C. — Argent colloïdal ou collargol
L'argent colloïdal est une modification allotropique de l'argent; il a été découvert par Carey Léa, et Crédé, de Dresde, a été le premier à l'utiliser en thérapeutique. On l'a d'abord présenté sous la forme d'une poussière noirâtre donnant dans l'eau une solution opaque d'un brun foncé, qui se comporte, ainsi que l'a montré Lottermoser comme toutes les solutions de substances colloïdales. L'iode, le chlore et le brome donnent avec ce corps des iodures, des chlorures et des bromures.
Récemment, Danlos et Cothereau ont indiqué la prépation de ce produit, — préparation qui repose sur la réduction d'une solution de nitrate d'argent par le citrate ferreux. Le produit obtenu est tout à fait semblable au collargol allemand, lancé par Crédé. Il se présente en petites masses à reflets métalliques d'autant plus brillants que la dessiccation dans le vide a été poussée plus loin ; il renferme 97 p. 100 d'argent avec des traces de fer et d'acide citrique.
Toutefois des recherches faites par Hauriot sur le collargol fabriqué en Allemagne par la maison Heyden, il résulte que ce produit contient un acide, Vacide collargoligue, et que l'argent entre dans le radical de cet acide, lequel est uni à une base qui est probablement l'ammoniaque. Le collargol n'est donc pas une dissolution simple
d'argent à Tétat métallique^ mais an coUargolate ou ar géniale ammoniaque.
L'argent colloïdal représente, paraît-il, un antiseptique très actif, presque aussi énergique que le sublimé, sur la plupart des bactéries pathogènes, ainsi que Font montré Thiele et Wolf, mais il a sur ce dernier corps l'avantage de n'être ni irritant, ni caustique, ni toxique aux doses auxquelles on l'emploie.
Ces propriétés antiseptiques ont été utilisées tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. On s'est d'abord surtout servi d'un savon ou onguent, dit onguenl de Crédé, renfermant 10 p. 100 d'argent colloïdal, dans le traitement d'un grand nombre d'affections et de maladies bactériennes, suivant Schirmer, Wolfram, Schlossmann, Thiele, notamment dans la furonculose, les phlegmons, les angines phlegmoneuses les lymphangites, les septicémies, l'ostéomyélite, les bronchites fétides, l'érysipèle, Tendométrite, la méningite cérébro-spinale. Pour la désinfection et l'antisepsie des plaies chirurgicales profondes, des cavités, des trajets fistuleux, on peut utiliser l'onguent de Crédé sous forme d'ovules, de bougies, contenant chacune de 08',05 à Os'',l d'argent colloïdal . Pour les otites, les cystites, la gonorrhée, les conjonctives et les ophtalmies blennorrhagiques , particulièrement chez les nouveau-nés, on se sert avec avantage de la solution àl p. 100.
Les solutions d'argent colloïdal sont si peu irritantes et si peu toxiques, qu'on les emploie sans aucun inconvénient à l'intérieur, soit sous forme d'injections hypodermiques en solution à 1 p. 100, — mais ces injections sont un peu douloureuses, — soit plutôt par la voie gastrique, car cette solution n'irrite pas les muqueuses saines ou enflammées et n'a jamais entraîné d'accidents ; elle est bien supportée par tout le monde, même par les enfants. Ce mode d'administration a donné de très bons résultats particulièrement dans les troubles gastro-intestinaux de l'enfance, les entérites chroniques et les affections intesti-
nales. Klein formule la potion d'argent colloïdal de la manière suivante :
Argent colloïdal O6'',o — 2 grammes.
Eau distillée 50 gr. — 200 — •
Albumine d'œufs frais. . ) .^ . ^er » « Glycérine neutre , . . . )
3 cuillerées à café par jour dans un verre d'eau ou de lait, de préférence une demi-heure avant les repas. On peut aussi prescrire des pilules
Argent colloïdal. 08'",5
Lactose 5 grammes.
Glycérine neutre ^ , .
Eau distillée ^ aa q. s.
pour 50 pilules; deux avant chaque repas.
Netter, qui s'est fait, en France, le champion de l'emploi du coUargol à l'intérieur, Ta utilisé dans un grand nombre d'infections et particulièrement dans les pneumonies, les déterminations pulmonaires de la grippe et même les broncho-pneumonies ; les résultats ont été assez satisfaisants, mais ils ne semblent pas, malheureusement, constants, attendu que d'autres expérimentateurs n'ont pu obtenir les mêmes succès. Le résultat paraît moins incertain dans la fièvre typhoïde (comme le laissait prévoir les observations de Klein), mais les observations recueillies ne sont pas assez nombreuses pour pouvoir instituer, par ce moyen, une nouvelle et plus efïicace méthode de traitement.
3** DÉIUVÉS DU MERCURE
On peut répéter ici, à propos du mercure, ce qui a été dit précédemment à propos de l'argent (Cf. p. 266). Mais tandis que l'argent paraît être le spécifique contre les infections à gonocoques, le mercure est, comme on sait,
l'agent le plus actif et le plus sûr contre la syphilis et ses diverses manifestions. Parmi les nouveaux dérivés du mercure, nous mentionnerons seulement Yhyrgol.
Vhyrgol est du mercure colloïde, c'est-à-dire du mercure à l'état allotropique qui le rendsoluble. Il se présente sous forme d'une poudre noire, granuleuse, insoluble dans l'éther et dans l'alcool, mais soluble dans l'eau, avec laquelle elle donne une solution de couleur foncée, de réaction neutre, — solution dans laquelle les sels acides des métaux lourds et alcalino-terreux forment un précipité insoluble par le déplacement du mercure. L'hyrgol contient environ 80 p. 100 de mercure ; on y rencontre parfois des impuretés, particulièrement des sels ammoniacaux etsodiques.
Cette préparation, étudiée d'abord par Lottermoser, puis expérimentée par Hœhnel, Neisser, Friedman, paraît supérieure, quand elle est pure, aux autres dérivés mercuriels, attendu qu'elle s'absorbe plus rapidement et plus sûrement, qu'elle n'est aucunement irritante et qu'elle ne détermine pas les accidents ordinaires de l'hydrargyrisme, salivation, gingivite, troubles gastro-intestinaux, etc. Aussi peut-elle rendre de grands services dans le traitement continu de la syphilis et de ses divers accidents. On l'emploie de plusieurs manières. D'abord en injections sous-cutanées, au moyen d'une solution aqueuse à 1 p. 100 — 1-2 centimètres cubes, — mais dans ce cas, il est absolument indispensable que le produit soit chimiquement pur ; — en pilules contenant chacune un centigramme d'hyrgol, 1 à 2 par jour pendant un mois; — sous forme d'onguent à 10 p. 100. La méthode de Friedman, qui utilise cet onguent, consiste à employer en onctions 5 grammes de cet onguent pi'O die pendant six jours ; le 7°, on s'abstient d'onctions, mais on prend un grand bain ordinaire, et on recommence comme ci-dessus ; le traitement dure de quatre à cinq semaines et a toujours donné des résultats extrêmement satisfaisants. L'onguent à 10 p. 100 est aussi employé pour faire des emplâtres avec lesquels
LES AXTISEPTIQUES
on recouvre les ulcérations et les ganglions indurés ; — enfin en comprimés de 1 gramme que Ton peut utiliser soit pour les bains mercuriels, soit pour la désinfection générale et la pratique infantile.
4** Dérives de l'iode
L'iode est remarquable non seulement par son pouvoir antiseptique accusé, mais aussi par la propriété dont il jouit de neutraliser les toxines bactériennes. Malheureusement ce corps est trop, irritant, trop caustique, pour pouvoir être employé aux doses utiles, et c'est pourquoi on a cherché et découvert des produits, dont Tiodoforme est le type, capables de se décomposer lentement dans l'organisme en mettant l'iode en liberté, et jouissant ainsi des propriétés avantageuses de l'iode sans en avoir la causticité. L'iodoforme, qui répond assez à ces desiderata, a cependant un inconvénient sérieux; c'est son odeur très désagréable et très tenace et qu'il est difficile de masquer. On a récemment préconisé divers substitutifs dépourvus de cel inconvénient, dont nous allons examiner, au point
de vue thérapeutique, les deux principaux.
A. — Diiodo forme.
Le diiodoforme ou éthylène période a été préparé par Maquenne et Taine. Il se présente sous forme d'une poudre jaune, composée d'aiguilles prismatiques, sans odeur à froid et dans l'obscurité, mais dégageant une légère odeur d'iode quand il est exposé à la lumière, qui, d'ailleurs, le brunit. Aussi convient-il de conserver le diiodoforme dans des flacons en verre jaune ou rouge et d'éviter, pendant qu'on le manie, qu'il reste trop longtemps exposé au grand jour. Il est insoluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool et l'éther, mais soluble dans le chloroforme, la benzine et surtout le toluène chaud. Au L AUMONIER. — Nouveaux traitements.
i274 LES NOUVEAUX TRAITEMENTS
surplus, il se montre très stable et résiste à Taction de l'acide nitrique concentré et bouillant, mais la potasse alcoolique le décompose à chaud. Il fond à 192^ C. en émettant des vapeurs; chauffé brusquement, il se dédouble en ses éléments, carbone et iode ; à l'analyse, il donne 4,62 p. 100 de carbone, et 95,28 p. 100 d'iode, ce qui correspond à la formule G^I*. On peut donc le considérer comme résultant de l'union de deux molécules d'iodoforme, avec perte d'acide iodhydrique, d'où son nom de diiodoforme.