AVANT-PROPOS
J'intitule ce travail : Les nouveaux aspects du socialisme, pour bien marquer toute la nouveauté du syndicalisme révolutionnaire par rapport aux anciennes formes de la révolte ouvrière, et si j'ai pris, parmi ces anciennes formes, le guesdisme et l'anarchisme, c'est qu'elles m'ont paru particulièrement typiques, l'unie, le guesdisme, comme incarnant le socialisme politique, le socialisme de Parti, l'autre, l'anarchisme, comme incarnant le socialisme individualiste, le socialisme de Secte. La société bourgeoise oscille entre deux pôles : l'Etat et l'individu ; le guesdisme nous est apparu comme étant un étaUsme absolu, comme une rupture décidée de cet équilibre instable du cdté de l'Etat, comme une sorte de napoléonisme ouvrier; l'anarchisme, comme la protestation, toute négative, paresseuse et abstraite, de l'individu contre cette exagération étatiste — de l'individu idyllique ou cynique, étemel rêveur d'un étal de nature, âme fainle ou violente, poiu* qui la civilisation ne peut signifier que contrainte, esclavage et oppression. Le syndicalisme révolutionnaire, lui, dépasse l'opposition abstraite de l'individu et de l'Etat : héritier du capitalisme, tout plein de son esprit conquérant, il a le mépris des forts pour toutes ces rêveries, utopies et idéologies abstraites où s'attarde l'âme enfantine ou débridée de l'anarchiste; philosophie de producteurs, il voit dans l'Etat le parasite par excellence, l'improductif installé sur leproducteur et vivant de sa substance, d'autant plus florissant qu'il l'épuise davantage; expression nouvelle enfin de Vidée eociale, la société n'est plus pour lui une addition abstraite d'administrés dont la liberté, illimitée en théorie, est pratiquement réduite à zéro, ni une « fraternité débordante » d'individus, tout aussi abstraits, abandonnés à la fantaisie de leurs caprices dans quelque utopique abbaye de Thélëme ; mais, complétant la définition qu'Aristote avait donnée de l'homme,