PROLOGUE
n'en est aucune de lacpielle on ne puisse tirer un exemple profitable, et, n'était la crainte de trop allonger ce sujet, je te montrerais peut-être quel fruit savoureux et honnête se pourrait cueillir aussi bien de toutes ensemble que de chacune en particulier. Mon intention a été de mettre sur la place de notre république une table de billard', où chacun pût venir s'amuser bagues sauves, je veux dire sans préjudice de Tâme ni du corps, car les exercices honnêtes et agréables profitent plutôt qu'ils ne nuisent. En effet, on n'est pas toujours agenouillé dans les temples et les oratoires, on ne s'occupe pas toujours d'affaires, quelque importantes qu'elles soient; il y a des heures de récréation où l'esprit accablé se repose. C'est pour cela qu'on plante les promenades publiques, qu'on recherche les fontaines, qu'on aplanit les montées, que l'on cultive curieusement les jardins.
J'oserai te dire une chose : c'est que si je pouvais , par un moyen quelconque, deviner que la lecture de ces Nouvelles pût suggérer à celui qui les lira quelque désir coupable ou quelque mauvaise pensée, je me couperais la main qui les écrivit, plutôt que de les livrer au public. Je ne suis pluis en âge de jouer avec l'autre vie : car, à me donner cinquante-cinq ans, j'en gagnerais neuf et quelque chose*. C'est à cela que s'est appliqué mon esprit, c'est là que me porte mon inclination. D'ailleurs, je m'imagine, et il en est ainsi, que je suis le premier qui ait écrit des nouvelles en espagnol : car celles en grand nombre qui circulent imprimées dans notre langue sont toutes traduites de langues étrangères. Celles-ci, au contraire, sont les miennes propres, non imitées, ni volées à personne. Mon esprit les engendra, ma plume les mit au jour, et elles grandissent dans les bras de la presse.
Après elles, si la vie ne m'abandonne point, je. t'offrirai les Travaux de Persilèset deSigismonde, livre qui ose lutter contre Héliodore, si toutefois, par trop de hardiesse, il ne revient avec les étrivières. Mais tu verras d'abord, et sous peu de temps, la continuation des exploits de don Quichotte et des gracieusetés de Sancho Panza; puis, après, les Semaines du jardin. Je promets beaucoup, avec des forces aussi chétives que les miennes; mais qui mettra une bride aux désirs? Je