‹ les nouvelles de cervantes saaved4raChapitre 22 sur 34 · I.A TotkCE DU SANG. aa · texte numérisé non relu

I.A TotkCE DU SANG. aa

d’or et de perles, avec la ceinture et le collier de diamants. Ses propres cheveux , qui étaient longs et châtains , lui servaient de parure de télé ; mais l’arrangement des tresses et des boucles , et l’éclat des diamants dont elles étaient entremêlées, éblouissaient les yeux qui les regardaient. Léocadie était d’une taiUe élégante et noble -, elle conduisait son fils par la main, et, devant elle, marchaient deux caméristes qui l’éclairaient avec deux bougies sur deux chandeliers d’argent. Tous les convives se levèrent pour s’incliner à son aspect , comme si c’eût été quelque être céleste qui leur apparaissait miraculeusement. Ils furent si frappés et restèrent si stupéfaits eti la voyant , qu’aucun d’eux ne trouva un mot k lui dire. Léocadie, avec une grâce charmante et des manières affables , fit la révérence à tout le monde ; puis, Estefania, l’ayant prise parla main, la fit asseoir à côté d’elle, en face de Rodolphe. L’enfant fut placé près de son grand-père. Rodolphe, qui regardait de plus près l’incomparable beauté de Léocadie , se disait tout bas : « Ah ! si celle que ma mère m’a choisie pour épouse avait la moitié des charmes de celle-ci , je me tiendrais poyr le plus heureux des hommes. Sainte Vierge! que vois-je là? est-ce, par hasard, quelque ange descendu sur terre? » Tandis qu’il se parlait ainsi , l’image de la belle hôtesse allait peu à peu, en passant par ses yeux, prendre possession de son âme. Pour Léocadie , voyant également si près d’elle celui quelle aimait déjà plus que la prunelle de ses yeux qui le regardaient de temps en temps en cachette , elle commença , pendant qu’on servait le souper, à repasser dans son imagination

LA FORCF DU SAKG.

tout ce qui lui était arrivé avec Rodolphe. Elle sentit défaillir dans son âme l’espoir qu’Estefania lui avait donné de devenir son épouse, et, craignant que sa mauvaise étoile ne répondit point aux promesses de cette bonne mère, elle considérait avec effroi combien elle était près d’étre heureuse ou malheureuse pour toujours. Cette réflexion fut si vive , et le combat de ses pensées si violent, que son cœur se serra, qu’ elle perdit couleur et se sentit couvrir d’une sueur froide ; enfin, une défaillance complète lui fit baisser la (été sur la poitrine d’Estcfania , qui , la voyant ainsi , la reçut toute troublée dans ses bras. Tous les convives s’alarmèrent, et, quittant la table, accoururent lui porter secours. Mais celui qui montra le plus de douleur et d’empressement , ce fut Rodolphe , qui , pour arriver plus vite, se heurta et tomba deux fois. On avait beau la délacer et lui jeter de l’eau sur le visage , Léocadie ne revenait point âelle; au contraire, sa poitrine oppressée et son pouls, si faible qu’on ne le sentait point, donnaient des indices certains de sa mort, tellement que les valets et les servantes de la maison , comme gens plus inconsidérés . se mirent à jeter les hauts cris , et à répandre qu’elle était morte. Ces amères nouvelles arrivèrent aux oreilles des parents de Léocadie , qu’Estefania tenait cachés pour une plus joyeuse occasion. Rompant l’ordre qu'Estefania leur avait tracé , eux , et le curé de la paroisse qui les accompagnait , se précipitèrent dans la salle. Le curé s’approcha en hâte pour voir si la moribonde donnait quelques signes de repentir de ses péchés , afin de l’en absoudre ; mais où il pensait trouver une personne évanouie , il en trouva deux , car Rodolphe

Li. FORCE DU SANG.

ëtail tombé le visage surle seindcLéocadic. Sa mère l'avait fait approcher d'elle, comme d’une chose qui devait lui appartenir ; mais quand elle vit qu’il était aussi sans connaissance , elle fut sur le point de la perdre également, et l’aurait perdue, si clic ne se fût aperçue que Rodolphe revenait à lui , tout lionteux qu’on l’eût vu se livrer à un tel excès d’attendrissement. Mais sa mère , comme si elle eût deviné ce qu'éprouvait son fils : « Ne rougis pas , mon fils , lui dit-elle, des témoignages de douleur que tu as donnés*, mais rougis plutôt de ceux que tu ne donnerais pas en apprenant ce que je ne veux point te tenir plus longtemps secret , bien que je pensasse le laisser pour une conjoncture plus gaie. Sache donc, ills de mon âme , que cette dame évanouie , que je tiens dans mes bras , est ta véritable épouse j je l’appelle véritable , car ton père et moi te l’avons choisie , et celle du portrait est fausse. »

Quand Rodolphe entendit cela , emporté par son ardent amour, et délivré par le nom d'époux de tous les obstacles que pouvait lui opposer la bienséance , il s’élança sur le visage de Léocadie , et , collant ses lèvres à celles de la mourante , il semblait attendre que son âme s’échappât pour la recueillir dans la sienne. Mais enfin, lorsque les larmes de tout le monde s’augmentaient avec la compassion , et les lamentations avec la douleur, lorsque le père et la mère de Léocadie s’arrachaient la barbe et les cheveux , lorsque les cris de son enfant perçaient le Ciel , Léocadie reprit connaissance, et en revenant à elle, lit revenir le contentement et la joie , qui s’étaient entuis du cœur de tous les assistants. Léocadie, se

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