‹ les nouvelles de cervantes saaved4raChapitre 13 sur 34 · II. AS · texte numérisé non relu

II. AS

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cela ne peut être; il ne sera pas dit que je laisserai mon ami, mon camarade, en prison et dans un si grand péril. Mon maître m’excusera quant à présent. D’ailleurs, c’est un si bon et si brave homme, qu’il me pardonnera toute faute commise envers lui , pourvu que je n’en commette point envers mon camarade. Que votre grâce , seigneur maître, me fasse la faveur de prendre cet argent, et de pourvoir à cette alTaire. Pendant que cette somme se dépensera , j’écrirai à mon seigneur ce qui arrive, et je sais qu’il m’enverra assez d’argent pour nous tirer de toute espèce de péril. »

L’hôtelier ouvrit les yeux d’une aune, joyeux de voir comment il guérissait de la perte de son âne. Il prit l’argent, et se mit à consoler Tomas. n J'ai à Tolède , lui dit-il , des personnes de telle qualité qu’elles peuvent beaucoup sur la justice , principalement une dame religieuse, parente du corrégidor, qui le mène par le bout du nez. Une blanchisseuse du couvent de cette religieuse a une fille qui est intime amie de la sœur d’un moine fort connu du confesseur de ladite religieuse. Or, cette blanchisseuse lave le linge de la maison , et , pourvu qu’elle demande à sa fille, ce qu’elle fera sans aucun doute , de parler à la sœur du moine, pour qu'elle parle à son frère , pour qu’il parle au confesseur, et le confesseur à la religieuse , et pourvu que la religieuse, ce qui sera chose facile , veuille bien donner un billet pour le corrégidor, où elle le priera instamment de s’intéresser à l’atfaire de Lope, on pourra certainement espérer une heureuse issue. Mais , toutefois, c'est sous la condition que le porteur d’eau ne s’avise pas de mourir, et

x’iLLUSTRE SE&VABTE.

qu’on ne manque point de graisse pour graisser les i.ninistres de la justice, car, s’ils ne sont pas bien graisse ils grognent plus que des charrettes h bœufs.’» Tomas s’amusa beaucoup des offres de protection que* lui faisait son maître , ainsi que des ricochets infinis par lesquels lui arrivait celte protection ; et bien qu’il reconnût que le madré compère avait plutôt parlé par gausserie que par innocence, il lui sut gré, touteii )is, de sa bonne volonté, et lui remit l’argent, en y a joutant la promesse d'en trouver davantage , tant il avait confiance en son seigneur. Quant à la Arguell s , dès qu'elle vit qu’on tenait en laisse son nouveau i bon ami , elle courut à la prison pour lui porter à manger; mais on ne lui permit pas de le voir, ce qui 1. a fit revenir très-courroucée et très-mécontente , sa ms quelle abandonnât pourtant son honnête projet.

Finale ment , au bout de quinze jours , le blessé était hor s de péril , et , cinq jours après , le chirurgien déc lara cpi'il était entièrement guéri. Pendant ce temps ., Tomas s’étâit arrangé pour faire venir cinquante ( Icus de Séville, et, les tirant de sa poche, il les rem it à l'hôtelier avec de feintes lettres et un mandat supposé de son seigneur. Comme il importait fort pe' a à l'hôtelier de vérifier la réalité de cette correspon dance , il prit la somme , qui , étant en beaux écus < J'or, lui faisait plaisir à voir. Pour six ducats , le bl' essé abandonna sa plainte, et l’Âsturien fut condam.né à dix autres ducats , aux frais et dépens, et à la r,onfiscation de l’âne. Il sortit de prison, mais il ne voulut pas retourner viivrc avec son camarade, lui dunjiaiit pour excuse que , pendant les jours qu’il

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