C. — Acétopyrine
L'acétopyrine est de l'acétyl-salicylate d'antipyrine, ou, en d'autres termes, une sorte de combinaison de l'aspirine et de l'antipyrine. Elle se présente sous forme d'une poudre cristalline blanche à odeur très faible d'acide acétique ou de vinaigre, fusible à 64-65*^, très peu soluble dans l'eau froide, plus soluble dans Teau chaude, soluble dans l'alcool et le chloroforme ; elle possède les réactions de l'antipyrine et donne la coloration rouge avec le perchlorure de fer.
Ce nouveau produit paraît jouir des mêmes propriétés que ses constituants, acide salicylique et antipyrine, et possède en conséquence dos propriétés antipyrétiques, antiseptiques et analgésiques. Sa toxicité cependant est moindre que celle de l'acide salicylique, car même à doses très fortes, il ne détermine pas d'accidents notables.
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Vollmann, de Berlin, a montré que racétop^rine n'est que faiblement dédoublée dans le suc gastrique. Dans l'intestin, c'est-à-dire en milieu alcalin, elle se dissout et se dissocie en ses éléments avec mise en liberté de Tacide salicylique. A ce point de vue, Tacétopyrine se comporte donc exactement comme Taspirine ; quand les sécrétions gastriques sont normales, l'ingestion de ce médicament n'est suivie en conséquence d'aucun trouble, et on ne constate ni modification de l'appétit, ni vomissements, ni tiraillements d'estomac^ ni sensations de brûlures ; on ne constate pas de bourdonnements d'oreilles et de surdité ; enfin ce produit ne paraît avoir aucune influence fâcheuse sur le rein, puisque les analyses d'urine, pratiquées chaque jour, n'ont jamais signalé la présence de sucre ou d'albumine.
L'acétopyrine est un assez bon antipyrétique, donnant 1** à 1^,5 d'abaissement thermique, en moyenne, et qui réussit bien dans la fièvre typhoïde, la pleurésie, la grippe, la méningite cérébro-spinale épidémique. D'ailleurs, en raison de ses propriétés antiseptiques, elle paraît, dans certains cas, influencer favorablement la durée de la maladie. Dans la septicémie cependant, elle ne semble pas agir efficacement sur les phénomènes septiques, et dans la tuberculose pulmonaire fébrile, on constate, à côté d'un abaissement thermique qui peut aller jusqu'à 2**, des sueurs pro fuses et un grand abattement.
Comme l'aspirine, l'acétopyrine est particulièrement efficace contre le symptôme douleur. Suivant J. Winterberg et R. Braun, et Bolognési, elle donne de bons résultats dans les névralgies, sciatiques, polynévrites, migraines. Mais c'est surtout dans le rhumatisme articulaire aigu et dans le rhumatisme musculaire, d'après Bolognési, que les succès se sont montrés nombreux. Les douleurs s'atténuent rapidement, ainsi que le gonflement des articulations; le pouls et la respiration diminuent de fréquence, les sueurs profuses que Ton observe au début, tant sous l'influence de la maladie que sous celle du mé-
2o6 LES NOUVEAUX TRAITEMENTS
dicament, disparaissent promptement et la guérison est obtenue au bout de quatre à dix jours. Dans les cas anciens, traités auparavant par les salicylates, Tacétopyrine montre une efficacité beaucoup plus grande, et les phénomènes fâcheux provoqués par les précédents remèdes, tels que douleurs gastriques, nausées, bourdonnements d'oreilles, etc., ne tardent pas à disparaître. Enfin Bolognési indique Tacétopyrine, par suite de ses propriétés antiseptiques, comme un bon antiblennhorragique, ce produit n'amenant d'ailleurs jamais de troubles, comme il a été dit, dans le parenchyme du rein.
On administre Tacétopyrine de préférence en cachets de 0«^50, toutes les heures, jusqu'à concurrence de 3 grammes pro die, Winterberg et Braun sont même allés jusqu'à 7 grammes par jour, dans des cas de névralgies, de sciatiques et de polynévrites, sans amener le moindre trouble dans les fonctions de l'organisme. Bolognési s'en tient généralement à 3 ou 4 prises de 0»'',50. On peut également administrer ce remède dans une potion sirupeuse légèrement alcoolisée pour dissoudre. Comme l'acétopyrine possède un goût acidulé assez agréable, cette préparation est toujours bien acceptée.
D. — CUrophène,
Le citrophène, découvert par J. Roos, de Francfort, est une combinaison de 1 molécule d'acide citrique et de 2 molécules de paraphénétidine. C'est une poudre blanche, cristalline, possédant, d'une manière légère, l'odeur et la saveur de l'acide citrique, fusible à 181° C, soluble dans l'eau gazeuse. Les alcalis et les acides décomposent ce produit en ses constituants ; il est donc également dédoublé dans l'économie, où il agit alors par les éléments qui entrent dans sa constitution, d'une part l'acide citrique, qui possède une influence favorable sur les affections rhumatismales, d'autre part la paraphénétidine, qui intervient de même dans les états fébriles et névralgiques.
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Le citrophène est donc à la fois antipyrétique et analgésique; il possède en outre, par son acide, des propriétés rafraîchissantes. Ce produit ne paraît pas toxique ou l'est fort peu. Cependant Schotten cite un cas où une jeune rhumatisante de vingt ans, ayant absorbé 1 gramme du médicament, présenta des accidents notables d'intolérance; il y eut de violentes douleurs de tête, des bourdon^ nements d'oreilles, des sueurs profuses, puisde la cyanose du visage, des lèvres et des mains. Les douleurs rhumatismales ne furent pas d'autre part influencées par le produit. Ce cas toutefois paraît isolé, car la plupart des au^ teurs qui ont expérimenté le citrophène, Benario, Kornfeld, Hirschkorn, Bolognési, constatent qu'il ne produit aucun phénomène fâcheux, ni nausées, ni vomissements, ni brûlures d'estomac, ni cyanose de la face, ni bourdonnements d'oreilles, ni vertige, ni cette sensation de vide cérébral que causent certains produits similaires. On a pu administrer jusqu'à 6 grammes de citrophène, sans aucun inconvénient; enfin il ne produit pas d'accoutumance et Kornfeld a constaté qu'il est parfaitement toléré par les cardiaques.
Comme antipyrétique, le citrophène produit un abaissement thermique de 2 à 3 degrés, environ deux heures après l'ingestion. Mais cette antipyrèse est accompagnée souvent, dans les maladies fébriles, comme l'a constaté Bolognési, d'une sudation d'intensité. variable, sudation qui devient, dans la tuberculose fébrile, extrêmement abondante et fatigante. Cependant dans la fièvre typhoïde, les gastrites, la grippe, le citrophène donne des résultats satisfaisants ; il en est de même dans les affections rhumatismales, les polyarthrites rhumatismales, les arthrites chroniques ; suivant Kornfeld et Bolognési, la fièvre tombe rapidement, les douleurs se calment, les articulations désenflent. Kornfeld a également employé le citrophène contre le morphinisme. Dans les céphalalgies de la chlorose et de l'anémie, dans les névralgies faciales, le lumbago, les sciatiques, on a obtenu également une sédation
Laumonier. — Nouveaux traitements. 17
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très prompte de la douleur^ et quand le citrophène est administré le soir, il procure aux malades un sommeil paisible, comme Ta indiqué Benario. Enfin, d'après Hirschkom, il peut être parfois utile dans Thystérie, mais ses effets sont moins certains dans les néyralgies hystériques.
Chez les enfants, il donne des résultats très satisfaisants dans les angines et dans certains exanthèmes fébriles, d'après Kornfeld, ainsi que dans la coqueluche. Tihel, de Vienne, constate que, dans ce dernier cas, le citrophène diminue Tintensité et la durée des crises, mais Bolognési admet qu'il n'a pas d'effet certain sur l'élément spasmodique et le nombre des quintes. Il est à remarquer que ce remède est extrêmement précieux dans la pratique infantile, à cause de son goût agréable et rafraîchissant.
On administre le citrophène en cachets de 0«',50, 2,4 et même 6 par jour ; chez les enfants, on emploie des prises de Ok',20 à O^^SO, en cachets ou dans de l'eau, sucrée ou non, plusieurs fois par jour. On peut également prescrire une potion à 2 p. 100, 2 à 4 cuillerées à soupe et davantage, pro die.
1° L'antisepsie
Pasteur et les microbiologistes, en démontrant qu'un très grand nombre de maladies sont dues à la présence et au développement de certains microorganismes, ont rendu le plus éminent service, non seulement à la'prophylaxie, mais aussi à la thérapeutique. A la vérité les conceptions simplistes du début, en vertu desquelles chaque bactérie pathogène a sa spécificité propre et détermine, par le seul fait de sa pullulation dans un organisme, telle ou telle infection bien caractérisée, ont fait place à une manière de voir plus complexe, qui gravite aujourd'hui de préférence autour de la notion du terrain et, par conséquent, du degré de la résistance vitale, de l'intégrité plus ou moins complète des moyens de défense naturels de l'économie. Pourtant l'application thérapeutique n'a pas sensiblement varié depuis les origines de la théorie, pasteurienne, et il faut arriver à ces tout derniers temps pour constater des tendances à substituer l'aseptie à l'antiseptie, ou même à combiner l'asepsie à des moyens capables d'augmenter ou de rétablir la résistance vitale à l'égard des microbes pathogènes. C'est que la thérapeutique qui découle de la microbiologie est des plus commodes, en théorie au moins, puisqu'elle consiste à introduire dans le milieu où se développent les bactéries pajthogèoe.s,;
des antiseptiques, c'est-à-dire des substances capables d'arrêter ce développement et même de tuer les éléments nocifs. Et Tefficacité de cette méthode thérapeutique ne semble pas niable puisque son emploi a permis et la chirurgie de réaliser des progrès considérables et d'offrir des statistiques de mortalité décroissante, même dans les cas d'intervention jugés les plus périlleux.
L'application à la pathologie interne a été plus tardive ; elle n'en est pas moins venue à son heure, mais les résultats ne furent pas, tant s'en fallait, aussi satisfaisants. L'antisepsie interne se heurte en effet à des difficultés presque insurmontables et dont on apprécie seulement de nos jours toute l'importance, car l'antiseptique doit non seulement arrêter le développement, amoindrir la vitalité de la bactérie pathogène considérée, mais aussi n'exercer à l'état de dilution où il est employé contre l'agent infectieux, aucune action nuisible sur les cellules de l'économie, puisque cet antiseptique passe dans le torrent circulatoire et pénètre tous les tissus afin d'exercer son action désinfectante partout oil cela est nécessaire- Or il est évidemment très difficile de trouver une substance qui, douée de qualités offensives à l'égard des microbes, soit en même temps rigoureusement indifférente à l'égard de nos éléments tissulaires. Gela même est si difficile qu'on n'en a pag encore trouvé une seule ; tous les antiseptiques préconisés sont en même temps toxiques pour l'économie, quoiqu'à un degré variable, mais cette toxicité relativement plus faible est cependant encore suffisante pour modifier le métabolisme des tissus et porter atteinte à leur résistance, à leurs moyens naturels de défense. Ainsi la quinine, considérée comme l'antiseptique de choix de l'hématozoaire de l'impaludisme et jugée si longtemps inoffensive, est cependant, aux doses répétées auxquelles on est tenu de l'employer, un toxique très actif de certains éléments anatomiques et spécialement de l'hématie et un agent de déglobulisation. 11 en est de même pour le phénol, l'acide salicylique, la créosote, J'iode, le mercure.
l'arsenic^bien que ces deux derniers corps semblent jouir, à doses faibles, de la propriété de réveiller Taetivité et d'augmenter le nombre des phagocytes. D'ailleurs, une observation récente de A. Robin*, relative à une femme syphilitique en plein traitement mercuriel et qui succomba à une fièvre typhoïde, alors que Tautopsie révéla la présence de mercure dans le foie et divers organes, tend à prouver que ces substances sont non seulement toxiques pour l'économie mais encore inefficaces à l'égard de beaucoup de bactéries pathogènes.
Les échecs de ce genre, que Ton n'est plus à compter, ont conduit à l'institution d'une nouvelle méthode, la méthode aseptique qui ne combat pas l'infection, mais l'évite, ce qui est préférable. Malheureusement cette méthode, qui n'impose à l'économie aucune intoxication et n'atteint ni sa résistance, ni ses moyens de défense, n'est applicable que quand le foyer déjà infecté ou celui dont l'infection est à craindre sont indirectement et immédiatement accessibles, comme les plaies superficielles, les traumatismes chirurgicaux, la bouche, les fosses nasales, le tube intestinal, l'urèthre, le vagin, etc. Aussi la chirurgie a.-t-elle plus profité encore de cette méthode où les accidents toxiques dus à l'iode, au phénol, au mercure, ne sont plus à craindre, que la médecine, bien que cette dernière ait réussi dans certains cas, et notamment dans les infections gastro-intestinales, à l'appliquer avec succès.
Est-ce à dire que l'emploi des antiseptiques soit toujours nuisible ou même simplement inutile? Evidemment non. Ils peuvent au contraire rendre et ils rendent en efifet dans certains cas, quand l'infection est localisée et que son foyer est abordable, de réels services. Mais pour cela il faut que ces substances répondent à diverses conditions.
Tout d'abord, pour un antiseptique donné, il faut distinguer le pouvoir infertUisant du ^onyo'w microhicide ; le premier arrête le développeme'nt et la vitalité des ger-
1. Dangers de l'antisepsie interne (Bull, de thérap. 30 avril 1902).
mes infectieux sans les tuer ; le second les tue; il est évident que la dose de Tantiseptique nécessaire sera moins forte pour obtenirl'effet stérilisant que pour obtenir Teffet raicrobicide. A Tégard de ce dernier du reste, il faut encore tenir compte du temps de contact au bout duquel la stérilisation vraie, c'est-à-dire la mort des microbes, est obtenue, et, naturellement, plus la solution d'antiseptique est concentrée, plus cette mort est rapide. Comme Ta dit très bien Berlioz, l'équivalent, ou la dose microbicide, d'une substance antiseptique n'a de valeur que si on indique le temps au bout duquel le résultat est atteint. Ainsi le sublimé est microbicide pour le streptocoque, d'après Tarnier et Vignal, en deux minutes à 1 p. 1 000 et €n quinze minutes seulement à 1 p. 10 000. Comme on le voit, il est nécessaire, pour l'application, de bien préciser ces conditions. Toici du reste deux tableaux empruntés à Tarnier et à Vignal * qui donnent, pour quelques-uns des principaux antiseptiques, la dose infertilisante et les doses microbicides et la durée du contact qui correspond à ces dernières.
ANTISEPTIOUES
Bichlorure de mercure. . .
Biodure de mercure, . . .
Oxycyanure de mercure . .
Sulfate de cuivre
Thymol dans l'eau sodique .
Naphtol ô
Acide salicylique
Phénol
Acide borique
Hydrate de chloral