrateurs assurent qu’au Brésil il ÿ a beaucoup de lions 88, Similitude étrange ! Il n’y a pas de lions au Brésil. Le puma du Pérou, qui reçut dans la suite le nom de lion d’Amérique, n’a ni la taille, ni la crinière, ni la tête, ni la queue, ni la robe, ni le courage, ni la force du lion 89. Comment deux hommes racontant les premières explorations du Brésil ont-ils pu se rencontrer pour confondre avec le roi des animaux le puma du Pérou ?

| Les deux narrateurs n’ont pas vu d’or, mais l’un et l’autre a Ho su des indigènes que le pays en renferme en abondance °°.

j 86 Non hanno Re, ne imperio ; ciascuno ë Re a se stesso... I vecchi ne | parlamëti muouono i giouani et gli tirano nella loro openione ou unque lor

piace. (Sommario di Amerigo Vespucci, dans Ramusro, t. I,f. 131 C).

87 Viuono cento cinquanta anni per quanto si pote intendere. (Dans Ramusio, | | op. cit.,t. I,f, 131 D.).

| 88 Ramusi0, op. cit., t. I, f. 131 E.

li 89 BurFon, éd, Richard ; Paris, 1855,t. III, pp. 280, 87.

90 « Le capitaine amène un homme de ce pays qui a voulu voir le roi de » Portugal. Il dit qu’il veut lui indiquer tant d’or et d’argent qu’il y a dans ce F4 » pays que ses sujets ne pourront le transporter », (Copia der newen xeytung auss Presillg Landt),

Il paese non produce metaïlo alcuno, saluo che oro, desquale ve n’ë grandissima copia : benche noi in questc primo viaggio non n’habbiamo portato niente : ma di questa cosa noi ne hauemmo certezza da tutti i paesani, iquali affermauano questa parte aboondar di oro. (Ramusro, op. cit, f, 131 E.).

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Il y a deux choses que l’homme de mer n’oablie jamais dans ses relations : le nom du navire et celui du capitaine. Il y a une exception, unique peut-être; elle est commune à Vespucci et à l’auteur anonyme de la Copia.

Ne résulte-t-il pas de toutes ces coïncidences que l’exploration raçontée dans la Copia der newen Zeytung auss Presillo Landt doit être identifiée avec celle que Vespucci a faite, en 1501, sous Nuno Manuel, pour le compte du Portugal? Nôus disons oui, avec d’autant plus de confiance que cette partie de notre étude a eu l'approbation de notre cher et regretté maître M. d’Avezac 91.

Ce qui pour nous, Normands, fait l'importance de la Copia, c’est ce passage : « Les habitants de cette côte rapportent que » de temps en temps ils voieut arriver d’autres navires, montés » par des gens qui sont habillés comme nous; d’après ce qu’en » disent les indigènes, les Portugais jugent que ce sont des » Français ; ils ont généralement la barbe rousse ».

Les Portugais, ennemis et rivaux de nos matelots, étaient les meilleurs juges de la question, et, comme le dit M. Paul

Gaffarel, il faut nous incliner devant leur perspicacité commerciale 92.

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À cette époque lointaine, alors que l’on évitait avec soin d’éveiller l’attention des rivaux, aller de temps en temps des

91 M, p'Avgzac était arrivé au même résultat que nous par d’autres considérations que nous ignorions alors. (Voir Considérations géographiques sur l'histoire du Brésil, pp. 16, 17, 82, 236-238 du tirage à part).

92 M. Pauz GarrFAREL, Histoire du Brésil français au XVI° siècle ; Paris Maisonneuve, 1872, p. 2. Ouvrage fortement étudié, d’une lecture agréable, Nous en avons rendu compte dans le Bulletin de la Société de Géographie de Paris, cahier de novembre 1878,

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ports de Normandie au Brésil, cela supposait évidemment quelques années. Or, quelques années avant 1501 reportent à la fin du xve siècle, à 1497 ou 1498, les premiers voyages de nos marins aux côtes de l’Amérique du Sud.

Est-ce le dernier mot? Des doutes restent encore. Le \ dimanche 3 novembre 1493, Christophe Colomb découvrit Haïti, et « Las Casas a entendu dire que les premiers qui » vinrent découvrir et peupler Española apprirent des indigènes » que, peu de temps avant l’arrivée des Espagnols, des hommes » blancs et barbus comme eux avaient abordé dans l’île 93 ».

Quels étaient ces hommes blancs et barbus ? M. Luciano Cordeiro 94, qui rapporte le passage, ne serait pas éloigné de les croire portugais. Ne s’agirait-il pas de l’expédition attribuée à Jean Cousin ?

Il y a quelque temps, nous avons combattu, comme trop absolues, les conclusions de M. Paul Gaffarel sur l’expédition , de Cousin ; aujourd’hui, nous sommes perplexe. Ces trois lignes de l’évêque de Chiapa nous font rêver. Jean Cousin, élève de Pierre Desceliers, est impossible, comme M. Ch. de Beaurepaire l’a démontré 95; mais l’expédition supposée de 1488 était trèspossible et les hommes blancs et barbus des légendes haïtiennes pourraient bien être des Normands.

93 Aïñade Casas, que los primeros que fueron ä descubrir y poblar la isla Española (4 quienes él trat6) habian oido 4 los naturales que poco años antes que Ilegasen habian aportado alli otros hombres blancos y barbados como ellos. Casas, Hists de las Ind., lib. I, cap. 13 y 14. — Cité par Navarrete, op. cit., t, I, p. xLvim, et par M. Luciano Cordeiro, op. cit., pp. 274, 75).

94 M. Lucraxo CorpErRo, loc, cit,

9$ M. Cu. DE BEAUREPAIRE, Recherches sur l'instruction publique dans le diocèse de Rouen avant 1789, t. IX, pp. 197 et seq.

Nous pensons avoir démontré que les Normands fréquentaient les côtes du Brésil en 1497 ou 1498 au plus tard ; il est permis d’espérer qu’un jour on fera la preuve de l’expédition de 1488.

Ce dernier point résolu, nous ne pourrons pas encore nous flatter d’être les découvreurs de l'Amérique : cet honneur restera toujours à Christophe Colomb. Mais il serait glorieux pour notré marine normande d’avoir trouvé deux fois le nouveau continent : au x° siècle, pur une navigation des plus audacieuses ; en 1488, quatre ans avant Christophe Colomb, par ses connaissances nautiques.

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