L ILLUSTRE SERVANTE
« Qui trouve le bonheur d’amour? celui qui se tait. — Qui triomphe de sa rigueur? la constance. — Qui parvient à ses joies ? l’obstination. — De cette manière, je pourrais espérer une heureuse victoire , si, dans cette entreprise, mon âme se tait, reste coasüiQte et s’obstine.
K Avec quoi se nourrit l’amour ? avec la faveur. — Avec quoi diminue sa violence ? avec l’injure. — Au contraire le dédain l’accroît , ou l’affaiblit. — De là , il parait clairement que mon amour sera immortel , puisque la cause de mon mal ne me fait injure , ni ne me favorise.
a Celui qui désespère, qu’espère-t-il ? une mort entière. — Mais quelle mort remédie au mal ? celle qui n’est qu’à moitié. — Alors , il sera bon de mourir ; mieux vaut souffrir. — Car on dit communément , et cette vérité doit être admise, qu 'après l’orage furieux le calme reparaît.
« Découvrirais-je ma passion ? dans l’occasion. — Mais si je n’en trouve jamais ? si, elle se trouvera. — La mort viendra en attendant-, non, élève à tel degré ta ibiet ton espérance , que, les connaissant, Costanza change tes pleurs en rire. »
1" partie, chapitre 27). Je crois devoir, comme dans le Dom Quichotte , citer la première strophe en original :
i Quteo de amor rmluru balle î El que celU.
i Qaleii trlunfe de «a aiperen?
La flrineii.
4 Qnlen de akance àea elegrler La porfla.
Deee Dodo bleu podrta Baperer dtcboa palma, tt ta «la emprem ml aima CaUi , mtk 0rnM, y parfla.
u’rT.I.TîSTnE SEHVANTE.
« Y a-t-il autre chose? dit l’hôtesse. — Non, répondit le mari -, mais que vous semble de ces vers ? — La première chose à faire , reprit-elle , c’est de s’assurer s’ils sont de Tomas. — Il n’y a nul doute à cela , répliqua le mari , car l’écriture du compte de l'orge et celle des couplets est absolument la même , sans qu’on puisse le nier. — Kcoutez, mari , dit l'hôtesse , à ce que je vois , bien que les couplets nomment Costanza, ce qui peut faire penser qu’ils ont été faits pour elle , cependant nous ne pouvons l’afTirmer en toute vérité comme si nous avions vu Tomas les écrire; et d’ailleurs, il y a d’autres Coslanzas que la nôtre dans le monde. Mais quand même ce serait pour celle-ci , il ne dit rien là qui la déshonore , et ne lui demande rien qu’elle ait à refuser. Soyons sur nos gardes, et prévenons la petite fille. S’il est amoureux d’elle , bien sûr qu’il lui fera d’autres couplets , et qu’il tâchera de les lui donner. — Ne vaudrait-il pas mieux, dit le mari, nous délivrer de ces embarras, et le renvoyer de la maison ? — C’est dans votre main , répondit l’hôtesse ; mais , en vérité , suivant ce que vous dites vous-même , ce garçon sert de telle sorte , qu’il y aurait conscience à le mettre dehors pour un si frivole motif. — Vous avez raison, dit le mari, ayons l’œil ouvert, comme vous dites, et le temps nous dira ce qu’il faudra faire. »
Une fois d’accord sur ce point , l’hôtelier alla remettre le livre où il l’avait pris. De son côté , Tomas revint tout empressé chercher son registre, et, l’ayant trouvé, pour n’avoir plus à craindre de nouvelles alarmes, il transcrivit lescouplifls , déchira les feuilles où ils étaient écrits , et résolut de s’aventurer à dé-