LES MODIFICATIONS DE L'HÉHATOPOIËSE
1° Les troubles de l'hématopoïèse et leur traitement
D'une manière générale, Tanémie est la diminution du sang; quand la diminution porte particulièrement sur le nombre des globules rouges (qui, dans certains cas, peut tomber de 5 millions par millimètre cube à 1 million seulement), l'anémie est dite globulaire, hypoglobulie ou aglobulie. Cette maladie reconnaît pour causes les pertes sanguines abondantes, les hémorrhagies, les saignées répétées, certaines infections, l'impaludisme ou malaria, l'intoxication saturnine ou hydrargyrique, l'iodisme, enfin la tuberculose et le cancer. La chlorose est une anémie dans laquelle, en outre, les hématies sont altérées dans leur forme et dans leur composition chimique. La pathogénie de la chlorose est moins évidente. On a reconnu toutefois que l'hérédité intervient souvent, surtout quand la tuberculose se montre chez les ascendants, en frappant les organes hématopoïétiques. En dehors de l'hérédité, ce sont surtout les intoxications qu'il faut regarder comme les causes morbifîques les plus fréquentes et les plus actives. La chlorose des jeunes gens est en effet produite par le surmenage cérébral, la chlorose des filles par le surmenage physique, en milieu clos, mal aéré, encombré (ateliers) ; les troubles digestifs qui se manifestent alors entraînent presque toujours la constipation, et ce sont les
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toxines ainsi accumulées qui déterminent les altérations morphologiques et chimiques des globules rouges. Aussi Andrew Clark a-t-il un peu raison de dire que si on devait se réduire, pour le traitement de la chlorose, à un seul médicament, il faudrait choisir un purgatif. Les troubles de la menstruation interviennent de la même manière, car le sang des règles est toxique. Aussi quand les règles ne peuvent s'établir, ou bien qu'elles diminuent et disparaissent, la chlorose fait son apparition. Enfin de fortes impressions morales, par la réaction nerveuse qu'elles' peuvent entraîner sur la nutrition, interviennent parfois dans le développement de la chlorose.
Quoi qu'il en soit, du reste, et qu'il s'agisse d'anémie ou de chlorose, que la cause morbifique influe en diminuant le nombre des globules ou les qualités de Thémoglobine, il y a toujours diminution du pouvoir respiratoire du sang, autrement dit de son aptitude à fixer une quantité donnée d oxygène. Cette hématose insuffisante conduit à des oxydations incomplètes, et par conséquent à une augmentation de la toxicité des déchets de fonctionnement, qui entraîne tous les troubles secondaires, parfois de plus en plus graves (anémie pernicieuse) de la chlorose et de l'anémie. L'indication thérapeutique la plus formelle n'est donc pas seulement de fournir de l'oxygène, sous forme d'airpur principalement, puisque cet oxygène peut ne pas être convenablement fixé par suite de l'altération même du sang, mais elle consiste surtout à augmenter le nombre et à restaurer les propriétés des hématies, et essentiellement à relever la teneur en hémoglobine, qui est la matière colorante fixatrice d'oxygène.
Or, dans l'hémoglobine, l'agent de la fixation de l'oxygène est le fer, et Bunge a très bien expliqué le mécanisme de celte action, en montrant que l'hémoglobine et Toxyhémoglobine jouent le rôle successif de l'oxyde ferreux et de l'oxyde ferrique, le premier fixant de l'oxygène pour devenir oxyde ferrique, lequel, cédant cet oxygène aux matières organiques qu'il rencontre, redevient oxyde
ferreux et ainsi de suite. C'est donc en définitive le fer qu il faut restituer, puisque, dans tous les cas de chlorose et d'anémie, il est en déficit plus ou moins considérable. D'ailleurs le fer se déperd normalement par les urines, par la bile, par les fèces.
Mais le fer contenu dans les aliments peut se présenter sous deux formes : la forme minérale^ dans laquelle il reste reconneissable par les réactifs ordinaires; sous cette forme (qui comprend d'ailleurs la plupart des albuminates, des caséinates et des peptonates de fer artificiels) il n'est pas assimilé, et on le retrouve dans les fèces ; il en est encore de même si on l'injecte dans le sang ; — et la forme organique dans laquelle les réactifs ordinaires ne peuvent déceler sa présence ; cette dernière est assimilable au contraire et c'est à elle par conséquent qu'il convient de recouwr. Le fer organique se rencontre dans une nucléine du jaune d'oeuf appelée par Bunge, hématogène dans le lait, les céréales, les légumineuses, etc.
Cette conclusion semble de prime abord en contradiction avec la pratique séculaire qui veut que les chlorotiques et les anémiques se trouvent bien de préparations ferrugineuses ingérées sous forme minérale. Mais la contradiction n'est qu'apparente, car voici ce qui se passe en réalité.
Dans les digestions anormales, constantes, chez les chlorotiques, où les fermentations secondaires sont de règle, puisqu'elles sont bien souvent la cause de leur maladie, il se produit, par suite de fermentation butyrique, de l'hydrogène à l'état naissant, qui donne de l'hydrogène sulfuré, puis des sulfures alcalins. Ces derniers, en présence de l'hématogène, donnent des sulfures de fer, et alors le fer nécessaire à l'hématopoïèse ayant revêtu une forme minérale, ne peut plus être assimilé. Mais si on introduit en même temps d'autres sels ferrugineux, par exemple des préparations médicamenteuses, les sulfures se forment aux dépens de ces matières minérales,
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et non plus aux dépens de Thématogène, qui, conservant au fer sa forme organique, reste assimilable et est assimilé. Les préparations ferrugineuses, préconisées contre les anémies et les chloroses, tout en n'étant jamais assimilables par elles-mêmes, peuvent néanmoins rendre de grands services, puisqu'elles protègent, parleur présence le fer organique et en permettent la fixation. Aussi certains cliniciens sont-ils portés à admettre que les préparations martiales n'agissent effîcacement qu'à doses massives, de manière à saturer tous les sulfures alcalins de l'intestin.
L'interprétation de Bunge a été néanmoins critiquée par différents auteurs, notamment par Woltering et par Gaule qui ont obtenu une accumulation notable de fer dans le foie et la rate en faisant ingérer à des animaux des sels inorganiques de fer et notamment du sulfate. GapoUa et Linthicum (de. Baltimore) admettent en conséquence que, contrairement à l'opinion de Bunge, le fer inorganique peut être assimilé et utilisé ensuite au cours du métabolisme de l'économie, pourvu que ce fer inorganique n'entraîne pas, par son ingestion, des accidents secondaires. Linthicum du reste interprète d'une manière juste, à mon avis, la valeur des préparations médicamenteuses de fer soi-disant organiques aujourd'hui en usage. Pour lui, en effet, ces préparations ne sont pas de véritables combinaisons de fer et de matières organiques; ce sont des mixtures, des mélanges très intimes, dont les plus mauvais d'ailleurs sont probablement représentés par ces prétendus peptonates ou albuminates de fer lesquels donnent, suivant Herschell, avec l'acide chlorhydrique de l'estomac, un précipité complètement insoluble. Si donc ces préparations paraissent être supportées par les malades, c'est que, en réalité, elles sont à peu près inertes.
Puisque, en certains cias et sous certaines conditions, le fer inorganique peut être assimilé, on tend en conséquence à substituer à la méthode de Bunge, d'ailleurs parfaitement rationnelle, qui a donné des résultats surpre-
nants et qui consiste à administrer principalement des hématogènes naturels associés à des combinaisons martiales diluées (eaux minérales ferrugineuses par exemple), d'autres méthodes plus rapides ayant pour base soit du fer minéral, administré par la voie sous-cutanée ou par la voie digestive, mais, dans ce dernier cas, en prenant certaines précautions indispensables (méthode de Linthicum), soit le sang lui-même débarrassé de sa fibrine, et injecté sous la peau ou employé en lavement, soit enfin les dérivés du sang et particulièrement l'hémoglobine. Ce sont ces diverses méthodes que nous allons brièvement exposer. Remarquons cependant que si les dernières (hémothérapie, hémentéroclyse) se rapprochent de Topothérapie, elles n'en sont pas moins de véritables médications martiales, puisque le but essentiel que Ton vise en les utilisant est la fixation d'une quantité de fer suffisante — et cela seulement — à Tactivation de l'hématopoïèse.