‹ Les nouvelles acquisitions sur les maladies charbonneusesChapitre 4 sur 5 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Sans parler de tous les modes de traitement, depuis la tomate, depuis la ponction splénique vantée par les Allemands, il faut jeter un coup d’œil sur les agents dont l’emploi a donné les plus sérieux résultats, de façon à les rapprocher des méthodes nouvellement préconisées.

On emploie, pour combattre les affections charbonneuses, la cautérisation, les applications de substances diverses, les injections hypodermiques, le traitement général.

La cautérisation se fait à l’aide de caustiques chimiques, soit liquides : acides énergiques, beurre d’antimoine..., soit solides : potasse, sublimé, chlorure de zinc, pâte deVienne... ou au moyen du cautère actuel.

Les acides ont un certain nombre d’inconvénients que ne compensent aucun avantage particulier. Ils tachent et brûlent les objets qu’ils touchent, ils fusent, et l’eschare qu’ils produisent ne saurait être limitée en profondeur ni en largeur ; ils donnent une eschare glutineuse, à travers laquelle le sang ne tarde pas à transsuder, gênant plus ou moins la suite de l’opération ; aussi sont- ils à peu près laissés de côté.

Ces remarques s’appliquent également au beurre d’antimoine, autrefois fort employé en Beauce, et dont les médecins portugais font encore un fréquent usage.

Pour les mêmes raisons l’on n’usera pas de la potasse, qui présente en outre l’inconvénient de s’altérer ; mais à ces quelques défauts près, défauts inhérents à sa substance, c’est un excellent caustique si on l’emploie par la méthode de Bourgeois, d’Etampes, ou méthode par dilution; elle agit alors rapidement et offre l’avantage que le médecin voit ce qu’il fait.

Quant à la pâte de Vienne, qui présente quelques-uns des inconvénients précédents, on n’en a pas toujours de suffisamment fraîche à sa portée, et son eschare est assez longue à tomber. Elle présente en revanche l’avantage d’agir rapidement et sous les yeux du médecin, qui peut l’empêcher de fuser. Nélaton la mettait au premier rang

et M. Pont de Gaudelu dit en obtenir les plus beaux résultats.

M. Després emploie le chlorure de zinc. Après avoir excisé l’eschare, il place de petites boulettes d’amadou trempées dans une solution saturée de ce sel (18 pour 15). Pardessus on met un cataplasme, qui modère l’inflammation. Au bout de 24 heures, on incise l’eschare qui s’est formée ; si l’on trouve du pus, c’est que la cautérisation a été suffisante; on continue les émollients; si l’on trouve du sang, on recommence l’application caustique : voilà T indication du traitement. Ses avantages seraient la circonscription, l’indolence, l’absence de phénomènes toxiques.

Le sublimé met un certain temps à agir, et le médecin ne peut diriger son action aussi rigoureusement qu’avec la potasse employée par dilution. On lui a fait en outre le reproche de- donner lieu à des accidents d’hydrargyrisme, mais ces inconvénients sont plus apparents que réels ; un médecin qui se conformerait aux règles tracées pour son application n’aurait pas lieu de les redouter. Facile à conserver et à transporter, le médecin peut l’avoir toujours sous la main au moment où il est appelé à s’en servir; grand avantage pour celui qui exerce là où l’on rencontre généralement le charbon, c’est-à-dire à la campagne, avantage qui peut même compenser et au delà quelques légers inconvénients, que l’on a beaucoup exagérés. Il est des plus faciles à appliquer et très bien supporté du malade, tous avantages qui ne sont pas à dédaigner dans la pratique. L’eschare dense, épaisse, d’un centimètre de profondeur, bien limitée, se détache facilement ; enfin il se développe à l’entour une réaction assez vive, qui a toujours été regardée comme favorable, opinion que semble confirmer ce qui se passe chez le chien, par exemple. En effet, si l’i-

noculation a lieu dans le tissu cellulaire, il y a inflammation, et l’animal échappe à l’infection. C’est aussi ce que semble confirmer ce qu’écrivait, au commencement de l’année, M. Dumolard, de Vizille ( Lyon médical). Il distingue deux espèces de pustules, l’une infectante, l’autre non, toutes deux résultat « du virus charbonneux, qui, tantôt réagit énergiquement en amenant autour de la pustule un travail inflammatoire qui barre le passage au virus et empêche l’infection générale, et qui tantôt reste inerte, alors que les bactéridies envahissent les tissus. »

Cet avantage se retrouve également dans l’emploi du cautère actuel, qui, de plus, a cela de commun avec la méthode de Bourgeois que l’on peut varier la forme et l’étendue de la cautérisation ; en revanche, l’eschare en est peu épaisse (2 à 3mm), ce qui explique les résultats assez souvent infidèles que l’on en obtient, et fournit une longue suppuration. Il faut aussi tenir compte de la vive appréhension qu’il cause au malade, appréhension bien légitime quand on voit Lisfranc obligé de faire, dans une seule séance, dixhuit applications au même point. « Dans les parties situées autour des gros vaisseaux, il paraît présenter moins de danger que tout autre caustique; non seulement alors on peut graduer à volonté la brûlure, mais on risque moins de les blesser; ceux-ci, à la manière des muscles, se crispent sous la chaleur de l’instrument et s’en écartent, comme nous l’avons constaté expérimentalement. » (Salmon.)

Un autre procédé de destruction du virus charbonneux par la chaleur serait l’application d’un marteau chauffé à 51°, maintenu pendant un quart d’heure sur la partie malade. Ce traitement, proposé par Davaine, est fondé sur la estruction des bactéridies par une chaleur de 48°, n’a pas

reçu la sanction de la pratique, et des expériences de Golin ont montré que l’on n’élevait pas sensiblement par ce procédé les liquides sous-jacents. (Nov., déc., 1879*)

Agents divers . — On aurait obtenu de bons résultats avec du jus de citron, un mélange de sel et de vinaigre. Behan et Luton emploient le chlorure de soude ; Schwann l’écorce de chêne. Dans la Gazette de Strasbourg, 1865, Raimbervilliers vante le perchlorure de fer ; mais dans le cas qu’il rapporte, on lui voit employer la teinture d’iode, l’acide sulfurique... Dans les journaux portugais de 1873* on recommande l’application après rupture des vésicules, d’un emplâtre de poix de Bourgogne saupoudré de la même substance. Dans le Journal de thérapeutique, 1876, un médecin polonais, M. Grzimala, préconise les vésicatoires, et M. Bourget, d’Aix, réclame la paternité de ce traitements

Sans revenir sur ce qui a été dit tant de fois, à savoir que l’on a vu des cas de charbon parfaitement confirmé guérir spontanément, je ferai remarquer que la plupart de ces traitements sont basés sur des observations peu nom* breuses, dont beaucoup auraient eu besoin d’être appuyées de démonstration microscopique. Aussi bien ne veux-je pas dénier, à priori , une certaine efficacité à ces agents, dont l’action est peu énergique ; plus inoffensif sera lé re^ mède, meilleur il sera. Je rapporterai tout à l’heure d’au* très recherches , mieux établies , faites dans cet ordre d’idée. On conçoit l’action d’un certain nombre des substances dontje viens de parler; mais ce que l’on doit chercher avant tout, c’est de mettre le plus sûrement possible le malade à l’abri du danger ; si l’on avait un moyen de sa^ voir les cas qui peuvent relever de ces médications, on pourrait y avoir recours : malheureusement l’on n’est pas

encore suffisamment fixé à cet égard. Aussi n’insisterai-je pas non plus sur le traitement par les feuilles de noyer autour duquel on a fait grand bruit il y a quelque temps, et sans relever les assertions parfois étranges de M. Raphaël, sans m’arrêter au déni de justice dont il se plaint, je regretterai qu’il se soit « gardé de raconter sous forme d’observation de nombreux faits» lui qui ne croit pas tenir compte des observations « courtes et qui manquent de détails, » et qui reproche à M. Pommayrol que ses observations étant très incomplètes, « il faut croire au diagnostic sur parole. » Je m’associerai simplement aux paroles de M. Régnault (d’Alfort) quand il dit : « Je cautérisera d’abord, sauf à appliquer ensuite les feuilles de noyer si la maladie ne paraissait pas suffisamment enrayée. En agissant ainsi, je croirai ma responsabilité mieux assurée. »

On a cherché à remplacer la cautérisation, qui laisse toujours après elle des cicatrices plus ou moins apparentes par l’ingestion ou l’injection de substances qui ont la propriété de détruire les bactéridies. Je ne parlerai pas des tentatives faites sur les animaux et dont les résultats font dire à M. Toussaint qu’il n’y a pas à l’heure actuelle un seul exemple bien avéré de charbon guéri par les injections. M. Bert (Soc. biol., 1869), faisant des inoculations, a même vu succomber d'abord les animaux traités par l’acide phénique.

M. Davaine, ayant déterminé, je l’ai dit, la puissance neutralisante de plusieurs agents a conseillé l’injection sous-cutanée d’une solution d’iode au 500e ou d’acide phénique au 100e. La guérison obtenue par MM. Collot et Jaillard (obs. de Stanis. Cérard) parut confirmer le résultat de ces expériences. M. Bourguignon a publié aussi

(Rev. sc. méd., 4877) une observation qui semble concluante. Nombre d’autres ont paru ; malheureusement les espérances que l’on avait conçues étaient exagérées.

Dans le même temps, mon père poursuivait un but semblable et traitait avec succès par l’injection hypodermique d’une solution d’acide phénique au 50e, un cas d’œdème charbonneux et plus tard deux cas de pustule maligne (Gaz hebdomadaire, 1875, p. 387). Le traitement dit antivirulent, lui ayant semblé avoir eu une grande part dans ces guérisons, il fut encouragé à l’employer ; mais dans les faits nouveaux qu’il recueillit, l’action des injections souscutanées neutralisantes n’a pas toujours répondu à l’espoir qu’elles lui avaient donné. Voici les observations nouvelles des cas où il en a fait usage.

Observation II,

Dav..., 19 ans, charretier, s’aperçoit le 28 août dans la journée qu’il a un petit bouton à la partie supérieure du mollet gauche. Ce bouton ne lui occasionne qu’un peu de démangeaison ou de cuisson lorsqu’en marchant son pantalon vient à frotter dessus.

Ayant beaucoup marché le 27, le mollet est enflé le 30 d’une façon assez considérable, en même temps il est devenu assez douloureux. Le bouton s’est sensiblement élargi. Pendant toute la journée il continue à travailler; le soir voyant sa jambe très gonflée il vient consulter.

A la partie supérieure du mollet gauche existe une pustule ovalaire formée par un anneau vésiculeux plus développé en haut et en dedans ; le centre en est déprimé et d’une teinte grisâtre. Toute la pustule a environ 1 cent, dans son plus grand diamètre. Elle repose sur une tuméfaction dure, tendue et diffuse, qui ne permet pas de reconnaître s’il existe un noyau induré sous-jacent. Cette tuméfaction comprend tout le mollet, elle est plus développée vers la partie inférieure de la jambe jusqu’à la naissance du tendon

d’Achille. La peau a une teinte rose assez vive, et la pression y développe un peu de douleur. Du côté du jarret, la tuméfaction est moins prononcée et ne dépasse guère le creux poplité . Le malade accuse du malaise, de la courbature, des battements douloureux dans la tête ; le pouls est fréquent.

Dans la ferme où cet homme est charretier, il meurt de temps en temps des moutons du sang de rate> Les corps de deux moutons morts de cette maladie ont été abandonnés sur le sol au voisinage de la ferme ; ils y sont encore actuellement.

Traitement. — Six piqûres sont faites à 1 cent, du pourtour de la pustule avec la seringue de Pravaz et en dirigeant obliquement la pointe de l’aiguille dans le tissu cellulaire situé au-dessous de la pustule. Le liquide injecté qui consiste en une solution d’acide phénique au 50e sort par quelques-unes des premières piqûres. En plus de ces injections, il en est pratiqué sept autres autour des premières à environ 5 cent, les unes des autres. Immédiatement après ces injections, il se produit une diminution très sensible du gonflement de la jambe, qui de dur qu’il était devient mou et dépressible; le père du malade, présent, en fait lui-même la remarque. La peau, en outre, a pâli et la pustule a pris une teinte grisâtre terne.

La surface de la pustule est abrasée pour enlever l’anneau vésiculeux, et le centre, gratté avec un bistouri, donne la sensation d’un tissu coriace, Un fragment de sublimé de la gros seur d’un petit pois est ensuite déposé sur le centre de la pustule et maintenu avec des feuilles de papier Fayard superposées.

Examen microscopique* — Le produit du grattage examiné au microscope contient des bactéridies immobiles, quelques-unes sont agitées d’un très léger mouvement d’oscillation ou de balancement; il en est qui sont inégales sur les bords ou crénelées. On y rencontre aussi quelques fines granulations agitées de mouvement brownien. Le liquide provenant des piqûres faites autour de la pustule n’a présenté aucune bactéridie.

31 août. A la levée de l’appareil , il reste environ un tiers du fragment de sublimé non dissous sur l’eschare qu’il a produite. Le gonflement persiste mais il a beaucoup perdu de sa dureté. Compresses imbibées d’acide phénique à 1/50, taffetas gommé par-dessus.

1er septembre. Le gonflement continue son mouvement rétro-

grade, il n'existe plus qu’une petite différence entre les deux mollets. Le pouls qui hier encore était très fréquent tombe à 78. Appétit.

Le 2, soir. Le mollet est complètement revenu à son volume normal et la peau a sa coloration naturelle ; aucune trace d’engorgement autour de l’eschare. - Panser avec : axonge camphrée et onguent de la mère p. e.

Observation III.

X... est une fille de 3 ans et demi. Ses parents sont marchands de peaux de moutons, qu’ils vont acheter de ferme en ferme, et né6 cessairement ils en rapportent d’animaux morts du sang.

Le 6 août. Ils s’aperçoivent que l’enfant porte au côté externe de la paupière inférieure droite, un petit boutonaccompagné d’un léger gonflement.

Les 7 et 8. Le mal ne fait pas de progrès ; on y applique du vinaigre.

Le 9, matin. Le gonflement de la paupière ayant considérablement augmenté on amène l’enfant. Il y a sur la paupière inférieure une tache brunâtre, ovalaire, déprimée au centre, de 4 à 5 millim. dans son plus grand diamètre. L’épiderme qui l’entoure est infiltré de sérosité, dans une étendue de 3 millim. environ, sans former de véritables vésicules, mais constituant une légère saillie jaunâtre. Une aréole érythémateuse de 3 à 4 millim. de largeur l'environne* Les deux paupières sont très tuméfiées ; la tuméfaction s’étend un peu à la partie supérieure de la joue.

Trois piqûres sont faites autour de la pustule avec l’aiguille à injection dont on pousse la pointe au-dessous, vers le centre de la pustule, et une quatrième sur la partie la plus saillante de l’œdème de la paupière inférieure. Ces piqûres laissent échapper un peu de sang et de sérosité. Injection d’une solution d’acide phénique au 50e; le liquide ressort en partie par une des premières piqûres. Après l’injection faite dans la paupière, celle-ci prend une teinte sombre, plombée. La surface de la pustule est ensuite raclée ; la partie centrale brunâtre est dure et peu profonde. Un fragment de sublimé gros comme un grain de chènevis est déposé sur le centre de la pustule et maintenu avec du diachylon.

Examen microscopique. — Le produit du grattage contient des bactéridies ; mais le liquide issu des ponctions n’en contient pas.

Le 10. L’eschare produite par le sublimé a près de 1 cent de diamètre. Le gonflement des paupières est un peu moindre, mais il a augmenté du côté de la joue et s’étend jusque sous la mâchoire inférieure derrière l’angle de laquelle existe un ganglion engorgé. Pouls fréquent. — Compresses imbibées d’acide phénique à 1/50 et recouvertes de taffetas gommé.

Le soir, le gonflement de la joue a fait de notables progrès; il s’étend en bas jusqu’à la partie supérieure du cou, en dedans aux lèvres, en arrière à l’apophyse mastoïde, à l’oreille, à la tempe qui est le siège d’une tension élastique. Tous ces parties sont chaudes et d’une couleur rose assez accusée, ce qui est d’un pronostic favorable. Autour de l’eschare quelques vésicules contenant un liquide clair. Injections dans différentes directions aux paupières, sur la joue, la tempe, dans le ganglion sous-maxillaire engorgé d’une solution d’iode au l/500e et d’une solution d’acide phénique au 50e. Cinq ou six injections au moins de chaque solution.

Le 11. La tuméfaction a peut-être un peu augmenté, elle atteint les paupières du côté sain, mais elle a perdu de sa rénitence, elle est notablement plus molle à la partie inférieure de lajoue, à la tempe, au front; elle conserve sa dureté autour de l’eschare. Les vésicules sont flétries et reposent sur un tissu rouge violâtre. Ces tissus sont chauds et douloureux. Au microscope on ne trouve de bactéridie ni dans la sérosité, ni dans les débris des vésicules. Cataplasmes arrosés d’eau phéniquée ; taffetas gommé.

Le 12. La mère vient dire que la diminution du gonflement a continué surtout depuis la veille au soir.

Le 13. Le gonflement a disparu au cou, au menton, à la joue, à la tempe et au front. Les paupières des deux yeux sont seules œdématiées, mais ridées. Guérison assurée.

Dans ces deux observations, la nature charbonneuse de la maladie est établie par l’existence de bactéridies dans le produit de grattage des pustules. Le traitement par les injections hypodermiques a un effet remarquable dans la

première : il détermine une diminution rapide qui se manifeste presque immédiatement et continue les jours suivants. Dans la deuxième, cette diminution se fait un peu plus attendre, mais, dans les tissus où ont eu lieu les injections, se développe une réaction qui est ordinairement d’un heureux augure et peut faire prédire la guérison prochaine. L’objection qu’on peut faire est que dans les deux cas, le traitement par les injections a été compliqué de cautérisation au sublimé.

Après avoir transcrit des observations dans lesquelles la méthode hypodermique ou anti-virulente ne semble pas étrangère à l’heureuse issue de la la maladie, je vais en citer d’autres où elle a complètement échoué.

Observation IV.

T..., cultivateur, 39 ans environ, fortement constitué, s’aperçut le 31 juillet 1875 qu’il avait un bouton à la partie supérieure delà poitrine. Ce bouton situé un peu au-dessous de l’articulation sternoclaviculaire cause une démangeaison qui porte le malade à le tourmenter avec une épingle; mais le l°r août voyant qu’il se manifestait autour de la rougeur et du gonflement, celui-ci vient consulter.

On observe alors un point central noir qui n’est entouré de quelques vésicules que d’un seul côté. L’eschare et les vésicules n’occupent qu’une surface de 3 à 4 millimètres. Il n’existe pas de noyau d’induration mais un gonflement diffus accompagné d’une rougeur érythémateuse, chaude, sur une surface d’environ 10 à 12 cent, carrés.

Gonflement et rougeur ne remontant pas du côté du cou. Pas de fièvre, pas d’accidents généraux. Incision de la pustule et introduction avec une allumette d’un peu d’acide chlorhydrique dans la plaie (Ces détails ont été communiqués par le médecin traitant.)

2 août. Le mal a fait des progrès, augmentation de la rougeur

autour du point cautérisé, et aussi du gonflement. Cautérisation avec le sublimé dans la largeur d’une pièce de 2 fr.

Le même jour mon père appelé en consultation trouve le malade dans l’état suivant. A l’endroit indiqué existe une eschare de 2 cent, de diamètre environ, dont le centre est occupé par une incision cruciale. Au-dessous toute la partie antérieure du thorax est le siège d’une tuméfaction oedémateuse, indolente, qui s’étend en bas jusqu’à l’appendice xyphoïde, à droite et à gauche jusqu’aux seins; de ce dernier côté elle envahit le devant de l’aisselle où elle est tremblotante. La peau offre sur ces parties une coloration rouge terne assez intense se rapprochant de celle de l’érysipèle.

Elle est parsemée de taches blanchâtres ou jaune pâle plus ou moins larges et à contours irréguliers. Cette rougeur comme frangée sur ses bords ne présente pas le bourrelet de l’érysipèle. Des taches rouges isolées se remarquent à peu de distance au-dessous. Pouls à 78 environ, de force normale; peau sans chaleur. Pas de nausées. Le malade ayant voulu se lever a été pris de vertige et est tombé.

Dans la matinée sept injections de teinture d’iode étendue d’eau ont été pratiquées.

Après avoir recueilli dans un petit tube un peu de sérosité et de sang écoulés de quelques piqûres pratiquées, mon père inocule seize fois le contenu d’une seringue de Pravaz emplie d’une solution d’iode à 1/500. Ces injections sans déterminer une très vive douleur sont suivies d’une sensation de cuisson ou de brûlure. — Cataplasmes arrosés d’eau-de-vie camphrée. Eau vineuse.

Dans la soirée du même jour, douze injections sont encore faites.

Le 3. La rougeur et la tuméfaction occupent une plus grande surface et descendent jusqu’à la partie supérieure de l’abdomen. Des phlyctènes se sont développées autour de l’eschare. Le pouls est faible et très fréquent.

Dans l’après-midi, toute la surface du devant de la poitrine est d’un rouge terne légèrement violâtre et parsemé de taches blanchâtres ; au niveau du sein droit, tache bleuâtre comme ecchymosée, de la largeur d’une pièce de 5 fr. Là rougeur s’étend jusqu’à la partie supérieure de l’abdomen. Tout le tissu cellulaire souscutané est œdématié, et tremblotant sur les côtés de la poitrine, La tuméfaction s’étend sur l’abdomen jusqu’au niveau des hanches-

mais sur cette partie, la peau a conservé sa coloration naturelle. La peau est froide etsudorale; le pouls est imperceptible; des vomissements ont lieu de temps en temps. L’intelligence est conservée, la respiration un peu accélérée, pas d’assoupissement. La mort a lieu dans la soirée.

Examen microscopique, inoculation. — La sérosité sanguinolente, extraite du tissu cellulaire sous-cutané par quelques piqûres faites à Ja peau, contient des bactéridies. Quelques gouttes de cqtte sérosité délayées dans un peu d’eau distillée sont injectées sous la peau d’un cobaye sans amener sa mort. Cette même sérosité sanguinolente conservée dans le tube, du troisième au septième jour de son extraction, a subi un certain degré d’altération; on y observe beaucoup de vibrions, des bactéridies les unes intactes, d’autres en voie de décomposition : ces dernières sont brisées et comme formées de granulations en voie de se séparer au lieu de présenter des bords uniformes et une cohésion laissant à peine distinguer les granulations qui les composent. — Globules de sang étoilés.

Inoculation sous la peau d’un cobaye d’un peu de cette sérosité mêlée à de l’eau distillée. Mort du cobaye cinquante à soixante heures après l’inoculation. A l’examen microscopique de la sérosité infiltrée dans le tissu cellulaire aux environs de la piqûre, du sang du cœur et de la rate, on trouve des bactéridies et un grand nombre de granulations, d’inégal volume, agitées du mouvement brownien; l’agitation sur place appartient aux plus petites ; les plus grosses ont un mouvement plus marqué de rotation, ou de tournoiement avec propulsion en avant, existant encore quand deux granulations sont accolées, il devient moindre à mesure qu’un plus grand nombre de granulations sont réunies ; l’acide acétique arrête ce mouvement.

Les bâtonnets sont composés de 2 à 8 granulations placées sur la même ligne; elles ont un mouvement de balancement ou de propulsion en avant quand le nombre n’en dépasse pas 4 ou 6. Leur longueur occupe 20 divisions du micromètre oculaire ; quelquesunes des granulations qui les composent paraissent assez faiblement réunies et même séparées en quelques points.

Cet état paraît à mon père provenir de la putréfaction du liquide inoculé. La bactéridie qui n’a pas subi d’altération putride ne laisse pas voir, sur ses bords qui sont réguliers, d’apparence

granuleuse : si ce n’est à un fort grossissement, où leurs bords paraissent légèrement crénelés ainsi qu’il s’en assure en examinant du sang de la rate d’un mouton mort du charbon ; dans ce cas elles occupent 4 à 5 divisions du micromètre et ont un très léger balancement.

Observation V.

G..., femme de 45 ans environ, journalière, constitution un peu usée, s’est aperçue le 21 septembre 1876, à son réveil, qu’elle avait sur le bout du nez un petit bouton blanc (vésicule incolore sans doute), un second vint s’y joindre. Elle appliqua dessus de l’eau-de-vie camphrée. Le mal s’étendit, les ganglions sous-maxillaires s’engorgèrent et le 23 elle fit appeler mon père.

Le nez, depuis le bout jusqu’à la partie moyenne, est alors couvert de vésicules d’autant plus violacées ou ecchymosées qu’elles occupent le centre de l’extrémité nasale, celles de la circonférence sont pâles et plus petites. Les vésicules inégales, confluentes, s’étendent jusque sous la cloison et latéralement aux deux ailes du nez; ces parties ne sont aucunement douloureuses, on peut les toucher, les presser entre les doigts, sans exciter aucune douleur. Le nez a augmenté de volume et autour des vésicules a une teinte légèrement animée. Les paupières supérieures sont aussi un peu œdématiées. Les ganglions sous-maxillaires sont tuméfiés, douloureux, ainsi que le tissu cellulaire qui les entoure. — Pouls un peu fébrile, mou. — Abrasion des vésicules et application sur la surface dénudée d’ouate imbibée d’une solution d’iode à 1/500.

Cette femme n’a pas de rapports de contact avec des bestiaux pouvant lui communiquer le charbon ; mais lorsque celui-ci s’est manifesté elle glanait dans un champ voisin d’un dépôt de matières animales, de débris d’animaux, formé par un cultivateur pour répandre dans son champ. De plus, chaque jour elle passait près d’un autre dépôt semblable établi par un boucher pour se débarrasser des restes de son étal ; des mouches qui en provenaient s’attachaient souvent à elle, sans toutefois qu’elle se soit sentie piquée.

Le 24. La surface de la partie abrasée a perdu sa teinte ecchymosée, elle est légèrement jaunâtre ; cette coloration paraît oc-

cuper la couche muqueuse ou épithéliale profonde de la peau qui a l’air mortifiée. Les paupières sont un peu moins tuméfiées, et le tissu cellulaire des joues un peu plus. La peau est chaude, d’un rouge plus prononcé. Les ganglions sous-maxillaires ont plutôt diminué. Pouls 84, mou; pas de céphalalgie ni d’autres symptômes généraux. Même traitement.

Le soir, le gonflement des joues a augmenté et est devenu élastique ; l’œdème des paupières inférieures a gagné les supérieures. La surface abrasée est comme tomenteuse, d’un gris jaunâtre ; nouvelles phlyctènes sur l’aile droite du nez. Tuméfaction sousmaxillaire molle et tremblotante s’étendant à la partie antéro-supérieure de la poitrine. Mucosité et gêne dans le pharynx; un vomissement bilieux dans la journée, Pouls 90, — Cette augmentation fait renoncer au traitement par la solution d’iode; cautérisation au sublimé.

Le 25. La tuméfaction des joues a sensiblement diminué, aussi celle des paupières; état stationnaire du gonflement et sur le devant de la poitrine. Toute la surface du bout du nez est convertie en une eschare sèche. Pouls 90; sueurs, soif. — Cataplasmes.

Le 30. Depuis la veille, la diminution du gonflement n’a pas cessé de faire des progrès; aujourd’hui toute trace en a disparu au visage. Les ganglions sous-maxillaires sont encore un peu tuméfiés, durs et douloureux. Guérison assurée.

Exmen microscopique. Inoculation. — Une parcelle des vésicules abrasées examinée, on constate dans la sérosité qui infiltre les cellules épithéliales de nombreuses bactéridies. La sérosité qui suinte de la surface en est à peu près dépourvue. Le 30 septembre, inoculation sous-cutanée à un cobaye de 5 à 10 gouttes d’eau dans laquelle on a trituré les débris épidermiques sanguinolants provenant des vésicules abrasées. Mort du cobaye 36 à 40 heures après. On ne trouve pas de bactéridies dans la sérosité qui infiltre le tissu cellulaire sous-cutané de l’abdomen, mais le sang de la rate en renferme de très grandes quantités sous forme de filaments, à bords très unis, dont la longueur occupe deux à trois cinquièmes du micromètre oculaire .

Raimbert,

Observation VI

M..., cultivateur, 54 ans, a ressenti le 10 mai, en sortant d’un bois, une démangeaison sur le dos de la main gauche, sans s’être aperçu d’avoir été piqué par une mouche. Le soir, il avait sur cette partie un petit bouton vésiculeux.

Les 11 et 12, il se montra autour et à la base de ce bouton un gonflement qui augmenta progressivement sans causer de douleur notable.

Le 13. M... va trouver un médecin qui constate la présence sur le dos de la main, d’un point grisâtre, déprimé, à la base d’une vésicule. Il n’existe pas d’aréole vésiculaire mais une aréole rouge violâtre autour du point déprimé. Le gonflement occupe tout le dos de la main et une partie de l’avant-bras. — Cautérisation. Cinq ou six injections sous-cutanées d’une solution phéniquée à l/50e.

Le 14. Le gonflement continue à s’étendre, il occupe tout l’avantbras et même une partie du bras. On recommence quelques injections.

Dans la soirée, tout le bras est envahi. Application de compresses trempées dans une décoction de feuilles de noyer.

Le 15. On appelle mon père qui trouve le malade dans l’état suivant : Sur le dos de la main, près de la tête du premier métacarpien existe une eschare de 1 centimètre de diamètre, entourée de vésicules inégales, noirâtres et au-dessous desquelles le derme est ecchymosé. La main, l’avant-bras et le bras sont le siège d’un gonflement énorme qui distend la peau d’une manière excessive et lui donne l’aspect du marbre sauf la rénitence élastique que l’on constate jusqu’à l’épaule. La poitrine à droite et en avant commence à être envahie par le gonflement qui y est mou et légèrement tremblotant. A la partie inférieure de l’avant-bras, la peau dans une étendue de 5 centimètres environ, est le siège d’une coloration violâtre avec phlyctènes disséminées ; sur la face dorsale on remarque quelques points d’un blanc jaunâtre, déprimés, et environnés d’une légère aréole violâtre : ils correspondent aux points où ont été faites les injections phéniquées. Toutes les parties gonflées sont indolores, mais il existe une sensation de con-

striction, d’engourdissement et de lourdeur. Pouls très fréquent régulier, de force modérée. Soif vive. — Incision de 5à6 cent, sur la surface interne et externe de l’avant-bras. Compresses imbibées d’une solution phéniquée à 1 /50e . Taffetas gommé. Limonade vineuse. (La sérosité contenue dans les plûyctènes qui entourent l’eschare et celle qui s’écoule d'une longue incision à la partie moyenne de l’avant-bras est recueillie pour un examen ultérieur.)

Le soir, le gonflement a considérablement diminué dans toute l’étendue du membre par suite de l’issue d’une grande quantité de sérosité; hernie du tissu cellulaire par les incisions les moins longues; disparition de la rénitence élastique. — Dix injections de la solution d’acide phénique à la partie supérieure de l’avantbras et inférieure du bras. Pansement des plaies avec de la charpie imbibé d’hypochlorite de soude et d’eau à parties égales. Compresses imbibées de la solution phéniquée autour du bras. Taffetas.

Le pouls est très faible, fréquent et intermittent. Vomissement des boissons ; soif ; pas de céphalalgie. On dit le malade atteint d’asthme et de maladie du cœur. La respiration est courte, accélérée et un peu bruyante. Le cœur ne peut être examiné.

Le 16, au matin, la résolution continue ses progrès, le membre a recouvré sa souplesse presque partout. Le pouls est très faible, fréquent et inégal, intelligence conservée. Faciès non altéré, un peu pâle. — Même pansement.

Mort le soir à 7 heures.

Ce cultivateur ne perd pas de bétail du sang, mais en face de lui demeure un marchand de moutons chez qui il en succombe fréquemment.

Examen microscopique. — Il existe des bactéridies dans les cellules épithéliales, infiltrées de sérosité, des phlyctènes développées autour de l’eschare. Il en existe aussi dans la sérosité extraite de l’incision.

Inoculations. — 1° Le 15. Injections sous-cutanées sur le dos d’un cobaye de 10 à 15 gouttes de sérosité. Mort du cobaye 36 à 40 heures après. A J’autopsie, pratiquée le 17 à 4 heures du soir, on trouve de la sérosité contenant des bactéridies, infiltrée dans le tissu cellulaire du dos. Le sang de la rate, qui est augmentée de volume, contient une quantité considérable de microbes; il en existe beaucoup moins dans celui du cœur, mais on y rencontre

une multitude de petites granulations agitées d’un vif mouvement d’oscillation, presque de tournoiement surplace. Ces granulations sont légèrement ovoïdes, à petite extrémité, comme terminée par une petite pointe : elles paraissent un peu plus grosses que ne le comporte la fragmentation du corps d’une bactéridie.

2° Au même moment, inoculation à un autre cobaye de 3 ou 4 gouttes de la même sérosité, et, par la même canule laissée en place injection de 20 à 30 gouttes d’une solution d’acide phénique au 50e. Mort du cobaye environ 60 heures après. A l’autopsie pratiquée le 18 à 4 heures du soir, on constate une infiltration de sérosité occupant le tissu cellulaire de l’échine (lieu d’injection) et de tout le côté droit de l’abdomen. Cette sérosité, le sang du cœur et celui de la rate contiennent des bactéridies.

Passons aux médications générales, je ne parlerai pas des émissions sanguines vantées par M. Sacken de Nancy, et qui peuvent être si dangereuse (Bourgeois). Seuls les médicaments pris à l’intérieur méritent de fixer un peu l’attention. Jusqu’ici les médecins ont simplement conseillé, mais sans avoir l’air d’y attacher une bien grande importance, les excitants diffusibles et les toniques : café, vins, quinquina. Il y a peut-être lieu de demander plus qu’on ne l’a fait à cette classe d’argents. Nous avons vu que l’alcool frappe de mort la bactéridie et que celle-ci trouve dans l’organisme des conditions si peu favorables à son développement, « qu’il devrait suffire de diminuer très peu ces conditions favorables pour empêcher complètement leur développement; » or, les Belges le donnent jusqu’à produire l’ébriété, et ils disent obtenir des cures merveilleuses (Tardif). Il y aurait peut-être lieu de faire à ce sujet des recherches nouvelles.

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