LES BUTTES CIIAUMO.NT
tant sur les côtés les pierres et la terre blanchâtre. . .
Pendant qu’ils travaillaient, on entendait audessous les aboiements d’un chien.
Partout où est l’homme, le chien le suit !...
11 y avait là des chiens en rupture de ban qui fuyaient , comme leurs maîtres , l’œil de la police.
Une dernière couche de terre tomba; une porte s’ouvrit : c’était le village.
Singulier village que celui-là!
Sur un espace assez vaste où l’air extérieur arrivait par des fissures, le sol était divisé pur portions.
Chacun avait son lit et son jardin.
Le lit se composait d’une planche et d’un amas de laine volée on ne sait où.
Le jardin était cultivé.
11 y avait des couches de champignons, des plans de radis, des carrés entiers de barbe de capucin et d’autres herbes qui poussent dans les caves.
Un sybarite avait essayé de cultiver la truflé, mais la tentative avait échoué...
Chaque homme sortait à sou tour et rappor-
76 I.liS iNOUVEALX MYSTÈUES DU PARIS
tait du pain, de la viande, ce qu’il avait pu trouver ou voler.
C’était une Petite-Pologne à cent pieds sous terre.
Ceux que cette vie lassait n’avaient qu’à monter à la Villette , ils ne tardaient pas à être pris et dirigés sur Toulon, puis embarqués pour Cayenne.
Comme Robinson dans son île, ces naufragés de la probité s’étaient industriés au fond de leur vaste tombeau ; ils avaient créé le village.
L’un d’eux, ayant volé un mouton, essaya do l’acclimater; le mouton mourut au bout de quinze jours.
Les lapins seuls résistaient plusieurs mois; aussi y avait-il une garenne à côté du village.
M. de Navarran tira de sa poche une liasse de papiers et demanda :
- — Qui est-ce qui veut être vitrier?
Un homme s’approcha.
— J’étais vitrier autrefois, dit-il humblement.
— Depuis combien de temps es-tu ici ?
— Depuis deux ans, maître.
— Voici des papiers; tu te nommeras Pierre Labruni... On te donnera demain des outils et des carreaux à la maison de la rue Fessard.