Poète et peintre, ami de Cervantes
Les Nouvelles de Cervantes. 1
2 PROLOaUE.
sur le devant, encore sont-elles mal conditionnées et plus mal rangées, puisqu'elles ne correspondent pas les unes aux autres, le corps entre deux extrêmes, ni grand ni. petit, le teint clair, plutôt blanc que brun, un peu chargé des épaules, et non fort léger des pieds ; ce visage,. dis- je, est celui' de l'auteur de la Galatée^ du Don Quichotte de la Manche, du Voyage au Parnasse, qu'il fit à Timitation de Cesare Caporale de Pérouse, et. d'autres œuvres qui courent les rues, égarées de leur chemin, et peut*être sans le nom de leur maître. On l'appelle communément Miguel de Cervantes Saavedra. Il fut soldat bien des années, et cinq ans et demi captif, pendant lesquels il apprit à avoir patience dans les adversités. A la bataille navale de Lépante, il perdit la main gauche d'un coup d'arquebuse ; blessure qui peut sembler laide, mais qu'il tient pour belle, par ce qu'elle fut reçue dans la plus mémorable rencontre qu'aient vue les siècles passés et qu'espèrent voir les siècles à venir, en combattant sous les bannières victorieuses du fils de ce foudre de guerre, Charles-Quint, d'heureuse mémoire. »
Quand même il ne viendrait pas à la pensée de cet ami dont je me plains autres choses à dire de moi que celles que j'ai dites, je me dresserais à moi-même deux douzaines de témoignages, et je lui en ferais part en secret, pour qu'il étende ma renommée et accrédite mon esprit. Penser, en effet, que ces sortes d'éloges disent ponctuellement la vérité, c'est une sottise : car ni les louanges ni les reproches n'ont de point fixe et déterminé. Enfin, puisque cette occasion s'est perdue, et que je reste en blanc, sans figure, force me sera de me faire valoir par ma langue, laquelle,. quoique bègue, ne le sera pas pour dire des vérités qui se font bien entendre par signes.
Je te dis donc une autre fois, lecteur aimable, que de ces Nouvelles que je t'offre, tu ne pourras en aucune façon faire un ragoût d'abatis', car elles n'ont ni pieds, ni têtes, ni entrailles , ni rien qui y ressemble; je veux dire que les propos d'amour que tu trouveras dans quelques-unes soa^ si honnêtes, si mesurés sur la raison et le discours chrétien, qu'ils ne pourront donner de mauvaises pensées à celui qui les lira, soit-il sur ses gardes ou pris au dépourvu. Je leur ai donné le nom d'exempfatVes : car, si tu y regardes de près, il