‹ les nouvelles de cervantes saaved4raChapitre 23 sur 34 · II · texte numérisé non relu

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trouvant entre les bras de Rodolphe , voulait s'en débarrasser par une honnête violence. Mais il lui dit : « Non , madame , non ; il n’est pas bien que vous fassiez effort pour vous éloigner des bras de celui qui vous a dans l’âme. » A ce propos , Léocadie acheva de recouvrer ses esprits , et Estefania acheva de renoncer à son premier dessein. Elle dit au curé de marier aussitôt son fils avec Léocadie. Le prêtre obéit, car cette aventure étant arrivée dans un temps où il suffisait pour la validité du mariage de la volonté des contractants , rien ne l’empêchait de conclure la cérémonie des épousailles. Cela fait, qu’une autre plume, qu'un autre esprit plus délicat que le mien se charge de peindre l’allégresse universelle de tous ceux qui s’y trouvèrent présents : les caresses que les parents de Léocadie firent à Rodolphe ; les grâces qu’ils rendirent au Ciel et aux parents de leur gendre*, les offres et les politesses mutuelles ; enfin , l’étonnement des camarades de Rodolphe, qui virent si brusquement , et la nuit même de son retour, faire une si belle noce, étonnement qui redoubla quand ils apprirent, en l’entendant raconter par Estefania en présence de tout le monde, que Léocadie était cette même jeune fille que son fils avait enlevée en leur compagnie. Rodolphe ne fut pas moins surpris qu’eux, et pour s’assurer davantage de cette vérité, il pria Léocadie de lui fournir quelque preuve qui lui donnât la certitude d'une chose dont il ne doutait cependant pas , puisqu’il supp<mit que ses parents l’auraient bien vérifiée. Elle répondit : « Lorsque je revins k moi d’un autre évanouissement, je me trouvai dans vos bras, seigneur, et déshonorée; mais

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je n’ai point à regretter ce malheur, pnUqn’en atnv tant de l'évanouissement que je viens d’avoir, je me sois de nouveau trouvée dans les bras du même homme qu’ alors t mais ayant recouvré l’honneur. St ce té» moignage ne suffit pas , j’en appelle i celui de ce cro>« cifix , que personne autre que moi n’a pu vous voler, s’il est vrai qu’au matin vous vous soyez aperçu qu’il manquait , et si c’est bien le même que tient à présent ma dame *. — Vous êtes celle de mon âme , s’écria Rodolphe , et vous le serez toutes les années que Dieu m’accordera. » Il la serra de nouveau dans ses bras, et tous deux reçurent de nouveau les compliments et les bénédictions de chacun.

Le souper hit servi , et l’on fit entrer des musiciens qui avaient été prévenus, Rodolphe se vit lui-méme dans le miroir du visage de son fils ^ les deux grandspères et les deux grand’mères pleurèrent de joie , et il ne resta pas dans toute la maison un coin que ne visitassent l’allégresse et le contentement. Bien que la nuit vînt , en volant de ses ailes légères et noires , il semblait à Rodolphe quelle cheminait , non avec des ailes, mais avec des béquilles, tant il désirait se trouver seul avec sa chère épouse. L’heure attendue vint enfin , car il n’y en a point qui n’arrive. Tout le monde alla se coucher, et la maison entière resta ensevelie dans le silence , où ne restera pas do moins la vérité de cette histoire : c’est à quoi ne consentiraient point les nombreux enfants et l’illustre descendance que laissèrent les fortunés époux à Tolède , où ils vivent

' Mi sehora. L’on a déjà &it remarquer que nous avons bien le mot seigneur, mais que nous n’avons pu sou féminin.

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encore , après avoir joui, pendant de longues et heu* reuses années , d’eux-mémes et de leurs enfants et petits-enfants : tout cela par la permission du Ciel , et par la force du sang que vit répandu à terre l’illustre et chrétien grand>père du petit Luisito.

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