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i66 LES NOUVEAUX TRAITEMENTS

délaissée pour l'asepsie simple, les lavages, les évacuants, et surtout les moyens qui réveillent ou augmentent nos défenses naturelles et y suppléent quand elles sont abolies. L'antisepsie générale ne retrouvera sa faveur première que lorsque nous serons en possession d'antiseptiques dépourvus de toute toxicité pour nous et que nous connaîtrons parfaitement, en outre, le mécanisme de leurs actions dans l'économie. Or de ces antiseptiques-là, nous n'en possédons encore réellement aucun, et il est probable que nous n'en posséderons jamais beaucoup, par suite de ce fait que, dans cet ordre de propriétés chimiques, presque tous les protoplasmas, cellulaires ou bactériens, réagissent à peu près de la même manière et sont sensibles presque à un même degré.

Gomme ila été dit précédemment, l'antisepsie locale est restée plus en faveur, parce qu'elle est plus facile, plus sûre, qu'elle expose rarement l'organisme à une intoxication générale, et qu'enfin elle a donné, quand l'infection microbienne esjt strictement limitée, des* résultats positifs. Aussi le nombre des antiseptiques locaux croît-il tous les jours ; nous ne nous occuperons ici que de quelques-uns de ceux qui, parmi les plus récents, semblent réellement efficaces pour le traitement des plaies, de la suppuration et des infections localisées.

2° DÉRIVÉS DE l'argent

Le nitrate d'argent est très antiseptique, spécialement à l'égard du gonocoque ; mais cette action ne semble pas due exclusivement à la coagulation des albumines et à la précipitation des composés d'albumine et d'argent, mais aussi à la présence de l'argent lui-même qui serait anisotonique h un très haut degré pour certaines bactéries pathogènes. Aussi a-t-on imaginé un grand nombre de dérivés argentiques, dépourvus plus ou moins complètement des inconvénients du nitrate d'argent, tout en gardant son

pouvoir désinfectant. Nous étudierons ici trois des plus nouveaux et des plus intéressants de ces dérivés.

A. — Argonine.

C'est un caséinate d'argent qui se présente sous forme d'une poudre blanche renfermant 4 p. 100 d'argent, soluble dans l'eau chaude, plus difficilement dans l'eau froide, soluble aussi dans les solutions albumineuses et particulièrement dans le sérum, de réaction rigoureusement neutre, mais sensible à l'action de la lumière; aussi les préparations d'argonine doivent-elles être conservés dans des flacons noirs.

L'argonine a été surtout préconisée par Liebrecbt et R. Mayer, qui ont montré qu'elle est douée de propriétés antiseptiques réelles, notamment, comme les autres sels d'argent, à l'égard du gonocoque. Si cependant ces propriétés sont moins actives que cellesdu nitrate d'argent et de l'argentamine, en revanche, l'argonine est beaucoup moins caustique que ces derniers ; de plus, elle a l'avantage de perdre, beaucoup moins que les préparations précitées, de son pouvoir désinfectant quand on l'ajoute à des liquides albumineux. Au point de vue de l'activité, 15 parties d'argonine équivalent à 1 partie de nitrate d'argent.

Ce médicament a donnée de très bons résultats dans la blennorrhagie et aussi dans les ophtalmies blennorrhagiquesetpurulentes;il n'entraîne aucun inconvénient, n'est pas caustique et n'irrite pas les muqueuses ; dans un cas d'uréthrite chronique, la guérison est survenue en moins de quinze jours, et dès la première semaine les gonocoques avaient disparu de l'écoulement. On l'emploie en solution à la dose 1 p. 50 à 1 p. 100 ; il est bon d'ajouter, comme le recommande Bardet pour augmenter l'activité du remède, à 10 ce. de sa solution, une ou deux gouttes d'ammoniaque.

B. — Largine.

La largine est une combinaison d'argent et de nucléoalbumine, contenant 11,1 p. 100 d'argent. Elle se présente sous forme d'une poudre grisâtre assez soluble dans l'eau (10 p. lOO) et dans la glycérine, mais insoluble dans Talcool et l'éther. Les solutions aqueuses, claires, ont une réaction légèrement alcaline ; les chlorures, l'albumine ne les précipitent pas.

La largine a été signalée par Pazzoli, en 1897. Tous les auteurs qui l'ont expérimentée lui reconnaissent un pouvoir antiseptique très réel et spécialement une action gonococcique élevée et à peine inférieure à celle de l'argentamine. Et on sait que, à cet égard, l'argentamine est supérieure à tous les produits argentiques du même genre. La largine cependant a un inconvénient, c'est sa légère causticité, qui, dans les cas de grande susceptibilité, doit lui faire préférer le protargol.

La largine est surtout indiquée dans la blennorrhagie, où les résultats qu'elle donne sont très satisfaisants. On l'emploie en solution de titre croissant de 0,25 p. 100 à 2 p. 100 ; 10 centimètres cubes en injections intra-uréthrales 3 fois par jour, en augmentant tous les 3-4 jours, le titre de la solution de 0,25 p. 100. Au début du traitement, qui dure de 4 à 5 semaines, on peut commencer par des injections de protargol à 0,25 p. 100, qui accoutument à celles de largine, plus douloureuses, que l'on pratique ensuite. A la fin, quand les gonocoques ont disparu de l'écoulement et que les urines sont redevenues claires, il est bon d'associer à la largine une solution astringente, celle de Ultzmann, par exemple :

Sulfate de zinc \

Alun j ââ 08%^5

Acide phénique ;

Eau distillée 200 cent. cub.

Enfin il faut prendre la précaution de nettoyer convenablement l'urèthre, par deux ou trois injections d'eau bouillie que le patient rend immédiatement, avant de faire rinjection de largine et de ne pratiquer cette dernière que très lentement. A ces conditions, on obtient toujours la guérison même des uréthrites chroniques les plus rebelles. Les sécrétions diminuent rapidement, les gonocoques disparaissent et on n'a jamais à craindre aucun accident, aucune complication.

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