CHAPITRE X
Voilà la société, les institutions, les lois, la morale et les hommes que nous annoncent ces dotrines. Il ne faut pus s'abuser : ce n'est pas TÉglise seule qui le déclare, ce sont tous ceux qm ont regardé au fond de la pensée du matérialisme : « Il a pour but de détruire entièrement le christianisme, et de reconstruire sur ses ruines Tordre social du paganisme*. » Et, pour exécuter cette œuvre, les hommes ne manqueront pas. Il suffit de les écouter • leur caractère distinctif, c'est la sécheresse de cœur, la roideur de raison, la froideur, l'insensibilité, et, par-dessus tout, cette confiance illimitée, infinie, dure et égoïste, de l'implacable orgueil. On ne
1 Encyclique du 8 décembre 1849.
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peut imaginer des esprits à la fois plus opiniâtres, plus étroits et plus despotiques; vivre avec eux semblerait une condition d'esclaves. Ils ne donnent rien à la faiblesse humaine, rien à Fimagination, rien au sentiment. Ils sont incapable d'aimer, mais, comme le prédisait déjà, au siècle dernier, un grand esprit, « capables pour leur plaisir de mettre le feu aux quatre coins de la terre ! Ces opinions, ajoute-t>il, s'insinuent peu à peu dans l'esprit des hommes du grand monde qui règlent les autres et dont dépendent les affaires, se glissent dans les livres à la mode, et disposent toute chose à la Révolution générale dont l'Europe est menacée ^ »
Il est maintenant, en Europe, une masse d'hommes qui veulent l'anéantissement de tout un monde, qui le déclarent, marchent à l'attaque du Christianisme, se succèdent sans relâche à àes assauts incessamment renouvelés, et sont résolus à ne s'arrêter que lorsqu'ils seront ■ montés sur un monceau de débris.
Ce Malakoflf emporté, il n'est plus de force capable de retenir ces haletantes cupidités qui aspirent à s'assouvir. La loi chrétienne déchirée, il ne peut plus y avoir de culte que celui des satisfactions de l'homme, de morale que celle de ses plaisirs, de lien que celui de son intérêt, l'égoïsme, la fatalité, la brutalité.
* Leibnilz, Nouveaux Eêsaii sur ^entendement humain. Voy. la note !7 à la fin du volume.
Cette révolution aura pour conséquence immédiate une révolution politique, le bouleversement des peuples et des États. G^estpar la France que cela commencera: optirni pessima œrruptio. La France était jadis la nation chrétienne par excellence; elle est la cloche des révolutions : elle sonnera, la première, sa mort. Le virus du matérialisme s'infiltre avec une foudroyante rapidité. Quand il aura atteint les extrémités, toute force native sera brisée, et toute sève desséchée.
La France, alors, n'aura plus de raison d'être, le droit de demeurer en corps de nation : elle sera partagée; des étrangers repeupleront son sol, lui donneront de nouvelles lois, une nouvelle langue, de nouvelles mœurs et un nouveau nom.
La France ! la France de saint Louis, de Henri IV, de Louis XIV, de Napoléon, la France, une par ses opinions, ses mœurs, ses croyances, la France, défenseur des faibles, espoir des opprimés, vengeur des injustices, la France, dont le nom, chez les barbares, en Orient, dans Tunivers, était donné comme un honneur à tous les chrétiens, parce qu'il représentait la civilisation, la générosité, la grandeur d'âme, la glorieuse France de nos pères, elle n'existera plus! Après qu'elle se sera éteinte dans une suprême agonie, quelques-uns de ceux qui lui conservent leur amour ardent et sacré, qui soutopt de
ses douleurs, et se sentent mourir à ses défaillements, ainsi que ces enfents désolés qui ne peuvent demeurer aux lieux où expira leur père, s'en iront un à un, dispersés parle monde, portant leurs tristesses solitaires et leurs souvenirs muets, et, comme ce sublime exilé de Jérusalem, leur seule consolation sera peut-être d'ouvrir la fenêtre d'un toit étranger, pour sentir un souffle du vent qui viendra de la mère-patrie !
Et après la France, les autres nations de l'Europe. La Chine, qui a été très civilisée, qui l'est encore, est Revenue corrompue jusqu'en ses entrailles. Il n'y a plus, à proprement parler de vices, tout y est permis et tout s'y fait pour gagner de l'argent : on ne cherche que son intérêt, et, tromperie, fourberie, parjure, impudicité, sacrifice de l'épouse, abandon de sa propre personne, — pour s'avancer, rien ne coûte. Gomment la Chine en est- elle arrivée à cette perversion absolue, où la pourriture est sa nature même, semblable à ces fruits complètement gâtés dont, sous une peau qui trompe, tout l'intérieur n'est plus qu'une pâte amollie ? Elle est devenue telle par ses philosophes. Ils ont détruit chez ce peuple la foi en une autre vie, c'est-à-dire ils ont détaché le fpuit de l'arbre, et l'ont laissé à terre; et la terre a pourri le fruit.
Il en sera ainsi de l'Europe : de même que k Chine,
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354 LES NOUVEAUX JICOBINS
rEurope ne comptera plus dans le monde ; la direction passera à d'autres peuples, des peuples chrétiens. Elle ne perdra pas sa ciyiiisation, pas plus que la Chine, mais, comme la Chine, elle sera méprisée, vilipendée, insultée, et elle n'aura ni la conscience de son déshonneur, ni la force* de le venger.
Et cet avenir ne faillira pas : l'Europe est lancée sur la pente, et tous, levant les bras avec des cris de joie, descendent. Ils arriveront dans ce bas-fonds, et s'y établiront, et s'y plairont, et s'y vautreront, et y pulluleront, et s'y pilleront, et s'y déchireront, et y grouilleront, fourmillement et enchevêtrement de bétes hideuses, et ils siffleront le soleil, en rampant sur de la fange !
Dieu ! vorjs me donnerez, quand viendra ce temps, que je sois couché dans la tombe ! c'est assez de le voir par l'esprit. .
Oh ! le jour où une masse d'hommes se dira avec conviction : « Nous sortons du néant, et nous retournons au néant ! nous le savons, car nous sommes plus savants que les païens ! 'Eux, ils étaient dans le vrai, ils se livraient au plaisir! Et nous, nous sommes malheureux! et il y a des riches, et nous travaillons! »
Et, quand on se Je sera dit tout bas, quel cri après ! « Impudents, menteurs, scélérats, vous nous avez, depuis six mille ans, trompés î c'était vous, sages et ver-
tueux, qui étiez les criminels ! les seuls ! Pas de châtiment qui soit à votre niveau ! Oh ! si nous pouvions non-seulement vous tuer, mais vous dévorer, et, par votre chair qui s'esl faite forte, nous fortifier à notre tour ! Les vrais martyrs, c'étaient ceux que vous avez pendus, roués, guillotinés! Ils comprenaient instinctivement la justice ! A nous donc les jouissances, les biens, l'argent, l'or, les palais et les femmes ! à nous les manteaux de velours et les robes de soie ! — Et plus de scieace ! taisez-vous, savants ! vous n'êtes bons à rien, au feu vos chaires ! » Et ils se ligueront, ils ne voudront plus de rois, de gouvernement : tout à tous ! Ils prendront les plus faibles, et, à coups de corde sur le dos, ils les feront labourer ! Tuons! nous serons toujours assez! A moi ta femme ! Il n'y a plus d'inceste ! les femmes servent à fiûre des enfants! Qu'importe avec qui, ma fille, ma sœur ou ma mère ! Les animaux n'y regardent pas! — Et ce sera une orgie, une rage, une destruction, une jacquerie. On fuira dans les forêts, sur les montagnes, comme à une invasion de Huns ! Sur la terre planera comme un soleil de Sahara qui desséchera tout, et l'horreur fera faire un silence universel ! — Jusqu'au moment où, par la loi de justice éternelle, s'élèvera un nouvel Attila, qui se jettera sur ces barbares pour les châtier; — et, alors, un massacre général, sans pitié! Il dira : tous ! ce sont des démons ! C'est comme le feu qui aurait passé ! et Dieu sera prouvé !
NOTE I, page VII.
Les Nouveaux Jacobins sont un fragment d'an onyrage élendu, les Deux Paganismes, dont la première partie seule a paru, ïAnliquiié. La deuxième partie, la Société chrétienne, eût dû suivre. L'intérêt du moment a fait interrertir cet ordre. La guerre sociale est devenue si acharnée qu'il a semblé qu'on ne devait pas hésiter à se jeter dans la mêlée avec les forces dont on disposait. On a donc détaché, — en laissant de côté la politique, — les pages les plus vives et les plus actives de la troisième partie, et on les offre ici à la défense de la vc^rité.
On tient à le dire : afin de ne pas embarrasser le texte, on ne s'est servi que d'un très-petit nombre des notes que l'on avait rassemblées. Il serait facile de montrer plusieurs centaines de pages remplies de citations aussi énergiques que celles que l'on publie.
NOTE 2, page 218.
il semble que ce soit pour les Américains du Nord qu'ont été écrites ces lignes : « Dieu vit en moi ; je suis divin comme lui : pourquoi me soumettrais-je donc bassement à l'autorité de ce non — moi divin ? Mon prétendu maître n'est pas plus divin que moi. » Enfantin, La Vie Étemelle
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Cependant les peuples passent par tous les âges de rbomme, enfance, adolescence, maturité, yieillesse, et en ont les qualités et les défauts. Les États-Unis sont des jeunes gens, des Jeunes gens peu ou point élevés, et, comme eux, se Jetant, arec une égale ardeur, aux entreprises, aux plaisirs, aux Jouissances, satisfaisant leurs sens, insolents, téméraires> impudents. II ne faut pas rendre les jeunes gens responsables de tout leur passé ; ils n*ont pas pleine conscience de la portée de leurs actes : ils ne se conduisent pas par principes, mais par instincts. Plus tard, ils se jugeront, et alors aussi on les jugera. Les États-Unis n*ont pas encore trente ans, lis sont encore à Fâge de Tadolescence, c*est- à-dire matériels ; c'est en ce sens qu'on dit qu'ils sont païens. II ne serait pas juste de porter sur eux un arrêt définitif: ces jeunes gens arriveront à la maturité, deviendront hommes, et, — cela est certain, — comme hommes, ils seront chrétiens.
NOTE 3, page 220.
Les Saint-Simoniens afaient si complètement perverti le sens naturel, que des femmes en étaient arrivées i se séparer, les yeux secs, de leurs époux et de leurs enfants, et à accepter de he les plus conualtre.
Voici ce qu'écrivait, çn 1832, la femme d'un des principaux disciples d'Enfantin, à la prise d'habil de son mari : « Mercredi, mon Henri, je te verrai prendre l'habit d'apôtre, et je te donnerai le baiser de sœur qu'il réclame. Je tâcherai de rassembler toutes mes forces pour t'eutendre me renoncer comme épouse, et ton Emilie comme enfant. Il faut de l'énergie pour une chose pareille ; je l'aurai, Je l'espère. »
(Voy. Œuvres de Saint-Simon et d'Enfantin.)
NOTE 4, page 236.
11 serait injuste de prétendre que M. Laurent (de i'Ardèche) soit complice de ces indignités : on doit même reconualtre la modération, la convenance et l'impartialité qu'il a su montrer dans son rêle délicat et difficile d'éditeur des Œuvres de Saint-Simon, il s'accorde avec
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Enfantin sur les principes; il n'en accepte pas, cela est évident, toutes les conséquences.
H y a sans dire que, glorifiant ainsi ce qu'il y a de plus ignoble. Enfantin relève une autre fonction de rhomme, — la génération, et les organes de la génération. On ne saurait trop encourager ceux qui se servent de ces précieux instruments : • il est providentiel, nécessaire et utile quMl y ait parmi les hommes, des hommes et des femmes aimant spécialement le corps, la matière, la chair, d*nne façon privilégiée, absolue même, etc. » (Et les filles publiques de Paris ne lui ont pas porté un bouquet 1) Ainsi, un bénéfice certain de l'athéisme serait l'extinction de la misère des femmes par la prostitution.
Malheureusement ce siècle n'est pas encore assez matérialiste pour le comprendre : • Il m'aurait été facile, il y a vingt siècles, de parler aux adorateurs de Vénus, de l'amour, de Priape, aux prêtres des Bacchanales d'une foule de choses, avec lesquelles je feiais rougir vos pudiques bourgeois î etc. »
NOTE 5, page 243.
M. Darwin, après de nombreux voyages, a cru avoir découvert une loi unique de la formation des êtres. Tous les êtres, sans exception, proviennent de quatre ou cinq types primitifs, peut-être même d'un seul type: l'homme et la fourmi, le lion et l'araignée, la baleine et le ciron, l'aigle et la méduse n'ont pas été créés ; ils ont été formés peu à peu par la force des choses, par l'influence du mélange, du mouvement, de la chaleur, de l'humidité, du climat où ils se trouvaient placés. Le terrain était mou : l'animai qui y vivait élargissait son pied, ce pied devenait palmé, l'oie naissait, — ou le cygne, ou le canard, etc Ainsi se développèrent l'aile du milan, la nageoire du brochet, la queue du tigre, . l'oreille de l'âne, le cou du chameau, le triple râtelier du requin, etc. En un mot, c*estle bon sens renversé, l'effet pris pour la cause, la providence devenue inutile, la négation de la création, de Dieu même. Il faut rendre justice an savant anglais : il ne tire pas de son système des conclusions panthéistes, il se défend même d'y
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a^oir songé, préférant passer pour illogique que pour atbée. Mais ses disciples en ont tiré les déductions : la Traie canse du monde était enfin trouvée : la iélection remplace la création, on se passe de Dieu.
Cette idée, du reste, n'est pas nouyelle : Lamark Tavait exposée au siècle dernier, et M/le D' Guépin a écrit, il y a 25 ans« un gros livre où est développé dans tons ses détails ce système qni est celui des matérialistes de tous les temps. Yoy. Ouépin, Philosophie du xixe siède
NOTE 6, page 245.
Voici le texte de M"» Clémence Royer :
« La loi d'élection naturelle, appliquée à rbumanité, tait voir avec surprise, avec douleur, combien Jusqu'ici ont été fausses nos lois politiques et civiles, de môme que notre morale religieuse.
Il suffit d'en faire ressortir i 'un des moindres vices : c'est l'exagération de cette pilié, de celte charité, de cette fratemilé, où notre ère cbrétienne a toujours cberché l'idéal de la vertu sociale : c'est l'exagération du dévouement lui* même, quand il consiste à sacrifier, toujours et en tout, ce qui est fort à ce gui est faible , les bons aux mauvais, les êtres bien doués d'esprit et de corps, aux êtres i}icieux et malingres. Que résulte -t-il de cette protection exclusive et inintelligente accordée aux faibles, aiix'infirmes.avœ incurables, à tous les disgraciés de la nature f c'est que les maux dont ils sont atteints tendent à se perpétuer et à se multiplier indéfiniment ; c'est que le mal augmente au lieu de diminuer, et qu'il tend à s'accroître aux dépens du bien. Combien n'existe-t-il pas de ces êtres incapables de vivre par eux-mêmes, qui pèsent de tout leur poids sur des bras valides, et qui, dans la société où ils languissent à charge à eux-mêmes et aux autres, prennent à eux seuls plus de place au soleil que trois individus bien constitués 1 Car ceux-ci eussent non seulement vécu pleins de force pour subvenir à leurs propres besoins, mais encore ils eussent prodoit une somme de jouissance en excès sur ce qu'ils eussent consommé. A4on songé bien sérieusement à cela ? •
(Préface de la traduction de l'Origine des Espèces par Darwin.)
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NOTE 7, page 249.
On n'a cité qn'nne phrase dans le texte ; on en citerai nne quantité du même poète et des écrivains panthéistes. En Toici quelques-unes. « L*unité de Tombre contient un multiple. Hultipie mystérieux, visible dans la matière, sensible dans la pensée (Tictor Hugo, Les Travailleurs de la mer, II* partie, LIt. ii). « La sombre vision du possible latent est Interceptée à Thomme par Topacité fatale des choses. » Ubid,, II* partie, III, 1). « A de certains moments, rinsalsissable qui flotte en nos songes rencontre dans le possible des aimants, auxquels les linéaments se prennent, et, de ces obscures fixations du rêve, il sort des êtres LMnconnu dispose du prodige, et il 8*en sert pour composer le monstre. • (Ibid,, II« partie, lY, 2). c Le possible est une matrice formidable, le mystère se concrète en monstre. Des morceaux d'ombre sortent de ce bloc, l'immanence, se déchirent, se détachent, roulent, flottent, se condensent, font des emprunts à la nature ambiante, subissent des polarisations inconnues, prennent vie, et s'en vont larves, à travers la vitalité. » Ubid., II, IV, 2).
« Li de sombres débris recouverts de prifUemps.
Du Pontavice de Haussey, Sillons et débris.
« Il lui semblait voir sous les voûtes, entre les arbres, s'enfuir de grandes expressions sans forme, âme indécise de Ja nature, source où nous puisons nos rêveries, et, pour une partie au moins, nos idées et nos facultés. »
André Léo, ïldéai au ViUage.
NOTE 8, page 254.
Sénèque semble avoir peint ces poètes descriptifs du XTx« siècle, dans le tableau qu'il a fait de la littérature de son temps Après avoir dit, à la suite de Selon et de Platon, et avant Buffon : le style c*est Vhomme, — teUes nuBurs, tel langage, — le discours a la même physionomie que l'âme \
« Voy. Lettres CXIV et GXV. TalU Oratio, quaki vita, Oratio vuUus animi, Tov li3&>>ov X070V civoei rûv Ipytav (Solon). Oloç ô >070ç, ToîouTOç rp<moç (Platon).
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il montre ce que la langue était deyenne par ia dépravation morale, et en donne des exemples qu'on dirait pris dans les recueils iie vers romantiques. On y Toit: un flenve qui a sur ses bords une « chevelure de forêts, » amne sylvisque ripa comantibus, — « des lèvres aux baisers de colombes, • làbris colunibalur, — réponse et la mère « ceinture du foyer domestique,.» focum mater aiU uxor inves- Huntf — Tannée tout entière « ne fut qu'un hiver, • totus hiemavit annus, etc. Il semble entendre les poètes de 1830 : Sénèque et le bon sens, dès ce temps-là, s'en moquaient.
NOTE 9, page 255.
Ils savent les noms propres, même des choses qui ne sont que spéciales : ainsi, dans les Travailleurs de la mer, la technologie de la marine, et de tout ce qui s'y rapporte. — On y trouve aussi des phrases comme celle-ci, où tant de mots ne sont pas de la langue usuelle (La Caverne) : « La surprenante lumière édénique qui venait de dessous l'eau, à la fois pénombre marine, et rayonnement paradisiaque, estompait tous les linéaments dans une sorte de diffusion visionnaire; les contours des choses, sous ces ondoiements irisés, avaient le chromatisme des lentilles d'optique trop convexes ; on croyait voir se tordre dans cette diaphanéité aurorale, des tronçons d'arcs en ciel noyés.... la végétation fantastique et la straliflcation uniforme s'accordaient et dégageaient une harmonie » 1I« Partie, M 3. Les exemples de ce genre sont nombreux chez M. Théoph. Gautier, et chez les élèves de la même école. « Aussitôt que le jour a disparu, la foule des chéiroptères s'abat sur les champs et les jardins, pour y faire sa récolte de céréales et de fruits,... puis ce sont les reptiles, particulièrement les ascalabotoïdes, les ophidiens et les batraciens, qui sortent de leurs marais pour se dévorer les uns les autres ; puis encore les arachnides, qui profitent de l'obscurité pour tendre leurs pièges aux lépidoptères étourdis ^ aux coléoptères imprudents, aux orthoptères aveugles, aux diptères innocents. Je ne parle que pour mémoire des armées de moustiques, de locustes, de serficornes, de gryllotalpes, de gryiloldes, de lamprydes, qui inondent la campagne et dont ;on entend la stridulation élytrale comme une harmonie de métiers &
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tisser, n (Alfr. Delyan, Un Parisien à Java.) M. A. Delraa, bien entendu, n'est pas un sarant: c'est un artiste, un musicien; et son livre est même agréable, — quand il ne cherche pas à imiter les modèles du prétentieux et du faux.
NOTE 10, page 264.
Si Ton reut se faire une idée du théâtre de MachiaTei, il faut lire la Mandragore ou Clizia. Le sujet, c'est quelque conte à la manière de Boccace quand il est le plus licencieux, un conte, non écrit, mais joué, en action, ayec les mots, les gestes, le détail circonstancié, presque Faction sur la scène. Dans Clizia, Faction se passe derrière le rideau; mais, sur la scène, les yalets écoutent, tendent Toreille, suiTent les péripéties, et en font part au;spectateur : « Nous ayons passé la nuit à calculer le temps, et nous disions : Voilà Nicomacco qui entre dans la chambre,... il se couche, il combat en braye, etc. >• Ou bien (dans la Mandragore), il s*agit pour un mari d'ayoir un enfant : et c'est le mari luimême qui, pour arriver à ce résultat, introduit un jeune homme près de sa femme, et le dialogue est au niveau du sujet. Le français ne supporte pas de tels mots, à moins que ce ne soit dans les livres qui traînent sur la table d'un lupanar. Il faut recourir à l'italien, qui, comme le latin d'où il est sorti, brave Thonnêteté Impotente io I s'écrie l'époux ! Oh I voi mi farete ridereHo non credo que sio il piu ferrigno ed U piu rubizzo nomo in Pirenze di me! »
NOTE 11, page 286.
Ils détruisent l'individnalité en tout, ils ne connaissent que le général, — l'humanité, non des hommes, — l'âme universelle partout épandue, non Dieu. Il en est de même des créations du génie : le même esprit leur fait nier la personnalité d'Homère. Homère ne fut pas un homme ; c'est une collection d'hommes, et son poëme n'est que le chant, le refrain de la pensée, des souvenirs de tout un âge. Us détruisent ainsi tout ce qui gênait leur orgueil, — le génie, le grand homme, toute personnalité qui s'élève au dessus de la surface rase de leur monde. Hommes, couchez-vous à plat ventre sur la terre, et qu'aucun ne se lève 1 Dieu,
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rentre dans le seia du monde, et ne te montre r«s un dehors l Hom]Dnes> Dieu, tous ne comptes. i»as en dehors du grand tout : tous n'êtes rien que des atomes.
L'opinion d'après laquelle Homère est la personuification d'une époque, un mythe, et VIliade une collection des poésies de plusieurs siècles» remonte à Vico qui est panthéiste, et a été adoptée surtout par l'Allemagne panthéiste.
" NOTE 12, page 290.
Ce n'est pas qu'on ne puisse embellir ces longs et gros monuments : aucun type d'architecture n'exclut le beau. De même que les parties intégrantes de l'Église iiouyellement inTcntée, le chœur, l'abside, les clochers, les chapelles, etc., produisireut des décorations nouvelles, roses» arcs-boutants, flèches, pignons, tours, etc., de même des exigences de cette Jeune architecture pourrait sortir une décoration appropriée à son aspect fort et puissant. L'espace est ouTort, il y a les pièces de fond, les salles immenses, les larges baies, les arcades au loin élancées, les escaliers à double et triple é?olution qui s'étendent et se déTcloppent comme des bras gigantesques. Au génie d'in- Tenter les détails, d'imaginer une élégante ornementation, et d'imprimer à ces masses une marque particulière et originale de beauté.
Mais pour qu'éclate le génie, il faudrsât que te» architectes eussent un idéal autre que la matière. Les églises du moyen âge sont composées des mômes éléments que celles d'aujourd'hui. Pourquoi celles-ci sont-elles disgracieuses et déplaisantes, et les premières nobles, majestueuses, saisissantes ? C'est que les hommes du moyen âge étaient inspirés d'un sentiment élOTé : ils pensaient à Dieu en l'honneur de qui ils érigeaient ces temples, ils les youlaient rendre dignes de sa grandeur, de sa sublimité, de son éternité,etils cherchaient, ils tr ouvaient des formes, des lignes qui exprimaient le respect, la méditation, la piété, Tadoration, l'amour, toutes les pensées prof6ndes, touchantes, émues de leur âme aspirant tcfs ce Dieu du ciel.
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NOTE 13,pa^e297.
Un hommey dont od <;onuatt les Mémoires, a dit : « Taudis que je composais cet ou?rage, préoccupé uniquement des idées et des principes des actions humaines, il s'était fait en moi un autre homme. Je n'étais plus sensible aux choses de la nature; elles ne m'émeuvaient plus. Les plaines étendues, le silence sonore des bois, la san?age et puissante majesté des montagnes ne m'apportaient plus ces mélancolies profondes, ces tristesses languissantes que j'ayais autrefois connues ; et, un jour, je m'éyeillai comme d'uu songe, en me rappelant qu'il y avait bien longtemps que je n'avais rê?é en face d'un vaste horizon : je voyais la campagne, je ne la regardais pas. » — C'est ce qui est arrivé pour le monde chrétien : ce qu'an homme a été pendant des années, un peuple le peut être pendant des siècles.
NOTE 14, page 312.
Les principes fondamentaux de Saint-Simon sont : !• l'égalité de l'homme et de la femme, 2» la division de l'histoire de l'humanité en quatre époques : l'idolâtrie, le Polythéisme, le Déisme et l'époque de la loi unique, imçiuable, par laquelle Dieu gouvernera le monde, 3« cette loi universelle, la gravitation : « il y a aclion et réaction continuelle du moi et du non-moi, du grand monde et du petit monde, qui sont absolument semblables, de la nature morale et de la nature physique qui ne sont pas distinctes, » 4* une morale nouvelle, conséquence de la loi de gravitation.
Au fond, c'est la métempsycose et le Panthéisme, c'està-dire un système connu depuis l'antiquité.
NOTE 15, page 317.
Les protestants, ea Amérique surtout, se constituent une religion suivant leur adhésion personnelle à telle ou telle parole de la Bible. On comptait, vers 1860, 672 sectes protestantes dans l'Amérique du Nord. Il n'y avait pas de raison pour qu'il ne s'en établit pas une de plus. Mais le Mormonisme ayant pris une extension inattendue, les ministres protestants furent très-ardents à le combattre ; c'est d'eux
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que Tint surtout la persécution contre les Mormons. Lorsqu'on arrêta Joé Smith pour la première fois, en 1838, et qu'on le condamna à mort, la Cour martiale, sur trente-six membres, comptait dix-sept ministres protestants.
Le mormonisme n'a gagné presque aucun adepte chez les catholiques et parmi les Français. L'apôtre Lorenzo Snow, en 1852, et un autre Tenu récemment en France (en 1868), écriTaient que « nulle part laprédication ne rencontre autant de difficultés qu'en France, et ne leur cause autant de découragement. •
Le génie français est supérieur à la fois à ce matérialisme Toluptueux où s'étendent comme dans un lit les êtres brutaux, et à cet appareil mystique qui Toile ce matérialisme et attire les extatiques. Dieu a donné à la France le sens de ce qui doit être légitimement accordé au corps et i r&me : aussi nul peuple n'estil plus naturellement et plus fortement chrétien, et nul ne peut donner plus de confiance pour refaire la société. — Si la France était pourrie de matérialisme, je ne sais où le monde trouTerait un point fixe qui lui serTlt de centre et de nœud pour reprendre Tie et se reformer.
NOTE 16, page 321.
Voici quelques articles de la doctrine philosophique des Mormons, telle que l'expose un de leurs théologiens, Orson Pratt.
« La matière existe de toute éternité. L'immatériel n'est qu'un pur néant. La matière est essentiellement actlTO et intelligente, par conséquent éternelle. — Dieu ne peut être conçu que comme un certain nombre de particules de l'uni- Ters les plus intelligentes et les plus éleTées, existant dans un état d'union. — La substance originelle est une substance une, simple, possédant une force TÎTante, motrice d'ellemême, douée d'une intelligencesuffisante pour gouTernerla force qui est en elle. — Toutes les substances sont des modifications de la matière étemelle, grande cause première, qui est Dieu. ~ Toutes les organisations des mondes doivent aTOir été (il ne le sait pas) le produit de combinaisons et d'unions de particules préexistantes de la substance. Un seul souffle anime l'uniTcrs ; tout est un. — De là, intime soli-
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darité de la terre ayec ses habitants, et association des destinées de la terre à celles de l'humanité. Les mormons étant les plus parfaits, leur terre sera la plus fertile partie du monde (ayantage matériel qui attire des adeptes) etc. »
Joé Smith prétendait encore être chrétien : « Dieu est une personne distincte, disait il, Jésus-Christ aussi, et le Saint- Esprit également. »|I1 ajoutait, cependant, dans son explication de la Genèse : « Dieu n*a pas créé le monde, il Ta organisé avec les éléments qui existaient. » Ses disciples ont été plus nets et plus logiques : ils sont allés directement à un Panthéisme qui ne diffère pas sensiblement du Panthéisme allemand.
NOTE 17, page 351.
Pour apprécier refendue du mal, il faut sa?oir que ces doctrines ne sont pas seulement enseignées en France, en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, en Italie, mais qu'elles ont pénétré Jusqu'en Russie.
Un récent article de la Revue Britanniquef le Nihilismb EN Russie, octobre 1868, fait connaître les Journaux, les li?res, les recueils périodiques qui slrrent à propager les principes du matérialisme le plus absolu.