Ilillemaml : op. cit., p
OPOTHERAPIE
a conclu à Texistence d'une sécrétion rénale interne distincte de la fonction urinaire. Cette sécrétion serait à la fois antitoxique, excitatrice de la nutrition ou modératrice de sa désassimilation et, enfin, suivant Gilbert et CarnotS exercerait une action coagulante sur le sang, analogue à celle de la sécrétion interne du foie. Mais ces diverses propriét-és ne semblent appartenir, en totalité, qu'à l'organe vivant, puisque Bunge et Schmiedeberg n'ont pu. réaliser, avec l'extrait rénal, la synthèse de l'acide hippurique.
L'opothérapie rénale a été utilisée par Dieulafoy dès 1893, par Teissier et Fraenkel dans l'urémie, les néphrites chroniques et l'albuminurie et par Gilbert et Carnot dans plusieurs cas d'hémorrhagies brightiques : les résultats sont très inconstants et on signale autant de cas où il y a eu aggravation des symptômes urémiques que de cas où il y a eu amélioration notable. On emploie en ingestion lé rein de mouton ou de porc en nature, ou l'extrait (oporénine) à la dose de 08%5 à 08^8 en une seule fois, ou l8',50 à 3 grammes par vingt-quatre heures, ou bien l'extrait glycérine en injection sous-cutanée.
N. — Poumons,
Ce sont les troubles trophiques des extrémités survenant à la suite de lésions pulmonaires et spécialement bacillaires, qui ont fait penser à l'existence d'une sécrétion pulmonaire interne. Cette sécrétion exercerait une action antitoxique, d'après Wauters, une action métabolique, d'après Démons, On a utilisé l'extrait pulmonaire dans la tuberculose pulmonaire, la bronchite chronique, la bronchectasie, dans les ostéoarthropathies hypertrophiantespneumiques, enfin dans la pleurésie purulente et les abcès du médiastin où il aurait parfois procuré des améliorations sensibles. L'extrait total (opopneumine)
1. Rapport au congrès de médecine interne (Montpellier 1898).
s'emploie à la dose quotidienne de 1 à 2 grammes pat la voie gastrique ou en injections hypodermiques.
- 0. — Moelle des os.
Comme la rate, la moelle osseuse semble intervenir dans Télaboration des éléments figurés du sang ; en tout cas elle contient, comme Knoll Ta montré, une variété d'hématogène et une substance voisine dés glycérophosphates de chaux. En conséquence, on a essayé Topothérapie médullaire dans un certain nombre de maladies, où elle détermine Taugmentation du nombre des hématies et de la teneur en hémoglobine, et atténue considérablement les symptômes. Toutefois la moelle jaune donne de meilleurs résultats dans le rachitisme et Tostéomalacie tandis que, dans les anémies graves, la chlorose, la leucémie et la pseudo-leucémie (Combe), la neurasthénie, c'est la moelle rouge qu'il faut préférer. Critzmann, dans rimpaludisme, associe Topothérapie splénique à Topothérapie médullaire.
On emploie la moelle fraîche de veau ou de bœuf, en ingestion, à la dose quotidienne d'une cuillerée à café, pour les enfants, à 50 ou 100 grammes pour les adultes ; avec ces dernières doses, il se produit quelquefois un léger effet purgatif. L'extrait de moelle jaune (opoossiine) et celui de la moelle rouge (opomédulline) s'emploient aux doses de 0«^,i à 1 gramme en une seule fois, et jusqu'à 6 grammes en vingt-quatre heures.
P. — Tissu nerveux.
Quand le tissu nerveux est modifié dans son fonctionnement ou sa structure, l'insuffisance des produits accessoires normaux de son activité tend à altérer la coordination générale. On a donc pensé, dans les élats morbides nerveux, à faire de l'opothérapie ou Irai^sfusion ner-
veuse, à l'aide d'extraits de substance cérébrale ou médullaire d'animaux sains et vigoureux. Babès et surtout C. Paul ont employé cette méthode dans la neurasthénie, l'épilepsie, la mélancolie, le délire maniaque et l'ataxie locomotrice, ainsi que dans la chlorose et dans les états dépressifs consécutifs aux infections graves. Les résultats obtenus ont été quelquefois satisfaisants ; les effets de l'extrait du tissu nerveux et spécialement de la substance grise (corps cellulaire des neurones) se sont toutefois montrés peu différents de ceux que l'on obtient avec la séquardine ou suc testiculaire. Plus récemment Wassermann et Takaki ont découvert que l'extrait nerveux neutralise la toxine tétanique, fait confirmé par les recherches de Courmont et de Doyon, de A. Marie, de Brouardel et de Thoinot, de Roger et Josias. Enfin Babès et Riegler ont établi que le bulbe de moutons sains s'oppose à l'infection rabique chez des chiens inoculés par trépanation.
On emploie de préférence l'extrait glycérine en injections sous-cutanées, à raison de 4 à 5 grammes d'extrait au 1/10 par semaine ou tous les trois jours. Quand on se sert d'extrait sec (^^opocérébrine), par la voie gastrique, les doses sont de O^^S à 0»',4 en une seule fois, ou 0^^,A à 0«%8 par vingt-quatre heures.
4** ZOMOTHÉRAPIE
Comme les autres tissus, les muscles donnent des produits accessoires de leur activité, qui interviennent sans aucun doute dans la coordination générale. Les extraits musculaires ont donc été aussi utilisés en opothérapie, en dépit de leur toxicité, qui ne paraît pas du reste sensiblement plus accusée que celle des autres extraits tissulaires ; on les a employés en injections sous-cutanées, notamment dans les myopathies primitives, sans grand succès ; cependant Hammoad s'est servi avec plus d'avantage de l'extrait
,190 LES NOUVEAUX TIIAITEMENTS
de muscle cardiaque (cardine) dans les affections chroniques du myocarde et dans Tasystolie.
Mais les extraits musculaires ont donné récemment (1900), entre les mains de Ch. Richet et Héricourt, des résultats inattendus et fort remarquables dans le traitement de la tuberculose. L'emploi de la viande crue est depuis longtemps classique chez les enfants débiles, amaigris, ainsi que dans les convalescences difficiles, et cette médication détermine, la plupart du temps, des améliorations très rapides, malgré l'opinion qui a quelque temps prévalu et dont Bergerona été l'un des défenseurs, que la viande crue ne sert qu'à donner des vers. Ce sont ces faits d'observation clinique, qui ont conduit Richet et Héricourt à expérimenter la viande crue dans la tuberci^lose. Or, les chiens nourris exclusivement ou en grande partie avec de la viande crue, ont résisté à la tuberculose, alors que les témoins, inoculés dans les mêmes conditions, ont tous succombé. De plus, Tingestion de viande crue paraît même faire naître un état réfractaire à la tuberculose, car des chiens soumis à ce régime, pendant quelques mois, puis soumis à une alimentation ordinaire et inoculés^ ont résisté à l'infection, ont même' augmenté de poids alors que les autres chiens, non prémunis, ont succombé plus ou moins vite ^
Richet et Héricourt ont été plus loin ; ils ont démontré que l'extrait musculaire ou sérum musculaire, obtenu en soumettant la viande à une forte pression, jouit exactement des mêmes propriétés que la viande crue, et que le sérum, administré à la dose de 20 centimètres cubes par kilogramme d'animal, guérit les chiens de la tuberculose expérimentale. Chez le tuberculeux àlapremière période, la dose minima, pour obtenir des résultats positifs, serait de 15 grammes de sérum par kilogramme du poids du malade, au début du traitement.
Cette méthode a été immédiatement appliquée au trai-
i. Soc. de biologie, :2 et 8 juin IDOÛ.
tement de la tuberculose humaine et expérimentée par un assez grand nombre de médecins, notamment par Josias et Roux. Ces auteurs ^ ont constaté que la zomothérapieest très efficace dans la tuberculose au l*"" degré, où elle détermine une amélioration rapide et durable, avec disparition de la diarrhée, de la fièvre, des sueurs nocturnes, de la toux, des signes stéthoscopiques, augmentation des forces et du poids du corps, maisque dans les tuberculoses du 2® et du 3' degré, il n'en est plus ainsi ; les améliorations, quand elles se produisent, sont fugaces et, le plus souvent, la fièvre ne cède pas, non plus que la diarrhée, les lésions s'étendent et s'aggravent. Josias et Roux concluent : (c Quand on a devant soi une lésion tenant seulement au bacille tuberculeux, le sérum musculaire peut améliorer et môme guérir la maladie ; mais lorsque la lésion tuberr culeuse est envahie pa,r tous les microbes secondaires qui végètent dans les poumons en voie de ramollissement et dans les cavernes, le traitement par le suc de viande crue n'a qu'une action thérapeutique relative ».
Ces résultats, il est vrai, ont été obtenus dans le milieu hospitalier, si défavorable, comme on lésait, à cause de sa contamination, à la cure des infections. Dans la clientèle privée, les résultats paraissent meilleurs. Duhourcau notamment cite plusieurs améliorations notables, suivies de guérison. Cet auteur cependant, d'accord avec A. Robin, déconseille l'usage exagéré et les doses énormes de sérum musculaire que préconisent Richet et Héricourt et admet dans l'alimentation les viandes noires que ces derniers proscrivent au contraire. L'abus du sérum, en raison des toxines qu'il renferme, peut en efifet déterminer des accidents d'auto-intoxication et même des néphrites lésionnelles irréparables. Duhourcau ne dépasse jamais, pro die, 180-200 grammes de suc musculaire (répondant à 250-300 grammes de viande) et 150-200 grammes de viande crue pulpée.