‹ les nouvelles de cervantes saaved4raChapitre 26 sur 34 · SCIPION ET BERGANZA · texte numérisé non relu

SCIPION ET BERGANZA

CUIEBS DE LHOPITAL DE LA RÉSCRRECTION.

SCIPION

Âmi Berganza , laissons cetto nuit l’hôpital sous la garde de la confiance , et retirons-nous dans cette solitude , sur ces vieux, tapis de jonc, où nous pourrons (jouir, sans être entendus, de cette grâce inouïe <{ue le Ciel nous a laite à tous deux en même temps.

berganza.

Frère Sci|Hou , je t'entends parler, et je sais que je te parle , et pourtant je ne puis le croire , car il me semble qu’en parlant nous violons les lois ^ la nature.

DIAIOGLE DE& CHI£^il.

5CIPIO».

C'est bien vrai , Berganza , et ce miracle devient encore plus grand en ce que non-seulement nous parlons, mais en ce que nous parlons sensément, comme si nous étions doués de raison , tandis que nous en sommes complètement privés ; car la difTérence (lu’il y a de la brute à l'homme, c’est que l’homme est un animal rabonnable , et la brute un animal sans raison.

BEACANZA.

Tout ce que tu dis , Scipion , je l’entends. Mais que tu le dises et que je l’entende , cela me cause un nouvel étonnement, une nouvelle admiration. A la vérité , dans le cours de ma vie , j’ai entendu maintes fois parler de nos grandes prérogatives , tellement que f|uelques-uns ont voulu reconnaître en noos un instinct naturel , si vif , si subtil, si ingénieux, en plusieurs choses , qu’il témoigne clairement que peu s’en faut que nous ne montrious avoir un je ne sais quoi d’intelligence , capable de raisonnement.

SCIPIOÏf.

Ce que j’ai beaucoup entendu louer et vanter en nous , c’est notre grande mémoire , notre reconnaissance et notre fidélité , au point qu’on a l’habitude de nous peindre pour le symbole de l'attachement. Ainsi ta auras vu , si tu as fait attention à cela , que , sur les tombeaux d’albâtre, où sont représentées d’habitude les figures de ceux qu’ils renferment, i|uand ce sont un mari et une femme , on place à

SCIPIOH ET BEKGA.KZA.

aSy

leurs pieds une figure de chien , pour signifier qu’ils se sont gardé durant leur vie une affection et une fidélité inviolables.

BEBCAN/.A.

Je sais bien, en effet, qu’il y a eu des chiens si Reconnaissants, qu’ils se sont jetés avec le cadavre de leurs maîtres dans la même sépulture. D’autres sont restés sur les tombeaux où étaient enfermés leurs maîtres , sans les quitter et sans manger, jusqu’à ce qu’ils eussent perdu la vie. Je sais aussi qu’après l’éléphant, le chien a la première place pour sembler avoir de l’intelligence , puis le cheval , puis le singe ensuite.

sciPion.

Cela est vrai ; mais tu confesseras que tu n’as va ni ouï dire qu’éléphant, chien , cheval ou guenon ait jamais parlé. De là je conclus que ce don de la parole qui nous est venu tout à coup rentre dans la classe, de ces choses qu’on appelle prodiges , lesquels, à ce qu’enseigne l’expérience , annoncent , quand ils se montrent, qu’une grande calamité menace les humains.

BEBGA5/A.

De cette façon , je n’aurai pas gmurpeine à tenir pour signe de prodige ce que j’entendis, ces jours passés , dire à un étudiant , en passant par Alcala de Henai'ès.

SCIHOK.

Que lui as-tu donc entendu dire î’

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