‹ Les nouvelles acquisitions sur les maladies charbonneusesChapitre 5 sur 5 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

La cause des maladies charbonneuses est l’introduction dans l’économie d’un microrganisme qui peut s’y multiplier et entraîner la mort de l’individu atteint. Le microbe peut se présenter sous deux formes : l’une peu résistante, le bâtonnet, l’autre ne se détruisant que difficilement, le corpuscule germe. Sous cette dernière forme, le baccillus anthracis peut même se conserver presque indéfiniment, et dans des circonstances favorables reproduire la maladie. Quelles conditions président à son évolution ? A quels moments se divise la bactéridie, à quel autre produit-elle des spores ? Quand son activité est-elle le plus à craindre? Comment se fait-il qu’elle puisse spontanément disparaître de l’organisme infecté? On l’ignore.

Qu’elle arrive au contact de l’organisme sous forme de spores ou de bâtonnet, peu importe la spore se développant alors en baccille ; c’est celui-ci seul que l’on rencontre en cas d’infection charbonneuse. Les conditions qui favorisent l’envahissement de l’économie, celles qui s’y opposent sont peu connues ; le régime, une atteinte récente n’y semblent pas étrangers. Comment agit-il ? Est-ce par son avidité pour l’oxygène, par sa multiplication excessive et l’obstruction qu’elle entraîne, parles altérations chimiques que sa présence amène dans le sang, par le développement d’une matière toxique qu’elle produit où dont elle provoque le développement, nous avons vu sur quoi repose chacune de ces hypothèses et quelles sont celles qui répondent le mieux à

l’observation, mais la question n’est point encore tranchée.

D’où vient le microbe? Sans vouloir rechercher son origine, première question insoluble aujourd’hui, nous savons maintenant qu’il peut nous atteindre, venant soit des dépouilles, même ayant subi certaines préparations, soit du sang, frais ou desséché des animaux atteints, et cela immédiatement ou médiatement, transporté alors par les instruments, par des objets contaminés, ou encore par les mouches ; l’infection par les mouches non piquantes est jusqu’ici la seule démontrée.

Pouvons-nous le prendre sur le sol ou sur les plantes, aucun fait ne le prouve encore. Les animaux étant pour nous le point de départ de la maladie, c’est chez eux que nous devons chercher à l’éteindre. Il sera bon pour cela de veiller à leur alimentation, surtout de rejeter les aliments secs, les herbes coupantes, s’ils n’ont été préalablement amollis, les fourrages venus sur des prés argileux, alternativement inondés ou brûlés par le soleil, sur les terrains infectés, qu’ils le soient naturellement ou par des cadavres charbonneux; peut-être, joindre à la nourriture des bestiaux le carbonate de chaux grâce auquel M. Delaanay prétend avoir préservé ses vaches (th. d’Haueur 1875) ; enfin les envoyer pâturer sur les terrains où semble s’éteindre la maladie. Si un animal tombe malade, il serait préférable de l’abattre afin qu’il ne puisse infecter les autres, par ses déjections, par exemple, comme le mouton qui, quelque temps avant sa mort, rejette « une urine’ rosée renfermant des globules sanguins et des bactéridies très longues (Toussaint). » L’animal mort, le mieux serait de le brûler ou tout au moins de l’envoyer dans un de ces clos d’équarissage dont l’établissement a déjà fait diminuer

beaucoup les cas de maladies charbonneuses. Si Ton est obligé de recourir à l’enfouissement, on choisira de préférence les terrains dont j’ai parlé, mais surtout on aura soin de jeter dans la fosse la terre sur laquelle l’animal a succombé, sur laquelle il a pu être dépouillé, on y associera une substance active comme la chaux capable d’opérer la destruction des matières organiques et des germes qu’elles renferment (Bouley, Rec. méd. vet. 79) ; des recherches sont encore nécessaires. Enfin on désinfectera les lieux où l’animal est mort, on devra échauder les peaux et ne pas faire usage de la viande.

Les recherches que je viens de résumer nous ont encore appris que, jusqu’à nouvel ordre, le charbon spontané, le charbon symptomatique, au moins tel qu’on l’entendait, n’existent plus. Nous avons vu l’anatomie pathologique en concordance parfaite avec les symptômes observés, appris la marche de la bactéridie et l’influence de l'étude des ganglions. Nous savons que l’on doit toujours rechercher la présence de la bactéridie, et où cette recherche doit se faire. La bactéridie demeure plusieurs jours sous la peau, à moins de circonstances particulières, isolée, pour ainsi dire, de l’organisme, qui sera préservé si on la détruit alors. Comment arrivera-t-on à ce but? Il ressort de ce que j’ai dit que l'on ne peut compter sur les injections hypodermiques, encore moins sur les médicaments internes. Cependant on est, d’après les résultats acquis, autorisé à faire usage de l’injection iodée ou même phéniquée. Somme toute, le meilleur traitement est encore la cautérisation. Nous avons vu quels avantages pratiques offre le sublimé et l’inanité des reproches qu’on lui adresse. Quoique inférieure sous certains rapports et n’ayant pas la sanction d’un aussi long usage, la méthode de M. Bourgeois pré-

sente cependant des avantages qui la recommandent; et le cautère actuel ne sera préféré que s’il y avait à craindre le voisinage de quelque vaisseau important. Enfin l’on pourra administrer au malade l’alcool à haute dose, qui, s’il ne répond pas à ce qu’en ont dit les Belges, servira toujours à le relever.

On voit, par ce rapide tableau que, j’avais raison de le dire, peu de maladies sont actuellement aussi bien connues. S’il y a eneore quelques points à élucider, ils n’ont presque tous qu’un intérêt secondaire. La voie est tracée, et les étapes parcourues permettent d’espérer que l’on arrivera bientôt à un résultat définitif.

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