C. — Mouvements de coordination simple
G'. — Centres supérieurs (centres cérébelleux, par exemple, et divers centres cérébraux).
(1) Je souligne ici en italiques et en petites majuscules ces mots exprimant UQ poJQt très importaut de ces iaduclions.
^2) Ce pouvoir d'iuhitiition qui se retrouve à tous les degrés des faits neuro-psychiques, est le signe nécessaire et caractéristique de toute liberté, et même la condition principale de toute nclion ou acte coordonné, de§ plus simples aux plus complexes.
C". — Action combinée, plus complexe, réfléchie ou non, volonlaire ou involontaire.
IV. — Coordination générale ralliant la plus grande complexité d'action dans tout le système nerveux.
D. — Mouvements de coordination complexe.
D'. — Cenires supérieurs. — Pôlts correspondant à deux ou plusieurs cenires.
D". — Actions. — Combinaisons de mouvements soumises aux circonstances extérieures, semblables chez tous les individus de la mêni' espèce, mais toujours réfléchies, volontaires, s'exerçant au moyen de conceptions multiples.
E. — Mouvements de coordination spéciale.
E'. — Pôles correspondant à des centres supérieurs d'ordres différents.
E". — Mouvements coordonnés très complexes, caractérisant les individus et non les espèces.
F. — Mouvements de coordination supérieure.
F'. — Pôles d'unification créés au milieu de ceux qui déjà correspondent à des cenires différents.
F". — Combinaisons de mouvements de plusieurs ordres propres au règne humain. »
A ce tableau, je ne ferais aujourd'hui aucune retouche essentielle ; et, parmi les immenses recherches des physiologistes expérimentateurs et des observateurs cliriiciens et anatamo-pathologisles, poursuivies en France, en Angleterre, en Italie, en Amérifpie et ailleurs, depuis 1874 jusqu'à cette année 1896, rien n'en a iufi:mc le moindre détail.
Comme conclusion générale du livre IV, je complétais la division célèbre de la vie proposée par Bicliat :
« La division de la vie en organique ou végétative et animale ou de relation, malgré la haute portée qu'on lui accorde très justement encore aujourd'hui, doit élre considérée comme insuffisante pour rendre compte des faits les plus élevés de la vie humaine ; elle ne peut embrasser dans sa formule ces faits complexes sans les torturer, ni les mellre en ordre sans altérer profondément les vraies relations où ils existent. »
« En louant compte des faits connus, sans rien négliger de la signification réelle de leurs moindres détails, en tenant compte surtout des rapports généraux qui les unissent, on esl conduit à partager la vie en trois divisions principales sans y comprendre la
vie projire des éléments histologiques de l'organisme, substratum commun tle ces trois vies :
« La vie des relations organiques,
« La vie des relations extérieures,
« La vie des relations encéphaliques. »
«Celle dernière est plus particulièrement l'apunage de l'homme, mais elle apparaît à l'état rudimentaire chez les animaux, et même elle acquiert un certain degré de développement chez ceux qui t>ccupent les rangs les plus élevés de la série. »
« On pourrait nommer ces trois vies :
« La vie végétative ou splanchnique,
a La vie animale,
« La vie supérieure,
« Correspondant aux trois grandes divisions suivantes du système nerveux :
« Le système ganglionnaire,
« Le système spinal, avec sa distribution périphérique et se» centres encéphaliques.
« Le sy>lème des hémisphères cérébraux (I). »
L'analomie nouvelle vient ici magniQquement confirmer une induction primitivement basée sur dos difTérencialions fonctionnelles liréos de l'observation psychologique commune (qu'il ne faut pas trop dédaigner, bien qu'elle ne puisse guère, ellemême et seule, déterminer le domaine «le ses recherclies) et surtout de l'observalion clinique des différentes formes de ce qu'on nommait alors assez, confusément l'a/)/iasiV, formes que j'essayais de bien distinguer les unes des autres.
Continuons la citation :
« Becvor et Horsley (de Londres) dans leurs recherches expérimentales sur la zone motrice corticale de l'Orang-Outan, chez lequel ia distribution des centres fonctionnels du cerveau est la même que chez l'homme, avaient aussi découvert qu'il existe, dans la région motrice de ces anthropoï les, des îlots corticaux « complètement inexcitables » : ce fait leur avait paru, avec raison, témoigner d'un degré plus élevé de développement et de spécialisation fonclionnels (2). »
(1) Une partie des faits observés personnellement par moi, relatifs aux localisaiinns des facultés spéciales, sans parler de ceux déjà cités dans une thèse inau^^iirale en 1857, avaient été déjîi (lUtiliés dans les n°^ des 27 janvier, 6 et 2(1 février et 3 mars 1864, de la Fronce mé'ficn/e.
(2) 11 ue peut y avoir de doute, il me semble, sur le sens de ce passage : il faut bien entendre que ce plus haut degré de déueloppement, etc..
« C'est ce qui résulte encore de quelques considi^ralions aussi vraies que profondes de M. le Professeur Pitres (Bordeaux) sur la nature des centres corticaux du langage. L'étude des ypliasies aura plus conlribué qu'aucun aulre à nous révéler, en même tem{)S que les mécanismes de l'association des images, la nature pnOPRE DE L'l^ThLLlGE^CE. »
lîn ce point, je dois constater entre M. Jules Soury et moi une opposition absolue de doctrine.
Non ! l'élude des aphasies si intéressante et si féconde en tant de questions de psycho-iihysiologie ne vous a pas révélé '< les mécanismes de V association des images. »
Elle ne vous a pas révélé davantage « la nature propre de l'intelligence » que vous supposez, on s'en aperçoit déjà, cumme l'elTet du jeu d'un mécanisme, et cela faute de concevoir çwe/ peut être l'effet unique, universel et constant d'un mécnnisme en général, et quel est, précisément, le genre de mécanisme à mettre (par hypothèse) en caus»', dans les (onctions d'un centre de coordination ou comme vous dites d'association (1).
Ces réserves étant faites — je les justifierai plus loin — poursuivons, sauf à en intercaler quelques-unes encore, là où il sera nécessaire :
« Les vues très systématiques présentées par M. Pitres au congrès de médecine interne de Lyon (1894) sont au fond identiques à celles de Flechsig. Les deux travaux ont d'ailleurs paru presque en même temps, et la rencontre des idées, comme il arrive souvent, me semble un sûr garant de la solidité des doctrines (2). »
« A propos de l'aphasie sous-corticale, M. Pitres a montré ce qu'il y a d'erroné dans la façon dont on conçoit généralement les rapports des circonvolutions avec les centres sous-j icenls de l'écorce : On s'imagine à tort, dit-il, que toutes les circonvolutions sont reliées à ces centres par des faisceaux de projection directs passant par la capsule interne. Le centre de Broca, par exemple, est surtout relié par des faisceaux d'association aux
est dit, ici, de l'anthropoïde relalivemeot à d'autres maminifères ou à d'autres siuges, eu dépit d'une fantaisie lypograpliique iinpnlible à l'imprimeur, qui écrit « l'Oraug Outan » avec deux majuscules et « l'homme »avec une minuscule initiale bien que les deux mots soient exactement du même degré d'ahstraclion.
(1) Voir pour l'étude de cette question ce qui en a été exposé au Chapitre IV.
(2) Je ne suis pas moins heureux que M. Soury de cette rencontre d'idées et de faits anatomiques nouveaux confirmant si nettement mes théories de 1874.
autres centres, voisins ou éloignés, de l'écorce cérébrale ; une minorité infime de ses libres traverse la capsule interne. Le centre de Broca ne serait pas, par lui-même, un centre moteur, lorsque ses lésions destructives ne dép.issent pas eu arrière le sillon précentral, on n'observe aucune paralysie de la langue, des lèvres, du larynx, bref, des organes phonateurs qu'il n'actionne qu'indirectement {\). Une lésion destructive du pied de la frontale antérieure (FA), où sont les centres de l'hypoglosse, du facial antérieur, du larynx, du trijumeau, abolira, au contraire, les mouvements volontaires de la langue, des lèvres, du larynx: c'est que ces centres ont des faisceaux de projection qui vont directement innerver les muscles des organes auxquels ils se distribuent ; ce sont les centres de sensibilité de Flechsig, expression qui est au fond beaucoup plus exacte, on le sait, que celle de centres moteurs. Au contraire, toute lésion de déficit du pli de substance grise, compris entre la branche verticale de la scissure de Sylvius et le sillon précentral se manifeste par des altérations qu'on peut appeler avec Pitres purement psychiques: perte des images phonétiques des mots, absence d'incitation psychomotrice, inertie consécutive sans paralysie vraie des organes de la phonation (-2). »
« Quelle diliérence d'avec les phénomènes de paralysie glossolabio-laryngée pseudo -bulbaire qui suivent les lésions en foyer de la région capsulaire, traversée par les faisceaux descendants de l'aire corticale du facial et de l'hypoglosse ! La lésion de cette partie de la capsule interne ne produit pas plus de l'aphasie que celle des fibres de la partie postérieure de celle voie nerveuse ne détermine de la cécité ou de la surdité verbales. L'une provoque des phénomènes de dysarlhrie ou d'anarlhrie du langage, de l'hémiplégie non de l'aphasie; l'autre de l'hémianesthésie, non, encore une fois, de la surdité ou de la cécité
(1) Bouillaud avait déjà nettement relevé cette importante différenciation dans ses discussions des faits cliniques de vraie ou de /onsse aphasie.
(2) M. Pitres n'a employé là que des termes en quelque sorte consacrés par l'habitude, lis n'en ont pas moins l'inconvénient de masquer la non compréhension théorique de ce qui se passe dans la réalité 11 n'y a rien là, non plus que dans tout ce qui concerne les fonctions cérébrales, que l'on doive ou que l'on puisse appeler psychique. L'expression, louée par M. Soury, plus parce qu'elle dit que par ce qu'elle veut dire, dépasse absolument les données de l'observation et de l'expérience, comme celles de la théorie, léj^ilimement construite, et capable de faire concevoir le mécanisme des faits observés.
"verbale. C'est que vraisemblablement, les « centres spécialisés » du langage ne sont pas reliés directement par des faisceaux de projection aux centre d'exécution bulbo médullaires. Qu'il s'agisse de l'articulation, de l'audition ou de la vision des mots, les centres respectifs de ces fonctions F.j, T^, Pj, devront, pour manifester leurs fonctions, emprunter le concours des centres moteurs et sensoiiels auxquels ils sont associés par leurs faisceaux d'a'^socialion. Ces centres, que Pitres appelle des organes d'élaboration psychique qI dont il met en lumière le caractère très élevé de spe'cialisation fonctionnelle, ne sont-ils pas les mêmes que ceux que Flechsig, Beevor et Horsiey ont opposés aux centres de projections? Ce sont bi^n des centres d'association. Et de fait Flechsig n'a pas oublié de noter expressément que les centres du langage semblent tous siéger sur des territoires limitrophes de ces centras corticaux de sensibilité et d'association. »
Les mots soulignés dans les citations précédentes ne le sont pas dans le texte de M. Soury. Je n'ai pas rintenlion, à propos de ces mots, de prendre à partie M. Pitres dont les études personnelles s'identifient d'une façon si remarquable avec celles de M. Fleschig. 11 emploie le mot psychique dans un sens qu'on lui a souvent attribué. C'est contre cette acception commune à beaucoup d'auteurs, qu'il est nécessaire d'élever des objections sérieuses. Ce mot ne sert ici qu'à distinguer des choses réellement distinctes ; il prête malheureusement par d'autres côtés à de regrettables confusions. Comme le matérialisme de M. Soury repose sur un certain nombre de confusions de ce genre, il importe beaucoup de ne les point laisser s'établir.
Ce que INl. Pitres appelle des faits phychiqves,]Q l'ai rangé il y a très longtemps parmi les faits purement cérébraux. Tels sont tous les faits de souvenirs (>ontis comme tels par le moi quand ils sont réveillés) que j'ai attribués à un ordre spécial de sensibilité, j'ai nommé cette? sensibiliié, sensibilité cérébrale, par opposition à la sensibilité dite externe et mieux nommée périphérique. Exemple : si j'écris ces quatre mots : God save the Queen je rappelle au lecteur la mélodie de Hendel ou de Lully qui souvent les accompagne, à la condition qu''il sache cette mélodie plus ou moins bien par tœur, comme on dit. Si j'écris de même ces mots la fontaine des Innocents, je suscite ou ressuscite dans son souvenir, s'il a vu ce monument, l'impression corticale qui lui est restée de cette vision. Cela se t1it souvent entendre et voir mentalement, comme si on pouvait autrement que mentalement voir ou entendre ou en général sentir !
Ce n'est pas ici le lieu de défendre l'imporlance de celte distinction que tous les physiologistes n'ont pas encore adoptée. Je me permettrai de faire remaïqner simplement que la (j/'j/^ ou le men>!, quels qu'ils soieni, soûl présenls lorsque le moi éprouve des sensations d'ordre périphérique, aussi bien que lorsqu'il perçoit ou conçoit des images cérébrales communément dites souvenirs senEoriel-s. Cela siilfit pour montrer le danger d'embrouiller par l'usage de termes inexacts les questions les plus claires et les plus simples.
Je ne puis m'empécher de constater des confusions pareilles — confusions de mots et d'idées — dans l'esprit de M. Jules Soury, quand il s'expiinie de la manière suivante :
« L'écorce du cerveau n'étant un organe de représentation, et partant /e siège de l'mulliyence, que j>arce qu'elle est un organe d'association suivant la grande idée de Meyuert, devenue aujourd'hui le palrimoinc des études d'analomie et de physiologie du système nerveux central, tout essai de démonstration des connexions cérébrales est en même temps une tentative à' explicatiun des fonctions de l'ititelligence. »
Le cerveau — autrement dit l'ensemble des masses cérébrales, en certaines de ses parties déterminées ou détt-rminables — est « un organe de représentation » je l'accorde. Il n'est pas pour cela le siège de l'intelligence, dans le sens que .M. Soury donne à cette expression. 11 a beau attribuer celte grande idée à M. Meynert et la revendiquer comme uu patrimoine acquis. 11 s'agit de savoir de quelle manière le cerveau est un organe de représentation, ce que M. Soury conçoit en métaphy-icien peu circonspect, lorsque c'est en physicien (ju'il le faudrait concevoir.
L'écorce grise cérébrale contient en effet, chez chaque individu, une sorte de représmlation du monde extérieur, toujours, il est vrai, profondément modifiée et d'ailleurs difTérenle chez chacun, puisqu'elle se compose d'un ensemble des souvenirs de sa vie sensorielle plus ou moins bien conservé, plus ou moins transformé, notamment par les réactions intérieures incessantes de l'être.
Un seul mode mécanique ou physique est supposable pour repré'^enter cette fonction du souvenir. Il faut quechaque cellule soit un appareil enregistreur élémentaire, où toutes les actions venant du monde extérieur par les sui faces sensorielles et par les nombreux filets nerveux qui les rattachent aux centres, vont inscrire leurs rythmes propres, car toutes ces actions sont rythmiques.
Donc les représentations de ce monde extérieur, représentalions qu'il faut considérer tout d'abord à l'état laleiit, sont de pures inscriptions rythmiques. Elles sont absolument analogues, sauf les dispo ilifs spéciaux que je ne prétends pas déieituiner, à l'inscription qui se fait du rythme-parole sur le cylindre récepteur ou sur le disque du phonographe.
Ceci est plus qu'une hypothèse, mit'ux qu'une théorie, puisque c'est l'expression d'une possibilité unique, déduite des nécessités même de la fonction et des données les plus précises de notre physique moderne ; et l'incertitude ne peut exister, qu;ml à cette question, que sur les dispositifs spéciaux (comportant de nombreux possibles) dont on ne saurait, dans l'état actuel de la science, déterminer les corrélations ni les formes (1).
Je continue ma transcription, sans en rîen retrancher, du texte de M. Soury : « C'est dans cet esprit que, au cours d'un travail sur le Faisceau sensitifel sur la localisation cérébrale delà sensibilité générale, nous avons écrit au sujet des territoires de l'écurce où se terminent les faisceaux nerveux qui ont leur origine dans les organes périphériques de la sensibilité générale : « Mais les arborisations terminales et les collatérales des prolongements cylindraxiles des cellules des autres territoires de l'écorce contractent sûrt^ment des rapports de contiguïté, et partant, fonctionnels avec les éléments nerveux des lobes frontopariéiaux, où raj^onnent les fibres du fai-ceau sensitif. »
« La doctrine moderne de l'hétérogénéité fonctionnelle de l'écorce cérébrale, n'a pas de plus sûr fondement que la démonstration de l'hétérogénéité correspondante de structure et de texture du manteau des hémisphères. Si la physiologie expérimentale et l'observation clinique ont pu quelquefois afiecler de ne relever que d'elles-mêmes, et ont dédaigné l'anatomie, ces velléités d'indépendance se sont bientôt dissipées comme une courte ivresse (2). »
(1) Il n'est cependant pas impossible de faire, dès maintenant, des conjectures sur ce fonctionnement de la cellule cérébrale gardienne de souvenirs sensoriels. Ou a cru remarquer, en certaints e.^périences, des phénomènes d'expansion ou de retrait de ces cellules au moment des excitations. De tels mouvements efi rapport avec la fixité du conduvleur attaclié à la paroi enveloppante de la cellule, suffiraient presque pour faire concevoir une inscription rythmique fragmentaire, l'appareil recevant l'inscriplion rythmiijue constituant une image complète d'un ordre quelconque étant formé, non pas par une seule cellule, mais par un grand nombre de cellules ce qui expliquerait le cas si fréquent, on peut même dire constant, de l'oubli partiel.
(2) Cela est très bien dit. Mais 8erait-il plus sage de prétendre étudier la
Je n'ai absolument rien à reprendre à tout ce passage. Je ne puis davantage me reprocher de m'êlre passé, en 187 i et les années précédentes, de cette belle anatomie qui n'était pas encore faite, pour établir mes inductions d'alors — demeurées aujourd'hui encore inlacles, notamment sur l'hélérngenéttn fitnc-tionnelle de l'écarce cérébrale que j'admettais — d'après des faits très précis de clinique et d'anatomie pathologique déjà suffisamment nombreux à celte époque — comme on l'admet aujourd'hui.
J'avais même très exactement déterminé, par la recherche des possibii'Uès organiques, déterminées elles-mêmes par les véressités des fonctions, les conditions générales de la distribution des localisations fonctionnelles dans l'encéphale. J'étais, en cette question, en opposition formelle avec Bouillaud qui n'avait d'autre tendance qu'à distribuer des organes o\i des pouvoirs de coordination à la surface des lobes cérébraux, à peu près comme l'école phrénologique avait départi ses prétendues facultés. Je montrais les enchevêtrements nécessaires aux fonctions complexes dépendant de divers centres et l'existence indispensable de moyens de connexion entre ces centres spéciaux divers.
Je m'écartais encore davantage des idées de Flourens, lequel attribuait confusément à toute la surface et même à toute la masse cérébrale, d'après des expériences mal dirigées ou dirigées par une idée préconçue injustifiable, une seule fonction comprenant et unifiant en elle toutes les facultés des psychologues, et qu'il nommait V intelligence.
Aujourd'hui, mes idées de 1874 (et des six années précédentes) se trouvent contirmées d'une manière éclatante par celle anatomie nouvelle du cerveau que nous présente M. Jules Soury, et je ne me trouve obligé d'en rien relrancher, parce que mes inductions d'alors avaient été formées avec la prudence méthodique désirable, n'allant pas au delà des faits observés, et ne violant en rien les nécessités générales, les lois du possible, qu'il ne faut perdre de vue dans aucune question, notamment lorsqu'on se mêle de proposer des hypothèses ou de constituer dos théories.
psychologie physiologique en écartant les faits d'ordre purement psychologique, c'est-à-dire ceux qtie nous ne pouvons étudier que par l'observation intérieure de notre être, en quelque sorte objectivé, ou par l'étude expérimentale soit des animaux — pour une certaine part — soit des hommes fonctionnant dans la complexité et dans la plénitude de leur activité normale. f
Mais alors, pas plus qu'à présent, je ne dédaignais rien de ce qui peut éclairer les plus grandes et les plus difliciles questions que puisse aborder l'esprit humain. M. Soury ajoute : « Si la considération de l'élément anatomique ne saurait rien nous apprendre sur ce qu'est en soi une sensation, une image, un concept, il demeure constant que toute représentation ou idée implique non seulement Uexistem^e dtun substratum anatomique, mais varie avec l'état de ce substratum, avec la qualité et la quantité des éléments qui le constituent, à n'importe quel moment de la durée de ce substratum, dans sa période d'évolution comme dans ses phases d'oivolution. »
Ces paroles expriment bien l'essentiel d'un oidre de faits observés, et je ne prétends leur opposer aucune objection.
« Si une fonction . n'est que l'activité d'un organe ou d'un groupe d'organes — [?] — il est incompréhensible qu'on prétende étudier l'un sans connaître l'autre, surtout quand l'organe est connu ou peut être connu. »
Une fonclion, l'activité d'un organe !
Ici nous devons redoubler d'atiention, car sous le curieux de bonne science, va percer le philosophe matérialiste que je regrette de trouver en M. Soury.
A-t-il bien réfléchi en écrivant cette phrase d'ailleurs banale : <(vne fonction ntst que l'activité d'un organe? »
Là est le nœud, je ne dirai pas de la question mais de bien des questions du plus puissant intérêt. Donc, il est de grande importance de bien déterminer le sens de chacun des mots de cette phrase, et d'en bien déterminer également les rapports réciproques.
Cela semble au premier abord clair, exact, incontestable. Il est impossible de n'y pas voir une vérité au moins partielle, une définition correspondant à quelque chose de réel ;
Organe ou instrument
= fonclion.
en activité
ou
en mouvement
La fonclion d'une roue est de rouler ; mais attachée à l'essieu d'une voiture portant à l'autre bout la roue jumelle, la fonclion se complique un peu. Elle roule quand on veut, ou bien elle
s'arrête. Dans ce dernier cas elle ne fait plus fonction de roue, mais de simple support ; à la rigueur c'est un autre mode d'activilé. Si je veux définir ia fonction d'un marleau ou d'une tenaille, j'aurai un peu plus de peine. Il faudrait dire dans ce cas les fonctions.
Si je veux définir ainsi la fonction de la main, je m'y perds, car les fonctions de la main sont sans nombre.
C'est qu'ici, il ne s'agit plus de la main, impossible à considérer seule et isolée du reste ; et le reste c'est le corps entier de l'homme y compris son cerveau, y compris son moi conscient et volontaire, lequel réside en son cerveau ou en un lieu de son cerveau.
11 est facile de le voir, en cette difficulté que nous rencontrons dès les premiers pas, la grande question supposée résolue par la définition naïve proposée demeure tout entière, et celui qui s'est reposé sur cette définition nous a montré simplement qu'il avait mai placé sa confiance.
Certes ! Je sais bien d'où vient l'erreur ; mais il serait trop long de la poursuivre en toutes ses phases évolutives, car il y a aussi une évolution des erreurs. Cependant, il n'est pas de mot plus souvent employé soit dans les sciences, soit dans le langage commun, que celui de fonction. Il ne devrait pas être très difficile d'en déterminer le sens. Celui que lui donne M. Soury est évidemment trop restreint, il l'a emprunté à une langue médicale déjà ancienne et n'ayant pas la précision scientifique désirable. Les médecins, en l'employant, l'on fait en vue principalement d^m organe pris pour type : le cœur (1), dont on croyait, par l'étude attentive de son dispositif mécanique, avoir exactement déterminé la fonction.
Dhus l'acceptiun politique et sociale de ce mot, il devient impossible de trouver l'organe distinct correspondant à telle ou telle particularité fonctionnelle. Et, dans ce cas, il n'est point comme on le pourrait supposer, pris métaphoriquement. Il désigne directement, comme d.*ins tous les autres trop nombreux pour être énumérés ici, quelque chose de bien déterminé et sur quoi personne ne se trompe.
Quel est ce quelque chose ?
(1) Et encore u'avait-on pas interprété exactement le rôle fonctionnel de cet orgnne supposé le facteur de la circulaliou, dout il est surtout le régulateur, en rapport principalement avec la nécessilé d'assurer l'abord régulièreraeut rythmique du sang dans les réseaux capillaires des masses encéphaliques.
Tout rapjtovt est dit une fonclion.
Si on ajoule à celte idée de rapport celle d'aclivité, pour comprentire dans une acception particulière du mot, à la fois les fonctions des machines et celles des organes de la vie, on peut définir l.i fonction : un ensemble de mouvements coordon. nés.
Pour expliquer mieux cette pense'e ou cette définition on peut la traduire de la manière suivante : un ensemble continu de rapports mobiles ou d'eurylhmies dan% le îemps et d'eumorpbies dans Vespace. Pour qu'il y ail fonction réelle (et non pas seulement abstraite) et fonclion de mouvement, la masse ou matière pure et la force ou énergie sont nécessaires. Il y faut considérer le temps et l'espace. EL ce n'est pas lotit ; il faut s'enquérir de l'origine de la fonction où une finalité (adaptation de moijens k un i«?) apparaît toujours.
Nous voilà très loin de la définition de M. Jules Soury,d'où le matérialisme se déduirait facilement, parcequ'elle a été faite ou choisie pour le contenir. Telles sont les pétitions de principe sur lesquelles on prétend établir la plupart des conceptions métaphysiques encore en faveur de noire temps.
Une môme fonction peut s'exercer au moyen de dispositifs mécani(]ues très difTérenls les uns des autres.
Un môme iuï-trument peut servir à des fonctions différentes. Il n'y a donc pas entre Forgane et la fonction la corrélation étroite que peiise apercevoir M. Jules Soury. Le fond de sa pensée est ceci : Toutes les fonctions de la vie et notamment la conscience, la sensation, la volonté, la pensée sont de nature mécanique, purement mécanique.
En celte affirmation, ici un peu voilée mais, on le verra, plus explicitement formulée ailleurs, M, Jules Soury a des prédécesseurs en grand nombre et illustres, di)nt plusieurs. Descartes, par exemple, qui prétendaient tout réduire dans l'univers à des explications mécaniques, ne pensaient pas cependant à démontrer ainsi la vérité de l'hypothèse matérialiste. Et cependant si celte prétention de Descaries et de tant d'autres savants depuis son époque jusqu'à la nôtre était justifiée, le matérialisme serait irrévocablement démontré du même coup.
Mais cette prétention ne se justifie ni expérimentalement ni théoriquement; et la démonstration du matérialisme n'est faite en aucune manière. Il n'y a même pas un dogme métaphysique et ontologique plus loin d'être démontré ou justifié que cette vieille hypothèse épicurique.
Je rappellerai les raisons que j'en ai données, les résumant ici en C':- qu'elles onl d'essentiel et de détinitif.
P La vie ne résulte jamais des combinaisons de ce qui n'est pas vivant.
Je D'^ demande pas qu'un chimiste me fasse avec tous les réactifs qu'il voudra un écureuil vivant avec de la cliair à pâté ; mais personne n'a vu naître le moindre micro-org misme d'un mélange quelconque de matière chimiquement slruclurée, même des matit^res dites faussement organiques, sous prétexte qu'elles sont tirées des organismes vivants ou produites par ces organismes.
II* On n'a jamais construit un mécanisme, on n'a ja-nais pu concevoir un dispositif mécanique, pour si complexe qu'on l'eut imaginé, pouvant manifester les fonctions de conscience et de volonté, pouvant produire des eurythmies nouvelles, deseumorphies imprévues comme en produisent les êtres ^ou les âmes individuelles) dont c'est la fonction caractéristique.
On pourrait, par contre, — en employant toutes les ressources de la mécanique scientifique moierne — construire un appareil représentant exactement et complètement les fonctions de l'encéphale lie l'homme, en tant que cet encéphale soit considéré comme purement organique. Je me chargerais de Irac^ r le projet, au moins partiel ou fragmentaire, d'un tel appareil représentant non pas à peu près, mais identiquement tout C3 qui est coniiu de ces fonctions.
Le< dispositifs élémentaires différeraient sans doute beaucoup de ceux de nos groupes d'appareils cérébraux. Les fonctions n'eu seraient pas moins les mêmes.
Par exemple les cellules cérébrales, qui sont individuellement vivantes, seraient représentées par des appareils enregistreurs de métal ou de toit autre substance inerte, où s'opéreraient des inscriptions rythmiques comparables à celles qii se font en ces cellules à l'aide d'un disposilif encore inconnu.
Mais à un tel iu^trument, rien ne pourrait donner la conscience ni la volonté, et il ne manifesterait jamais que les eurythmies, les eumorphies ou mouvements coordonnés qu'on aurait préalablement fait s'inscrire sur ces appareils enregistreurs.
Les matérialistes qui ont médité sur cette question — ils sont rares — tendent à prétendre que celte impossibilité de produire ainsi des coordinations nouvelles, des eurythmies, des eumorphies, des pensées, tient a ce que l'industrie humaine est impuissante à construire des appareils d'une complexité pareille à
celle de ceux qui composent un eucéphale d'homme ou seulement de chiiDpanzé.
Je leur réponds que même avec cette complexité théoriquement accordée, ils ne parviendront jamais à C(mcevoir ou à imaginer ncn seulement une conscience ni une volonté mais même quelque chose qu'on puisse prendre pour une volonté ou une conscience.
IIP Lf^s êtres individuels (intelligences, ou âmes, comme on voudra les appeler) sont des causes essentielles, des sources de coordinations, ou d'associations idéales. Cettti qualité que j'appellerai divine n'appartient ni à la masae ni à la /orce (dite énergie) ni à la matière structurée non vivante, ni à aucune combinaison mécanique. On n'a pu s'imaginer le contraire que par une méconnaissance têtue de ce qu'est en général un mécanisme quelconque.
1V° La vie et la sensation ne se manifestent jamais que par des élres vivants, structurés, différenciés du milieu extérieur, organisés. Le protoplasma qu'on a pris pour delà nialièretxya/î/e, n'est qu'un mélange ou une combinaison de matières albuminoï les, où la vie ne se minifeste que par les êlres organisés très petits, mais visibles au microscope, appelés par M. A. Béchamp microzyinas. Sép.irées de ces microzyma-, les plus ténus des êtres terrestres, ces matières ne diffèrent que pir leurs propriétés physiques et chimiques spéciales des autres c(jrps anorganiques ; et c'est par une vue très contestable de cetlams esprits qu'on les range encore à part en chimie à cause simplement des difficultés assez grandes il est vrai, mais nullement insurmontables comme on l'avait d'abord pensé, de les obtenir par synthèse.
Ces raisons sont péremptoires. Je n'entreprendrai pas de les dévo'lopper, ni de les discuter ici, l'ayant déjà fait ailleurs (i). Il suffit de les mentionner et de les rapp-ler. De.rière chacune d'elle, d'immenses travaux d'observation et d'expérience viennent en foule corroborer leur témoignage.
« Malheureusement, dit encore M. Soury, le nombre est grand encore des psychologues qui croient pouvoir se passer des données de l'anatomie dans l'interprétation des fonctions du système nerveux central. Ces fonctions ils les considèrent comme des manières ■i'entilés distinctes des organes, à la façon des spiriles ou des sauvage?... »
il) Voir le Chapitre IV.
Il importe ici de ne point laisser s'introduire de malentendu passionné. Je n'ai pas à défendre ces gens pareils à des spiriles ou à des sauvaiçes qui fout de l'intelligence, de la conscience et de la volonté des entités. Ce sunt bien des fonctions, et ces fonctions sont pour moi celles de la seule entité que j'ai mette dans la question, et que je nomme le moi ou l'àme, et non pas, comme le croit M. Soury, des m mifestations de {'activité des orgiues, des elîels d'un appareil organique en mouvement. Eu cela ma couceplion diffère radietlement de celle de ce philosophe ; et je dirai môme qu'il m'est assez difficile de m'im.iginer ce qu'il peut penser sous ces mots activité fJts organes. Cette activité n'est sans doute pas pour lui autre chose que l'énergie unique et universelle (que j'aimerais mieux nommer la force). Il resterait à expliquer pourquoi cette cause générale du mouvement dans l'univers, mais du mouvement inconscient — suivant tout ce que la science peut nous en apprendre, — en f)a*sant par un certain dispositif organique, deviendrait consciente et intelligente. Je laisse pour le moment la question de la volonté, afin de ne pas compliquer la discussion.
A l'appui de son opinion M. Soury appellera tout à l'heure à son secours ses amis les monistes, subordonnant une question où ne devaient entrer en lice que les données des sciences expérimentales et mathématiques, à une doctrine toute mélaphysique et qui n'a pour base que les imaginations et les paraiogismes des philosophes de profession.
Je l'ai déjà rappelé : Dès mes premiers travaux (1857) je me suis attaché après Bouillaud, mais l'un des très rares après lui (s'il y en a quelques autres que moi — de 1857 à 1883 — ) à distinguer d'une part lesfacullés générales del'homme, inséparables les unes des autres puisqu'elles sont des fonctions corrélatives, et d'autre part les facultés spéciales, ou organiques cérébrales, expérimentalement localisables et topographiquement di'^c.tinles. Je n'ai pas cess'S depuis, de faire et de perfectionner cette distinction qui a démoli définitivement les psychologies générales en faveur encore <à cette époque, notamment celle de l'école éclecti(]ue. Je n'ai donc jamais eu la sauvagerie ou le spiritisme d'en faire des entités.
M. So(]ry en fait des fonctions, mais des fonctions de rien ou de l'énergie, ou de la matière structurée en organes et mise en mouvement.
Il devrait au moins nous faire toucher du doigt la simple possibilité d'une telle interprétation des faits.
Il ne suffit pas d'évoquer à côté du trop célèbre Allan Kardec et du premier papou venu, les docteurs scolasitiques parlant d^hmnanité et de fAei^réité. « La remarque, dit M, Soury, entre parenthèse, est de Spinoza » ! Elle n'en est pas moins frivole ; et on s'étonne de voir un écrivain qui se donne pour soucieux d'exactitude scientifique, en appeler à V autorité de Spinoza, lequel ne fut pas précisément ce que nous appelons aujourd'hui un savant. Qu'a fait ce métaphysicien effréné, sinon accumuler des sophismes pour arriver à cette pure absurdité : une unité inconcevable sans lieu et sans dimensions où se confondent le temps éternel et l'espace infini et toutes choses pêle-mêle, où Jean, parti pour faire le tour du globe, est de retour chez lui au moment même de son départ. Ce panthésisme aujourd'hui monismifié, d'ailleurs renouvelé des Grecs comme le jeu de l'oie — celui-ci au fond plus instructif — fait encore, je le sais bien I l'admiration de plusieurs groupes de raisonneurs que le contradictoire dans l'abstrait plonge dans une admiration vaguement perverse.
Eh ! Certes, les scolastiques n'étaient pas beaucoup plus mal pensants que bien d'autres. J'avoue quelque estime pour certains : (Abailard, Occam). Si on les lisait davantage on trouverait parmi les mauvais langages de leur temps bien des choses qui de nos jours se font passer pour nouvelles. Quoi qu'il en soit, n'est-il pas un peu puéril de nous servir de nouveau les plaisanteries avec lesquelles nos maîtres s'illusionnant eux-mêmes ont illusionné notre jeunesse ? La question des universaux n'est pas du tout à supprimer, et chaque fois qu'on médite sur les doctrines des philosophes, elle vient se présenter à nous ; et il la faut bien résoudre pour notre propre compte. Ils ne l'ont pas résolue ceux qui se demandent encore avec Kant si l'espace et le temps sont des ^/î<Ki^tons oudes concepts, et leurs idées sont beaucoup moins claires sur ce point que celles d' Abailard (I).
L'humanité, la colonnéité, la chevaléité, la cylindréité, la panthéréité, la triangléité et tant d'autres sont plus justifiables qu'il ne paraît, et sur quelques-unes des éités proposées dont on rit avant que d'y penser, il ne faudrait pas se tromper jusle-
(1) J'en dirai autant de M. Jules Soury disant dans son livre sur « les fonctions du cerveau » — Paris 1892 — que la Volonté est « une abstraction. » Sans doute le mot volonté est une abstraction comme les mots, innervation, nutrition, circulation ; mais tous ces mots représentent et classent des faits réels, des fonctions qui sont réelles en chaque cas particulier.
ment comme se trompaient souvent les scolastiques. Je ne puis traiter ici ces questions très vastes et où l'idée de l'archétype — non peut-être exactement telle que Platon la concevait — pourrait jouer un rôle intéressant (1).
« Que de physiologistes et de cliniciens eux-mêmes, ajoute M. Soury, parlent encore cette langue, et combien de philosophes, après eux, croyant avoir été à bonne école, perpétuent ces erreurs en les vulgarisant dans les livres et dans les cours ! Je voudrais croire, mais je n'ose l'espérer, qu'un ouvrage tel
(1) La solution de cette question, — solution dont l'absence embarrasse tant le discours cbez la plupart des philosophes — je l'ai complètement et rigoureusement donnée dans les Fonctions super, du sysl, ?ierv. etc. Liv. VU, Ch. ler Art. IV, p. 425 à 435. Voir surtout la note de la p. 434.
Je ne voudrais pas qii'on se méprit sur le fond de ma pensée au sujet delà revendication un peu brève de cette pbrase. Les nominaux avaient raison contre les réalistes, ceux-ci n'ayant jamais bien su dégager la part de concevabilité dans les opinions de Platon sur la réalité suprême des idées. Il y avait là deux questions très différentes et que tous avaient le tort de projeter sur un môme plan. Les idées générales, ou concepts, ne sont, en difinilive, que des noms, des signes, comme en algèbre, servant à désigner des ensembles de rapports sensoriels en un certain accord avec les réalités extérieures ou avec les opérations de l'être conscient, impossibles à concevoir en leur effectuation sinon en mode neuro-mécanique, il est certain également qae dans l'ordre des créations observables, uns concepUon idéale des formes nouvelles a di'c avoir lieu quelque part avant leur apparition ou au moment de cette apparition. Les naturalistes n'ont pas encore porté directement leur attention sur les faits propres à montrer cette corrélation. Ils s'en sont même détournés par wcY/iode, pour faire de leur mieux les classifications qu'ils ont appelées naturelles. En cela, peutêtre, ont-ils prudement agi, en cherchant l'ordre nécessaire et, dans tous les cas, un commencement d'ordre à réaliser dans notre esprit relativement à des faits aussi complexes que ceux qu'ils étaient appelés à étudier.
Pour bien faire saisir mon sentiment à cet égard j'évoquerais, dans l'imagination, ou plutôt dans la mémoire du lecteur, des formes de proboscidiens, de papillons, de hibous, de chevaux, de singes. Il est indémontrable et même il est évidemment faux que ces formes résultent logiquetnent ou mécaniquement de celles qu'on dit (à juste raison, je le crois) les avoir précédées.
Dans les formes des animaux inférieurs, organiques ou ornementales et callistiques, on voit comme la « prédiction » de celles que nous présentent souvent, avec d'autres attributions fonctionnelles, les êtres doués d'une plus complexe unification, et qui nous semblent apparus postérieurement sur notre planète.
Mais nous ne possédons pas ou presque pas de données sur une telle chronologie. Quelques papillons présentent d'une façon stupéfiante sur les diaprures de leurs ailes, l'image de la tête du hibou. Devons-nous voir là une préparation de la forme future de cet oiseau, ou bien, lors même que l'insecte aurait précédé l'oiseau de plusieurs myriades de siècles, une re-
<jue celui de Brissaud, véritable monument élevé à la science ^e Tanatomie du cerveau de Thomme, contribuera à ouvrir une ère nouvelle dans la manière dont les psychologues étudient les phénomènes de l'innervatiou cérébrale. »
Je ne puis qu'applaudir à la très bonne tendance de ces dernières paroles. Dans les pages précédentes, je viens de citer presque en entier le premier paragraphe de l'article de M. Jules Soury, à cause des utiles renseignements qu'il contient ; je ne saurais faire de même pour le reste. Cependant, je n'en veux pas laisser passer la moindre affirmation essentielle sans la discuter, sans la contrôler, soit par les données des sciences mathématiques et mécaniques, soit par celles des sciences expérimentales, notamment par ce que mon expérimentation physiologique et mes observations cliniques, ou celles des autres, ont pu me faire apercevoir.
production postérieure de cette forme, reproductioa qui aurait pu se faire ■par transmissioa rytiiniique, comioe j'en ai prouvé la possibilité pour toutes les formes possibles!
Ces faits, dont l'iaterprétotioa restera longtemps difficile, sont à sérieusement méditer.
Les eurythmies et les eumorpliies créées par l'homme sont idéalement conçues avant d'être matériellement réalisées. Pourquoi en serait-il autrement pour les eurythmies et les eumorphies de la nature ?