TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE
Télégraphe imprimeur Higgins.
Télégraphe imprimeur Higgins. — Pour satisfaire plus rapidement leurs abonnés, les agences de nouvelles emploient depuis quelque temps des appareils télégraphiques rapides, disposés de telle sorte qu'un seul transmetteur' peut actionner à la fois un très grand nombre de récepteurs. La dépêche est reçue sur une feuille de papier ayant 20 centimètres environ de largeur et présente l'aspect des copies obtenues avec les machines à écrire. Dans ces appareils comme dans celui de Hughes, le courant ne -sert qu'à commander le départ du mécanisme, qui est ensuite mû par un moteur auxiliaire ; mais le synchronisme, qui est si difficile à obtenir, n'a ici aucune importance.
L'agence Dalziel emploie le télégraphe Higgins, déjà utilisé depuis un certain temps en Angleterre par VExchange Telegraph C**; l'agence Havas met à la disposition de sa clientèle le télégraphe Wright. Nous décrirons le premier de ces deux appareils.
Le transmetteur comprend un clavier à 38 touches (fig. 132) et un cylindre horizontal A, mobile autour de son axe. Le clavier porte les chiffres et les lettres
de l'alphabet, aiasi qu'un trait, un point et quelques indications supplémentaires ; les chiflFres 1 et sont
Fig. 132. — Télégraphe Higgins, clavier du transmetteur.
remplacés par les lettres I et 0. L'axe du cylindre porte à son extrémité un disque de cuivre isolé B (fig. 132 et 133), muni de 19 dents, et qui est entraîné, ainsi
que le cylindre, par un petit naoteur électrique. Le cylindre porte à sa surface 38 pointes, disposées sur une hélice et situées dans des plans équidistants. Sur le cylindre B frottent deux ressorts CD^ reliés
Terre
Fig. 133. — Mécanisme du transmetteur Higgins.
aux deux pôles d'une pile ou d'une batterie d'accumulateurs, dont le milieu est à la terre. L'axe du cylindre communiquant avec la ligne, lorsqu'on met l'appareil en marche, chacune des dents du disque B rencontre successivement les deux ressorts CD, ce qui produit une série de courants alternatifs.
D'un autre côté, chaque touche du clavier porte un talon E, qui se soulève lorsqu'on appuie sur l'autre extrémité et vient se placer dans le plan de rotation de la touche correspondante, qu'il arrête au^moment où elle vient buter contre lui. Lemécanisme est immo-
Fig. 134. — Mécanisme du récepteur Higgius.
bilisé dans une position qui est toujours la même pour une touche déterminée, mais qui varie d'une touche à l'autre. L'une des dents de B reste alors en contact avec l'un des ressorts CD, et un courant continu est lancé dans la ligne tant qu'on maintient le doigt sur la touche.
Le clavier possède en outre une trente-neuvième touche, marquée « Répétition », qui est dépourvue de talon; en l'abaissant, on ne produit aucun eflFet sur le mouvement du cylindre, mais on interrompt le courant de la ligne.
Enfin un cadran porte une aiguille, qui avance d'une
division chaque fois qu'on appuie sur une touche,
et qui revient d'elle-même au zéro quand on abaisse
la touche « A la ligne » ; on sait ainsi à chaque instant
combien de lettres ont été imprimées sur la ligne
commencée et à quel moment elle se trouve remplie.
Chaque récepteur comprend une roue des types
verticale H (fig. 134) ayant sur sa circonférence des
caractères en relief, qui tourne avec son axe G, de
forme carrée, et qui peut coulisser sur lui. Un appareil
imprimeur, mis en marche parl'arrêtdu transmetteur,
vient chaque fois appuyer une feuille de papier contre
la lettre qui se présente à la partie inférieure de la
roue H ; dès que le cylindre recommence à tourner, le
mécanisme se retire en arrière et fait avancer la roue H
sur son axe d'un intervalle vers la droite. Si l'on
appuie sur la touche « A la ligne », la roue se reporte
à gauche, tout au commencement de la ligne, et le
papier se déplace d'un interligne.
L'axe G est entraîné dans le même sens que le cylindre transmetteur par un moteur quelconque, par exemple un poids P agissant par l'intermédiaire d'un mouvement d'horlogerie ; il porte k droite une roue à échappement I, munie de 38 dents qui correspondent aux types de la roue H ; chaque fois qu'une dent de I vient à échapper, une nouvelle lettre se présente devant la partie du papier portée par le rouleau imprimeur F.
Le mouvement de l'échappement I est réglé par une ancre J, portée par une palette K, mobile autour d'un axe horizontal et servant d'armature à l'électro L, qui communique avec le fil de. ligne. La palette K est polarisée par les deux aimants permanents M
(fîg; 135) et peut osciller rapidement sous Tinfluence des courants de ligne, laissant échapper une dent à chaque inversion de ces courants. Grâce à ce dispositif,
Fig. 135. — Mécanisme du récepteur Higgins.
l'axe C et le cylindre transmetteur A tournent avec la même vitesse et sont toujours dans des positions correspondantes. L'électro L n'ayant qu'un faible eflFort à accomplir, on est certain d'obtenir ce synchronisme avec beaucoup de sûreté. On règle généralement
Tappareil pour une vitesse de 130 tours par minute, ce qui permettrait d'imprimer environ 1 800 mots à l'heure.
Lorsqu'on appuie sur une touche du clavier transmetteur, un courant continu est lancé dans la ligne : la palette K est immobilisée ; au contraire les deux électros NN^ deviennent actifs, car leur armature 0, douée d'une trop grande inertie pour obéir aux courants alternatifs à courte période, se meut sous l'action du courant continu et vient appuyer le papier supporté par le rouleau F contre la roue des types (fig. 134); celui des caractères qui se présente se trouve ainsi reproduit.
Le mouvement de la roue H sur l'axe G est produit par le chariot Q, qui sert d'écrou à une vis R à pas allongé. Lorsque le rouleau F se retire après l'impression d'une lettre, le rochet S, qui se meut avec lui, entraîne une des dents d'une roue à rochet T, solidaire de la vis R. Le cliquet S' empêche la vis de revenir en arrière, malgré l'action d'un ressort contenu dans le barillet V et qui se bande un peu plus à chaque mouvement du mécanisme imprimeur. Grâce à cette disposition, chaque mouvement de ce mécanisme fait avancer le chariot Q et la roue H d'une quantité constante,, qui correspond à l'intervalle de deux lettres. Quand on appuie sur la touche « A la ligne », le rochet S et le cliquet S' se trouvent soulevés, et le ressort contenu dans le barillet V, entraînant la vis R en sens contraire, ramène la roue H à l'extrémité gauche. Cet effet est obtenu par l 'électro-aimant X, placé comme les autres sur le fil de ligne, et dont l'armature U est maintenue immobile par le disque Y, calé à droite sur l'arbre G, pour toutes les positions
sauf une. Ce disque porte en effet une échancrure placée sur la même génératrice que la dent de la roue d'échappement qui correspond àla touche « A laligne». Pour cette seule position, Tarmature U devient libre; elle soulève SS' et fait en même temps remonter le papier d'un interligne.
En résumé, lorsque le moteur électrique du poste transmetteur est mis en marche, le cylindre A tourne rapidement et les frotteurs CD envoient dans la ligne une série de courants alternatifs, qui font tourner les roues des types de tous les récepteurs avec un mouvement synchrone. On presse d'abord la touche « A la ligne », afin d'amener toutes les roues à l'extrémité gauche ; chaque fois qu'on appuie sur une autre touche, on rend le courant continu ; tous les récepteurs s'arrêtent dans une position correspondante et impriment la même lettre. La touche « Blanc » produit les mêmes effets; mais le papier rencontre une partie de la roue dépourvue de relief et qui ne donne aucune impression ; on a un blanc.
Pour imprimer deux fois de suite la même lettre, on pourrait appuyer deux fois sur la même touche ; mais il est plus simple de maintenir la touche baissée et d'appuyer sur la touche « Répétition » qui interrompt un instant le courant. De cette manière, la roue H n'a fait qu'avancer vers la droite sans tourner, et imprime une seconde fois la même lettre.
En pratique, on peut sans inconvénients mettre 12 à 15 récepteurs en série sur la même ligne ; mais on peut augmenter beaucoup ce nombre en employant des circuits dérivés commandés par des relais polarisés sensibles.