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PRÉFACE D£ LA DEUXIEME EDITION VII

(le riodoforme et antiseptique, Vurotropine ou /ormine^ uratolytique et antiseptique des voies urinaires, Vanesthésine, anésthésique local, le chlorure de calcium, antiliémorrhagique, la crf/ogéniney la lactophénine, antithermiques, la saloquinine et Yaristochine, dérivés à peu près insipides de la quinine, antipériodiques et antinévralgiques, Yyohimbin, aphrodisiaque moins incertain que les autres, paraît-il, le purgènCy purgatif à base de phénolphtaléine, etc., produits dont quelques-uns au moins, suffisamment étudiés et connus et entrés dans la pratique courante, trouveront leur place dans une édition ultérieure.

Paris, Octobre 1903.

LES

1*> Troubles nutritifs

L'assimilation, c'est-à-dire Tensemble des phénomènes intracellulaires par lesquels certains matériaux venus du milieu extérieur sont transformés en substances plastiques identiques à celles que la cellule renfermait antérieurement, est l'acte essentiel et capital de la nutrition. Tous les autres sont seulement des opérations préliminaires, préparatoires, destinées à mettre au contact des matières plastiques les substances capables ou de réagir directement avec elles, ou de fournir par leur oxydation la quantité d'énergie nécessaire aux synthèses organiques.

Chez les êtres unicellulaires, ces opérations préparatoires sont réduites au minimum ; il n*en est pas de même chez les vertébrés supérieurs, chez l'homme, oii la division du travail physiologique a conduit à la spécialisation d'appareils chargés d'accomplir chacune d'elles. Ces fonctions spéciales, bien que purement préparatoires, n'en sont pas moins nécessaires à l'assimilation, puisque si l'une d'entre ellesvient à être troublée ou abolie, la synthèse assimilatrice devient difficile ou impossible ou ne se fait plus qu'au détriment des matériaux déjà fixés dans les tissus, circonstance qui aboutit rapidement à l'amaigrissement, à la déchéance organique et à la diminution consé-

Laumonier. — Nouveaux traitements. 1

2 LES NOUVEAUX TUAITEMENTS

quente de la résistance vitale. C'est là ce qui explique, en dehors même de leur rôle macroscopique qui les rend plus accessibles à Tobservation, Timportance que les physiologistes et les médecins ont attachée de tout temps au bon accomplissement de ces fonctions préparatoires, que Ton peut grouper de la manière suivante :

1° La digestion, qui transforme, par dédoublement et hydrolyse, les matières alimentaires colloïdes en substances dialysables. Ces transformations s'opèrent sous Tintluence des ferments solubles sécrétés par les glandes du tube digestif; elles sont donc subordonnées au bon fonctionnement de ces glandes.

2^ L'absorption, par laquelle les matières dialysables, issues du dédoublement des aliments, passent à travers la paroi intestinale, sous Finfluence non seulement d'actions physiques, mais aussi de l'activifé vitale des éléments de la muqueuse et, au moins en ce qui concerne les graisses émulsionnées, des leucocytes et phagocytes. Cette fonction dépend ainsi de l'intégrité de la muqueuse digestive.

3** Les substances dialysées pourraient diffuser de nouveau dans la cavité intestinale, au fur et à mesure de leur concentration dans le milieu intérieur, si elles ne subissaient une déshydratation partielle (ou incomplète) qui s'accomplit sous l'influence de certains ferments peu connus ou de l'activité vitale elle-même, d'abord dans les éléments de la muqueuse digestive, puis, ultérieurement, dans les ganglions lymphatiques et le foie. Cette fonction aboutit à la formation du chyle, de la lymphe et du plasma sanguin; sans appareil spécialisé qui la remplisse, elle réclame cependant le bon état des nombreuses cellules qui doivent ainsi intervenir.

4° La circulation, qui transporte tous les matériaux ainsi transformés et partiellement élaborés, et les réserves nutritives mobilisées, au niveau des différents tissus; elle est subordonnée, non seulement à l'état de l'organe moteur et des organes vecteurs, mais aussi aux actions

nerveuses qui régularisent et proportionnent, par la vasoconstriction ou la vaso- dilatation, l'apport sanguin.

8° La respiration enfin, qui intervient, non dans Tassimilation elle-même, mais sur les conditions qui la permettent, en fournissant l'oxygène et par conséquent l'énergie dont les synthèses organiques ont besoin pour se produire ; elle dépend de l'état des poumons, de la richesse du sang en hémoglobine et de l'intégrité du centre respiratoire.

Telles sont les fonctions qui préparent l'assimilation, par le moyen d'un liquide, la lymphe, issue du sang à travers la paroi des capillaires, dans lequel baignent tous les éléments anatomiques et dans lequel chacun d'eux puise les matériaux de sa synthèse assimilatrice. Cette synthèse est donc essentiellement subordonnée, d'une part à la composition du liquide nutritif, d'autre part à l'intégrité physiologique et anatomique de la cellule, c'est-à-dire à la présence de toutes les matières plastiques et des éléments figurés que les expériences de mérotomie ont montré indispensables aux phénomènes d'assimilation.

D'autres conditions pourtant sont encore nécessaires à l'assimilation et ont abouti à l'établissement de fonctions secondaires, dérivées, dont l'importance, comme on va le comprendre, n'est cependant pas moins grande. En effet, l'assimilation ne fixe pas tels quels, dans le complexus vivant, les matériaux qui lui sont apportés de l'extérieur; elle ne prend que certains groupements chimiques de l'édifice moléculaire des nutriments et rejette les autres. Ces produits accessoires de l'assimilation sont les uns solubles, les autres insolubles. Ces derniers se déposent à l'endroit môme où ils apparaissent, comme la kératine, la chondrine, l'osséine, la cartilagéine, l'élastine, la fibroïne, etc., et constituent le ciment unissant des éléments anatomiques et les tissus ou organes de soutien, le squelette; ils peuvent ultérieurement s'infiltrer de matières minérales (ossification des cartilages, par exemple) et leur accumulation, par suite d'un fonctionnement prolongé

OU très intense, donne lieu aux phénomènes de vieillesse '. Les produits accessoires solubles^ joints aux résultats des dédoublements fermentatifs, des oxydations complètes ou incomplètes, de la destruction et de la dégénérescence des tissus à l'état de repos fonctionnel, représentent les déchets de fonctionnement; ils jouissent de la propriété, quand leur teneur est trop élevée dans le milieu intercellulaire, de ralentir, puis d'arrêter l'activité vitale; de là, la fatigue locale, quand l'accumulation est limitée à un organe, et la fatigue générale, qui conduit au sommeil, quand cette accumulation s'étend atout le milieu intérieur, et c'est pourquoi on désigne quelquefois ces déchets de fonctionnement sous le nom de po7io gènes que leur adonné W . Preyer. 11 faut donc que ces ponogènes soient éliminés. Ils le sont normalement par les organes d'émonction (poumons, reins, peau... etc.), car, grâce à leur pouvoir dialytique, les ponogènes passent du milieu intercellulaire où leur teneur est plus élevée, dansle sangoù elles l'estmoins, et de là, soit par des différences de tension avec le milieu extérieur (G0^ H^O). soit par l'activité de certains éléments anatomiques (du rein, par exemple) dans le milieu extérieur. Préalablement d'ailleurs divers organes, le foie surtout, interviennent pour les modifier et rendre leur élimination plus facile en augmentant leur solubilité. Il en résulte que si le foie est altéré, si les reins et les poumons cessent d'être perméables, les déchets de fonctionnement en s'accumulant donnent lieu à des accidents généraux, à des auto-intoxications, qui peuvent conduire à la mort. Le bon fonctionnement des émonctoires estdonc aussi nécessaire à l'accomplissement normal des fonctions assimilatrices que l'est le bon fonctionnement des organes chargés des opérations préparatoires à l'assimilation.

Cet exposé sommaire du mécanisme complexe de la nutrition permet de comprendre que, en laissant de côté les

4. Cf. Le Dantec : Théorie nouvelle de la vie. (Paris, F. Alcan, 1896.) J. Lauuionier : Physiologie générale, chap. ix, p. 412 et sq.

altérations de rémonction, sur lesquelles j'aurai à revenir, on peut grouper les causes des troubles nutritifs sous deux chefs : 1° le défaut, rinsuffisance, l'excès, l'inadéquation des aliments ; 2° les troubles des fonctions préparatoires.

1^ Le défaut d'aliments détermine l'inanition qui est une autopliagie de plus ou moins longue durée, suivant l'abondance des réserves nutritives, suivant qu'on dispose ou non d'eau de boisson, qui dilue et élimine certains déchets et retarde ainsi les accidents toxiques de l'autophagie. Quand il y a seulement insuffisance d'aliments, c'est la misère physiologique qui apparaît, laquelle, en diminuant, comme toute inanition, la résistance vitale et les qualités protectrices ou antitoxiques des humeurs de l'économie, rend l'organisme plus réceptible à l'égard des infections, typhus, tuberculose, etc.. Remarquons cependant que l'inanition peut parfois dépendre, non de la rareté ou du manque des aliments, mais de lésions organiques, rétrécissement de l'œsophage, du pylore, etc. On constate alors, à côté de l'anémie, de l'hydropisie, des troubles cardiaques et cérébraux, la gangrène pulmonaire, les infections sanguines, la tuberculose, etc.

Quand les aliments sont en excès par hasard, ils conduisent à des troubles purement mécaniques ou toxiques (indigestion) passagers; quand ils le sont d'une manière continue, les troubles sont durables et résultent de ce que les organes ne peuvent élaborer et transformer convenablement la masse des matériaux alimentaires qui leur est fournie; on voit alors apparaître la glycosurie alimentaire, si ce sont les hydrocarbonés que l'on ingère en excès, l'uricémie, la goutte, l'arthritisme, sous ses diverse^ modalités, si ce sont les viandes, les gibiers, les aliments nucléiniques.

L'inadéquation des aliments conduite des troubles plus graves parfois, à des accidents lésionnels plus prompts, car ici, les matériaux ingérés ne sont pas transformables, par l'organisme et sont impropres à l'assimilation ; ils ne conviennent ni à l'état des organes, ni même à la nutrition

G LES NOUVEAUX THAITKMENTS

et par conséquent les incidents de rinsuflisance se superposent à ceux de Tintoxication. L'athrepsie des petits enfants par exemple, est le résultat non seulement de l'intoxication consécutive à Tingestion d'aliments que les organes du nourrisson sont incapables d'utiliser, mais aussi de Tinsuffisance des matières assimilables. Il en est de même dans le botulisme, dans le scorbut, dans les troubles toxiques causés par l'usage prolongé de conserves avariées, d'aliments gâtés, altérés, infectés. Des substances non alimentaires peuvent d'ailleurs déterminer des troubles nutritifs de même ordre, comme Talcool et le phosphore, qui conduisent à l'obésité ou à la stéatose, à la dégénérescence graisseuse, comme le plomb, qui modifie le métabolisme des matières azotées et produit la goutte saturnine, comme la morphine, les iodures qui déterminent l'amaigrissement, de même que les toxines microbiennes, ainsi qu'on l'observe dans les grandes infections.

Tous ces troubles primitifs de la nutrition résultent en somme d'un même mécanisme. L'élément tissulaire, la cellule cesse d'assimiler, soit parce qu'elle ne trouve pas dans le milieu ambiant, en nature ou en quantité, les éléments nécessaires à sa synthèse assimilatrice, soit parce qu'elle y rencontre des éléments nuisibles ; cessant d'assimiler et par conséquent de fonctionner, la cellule passe au repos fonctionnel et se détruit plus ou moins vite, suivant qu'elle contracte, ou non, avec les matières toxiques du milieu ambiant, des combinaisons stables. La conséquence de cette circonstance peut être, si elle est durable, l'établissement d'un tempérament morbide, d'une diathèse, qui varie, avec l'âge, l'hérédité, le sexe, et aboutit ou bien au rachitisme, parfois à l'ostéomalacie, ou encore à l'ostéoporose adipeuse, ou bien à la scrofule, au lymphatisme, ou enfin à l'arthritisme, à l'herpétisme, etc.

Physiologiquement du reste, les fonctions assimilatrices peuvent subir des modifications assez importantes. Très actives pendant la croissance, modérées à l'âge adulte, elles se ralentissent à l'approche de la vieillesse, c'est-à-

dire au moment où les tissus commencent à s'encroûter et à se détruire sous Tinfluence de l'accumulation des déchets insolubles des synthèses organiques. Ces fonctions d'autre part sont troublées — ou peuvent Têtre — et par la puberté, au cours de laquelle des organes nouveaux entrent en activité, — les organes génitaux, dont les sécrétions retentissent sur la coordination générale et conduisent à l'établissement d'un état d'équilibre nouveau, que traduisent les modifications somaliques que Ton constate alors, — et par la grossesse (et la lactation conséquente) qui entraîne une fonte nutritive tout à fait analogue à celle que provoquent les parasites ou les néoplasies morbides, — et enfin par la ménopause qui coïncide avec la cessation des sécrétions génitales et dont les phénomènes sont l'expression du trouble de la coordination et des efforts que fait l'organisme pour récupérer un nouvel état d'équilibre.

2^ Ces divers troubles primitifs, par défaut, insuffisance, excès, inadéquation des aliments, intoxication, fixation héréditaire, modifications physiologiques, sont évidemment les causes les plus habituelles, — en dehors de l'action des agents pathogènes directs, traumatismes, caustiques, etc., — des troubles secondaires, c'est-à-dire de ceux qui frappent les fonctions préparatoires à l'assimilation et les organes chargés de les remplir. Dyspepsies gastriques et intestinales, entérites et gastro-entérites, lithiases hépatique et rénale, albuminurie alimentaire, peptonurie hépatogène ou entérogène, diabètes divers, puis chlorose et dyshématose, dermatoses, cirrhoses, néphrites, etc., dérivent originellement d'un des troubles primitifs énumérés ci-dessus, de l'assimilation des éléments anatomiques des organes souffrants, trouble qui peut ultérieurement conduire à la lésion, et qui, altérant une des fonctions préparatoires nécessaires, réagit ainsi à son tour sur la nutrition générale.

Un autre facteur toutefois peut également intervenir, c'est le système nerveux. On croyait autrefois que la

nutrition de certains organes est réglée par des nerfs trophiques. En réalité, il n'y a pas de nerfs trophiques, mais tout neurone agit, parTlnflux qu'il transmet, sur l'activité fonctionnelle et par conséquent sur l'assimilation des éléments anatomiques avec lesquels il est en connexion, et, suivant la nature et l'intensité de l'excitation ainsi transmise, la réaction fonctionnelle et assimilatrice est naturellement variable. On sait quel est, sur l'assimilation, l'effet de la tristesse ou de la joie, des chagrins prolongés, des soucis, du surmenage cérébral ou, au contraire, d'une vie calme, sûre, heureuse. Dans les névroses, cet effet s'accuse encore ; dans la paralysie agitante, certaines formes de la neurasthénie, dans le délire maniaque, les fonctions assimilatrices peuvent être exagérées ; elles sont presque abolies dans l'hystérie où l'on voit des femmes refuser toute nourriture, sans cependant maigrir notablement. L'urée éliminée, qui peut tomber à 4, 2 et même 1 gramme par jour, l'invçrsion de l'élimination des phosphates après les accès hystériques, prouvent d'ailleurs, et l'élimination traduit ce fait, que la nutrition est profondément modifiée ^

En rapport avec ces diverses altérations fonctionnelles, et si on laisse de côté ceux qui s'adressent plus particulièrement à la minéralisation des plasmas, aux oxydations, à l'élimination des déchets, etc., et que nous étudierons plus loin, il existe deux sortes de modificateurs : les uns s'adressent spécialement à la cellule et lui fournissent sous une forme directement utilisable les éléments de sa synthèse organique, économisant ainsi le travail des organes chargés des fonctions préparatoires, et permettant, par conséquent, de se passer de leur aide, sans que la nutrition générale en souffre ; les autres, au contraire, visent les fonctions accessoires, qu'ils activent ou modèrent, réagissant ainsi sur l'assimilation qu'ils ramènent à la normale.

1. Cf. Bouchard: Traité de pathologie Qéne'rale, t, llî, Réactions nerveusçs.

LES MODIFICATEURS DE LA NUTRITION y

Je vais examiner brièvement les propriétés physiologiques et thérapeutiques des nouveaux modificateurs de la nutrition qui rentrent dans ces deux catégories.

2® Albumines solubles

Longtemps avant que Berthelot ait humoristiquement parlé des tablettes d'azote que les hommes futurs ingéreront à la place des côtelettes et des biftecks dont nous usons aujourd'hui, on avait songé à préparer des produits plus riches que les aliments naturels en principes nutritifs, destinés aux malades, aux convalescents, ainsi qu'aux soldats et aux marins. Les premières, et les plus populaires de ces préparations, furent les bouillons concentrés et les extraits de viande (Li^big), qui sont loin d'être dépourvus de toute valeur, et ont gardé une place notable dans la pratique culinaire — sinon dans la pratique thérapeutique — en raison de leur saveur apéritive et de leur pouvoir eupeptique. Mais comme les divers produits de ce genre livrés à la consommation ne pouvaient être considérés comme de véritables aliments et manquaient par suite leur but, on imagina d'une part des préparations condensées d'albumine, des poudres de viande et de sang, riches, certes, mais désagréables au goût et souvent supportables aux seuls estomacs robustes, produits étranges du reste, mixtures savantes, dans la fabrication desquels les Allemands et les Américains, déjà fort enclins à l'alimentation artificielle, sont passés maîtres — et d'autre part des préparations dérivées d'aliments naturels, mais digérées artificiellement. Ce sont de ces dernières dont nous allons seulement nous occuper ici.

Sous l'influence des ferments solubles de l'estomac et du pancréas (pepsine et trypsine), les albumines, qui sont des matières colloïdes, coagulables et directement inabsorbables, se transforment en substances solubles, incoagulables, dialysables et absorbables, les peptones, qui pa-

raissent n'être, chimiquement, que les molécules isolées par hydratation delà molécule polymérisée de l'albumine. Ces peptones donnent les réactions ordinaires de coloration des albumines, mais elles ne précipitent pas par les acides minéraux et spécialement par Tacide nitrique ; de plus elles présentent, en injection intraveineuse, une certaine toxicité, ne passent pas dans Turine, mais rendent le sang incoagulable et abaissent la pression sanguine.

Toutefois, dans le dédoublement fermentatif des albuminoïdes, il existe, entre Talbumine du début et la peptone de la fin, plusieurs formes de passage, qui sont : 1° la syntonine ou acidalbumine, qui précipite par les alcalins ; 2° les proléoses ou albumoses^ qui comprennent le propeptone de Schmidt-Mulheim et se divisent en protalbumose, deutérabulmose, hétéralbumose et dysalbumose. Ces produits sont généralement solubles dans Teau, mais ils précipitent par le sulfate d'ammoniaque; 3^ enfin les peptones vraies, issues du dédoublement des albumoses; en même temps apparaissent la leucine, la tyrosine et des toxalbumines peu connues.

A chaque type d'albuminoïde correspond naturellement une peptone particulière ; c'est ainsi que Ton a ïalbumine-pepîone, la myosine-peptone^ la fibrine-peptone, la caséine-peptone, etc., substances qui possèdent des propriétés très voisines et ne paraissent différer que par la grandeur de leur pouvoir rotatoire. Ces peptones sont des corps blancs, amorphes, sans odeur bien nette, mais à saveur acre et amère, surtout quand elles sont impures ; elles sont nettement hygrométriques, facilement dialysables, mais moins cependant que les matières salines, te qui permet d'utiliser la dialyse pour les purifier. Insolubles dans l'éther et le chloroforme, très peu solubles dans l'alcool absolu froid, elles se dissolvent bien dans l'eau et donnent alors une solution faiblement acide, légèrement visqueuse, filtrant bien à chaud, mais qui mousse beaucoup.

Les dédoublements successifs que les matières albuminoïdes subissent au cours de la digestion naturelle ou artificielle fournissent une méthode générale pour déterminer la quantité de chacune des formes de passage (syntonine, albumose, peptone) dans un liquide digestif (naturel ou artificiel) donné. Voici cette méthode, très simple et très pratique :

1* Le liquide obtenu en traitant par exemple des viandes désossées et dégraissées par la pepsine acide à -f 40'' G. pendant quatre à cinq heures, est d'abord soumis à l'ébullition, afin de coaguler f albumine qui n'a pas été dissoute; on filtre; 2° le filtrat est neutralisé, la syntonine se précipite et on filtre de nouveau-; 3** la liqueur claire est traitée par le sulfate d'ammoniaque, qui précipite les albumoses ; 4° enfin après nouvelle filtration, la peptone pure reste seule en solution.

Physiologiquement et chimiquement, les albumoses et les peptones peuvent se produire : par faction de la pepsine en milieu acide et de la trypsine en milieu alcalin ; par faction des ferments peptonisants végétaux et notamment par celle de la papaïne du Carica papaya et du suc de f agave ; par faction des ferments peptonisants sécrétés par quelques bactéries et autres microorganismes ; par faction de certaines matières minérales, chlorure de sodium, fluorure de sodium, et des acides étendus; enfin par faction de la vapeur d'eau sous pression à + 100° G. et surtout + 120° G. ; des traces d'acide chlorhydrique favorisent cette dernière transformation.

Ces divers procédés ont tous (sauf celui parles matières minérales salines) été utilisés industriellement pour la préparation des peptones et des albumoses commerciales.

Les albumoses et peptones sont utilisées pour f alimentation des malades, spécialement de ceux dont les sécrétions digestives sont troublées, ralenties ou abolies, des convalescents et aussi des enfants à la période de croissance, des vieillards enfin, et on peut les administrer aussi bien par la voie rectale que par la voie buccale.

Elles sont d'ailleurs Tobjet d'une consommation qui devient de jour en jour plus considérable, car leur fabrication se perfectionne et s'étend, mais naturellement de préférence dans les pays de grand élevage où la viande de bœuf coûte très bon marché. Cette extension dans la consommation des matières artificiellement digérées tient à leur facile digestibilité et aussi à ce que les recherches de Plosz, de Maly, d'Adamkiewicz, de Munk, de Deiters, de PoUitzer, de A. Gautier..., etc., ont montré que ces matières jouent le même rôle nutritif que Talbumine des aliments ordinaires. Mais tandis que l'on utilisait autrefois surtout les peptones, on donne aujourd'hui la préférence aux albumoses, et cela pour plusieurs raisons.

D'abord les anciennes peptones avaient une saveur amère et répugnante qui obligeait à les enrober dans des véhicules plus ou moins heureux ; en second lieu, certaines marques, qui, ayant un goût moins désagréable, sont, à cause de cela, plus estimées, renferment surtout de la gélatine, des matières extractives, un peu d'albumose et se présentent ainsi simplement comme des extraits de viande; enfin celles dont l'action est le mieux établie au point de vue thérapeutique, comme les bonnes peptones commerciales françaises et la peptone Kemmerich, renferment une proportion d'albumoses égale sinon supérieure à celle des peptones. Au surplus, les peptones ordinaires sont presque toujours impures et renferment les produits toxiques qui apparaissent au terme du dédoublement fermentatif des albumines.

Les albumoses n'ont pas ces inconvénients. Par suite des dédoublements moins avancés qu'elles subissent, elles ne contiennent pas de produits toxiques, elles n'ont ni le goût ni Todeur désagréables des peptones commerciales; elles s'absorbent plus facilement que ces dernières et enfin renferment du soufre, aliment nécessaire, alors que les peptones pures n'en présentent pas. Du reste, les expériences d'alimentation artificielle faites comparativement avec des peptones et des albumoses, ont montré la

LES MODlFlCATECaS DE LA NUTRITION 13

supériorité incontestable de ces dernières. Le seul désavantage de ces produits, c*est qu'ils déterminent assez souvent, mais cependant avec moins d'intensité que les peptones commerciales, quelques troubles gastro-intestinaux, et notamment de la diarrhée. Il convient d'ajouter toutefois que les poudres de viande, et surtout les poudres de viande grillée sont absorbées dix fois mieux, comme Ta montré EUinger, que les albumoses et les produits similaires.

Mais il est juste de dire que le plus grand nombre des préparations dites peptones contiennent, aujourd'hui surtout, des albumoses ; de sorte que les albumoses du commerce et notamment la somatose, n'ont sur elles aucune supériorité réelle. La somatose se présente sous la forme d'une poudre jaune un peu granuleuse, solubledans l'eau, sans odeur ni saveur appréciables et contenant, d'après Goldman, 78 p. 100 d'albumose vraie et seulement 52,4 p. 100 de peptone.

Cette préparation est indiquée chez les dyspeptiques par insuffisance fonctionnelle, chez les anémiés anorectiques, chez les fébricitants, particulièrement dans la fièvre typhoïde, chez les tuberculeux, les hystériques et les syphilitiques, à la phase de dénutrition ; chez les chlorotiques, l'administration de la somatose fait disparaître les troubles de la menstruation, la céphalée, les vertiges, etc. Enfin ce produit paraît être un galactogène très actif. Donné aux nourrices qui manquent de lait ou chez lesquelles la lactation ne s'accomplit pas normalement, il augmente ou rétablit la sécrétion lactée, soit qu'il agisse, comme le croit Drews, sur le tissu glandulaire de la mamelle, soit qu'il active, comme le pense Joachim, la nutrition générale. D'ailleurs, on a constaté que la somatose augmente le nombre des hématies et relève le taux de l'hémoglobine. Chez les petits enfants, à l'époque du sevrage, et chez les petits atrophiques, cette albumose donne d'assez bons résultats et est toujours bien supportée, en raison de son insapidité.

La somatose s'administre à la dose de 15 à 30 grammes par jour, chez les adultes, de 3 à 10 grammes, chez les enfants, dans du lait, du bouillon, du cacao, etc.; on l'associe à d'autres albuminoïdes d'une digestion facile, particulièrement au lait, aux œufs, etc.

A côté de la somatose existent un certain nombre de nouveaux produits renfermant également des albumoses, mais qui n'ont pas jusqu'ici donné des résultats aussi satisfaisants ; tels sont : ra/ca7'nose, préparation brunâtre, visqueuse, inodore, à saveur sucrée, soluble dans 10 fois son volume d'eau chaude, de bouillon, de café, et contenant 23 p. 100 d'albumose ; elle est bien tolérée par les malades et semble s'assimiler presque complètement. — Le glohone^ préparé, suivant la méthode de Lilienfeld, en dédoublant les paranucléines animales et végétales ; c'est une poudre jaunâtre, inodore et insipide, insoluble dans l'eau, mais soluble dans l'alcool, surtout en présence d'une petite quantité d'acide organique; elle paraît contenir une proportion notable d'albumose. D'après Tittel, elle se dissout complètement et rapidement dans le suc gastrique artificiel et est indiquée comme adjuvant dans la diététique des affections générales graves, et chez les enfants ; on l'administre à la dose de 1 à 3 cuillerées à café dans la soupe, du lait, du café, du vin, etc. (Merck).

3° Matières phosphorées organiques

Parmi les matières qui interviennent dans les synthèses assimilatrices et le métabolisme général, la première place paraît appartenir au phosphore. Cette notion n'est pas fort ancienne et ce sont les agronomes qui l'ont tout d'abord mise en évidenco. Boussingant notamment, est arrivé à cette conclusion intéressante que l'on établit la statistique de la nutrition en évaluant la teneur de l'azote et du phosphore éliminés. D'autre part, les recherches de Miescher, de Kossel et d'Almann, puis de

Danilewski, ont montré que les parties les plus actives des tissus sont aussi les plus riches en phosphore, et que, dans la cellule même, les chromatines et les nucléines règlent pour ainsi dire la mitose et tous les phénomènes de fonctionnement. Aussi quelques auteurs^ ont-ils cherché à interpréter par les propriétés de l'acide phosphorique, la synthèse organique qui s'accomplit au niveau du noyau cellulaire, ainsi que Haacke Ta indiqué, et sont-ils portés dès lors à considérer les albumines phosphorées comme les seules essentielles, dans la ration, pour pourvoir à la croissance ou à la régénération (exemple, caséine du lait pour les jeunes enfants) et comme le pivot autour duquel s'accomplissent les divers changements métaboliques de Torganisme. On trouve le reflet de cette préoccupation dans rimportance déplus en plus grande que Ton accorde en urologie, à l'acidité phosphorique et au rapport des phosphates à l'azote des matières vivantes détruites.

La thérapeutique utilise depuis longtemps les préparations phosphatées et phosphorées, mais les découvertes et les idées que je viens de rappeler brièvement ont naturellement étendu la portée de cette médication, modifié la nature et augmenté le nombre des moyens dont elle dispose. Lorsque Brown-Séquard imaginales injections de suc testiculaire, les effets toniques et reconstituants de ce remède parurent, malgré les discussions qu'il souleva, devoir être attribués aux combinaisons histochimiques phosphorées si abondantes dans le noyau des spermatozoïdes, et c'est pourquoi Crocqfils, de Bruxelles, crut pouvoir le remplacer par des injections titrées de phosphate de soude à 2 p. 100 dans l'eau de laurier-cerise, estimant que les phosphates sont les seuls principes essentiels de la médication orchitique. Mais déjà, à ce moment, on savait que la lécithine, graisse phosphorée et azotée, est abondante dans le jaune d'œuf et la matière nerveuse et, dès avril 1894, le professeur A. Robin préconisait encon-

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