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I.e chevalier sourit en hochant la tête

— En êtes-vous bien sûr?

Cette phrase fit réfléchir Trelauney.

— Cet homme, pensa-t-il, en sait plus long que je ne le croyais. Appartient-il à Monseigneur ou est-il réellement un ami désintéressé?

— Ce qui m’a confirmé, continua le chevalier, dans l’opinion que je me suis faite de ces rôdeurs de la forêt, c’est que j’en ai vu deux se glisser dans la cour de service...

— Chez moi?

— Chez vous.

— Je vous remercie, monsieur, d’avoir bien voulu m’informer de ce fait.

Trelauney pensa qu’il pouvait bien y avoir Ui

quelque tentative de Monseigneur et de Robert Kodom.

Mais que voulaient-ils?

Louise était restée à la maisonnette,

11 n’y avait au château que le nouveau régisseur, c’est-à-dire Raoul de Villepont, le Magyar, et enfin, au deuxième étage, Cécile, la fille de Surypère, qui soignait l’enfant de Louise, et le soignait si bien que le pauvre petit commençait à reprendre des forces et à sourire à ceux qui le caressaient.

Surypère devait arriver le soir même par le train de dix heures.

A qui en voulait-on?

Monseigneur ne pouvait viser que Trelauney et Robert Kodom que le Magyar...

— Ces gens, monsieur le chevalier, reprit Trelauney après avoir fait tacitement ses réflexions, 'ces gens étaient-ils nombreux?

— Sept ou huit.

— Et il n’en est entré que deux chez moi?

— Du moins, je n’en ai vu que deux.

— Je vous remercie, monsieur. Je vais, avec mon ami le baron de Remenev, le fermier et son aide, faire une battue dans tous les coins...

L’INCENDIE ' 3/lâ

— Si je puis vous être de quelque utilité, mylord, je suis à votre disposition.

— Je vous remercie, chevalier, je ne voudrais pas abuser de vos instants.. .

Neuf heures sonnèrent à l’horloge du vestibule.

Une lueur rouge envahit presque subitement le sçilon dans lequel étaient assis Trelauney et le chevalier.

Les cris : Au feu ! au feu! se firent entendre.

Trelauney courut h la fenêtre; le château brûlait par trois côtés à la fois.

Deux hommes fuyaient par le chemin de traverse; l’un d’eux se retourna, et Trelauney reconnut le profil anguleux et la barbe asiatique de Riazis.

L’autre... Trelauney ne pouvait en croire ses yeux... l’autre, c’était Alvl

Aly qu’il croyait à fond de cale dans le Requin!

Si Aly avait pu s’évader, qu’était devenu le yacht? le yacht qui transportait la richesse des Vingt-et-Un ?

Il y avait eu trahison sans doute, et tout était perdu !

Une voix qui partait du deuxième étage, appelait : Au secours !

2>Ml LES NOUVEAUX MYSTÈRES DE PARIS

C’était Cécile... Cécile qui tenait dans ses bras l’enfant de Louise...

Trelauney ouvrit la porte pour monter à, l’étage supérieur.

Une bouffée de flamme et de fumée pénétra comme un torrent dans le salon.

L’escalier était en feu, les murs brûlaient.

Trelauney poussa un cri de rage; il arracha les rideaux, les noua fortement à l’espagnolette et s’élança par la fenêtre.

Le chevalier descendit après.

— Des échelles! cria Trelauney.

Le fermier courut...

Raoul de Villépont brisa la claire-voie qui séparait la cour des étables du jardin potager et tâcha de l’assujettir de façon qu’une échelle attachée aux barreaux supérieurs permît d’atteindre la chambre de Cécile.

Cécile était à la fenêtre, les cheveux épars, serrant l’enfant sur sa poitrine.

La fumée l’étouffait.

Au loin, la campagne avait pris des teintes sanguinolentes:

Les grands nuages qui léchaient le ciel s’étaient colorés d’une pourpre sinistre.

Les bœufs mugissaient dans l’étable.

l.’liNCENDIli

Le coq chantait comme au lever de l’aurore, et les hurlements du chien de garde se mêlaient à ce concert désespéré.

Trelauney avait assujetti la claire-voie et l’échelle contre le mur.

Tout à coup une ombre se dessina sur le toit.

C’était le Magyar.

11 marchait droit et ferme, une hache à la main.

11 entama la toiture.

Trelauney s’était élancé sur l’échelle : mais les bâtons de la claire-voie, pourris sous la peinture, fléchirent sous le poids, et Trelauney retomba sur le sol, tandis que l’échelle allait se briser à quelques pas de lâ.

11 poussa un crix de désespoir, et saisissant le bras de Raoul, il lui dit :

— Cet enfant qui brûle, c’est le vôtre.

Raoul passa lesdeux mains sur son front comme pour empêcher sa raison de s’enfuir.

Il bondit et se précipita dans le vestibule.

Cependant le Magyar avait disparu.

Une longue colonne de flamme, un tourbillon de fumée s’élevait dans les airs.

Au loin, la cloche de Iloudan battait èi toutes volées...

Le fermier, ne perdant qu’à moitié la tête, ouvrit les portes des étables et mit en liberté les chevaux et le bétail.

Ce fut alors une course étrange des chevaux et des bœufs, qui s’enfuirent dans tous les sens, furieux, épouvantés.

— Vite, cria Trelauney, les meules de paille! Par ici! Tout le monde à l’ouvrage !

Chacun saisit une fourche, et on se mit à entasser les fourrages au-dessous de la fenêtre, de façon à ce que Cécile pût s’élancer et tomber sans danger.

Déjà la paille s’élevait au-dessus des fenêtres du rez-de-chaussée.

— Serrez l’enfant et sautez ! cria Trelauney.

Mais sa voix n’arriva point aux oreilles de Cécile...

La fenêtre était béante, vide.

Raoul saisit le tronçon de l’échelle, et s’élevant sur le monticule de paille, il put atteindre la corniche du premier étage.

S’aidant des pieds et des mains, s’accrochant aux angles, il parvint à l’appui de la fenêtre.

M£is là, il n’aperçut qu’un immense brasier.

La flamme grimpait aux rideaux du lit, les matelas flambaient — et le plancher, effondré,

L’iKCENDIJi 3Û7

avait laisse tomber à l’étage inférieur les meubles carbonisés...

Raoul s’évanouit.

11 retomba sur la paille, et deux paysans le transportèrent au bout du jardin.

A ce moment, un cri s’échappa de toutes les poitrines.

Le Magyar avait reparu sur le toit...

11 tenait dans ses bras Cécile et l’enfant.

Le brave et courageux Hongrois semblait chercher l’endroit le moins menacé pour se diriger de ce côté.

Les assistants tournèrent pour le suivre au moins du regard.

Ils le virent s’accrocher au paratonnerre...

11 parvint à coups de hache à desceller les deux crampons qui tenaient la barre supérieure.

Une minute après, une longue barre de fer vint se fixer dans le sol.

Cécile se laissa glisser du rebord du toit et arriva doucement à terre; puis le Magyar, tenant l’enfant du bras gauche, descendit à son ■tour...

Trelauncv lui sauta au cou et l’embrassa avec effusion.

Le Magyar alla s’étendre au bord de l’étang,

et, approchant de l’eau ses lèvres brûlantes, il aspira et but à longs traits...

Le chevalier de Pulnitz, qui n’était point resté inactif pendant cette scène, offrit à Trelauney un asile au Mesnil.

Le marquis de Charmeney, accouru à la première nouvelle, insista pour que Trelauney se rendit chez lui.

— Merci, répondit celui-ci; il y a dans le bois une maisonnette où se trouve quelqu’un de ma connaissance... C’est là que je compte me rendre.

Le marquis reprit la route de sa terre.

— Il n’y a plus rien à faire ici, dit Trelauney. Quand les cendres seront refroidies, je ferai rebâtir le château. Partons !

Alors, un nouveau personnage apparut, courant de toutes ses forces et poursuivi par un bœuf furieux.

C’était Al y.

Le bœuf l’atteignit d’un violent coup de corne dans les reins.

Le misérable vint rouler aux pieds de Trelauney.

Le bœuf, aveuglé par l’incendie, rebroussa

l’ incendie 3/j9

chemin subitement et se perdit dans le bois taillis.

Trelauney saisit Aly par l’épaule.

— Grâce ! dit celui-ci.

— Je te retrouve encore! s’écria Trelauney, mais, cette fois, tout est fini pour toi !

Et le saisissant à deux mains, il le précipita dans la fournaise.

Aly jeta deux ou trois gémissements, ses mains se tordirent... Une fusée d’étincelles jaillit autour de lui...

L’incendie avait une victime.

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