‹ Les nouvelles formules du matérialismeChapitre 19 sur 32 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

Le protoplasma et les fonctions psychiques. — Le monisme. — La faculté de sentir est inséparable Jes co?iscie7ices de tout dejçré. Elle est la conscience élémentaire. Multiplicité dans l'unité. — Qu'est-ce que l'esprit en général ? — Il n'y a pas deux « substances » opposées : matière et esprit. — Le monisme et le matérialisme. — Il se manifeste de nos jours deux Monismes distincts et un Nihilisme s'en est dégagé. — Qu'est-ce qu'une sensibilité « en puissance »? — Les « archées » et la « force plastique. » — Où commence la conscience ? — Les deux fonctions générales, constantes, caractéristiques, polaires, conjuguées et sphériques de l'âme : conscience et volonté. — Evanouissement définitif de l'ancien « principe vital » des vitalistes. — Actions réflexes expliquées. — L'instinct et l'habitude. — Formes de l'énergie ou rythmes de Téther. Fonctions de la matière structurée. — L'âme « puissance de coordination. » — Les faits physiologiques, pathologiques ou expérimentaux relatifs aux questions traitées, leur signification théorique. — Le dédoublement de l'être, toujours fonctionnel ou apparent, jamais ontologique. — Rectification d'une opiuiou anciennement proposée. — La définition de Yhomme : « intelligence servie par des organes » est-elle vraie aussi pour les animaux des bas degrés de la série ? — Corrélation organique, ses formes variées de progression chez tous les êtres vivants.

Le deuxième paragraphe de l'article de M. Jules Soury a pour titre : Le Protoplasm.\ et les fonctions psychiques.

J'ai dit plus haut un mot assez décisif sur ce protoplasma et je ne pourrai éviter d'y revenir.

M. Jules Soury commence par chanter parallèlement la gloire du monisme « Cette doctrine, dit-il, exclusive du matérialisme et du spiritualisme et qui a définitivement vaincu Cantique dualisme. »

Dans cette seconde partie de son travail il emploie, on s'en aperçoit dès ses premières lignes, une certaine dialectique, ce feutrage d'idées, de rapports, de mots, d'assertions non

prouvées, de principes scientifiques mal appliqués, de concret €t d'abstrait, qu'on rencontre souvent chez les philosophes professionnels et au plus haut degré chez les Allemands (surtout chez ceux de la grande école).

Les savants proprement dits (tels les physiciens et les chimistes) ne connaissent pas cet art néfaste de tisser de tels draps où la vermine des parologismes se trouve si bien chez elle, où l'hypothèse en l'air qu'il ne faut pas confondre avec l'hypothèse scientifique, laquelle dans les sciences générales comme dans les autres doit reposer sur un faisceau d'inductions, prend des formes de raisonnements et l'assertion gratuite se donne les allures de l'induction expérimentale. Ils se trompent parfois sans doute ; mais ils se trompent clairement quand cela leur ■arrive. Ils disent nettement ceci ou cela.

Pour les philosophes auxquels je fais allusion, ce n'est presque jamais ni ceci ni cela qu'ils disent mais quelque chose de flottant entre les deux.

Je suis fâché de trouver en M. Jules Soury, qui parle presque toujours cependant un très bon langage, l'expression, çà et là, •de telles habitudes d'esprit. Il promettait d'exposer des résultats scientifiques, les récentes découvertes de psycho-physiologie. En de trop nombreuses phrases il s'écarte beaucoup sinon de son sujet, tout au moins de la rigueur nécessaire à de telles questions. Et pourquoi commence-t-il ce deuxième paragraphe par des énoncés hardis de métaphysique ou d'ontologie?

Je ne conteste pas à M. Soury le droit d'être métaphysicien car il y a un métaphysicien en tout être qui pense — j'aurais préféré trouver sa métaphysique en ses conclusions, avec des tentatives de démonstration, et solidement rattachée (si cela eût été possible) aux faits, aux inductions ge'nérales, aux théories scientifiques, exposés d'abord.

Mais ce que je ne lui permettrai pas... sans protester, c'est de renier pour lui toute métaphysique et d'appliquer exclusivement ce nom aux doctrines que sa critique n'accepte pas(l).

M. Soury, se montrant très incliné vers le monisme, paraît donc exclure de son entendement le matérialisme et le spiritualisme.

(1) Ne dil-il pas ea son Bréviaire de Vhistoire du matérialisme — Paris, 1881 — que « i'homaie est, par excellence, l'animai métaphysicien? — Si je relève cette contradiction littéraire^ ce n'est pas pour lui attribuer une importance qu'elle n'a véritablement pas. Les mots ne sont que des mots; cependant il faut se garder de leurs coutumières trahisons.

Quelques lignes plus bas il dit : « Pour expliquer l'origine de la vie et de ses propriétés psychiques, on a dû étendre aux demie?'» éléments de la matière, considérée comme la substance, comme Vêtre unique et universel, les propriétés supérieures que manifsstent les êtres composés précisément de ces mêmes cléments. »

Le voilà redevenu matérialiste comme ceux du dernier siècleet comme les anciens ; car il n'y a jamais eu d'autre matérialisme que celui qui est exposé en ces lignes. Son monisme n'exclut donc pas le matérialisme 1 II s'identifie, au contraire, avec lui. Et en effet qu'est-ce que ce monisme actuel, si ce n'est un essai de conciliation au moins apparente ou verbale de l'idéalisme de Berkeley confondu avec le panthéisme de Spinoza d'une part, et d'autre part la doctrine également moniste (ou pouvant passer pour telle) de d'Holbach et de Lamettrie ?

Mais il ne m'est pas possible de porter de simples jugements d'ensemble sur ce commencement du deuxième paragraphe de l'exposé de M. Soury. Il faut prendre à part chacune des diverses assertions qui s'y trouvent énoncées, sans cela le dialecticien nous échapperait.

Première assertion : « La question de l'origine et de la nature des phénomènes psychiques est au fond réductible à celle de l'origine et de la nature de la vie. »

Acceptons cette simplification, cette réduction en une seule question de ce qui autrefois en aurait formé deux très distincte* mais interprétons ces mots « au fond. »

Ou ils ne sont là que signe de ponctuation, ou ils signifient que tous les êtres vivants, y compris les végétaux, y compris les plastidules ou microzymes les plus simples et les plus petits des êtres vivants que nous connaissions, sont doués à des degrés variables de la faculté de sentir et de réagir, ne fût-ce, pour les végétaux et les organismes élémentaires, tels que les éléments individuels et figurés de notre organisme, globules sanguins, cellules, microzymes de toute espèce, etc., etc., qu'en des proportions extrêmement faibles et pour ainsi dire voisines de l'inconscience.

L'analogie seule peut nous porter à admettre, jusqu'à plus ample informé, cette vue de l'esprit, mais rien ne nous autorise à l'étendre aux corpuscules solides non-organisés agités du mouvement Brownien (1) — lequel reste à expliquer — à ces

(1) Ce mouvemeat n'est d'ailleurs confondu par personne avec le mouvement spontané des plus petits êtres vivants, si ce n'est avec celui des

corpuscules dont la composition chimique peut être très complexe mais où il nous est impossible de découvrir aucun des caractères attribués par tous les savants à la vie, tels que l'assimilation et le rejet — de corps chimiquement définis — constituant la fonction la plus réduite de nutrition.

Là, en efï'et, le fil si frêle de l'analogie ne saurait plus outre nous conduire, et nous ne procéderions plus scientifiquement. Continuons :

« C'est le grand mérite de la philosophie moniste des deux derniers siècles et du nôtre d'avoir cherché à supprimer l'opposition traditionnelle du corps et de l'âme, de la matière et de l'esprit (ij pour les considérer comme les deux aspects d'un seul

microzymes qui, d'après certaines expériences, pourraient l'occasionner, ce qui au point de vue de la physique supprimerait la difficulté.

(1) Si je combats le monisme matérialiste de M. Soury, et tous les monismes et tous les matérialismes, ce n'est pas pour défendre cette « opposition » mais pour établir la métaphysique scientifique ou expérimentale, dont je cherche à déterminer les principes. Il n'y a pas d'opposition entre le corps et l'âme, l'un n'est pas le contraire de l'autre, un tel mauvais langage a fait son temps. Rien n'est plus distinct d'un organisme que l'âme souveraine, individuelle, personnelle, dont cet organisme est l'instrument pendant la vie terrestre. De même, opposer ['esprit à la matière comme on l'a fait si longtemps, c'est opposer simplement et peu exactement deux concepts, deux idées générales. Or, il ne s'agit pas de cela en métaphysique scientifique, l'idée générale de matière ne doit pas être confondue avec la matière réelle nommée masse en physique et en mécanique, ni avec la force (ou énergie), et Vesprit e7i général représente bien moins encore une réalité substantielle. Il ne s'agit pas de l'esprit en général, mais de tel ou tel esprit ou moi constaté en tout organisme vivant par les signes caractéristiques qui sont propres à ce genre d'entités.

Toutes ces questions ont été parfaitement mal posées, et par suite celle des rapports de l'âme (qui ne doit se définir que par ses fonctions au même titre que la force et la masse) avec le monde extérieur, ou, si l'on veut, avec les transactions de la masse et de la force sous les conditions générales de temps et d'espace. Il n'y a donc pas à se demander comment il est possible que l'âme immatérielle soit en rapport avec la matière, dont la nature lui serait opposée. Il y a simplement à se demander de quelle nature sont les rapports des êtres, ou âmes, ou consciences, avec le monde extérieur. Ces rapports sont un fait constant dans la nature ; il serait donc puéril de contester leur possibilité. En quoi consistent-ils réellement ? Voici: notre âme n'est e?j rapport direct ni' avec l'entité force, ni avec l'entité masse, ni par conséquent avec les corps, composés de l'une et de l'autre, dans une certaine structure. Elle n'est donc pas en rapport avec cette unique substance appelée matière par les matérialistes et que les spiritualistes admettent aussi sans la déclarer unique. Elle ne reçoit ou ne connaît directement que des fonctions, c'està-dire des rapports (formes ou rythmes). Elle ne les reçoit qu'ea mode

et même fait, comme l'apparence subjective et objective d'un même phénomène, comme les modes d'une seule et même substance, qui ne nous paraissent autres que parce que nous les connaissons différemment. »

Voilà bien le fameux monisme qui actuellement a séduit tant de philosophes.

C'est un « système » dit-on souvent. Le mot de système représente une sorte de charpente dont les pièces seraient bien ajustées et tiendraient parfaitement ensemble. Je ne puis consentir à désigner ainsi une simple conjecture qui ne s'appuie sur rien de scientifique, rien de solide, rien de réel.

Encore, dans sa rédaction, M. Jules Soury fait-il entrer l'idée dune substance, ce dont il faut lui savoir gré, car d'autres (H. Taine, par exemple) vont jusqu'à supprimer cette notion métaphysique indispensable, de façon que l'endroit subjectif et l'envers objectif sont pour eux l'endroit et l'envers de rien ou de cette chose, insaisissable en ce sens, qu'ils nomment phénomène. Ce mot figure assez malencontreusement dans la formule de M. Soury, mais il y a aussi le mot fait, suivant moi beaucoup meilleur et plus conforme d'ailleurs à sa pensée.

Il y a donc plusieurs monismes, trois au moins dans un seul : le nihiliste, le matérialiste et l'idéaliste. Le premier — plutôt un quasi-monisme — nie la substance, le deuxième n'admet que la matière, le troisième n'admet comme substance que l'esprit. Les trois s'équivalent quant à leurs conséquences médiates ou prochaines. Ils tendent tous à nier la réalité substantielle de notre moi et sont tous également dépourvus de toute véritable démonstration. Le monisme idéaliste diffère un peu des deux autres, en ce qu'il permet à l'imagination du philosophe qui l'a adopté de s'égarer dans les conceptions religieuses les plus diverses ; et cela ne me semble pas un avantage. Certains théologiens, logiciens médiocres, pourraient s'en accommoder. 11 n'en est pas plus légitime aux yeux de la science exacte.

Mais ne soyons point trop difficiles, n'exigeons pas que ce

rythmique, donc nullement matériel; et c'est uniquement par induction métaphysique qu'elle se fait l'idée ou la croyance d'une substance matière et de sa propre substance. Il reste à se demander ce qu'il peut y avoir de réalité et d'apparence dans cette conception idéale de tous les êtres hautement conscients; mais la question des rapports de l'être et du milieu ambiant se trouve pleinement résolue quant au présent point de vue, sans évocation de nouvelles difficultés, ni obscurités ou mystères d'aucune sorte.

pseudo-système (entre tant de pseudo-systèmes) corresponde aux notions clairement scientifiques posséde'es dès aujourd'hui. Demandons-lui simplement de savoir ce qu'il dit. Il ne pourra même pas nous satisfaire en celte modeste revendication. Hélas ! Il ne sait ce qu'il dit I — Tel nombre de vibrations de l'éther (fait objectif) correspond à la perception en nous de la couleur bleue (fait subjectif) et ce rapport est constant. Voilà tout ce que nous savons sur ce double fait. La nature de ce rapport nous échappe absolument, et à ce point que nulle théorie n'en peut être faite ni même essayée tant les conditions du problème sont de toutes parts indéterminées. Oserons-nous conclure à l'identité de deux choses qui nous paraissent si dissemblables? Au nom de quelle logique, de quelle méthode scientifique ou mathématique le ferions nous ? De la part de ceux qui ont passé outre et qui se disent monistes, il est impossible de découvrir autre chose qu'un parti-pris métaphysique insoutenable, et contraire à toutes les lois de la science et de la raison.

« Toutefois, dit M. Soury, c'est moins le monisme de Spinoza que le monisme atomistique de Leibniz qui domine aujourd'hui chez les naturalistes. »

Le monisme atomistique de Leibniz I N'insistons pas. Mais voici une autre assertion des plus graves :

(t Si l'agrégat est sensible, c'est que la sensibilité était en puissance dans les parties qui le constituent. »

L'affirmation d'un tel rapport inaperçu et que nulle analogie invoquée ne fait probable est vraiment audacieuse. Elle n'est fondée absolument sur rien. Elle est en opposition absolue avec toutes les données de la science expérimentale que nous possédons relativement au sujet en question.

Où et quand M. Soury et les autres monistes (matérialistes ou non) ont-ils vu des sensibilités élémentaires se réunir pour former une sensibiUté totale? Chez les êtres supérieurs (j'entends l'hommes et les animaux à organismes complexes), la sensi- Lilité de l'âme souveraine est absolument indépendante des sensibilités rudimenlaires appartenant en propre aux micro-organismes et même aux départements relativement complexes, — ■ appareils avec leurs conducteurs nerveux et leurs ganglions spéciaux — qui concourent à les former. Sans cette conception expérimentale que la plupart des physiologistes sont aujourd'hui contraints de se former, il est impossible de rien concevoir aux faits les plus généraux de la vie. Ce mot d'agrégats est aussi très peu scientifique si on prétend s'en servir pour dési-

gner des êtres différenciés de leur milieu par une membrane close et pourvus d'un organisme intérieur plus ou moins visible, mais sans lequel leurs réactions sur ce même milieu ne seraient pas concevables.

11 est clair que M. Soury a en vue le protoplasma : mélange ou combinaison de matières albuminoïdes, qu'il suppose doué de propriétés vitales jusqu'à la sensibilité, donc jusqu'à un premier degré de conscience. Cette erreur pour être encore partagée par un certain nombre de savants, n'en a pas moins été radicalement détruite. On comprend que les matérialistes s'y accrochent avec opiniâtreté. Des séries d'expériences conduites avec toute la rigueur que la science a le droit et le devoir d'exiger, ont montré que la vie n'a jamais été constatée en dehors de corpuscules organisés, et solides en leur texture bien que contenant une proportion d'eau relativement considérable, ces corpuscules véritablement vivants, qu'on les appelle microzy mes (petits ferments) d'après M. A. Béchamp qui le premier a déterminé leur nature et leurs fonctions, soit qu'on les nomme avec d'autres biologistes blastidules (petits germes) ou plastidules (petites formations ?) sont les êtres vivants les plus petits que nous connaissions, les plus petits qui existent sur notre planète. Au delà, comme petitesse, mille expériences le prouvent, il n'y a rien de vivant. Ces êtres modifient par le fait de leur nutrition les matières albuminoïdes ou autres où ils vivent, au dedans ou au dehors des cellules proprement dites, ils répandent dans ces matières des produits (qui ne sont eux-mêmes que des matières albuminoïdes ou autres modifiées). Ces produits dans le cas des ferments proprement dits, par exemple, sont capables eux-mêmes d'opérer des fermentations spécifiques ce qui les fait nommer ferments solubles, mais leur action n'est plus en cela que purement chimique ou physico-chimique ; et dès lors proportionnelle à la quantité, au poids de ces matières mises en cause, en des milieux appropriés.

Donc, expérimentalement, là où il n'y a pas d'être structuré il n'y a ni sensibilité, ni conscience (même la plus rudimentaire) ni aucune des fonctions de la vie.

Sm:.quoi donc prétendez-vous appuyer des propositions telles qùç, celle-ci, où, il faut le rem,arquer, l'affirmation ne va pas sans quelque scrupule: a On incline donc à admettre que ionie matière serait au moins en puissance, capable de sentir, et que dans , certaines conditions, cette sensibilité latente passe à

l'acte. » Et plus loin : « Ni forces plastiques ni archées (1) ne sont donc nécessaires pour animer le vaste mécanisme de l'Univers. »

Si M. Soury trouve ce donc légitime, c'est qu'il n'est pas très difficile en matière de logique.

J'ai remarqué tout-à-l'heure le ton dubitatif des formules dont M. Soury fait précéder cette proposition dernière où ce doute prudent ne se manifeste plus.

(1) Ce mot de force — mal ou non défini - a été longtemps et est eu core l'occasion de confusions très fâcheuses non seulement en littérature où on l'applique avec des sens les plus divers, mais encore dans les sciences. En mécanique rationnelle même, on commet une grave erreur que j'ai retrouvée reoroduite presque dans les mêmes termes chez plusieurs des auteurs qui ont traité de cette science. Dans les prolégomènes de leurs ouvrages, la force est définie cause du mouvement (du déplacement des corps, ou de leurs changements de rapports de situation dans l'espace) mais dans les propositions formant le corps de ces traités, il n'est plus question de cette force-eutité si ce n'est sous les noms de forcevive et d'énergie c\xié{\(\ae Mr^ : 2 et les mots une force ou des forces n'expriment qu'un rapport de la quantité de mouvement en fonction du temps, c'est à-dire non plus une entité, mais un simple rapport. Les physiciens, de leur côté, ont été conduits à considérer en beaucoup de cas la force essentielle, l'unique force qui existe, et ont pris l'habitude de l'appeler énergie.

Dès 1874, j'avais très nettement distingué cette unité de la force, et j'avais totalement séparé d'elle les causes créatrices de rythmes et de formes ou de coordinations des mouvements intentionnels, sous le nom de Puissances. Car ce nom de puissnyices dans le sens de souverainetés convient parfaitement à ces entités individuelles. On pourrait les appeler archées à l'imitation de Vaa Helmont. Cependant elles sont bien plus nombreuses — dans l'organisme humain, par exemple, — que ne le supposait Van Helmont, puisqu'il y en a autant que de microzymes, et cesmicrozymes répandus dans toutes nos glandes, dans tous nos organes, dans tous les liquides de cet organisme, sont en nombre véritablement immense ; et ils sont si petits que le cube d'un millimètre de côté ou le volume à peu près d'une tête d'épingle en contient de 15 à 17 milliards.

Les âmes de l'homme et de toutes les individualités animales ou végétales sont des puissances ou des souverainetés et 7ie sont pas des forces! J'ai, en divers écrits, traité cette question sur laquelle je ne puis m'étendre ici. Etant données ces vues expérimentales et différencielles, l'expression de /orce p/fls/t(/Me devient tout-à-fait inutile puisque cet assemblage disparate de deux mots ne témoigne que du vagues des idées de ceux qui les ont ainsi accouplés.

Il faut le remarquer aussi, cette conception des archées de Van Helmont, n'est pas aussi méprisable que semblent le dire beaucoup d'auteurs qui ne la connaissent que par oui dire et qui ne la mentionnent que pour la rejeter sans discussion. On a beau jeu à dédaigner certaines idées exprimées en un langage démodé et quelque peu mythologique, au nom de uotre langue scientifique moderne, assurément plus précise et meilleure en général. La doctrine de Van Helmont s'était cependant construite, en partie d'après

Il est vrai qu'il ne tarde pas à reparaître et sous une forme inattendue. Pour faire accepter sa conception simpliste, ce monisme matérialiste qui tout au moins lui plaît infiniment, et qu'il semble trouver scientifique, notre philosophe fait appel assez imprudemment à l'autorité de Tilisson et de Leibniz. Il cite encore, comme ayant trouvé quelque vraisemblance à cette conception, ou à ces « imaginations », « qui ne sont pas dit-il des rêveries de philosophes platoniciens ou panthéistes, » des savants tels que Tyndall, W. Thomson (aujourd'hui Lord Kelvin) Nœgeli, Zœllner, Ilaecke, Preyer Forel, Luciani, que sais-je 1

Mais alors pourquoi n'admet-il pas plus que moi, si l'autorité des noms a sur lui tant d'empire, la réalité de l'intéressante Kale King et de ses ailes, puisqu'elle nous est affirmée par le grand physicien Crookes et par quelques-uns de ses amis, avec épreuves photographiques à l'appui ?

Si vous avez de bonnes raisons, donnez-les ; et n'essayez pas de nous imposer votre opinion sur cela qu'elle est professée par des personnages plus ou moins illustres, sinon vous ressemblerez trop aux savants des siècles lointains.

des idées très anciennes, en partie aussi dans son esprit en présence des faits réels, profondément, génialement observés, et je la tiens pour hautement physiologique.

Refléf-hissons sur le fait suivant : « M. Féré dans le cours de ses études tératogéniques, a été frappé de voir le cœur continuer à battre chez des embryons très jeunes, très monstrueux et réduits parfois à un kyste ou à un amas de granulations. Chez ces embryons ûûoastrueux, le cœur bat souvent plus vite qu'à l'état normal.

Chez des embryons plus âgés, il a vu le cœur persister à battre longtemps après la mort de l'embryon indiquée par l'opacité complète des tissus. Si on produit artificiellement la mort par coagulation des tissus, au moyen d'une température élevée, on voit le cœur battre longtemps après la coagulation complète du corps de l'embryon. » {Prexse médicale, 19 janvier 1895).

N'est-ce pas la preuve que les mouvements du cœur partent d'un centre particulier qui en gouverne le rythme simple? N'y a-t-il pas là impression sentie et réaction motrice ? C'est-à-dire une conscience rudimentaire analogue à celle d'animaux distincts inférieurs. Et cela ne peut-il pas être justement nommé une archée (ou puissance individuelle)? Ce n'est pas tout. Les nerfs pneumo-gastriques par leur fonction inhibitrice et régulatrice des mouvements cardiaques décèlent un centre du même ordre situé vers la base du cerveau et toul-à-fait indépendant de l'âme souveraine, c'est-à-dire une autre archée. La neuro-physiologie nous présente un très grand nombre de faits analogues où une action individuelle se montre tout à fait séparée de la conscience supérieure, dans les appareils auxiliaires des sens, dans le fonctionnement des glandes, etc. ?

Les bonnes raisons, les faits d'observations et d'expérience, probants dans la question tout aussi bien que les bonnes théories (intelligibles tout au moins) manquent beaucoup dans le travail de M. Jules Soury et daus les autres ouvrages où son matérialisme s'expose. Les 7'aisoii^ quelconques même y sont rares.

Il nous parle comme de choses démontrées des ancêtres des plantes et des animaux vertébrés ou invertébrés, comme s'il en avait dans les mains les incontestables arbres généalogiques.

11 fait ainsi allusion à Vidée évolutionniste, encore si mal déterminée en elle-même, nullement traduite en théorie, ni même en hypothèse mécaniquement concevable, et qui, lors même qu'elle posséderait tout ce qui lui fait défaut, ne démontrerait absolument rien quant au monisme matérialiste.

Puis, il fait cette remarque : « la nature des propriétés psychiques considérées dans leur essence, comme celle des autres propriétés de la vie » appartient à un ordre de considérations « dépassant le domaine de l'observation et de l'expérience, et ne saurait être objet de science. »

11 est incontestable que nous ne pénétrons par aucun moyen l'essence ni de nous-mêmes ni de rien, et que la science n'a d'autres fonctions que de concevoir, en présence des faits, des rapports généraux, que d'étudier des fonctions, de les classer et si c'est possible de les coordonner, ou plutôt de les concevoir en leur coordination naturelle. La métaphysique ellemême n'a pas autre chose à faire, en ses domaines, et ne difïere des autres sciences que par la généralité plus grande des rapports ou des fonctions dont elle s'occupe. Nos philosophes de toutes sectes se sont trop souvent écartés de ce programme ; aussi nous ont-ils bâti de très mauvaises métaphysiques dont le monisme matérialiste nous offre un remarquable et spécial exemple.

Je voudrais ne pas suivre M. Soury dans l'étude qu'il entreprend des faits et des théories relatifs aux degrés de sensibilité ou de conscience qu'on peut attribuer aux organismes élémentaires et relativement simples. Les faits qu'il rappelle ne présentent rien de bien neuf ni de bien intéressant : et quant aux opinions qu'il se plaît à citer, sur des points secondaires et qui ne résolvent rien, il n'y a aucune nécessité de les discuter.

Le protoplasma conçu comme un agrégat moléculaire amorphe doué de vie et de sensation, revient souvent dans ses phrases sans les éclairer d'une bien vive lumière ; « l'étude des phénomènes de tropisme positif ou négatif, de suspension ou d'arrêt des mouvements, de contractions faibles ou fortes, partielles ou

totale? du protoplasma amiboïde, sous l'effet de stimulations efficaces, constitue, nous affirme-t-il, un des plus solides foudements de la Psychologie physiologique. »

Voilà de ces choses dont on ne se doute point en dehors de l'école de M. Soury.

Les petites masses de matières albuminoïdes dont il est question ne vivent que par les microzymes qu'elles contiennent en grand nombre, et les propriétés vitales qu'elles manifestent sont uniquement celles de ces microzymes, savoir des mouvements spontanés, individuels ou par groupes, et des actions chimiques en rapport avec les actes physiologiques de nutrition de ces mêmes êtres élémentaires. C'est peu pour asseoir la Psychologie physiologique.

N'y a-t-il rien de phy chique (c'est le mot de M. Soury) dans ces faits? S'il y a sensation, il y a conscience ; car je tiens les deux fonctions pour inséparables ; donc il y a fait psychique. Ceci m'amène à définir le plus simple de tous les faits (ou actes) qu'on puisse désigner ainsi : aller d'un point à un autre, de fait ou d'intention, sans même que ce trajet réel ou voulu soit conçu ou exécuté de façon à tracer une vraie ligne droite. Sans nul doute, les végétaux présentent des mouvements pouvant être ainsi interprétés. Je ne dis pas certains végétaux, mais tous les végétaux.

Il est sans doute important de consulter directement la nature et d'établir avec netteté le point précis oîi commence la vie et la sensation. L'observation attentive et l'expérience soigneusement faite peuvent seules nous éclairer là-dessus. Or, jamais on n'a constaté la moindre manifestation de vie ou de sensation dans de la matière à l'état de pur agrégat moléculaire ; et d'une telle matière exempte d'êtres déjà formés, on n'a jamais vu naître de tels êtres, différenciés du milieu par une membrane close, et à plus forte raison présentant une organisation plus élevée. Mettez dans un vase de verre, de l'albumine, de la gélatine, tous les bouillons que vous voudrez, où rien de vivant ne préexiste, ou soumettez-les à la température capable de tuer ces êtres (environ pour la plupart 120") sans altérer la structure moléculaire très complexe de ces corps, ajoutez tous les corps chimiques, mais chimiquement préparés (par double décomposition, par exemple) tous les gaz possibles également exempts de microzymes, ou des possibles germes de l'air, scellez le vase à la lampe d'émailleur, laissez agir le temps, faites intervenir la chaleur, la lumière, l'électricité sous diverses formes,

vous n'obtiendrez jamais rien de vivant, et votre mélange demeurera éternellement ou si vous voulez indéfiniment, quant à sa constitution moléculaire, ce que vous l'aurez fait tout d'abord (1 ).

Si dans de pareils milieux, vous introduisez des microzymes, empruntés à quelques organismes ou à la craie naturelle (carbonate de chaux fossile) vous les verrez y vivre, modifiant ces milieux et vous les verrez même, en certaines circonstances bien déterminées, évoluer en vibrioniens.

Le vivant ne vient que du vivant. L'être capable de sensation et de réaction ne vient que d'autres êtres également capables de sensation et de réaction. La distinction entre le règne organique et le règne amorganique est donc certaine, précise, expérimentalement démontrée, absolue.

Pour ce qui regarde Vâme (cette entité profondément inconnue en elle-même, comme d'ailleurs toutes les autres entités, mais déterminable par ses fonctions) il faudrait nous garder de laisser s'introduire dans nos idées des confusions nullement existantes dans les choses, je veux dire dans les faits e:spérimentaux. Aussi ne laisserai-je point passer les réflexions suivantes de M. Jules Soury, à propos d'opinions émises par plusieurs biologistes :

« Dire que les êtres amiboïdes, parce qu'ils ont des sensations, « possèdent une âme » c'est-à-dire les propriétés de l'innervation

(1) Au contraire si on prend des corps chimiques singuliers très hautement complexes et structurés comme il s'en produit dans nos tissus vivants et dans les tissus de tous les êtres organisés, soit pendant la vie, soit après la mort, si on soumet ces ptomaïnes très toxiques à des actions dynamorythmiques relativement intenses, et suffisamment prolongées, on voit disparaître quelques-unes de leurs propriétés, leur toxicité par exemple, sans que nul changement de leur composition quantitative ou qualitative se soit produit. Ce qui a été changé, c'est probablement quelque chose de leur structure sous l'influence du rythme adventice, en vertu d'une loi très générale que je m'efforce de bien dégager, (transmutation réciproque du rythme et de la forme) souvent rappelée dans les divers chapitres de ce livre. Des expériences actuellement poursuivies par M. d'Arsonval ont donné déjà de très intéressants résultats. Les venins eux-mêmes ont été modihés par le passage de courants distribués en rythmes convenablement maniés. On peut dès maintenant considérer comme probable et pour une époque prochaine que des modifications fonctionnelles seront ainsi imprimées, parles mômes moyens ou par des moyens analogues, aux microzymes, évolués ou non, et à d'autres êtres vivants plus complexes du même ordre; et qu'on pourra sans les détruire, abolir chez plusieurs, peutêtre chez tous, la redoutable action pathogène. M. A. Béchamp n'a-t-il pas déjà produit chez quelques-uns de telles modifications de fonctions en les soumettant à de simples changements de milieux !

supérieure qui, chez les mammifères servent à définir cet antique concept, n'esl-ce point abandonner le terrain solide delà science expérimentale pour s'embarquer sur l'Océan sans rivages de la me'taphysique ? »

On a pu voir que M. Soury s'aventure assez volontiers sur cet océan qu'il déclare ici « sans rivage ». Cette absence de rivage ne l'a pas empêché de s'embarquer sur cette mer ténébreuse où il a découvert ou redécouvert ce monisme qu'il traite avec tant de respect. A l'exemple d'un pçèle oublié, je ne comparerai pas ce monisme à une île « escarpée et sans bords » ni surtout déserte, notre philosophe a dû s'y trouver en très nombreuse compagnie. Mais de grâce, qu'il ne médise point de la métaphysique ou qu'il s'abstienne d'en faire !

Vantique concept de l'âme a été de tout temps très mal défini. Les philosophes et les théologiens en ont eu l'intuition assez vague et n'en ont guère cherché les déterminations réelles. Je ne vois pas pourquoi nous les imiterions en ce peu de précision du langage et des idées.

Je voudrais ici résumer ma pensée sur ce point en termes brefs, et si précis, et si clairs que nul malentendu ne puisse plus jamais obscurcir le débat.

Cette inconnue que j'appelle l'âme et que tous les philosophes désignent quand ils disent le moi, révèle sa spécifique existence par deuK fonctions : la conscience et la volonté.

Il est bien certain que ces deux mots doivent être pris au sens le plus ample et le plus profond. Je comprends — je confonds même — sous chacun d'eux plusieurs de ces facultés dont M. Soury s'irrite tant, se plaignant qu'on les ait prises pour des entités. Ces facultés en eflet ont été énumérées très diversement d'ailleurs par des philosoi>hes plus grammairiens que physiologistes, et même, disons-le, ne soupçonnant pas la nécessité de faire intervenir la physiologie dans la question.

Ces fonctions, je les sépare de toutes celles des appareils cérébraux sur lesquelles j'ai fait des études naguère plus explicitement rappelées mais que je ne puis indiquer ici qu'en bloc.

Je qualifierai les deux fonctions que j'attribue en propre à l'âme de polaires et de sphérigues. Et je dirai dans ce sens : La conscience et- la volonté sont les deux fonctions générales, constantes, caractéristiques, polait^es et sphériques de Vaine. Ces deux derniers mots exigent une explication. Je les dis polaires parce que, bien que distinctes l'une de l'autre, elles sont inséparables, si ce n'est par pure abstraction

verbale, et parce qti'en ce qui les caractérise individuellement elles paraissent opposées.

Je les dis sphénques parce que, toutes deux s'exercent dans ce que j'appellerai, faute peut-être d'une meilleure expression, l'espace idéal, ou dans une sphère idéale, l'une, la conscience, pouvant être symboliquement représentée dans cette sphère par un mouvement concentrique, l'autre, la volonté, par un mouvement rayonnant.

Car je nomme consciencp, avant tout, le pouvoir de l'âme d'éprouver en même temps plusieurs, un grand nombre de sensations, et yo/on^e le pouvoir de diriger des ensembles plus ou moins complexes de mouvements et de coordonner ces mouvements divers relativement simples. 11 n'y a là qu'une seule enlilé, l'âme souveraiue absolue en sa sphère idéale et qui est à la fois tout entière conscience et volonté.

Mais je di^lingue les deux fonctions en ce que l'une ou l'autre peuvent prédominer tour à tour en des proportions indéfiniment variées dans les divers actes que j'attribue à cette entité âme.

Pour établir ces rapports de psychologie générale, mon seul moyen consiste en l'observation de mon propre moi, et le sentiment universel d'analogie me fait penser que tout se passe essentiellement de même chez les autres êtres, savoir notamment les hommes, les animaux, les végétaux même et les êtres élémentaires des organismes, jusqu'au microzymes inclusivement. 11 est bien certain que je ne retrouverai cette double fonction de l'âme chez les êtres d'organisation primitive et simple que très simplifiée, très réduite. Mais chez eux, peut-elle être diflerente de nature de ce qu'elle est dans les rangs les plus élevés des êtres organisés?

Donc il me suffit de constater si peu que ce soit de sensation et de réaction, du mouvemeat spontané, chez les êtres simplement différenciés de leurs milieux, et présentant le double mouvement d'absorption et de rejet constituant la fonction de nutrition, pour que j'affirme qu'ils ont une âme, mais dans le sens précis — je crois — que je viens de déterminer.

Grâce à celte analogie, il m'est possible d'admettre, comme semblait le proposer M. Jules Soury dans un passage déjà cité que « la question de l'origine et de la nature des phénomènes psychiques est [je supprime les mots au fond] réductible à celle de l'origine et de la nature de la vie »,

La psychologie générale, appliquée en ces questions à la physiologie, éclaire celle-ci de lumières inattendues. Cette dou-

ble faculté des âmes (des âmes de tous les rangs) conscience et volonté, qui prend, pour les âmes des êtres élémentaires et relativement simples, les noms de sensation et l'éaction, et qui permet de rejeter définitivement le terme bâtard et obscurément métaphysique d'irritabilité, explique parfaitement un nombre immense des faits de la vie longtemps attribués à des propriétés de tissus, ou à des propriétés vitales peu concevables, et qui n'étaient que des abstractions illégitimement ou trop immédiatement réalisées, des excitabilités, contractilités et autres qui ont longtemps figuré etjouémèmede grands rôles dans les traités classiques, d'où elles n'ont pas encore disparu.

Cette conception éminemment expérimentale des êtres composant tous les organismes, depuis la cellule avec ou sans noyaux, depuis le microzyme à peine perceptible jusqu'aux animaux supérieurs et de grande dimension, et jusqu'à l'homme, de ces êtres ayant leur vie propre et indépendante, leur sensibilité propre et leurs réactions individuelles comparables aux nôtres, toutes proportions gardées du très complexe au très simple, et au plus simple possible et concevable, pour ce qui regarde les derniers éléments, microzymes ou plastidules, celte conception claire, précise et invinciblement analogique détruit pour toujours le fameux principe vital de l'ancienne école de Montpellier, abstraction admissible en présence de faits réels très bien observés, mais ayant la prétention d'expliquer ces faits en devenant le nom d'un pouvoir spécial et occulte gouvernant les fonctions essentielles dans les organismes vivants (1).

Et combien de mystères, réels ou faux, dévoilés ou écartés, qui empêchaient de voir et de comprendre les vraies corréla-

(1) Celle doctrioe du Principe vital tombe devant la constatation des individualités hystologiques dont se compose l'organisme, mais la question reste entière des origines de cet organisme comprenant en lui ces individualités. Les évolutionnistes actuels, se contentant de très peu, pensent l'avoir résolue. Ils en sont loin, ne sachant ni le pourquoi ni le comment, non seulement des grands faits d'évolution, apparition successive de formes vivantes nouvelles sur la planète, mais encore des mêmes faits de transformations d'espèces ou simplement de productions de variétés dans une même espèce. Pour ce qui regarde ces derniers cas, je crois ôlre bientôt à même de présenter une théorie générale mécanique pouvant en rendre compte. Cette théorie sera fondée sur le fait universel, montré notamment par le phonographe et le télépiaste, de la transmutation du rythme en forme et réciproquement de la forme en r\ Ihme ce qui permet de considérer le mécanisme des influences ou actions dynamorythmiques de toute espèce, et les combinaisons de rythmes toujpurs conceva.bles.

lions de la vie, par cette conception des éléments vivants, ayant chacun son âme propre et des fonctions organiques spéciales, selon leur espèce et selon les milieux divers où la vie de chacun d'eux est possible et se développe !

Ainsi s'expliquent ces faits compris sous la dénomination vaguement métaphorique d'actions réflexes.

Ainsi s'explique la nutrition des parties constituantes des tissus et des organes.

Ainsi s'expliquent les sécrétions qui ne sont constituées que par les produits élaborés par les microzymes et résultant des conditions de leur nutrition, ces sécrétions qu'on attribuait à des propriétés physiques, toujours occultes, des membranes glandulaires, lesquelles propriétés en réalité expérimentales se réduisent uniquement à l'osmose (endosmose et exosmose). Quelle que soit la structure spéciale des membranes considérées ; et cela est surabondamment démontré.

De cette façon, la part étant réservée de l'âme souveraine, et en dehors des manifestations vitales des êtres élémentaires composant l'organisme, il n'y a plus à étudier dans cet organisme que des fonctions purement physiques et mécaniques, ou chimiques, ne différant en rien des rapports transactionnels des corps en général ni, comme nature, des réactions qui se produisent entre les corps anorganiques.

N'ai-je pas déjà répondu par ce qui précède, à M. Soury disant : « A quoi bon appliquer ce vocable archaïques (âme) aux processus d'excitabilité ou de sensibilité non seulement du protoplasma des êtres amiboïdes (i), mais aux plastidules(2) mo-

(V) Aucun proloplasma n'est sensible ni vivant par lui-même. De même, le sang, le lait, la salive ne sont vivants que par les microzymes qu'ils contiennent ; et il faudrait distinguer les êtres dits amiboïdes véritables, des grumeaux albuminoides pris pour tels où on ne constate d'ailleurs aucun mouvement de nutrition.

(2) C'est un nom donné aux microzymes, êtres disUocts séparés de leurs milieux par une membrane close. On peut les séparer des matières albuminoides où ils vivent et les sécher. En cet état ils se présentent sous forme de poudre blanche ou grisâtre très fine et ne donnent au toucher aucune impression d'humidité bien qu'ils contiennent environ 75 "/o d'eau cousliluant leurs tissus. Leurs dimensions relativement aux molécules physiques sont immenses, pour si petits qu'ils soient. On ne les peut appeler molécules virantes que par un trope tout littéraire.

La composition chimique du corps de ces petits êtres, sauf de légères différences peut-êlre, est identique à celle de l'organisme considéré dans sa totalité. On y retrouve notamment toujours les seize ou dix-sept corps simples composant les tissus de cet organisme. D'une espèce à l'autre les différences physico-chimiques ou de constitution sont peu considérables,

lécules vivantes dont ce proloplasma serait élémentairement constitué ? »

« Tout psychologue distingue un mouvement volontaire, c'est-à-dire précédé d'une représentation, d'un mouvement réflexe et automatique. L'apparence de la finalité intelligente de ces derniers n'en impose plus à un esprit réfléchi. »

Fort bien ! on a raison de fixer ces distinctions ; mais gardons-nous de nous laisser tromper par d'autres distinctions plus que douteuses.

Je ne prétends pas qu'un microzyme (ou plastidule si on préfère ce nom) soit dans le sens physiologique, et suivant le commun langage, un être intelligent^ ni que son âme se trouve jamais en présence de représentations du monde extérieur. Pour que telles représentations soient possibles, il faut sinon un cerveau, tout au moins un ganglion assez gros et assez complexe qui en fasse au moins rudimentairement les fonctions.

Mais si j'attribue à cette inconnue, considérée comme réelle, et que j'appelle wMe «me, chez les animaux supérieurs et chez l'homme, la conscience (comprenant essentiellement et inséparablement la sensation) et la volonté (tout aussi inséparable de la réaction) extérieurement saisissable dans ses eff"ets, puis-je ne pas attribuer la sensation élémentaire et relativement simple des êtres les moins complexes et leur réaction toujours immédiate, à une âme non pas semblable à celle de l'homme mais analogue, et nettement de la nature des âmes ?

Il n'y a pas de sensation sans conscience. Il n'y a pas de conscience sans sensation. Il n'y a pas de conscience sans volonté ou du moins sans réaction motrice (1), qui n'est que la volonté dans ce qu'elle a de plus élémentaire, mais qui n'en saurait difl^érer comme nature.

Les considérations qui précèdent me dispensent de suivre, pas à pas, M. Soury dans la discussion qu'il poursuit et où il semble chercher à déterminer à quel moment et à quelles conditions on pourrait admettre chez les êtres vivants quelque chose de correspondant à ce que certains psychologues ont défini sous le nom d'âme. Gela n'a qu'un intérêt bien secondaire,

lesdissemblaoces foQclioanelles le sont au contraire beaucoup. Je me propose d'eu montrer plus tard les raisons.

(1) Ici une réserve est à faire ou plutôt une distinction : cette rinctiou motrice précède le mouvemeut appréciable extérieur et ne se confond pas avec ce mouvement comme toute une école le soutient.

tant au point de vue de la doctrine professée par M. Soury qu'à celui des idées que je lui oppose. Devant la définition de l'âme telle que je viens de la donner, les distinctions de cette nature perdent toute la valeur même de simple critique qu'on leur pourrait attribuer. Je me propose cependant de ne négliger aucun des faits rappelés dans le cours de la discussion.

M. Soury essaie d'expliquer par un automatisme mal déterminé et par des transmissions d'habitudes ancestrales, d'après d'ingénieuses conjectures de Darwin, les mouvements instinctifs des animaux, surtout de ceux qui occupent les rangs inférieurs des séries zoologiques. En ces questions il mêle quelques notions expérimentales exactes à des vues non justifiées, et je n'ai pas ici à en faire le départ, car tout cela n'a que des rapports assez lointains avec les doctrines générales (ou métaphysiques) que je me suis proposé de discuter.

Çà et là les mêmes affirmations doublées d'affirmations pareilles recueillies chez divers auteurs se renouvellent, sans perdre leur caractère d'absolue gratuité :

« Avec les actions du milieu cosmique, avec les effets de i'usage des parties et de l'adaptation, la science est capable de rendre raison des phénomènes psychologiques, comme des phénomènes morphologiques, et la vie et la pensée font enfin partie de la conception mécanique de l'Univers. »

G'et*t là précisément ce qui est en question, ce que je conteste et ce que je nie.

Avec ce que vous énumérez et que vous ne connaissez d'ailleurs que partiellement, avec beaucoup d'autres conditions que vous omettez, déjà connues ou pouvant l'être, votre science est absolument incapable de rendre raison du moindre fait de conscience, de la plus élémentaire des sensations. Toute sensation psychologiquement observée par celui qui l'éprouve est un fait parfaitement irréductible, rebelle à toute analyse, dont les conditions intérieures, dans tous les cas, nous échappent absolument. Au point de vue de l'observation physiologique ou physique, nous savons que telle sensation auditive correspond à un nombre donné de vibrations, qu'il y a là comme on dit un rapport de cause à effet, mais ce rapport constaté, nous ne le percevons pas comme rapport, nous ne savons pas pourquoi trois nombres différents de vibrations font naître en nous les trois sensations successives Do, ré, mi, ou Do, mi, sol, ni de celle de l'accord dit parfait des trois notes Do, mi, sol entendues simultanément. Il en est de même des sensations de couleurs.

Il en est de même à plus forte raison de tant d'autres genres de sensations dont nous ignorons les conditions rythmiques extérieures, tout en étant analogiquement persuadés que ces conditions n'en existent pas moins dans les choses et dans notre organisme nerveux.

La science ne peut pas comprendre davantage comment le plus simple des organismes a pu apparaître dans noire monde à l'époque supposée où il n'y avait encore que des corps anorganiques, moléculairement constitués, cristallisés ou amorphes. Nous savons que la matière amorphe, par constitution physique ou par dissolution, peut seule entrer dans la structure d'un organisme ; mais rien, rien au monde ne nous indique la possibilité du passage de cette matière amorphe molle ou colloïde, ou liquide, à l'état organisé, à l'état de forme organique, et tous les faits d'expérience montrent ce passage comme impossible dans les conditions expérimentales, les causes spéciales de cette protoplastie en étant absentes et n'étant pas à notre disposition.

Alors, que voulez-vous dire, et que prétendez-vous expliquer ? Vous considérez comme possible « de relier la Psychologie aux sciences physico chimiques. » Il s'agit de savoir comment ces sciences peuvent être, comme je l'ai toujours pensé, reliées les unes aux autres, sans oublier la Physiologie dont le domaine s'étend de l'une à l'autre et empiète en quelque sorte sur les deux. Vous dites : « Les fonctions du système nerveux où les propriétés psychiques du protoplasma ont subi la plus haute spécialisation... » (et vous vous appuyez là sur une science qui n'existe pas)... « ne sont comme la chaleur et l'électricité (\\iune forme de rénergie. Voilà des fonctions qui sont une forme de l'énergie ! C'est ne rien dire pour vouloir dire beaucoup trop. Tout ce qui est fonction visible (dans l'ensemble observable de la nature des choses) est nécessairement mouvement, donc forme de l'énergie. Il n'y a donc là aucun moyen de difierenciation. Mais vous expliquez votre pensée. « Bref, dites-vous, les phénomènes psychiques possèdent un équivalent chimique, thermique, mécanique. » Ici votre langage est encore plus défectueux. Vous l'empruntez sans aucune critique aux physiciens de notre époque, lesquels ne l'ont pas encore débarrassé des obscurités (plus réelles qu'apparentes) et des non-sens qui encombrent encore la science dans ce genre de questions. Encore n'ont-ils jamais parlé de réquivalent mécanique d'un phénomène ! (1)

(1) Dans l'un des derniers chapitres de son livre sur " les fonctions du

Ce n'est pas le principe de la conservation de l'énergie que je conteste, lequel trouve ses applications et trouvera ses vérifications dans les mouvements fonctionnels cérébraux comme partout ailleurs. Je conteste l'application fausse, illusoire et fantastique que vous essayez d'en faire quand vous vous imaginez que, dans ces mouvements fonctionnels, il ne s'agit que d'énergie et de masse, lesquelles ne sauraient être anéanties plus l'une que l'autre. Il s'agit de deux autres conditions également présentes partout, mais beaucoup plus importantes quant aux faits intellectuels en question. Ces conditions on les nomme à chaque instant sans se douter de leurs corrélations universelles véritables, c'est la forme et le î'ijthme.

La force (ou énergie) et la masse sont des entités réelles.

La forme et le rythme ne sont rien de semblable.

Il y a toute la force d'un univers (je le suppose limité provisoirement et simplement pour la clarté de ce que je vais dire).

Il y a aussi la masse d'un tel univers.

Ce sont des quantités déterminés, finies, fixes, — incapables d'aucun accroissement, ni d'aucune diminution par elles mêmes — irréductibles l'une dans l'autre, concrètes, que rien ne peut

cerveau » — 'i'"^ éd. Paris, 1892 — excellent livre un peu gâté, selon moi, par la métaphysique de son auteur, M. Jules Soury s'exalte sur des expériences tendant à prouver qu'à chaque impression sensorielle, à chaque émotion éprouvée par un animal correspondent des variations de température du cerveau. Il croît saisir là un équivalent de la pensée en travail dynamique l 11 est difliciie actuellement déjuger la valeur de ces expériences, mais tout physiologiste (c'est-à-dire physicien et chimiste) doit être a priori convaincu du fait qu'elles veulent prouver, savoir, que toute action cérébrale, étant dynamique et chimique à la fois, doit s'accompagner de pareilles variations thermiques, extrêmement faibles dans l'espèce. Mais la question est de savoir si ces actions cérébrales sont la pewse'e elle-même, ou simplement des manifestations organo-dynamiques de cette suprême fonction. La pensée (qu'il faut bien aussi étudier psychologiquement) n'a que deux modes généraux, elle est rythmique ou morphique, et le rythme ni la forme ne sont passibles de mesures quantitatives, ils n'ont absolument rien de dynamique ni de matériel, bien que ne pouvant exister sans matière ni sans force. Donc ils ne se révéleront jamais en ce qui les constitue essentiellement, en ce qui les fait la pensée, par des variations de température. Et rien n'est plus chimérique jet vain que la recherche d'une pareille corrélation, étant données ces distinctions nécessaires que je m'efforce sans cesse de faire nettes et précises dans mes formules, comme je les aperçois dans les transactions naturelles des êtres et des choses. Ces conceptions étant encore assez étrangères aux communes manières de penser des philosophes et des savants, je dois y insister quelque peu dans les pages suivantes de la présente étude.

anéantir. Quand je parle du rythme et de la forme, je ne parle que par abstraction.

Il n'y a rien dans la réalité qui se nomme La forme, rien qui se nomme Le rythme.

Il y a telle forme réalisée ou tel rythme réalisé.

Tout ce qui se réalise en mode mesurable dans l'espace est forme, tout ce qui se réalise en mode mesurable dans le temps est rythme. Ces réalisations exigent absolument la présence et pour ainsi dire la coopération de la masse et de l'énergie (I).

Tout le monde scienlifique aujourd'hui prononce ces mots formes de l'énergie et on ne pense guère qu'à l'idée (encore trop confuse) que ce mot énergie (ou celui de force) éveille coutumiérement en nous, mais pour ce qui regarde le mol forme, c'est bien difTérent ; et on le traite sans lui accorder un instant d'attention ni un milligramme d'importance.

La radiation actinique, la lumière et la chaleur sont bien ce qu'on nomme aujourd'hui des formes de l'énergie (2).

Si l'on y prend garde, on en conviendra, ce mot a été choisi par métaphore. Pour mettre dans le langage la précision requise en bonne science, pour que les rapports des mots soient conformes aux rapports d'idées et de choses, il faut dire : Les radiations actinique, lumineuse et calorique sont des rythmes.

Et je ne dis pas des rythmes de Vénergie mais des rythmes de réther, nécessitant, pour une intensité donnée, dans un temps donné, une quantité ou proportion constante d'énergie.

C'est en cela que consiste un équivalent mécanique.

Or, les phénomènes de la vie et de la pensée aont tous, en ce qu'ils ont de spécial, des phénomènes rythmiques et morphiques ; et il n'y a entre les faits de ce genre et l'énergie au-

fl) J'ai en plusieurs ouvrages et en plusieurs endroits de celui-ci, déjà, expliqué ces choses. Chaque fois que je suis obligé de les rappeler et cela est assez fréquent, je n'hésite pas à faire de nouveaux efforts pour exprimer ma pensée par la parole écrite, espérant toujours la rendre mieux concevable, et faire ainsi pénétrer dans les esprits ces rapports d'ordre très général constituant les premières et solides bases d'une métaphysique vraiment scientifique. J'ajouterai que ces bases de la métaphysique sont d'une immense importance en physiologie et comme le complément indispensable de la physique générale.

(2) Je laisse de côté à dessein la gravitation et Yélectricitc et les rayons X récemment découverts par le D»' Rœntgen, pour ne pas évoquer d'autres questions très ardues de physique expérimentale et théorique. Ces questions ne me fourniraient pas d'exemples meilleurs que ceux dont je me sers ici.

cune équivalence possible non seulement à mesurer ou à constater mais encore à concevoir.

Notre organisme représente une certaine masse, capable de varier en certaines limites. Pour que ses fonctions s'exercent normalement il faut que celte masse varie peu en un temps doiiné. Un léger excès ou un pareil défaut sont aisément pathologiques. Il en est de même pour l'énergie. Tout est disposé pour qu'elle demeure à peu près constante, je veux dire ne variant qu'entre des limites déterminées et assez étroites. Il est à peine besoin de rappeler que cette masse et cette énergie empruntées aux milieux se renouvellent sans cesse, et que les lois d'équivalence s'appliquent au corps de l'homme comme aux machines d'invention humaine.

Au point de vue expérimental, il est regrettable peut-être que nous ne puissions pas vérifier cette loi de constance de l'énergie pour la production d'un effet donné dans le système nerveux ; mais avons-nous tant besoin de faire cette vérification difficile, peut-être impossible? Ne devons-nous pas être persuadés que cette loi se retrouve là comme ailleurs? Ce qu'il faut voir surtout, c'est que, dans les faits de la conscience et delà pensée, la question dynamique n'a aucune importance spécifique. Peu importe la quantité d'énergie électrique (très variable) dépensée pour nous transmettre un télégramme. Le télégramme seul importe. De même dans les fonctions cérébrales, la qualité, le nombre, la valeur des phénomènes rythmiques constituant la condition extérieure de la sensation, les rythmes inscrits constituant la pensée latente gardée par les cellules de l'écorce grise, ont seuls une importance spécifique. Et cela n'équivaut à rien de dynamique et ne relève en rien de nos moyens de mesurer les quantités.

Une action réflexe provoquée ou arrêtée à l'occasion d'une sensation est un trouble physiologique dû à l'excès de dynamique nécessaire qui s'est employée comme elle l'a pu, ou comme les appareils, conjugués, de l'organisme, solidaires dans une certaine mesure, indépendants en tant que spécifiquement fonctionnels, le lui ont permis.

Les opinions de MM. W. Preyer, Summer (de Wursbourg), Max Vorworn, Steiner et autres ne font rien à l'aflaire, et ces savants, d'après ce qu'en cite M. Soury, me semblent n'avoir absolument rien découvert sur la question.

J'écrivais ceci en 1866 (1) :

(1) Les décoordinations organiques, études de pathologie générale. Paris 1866.

« Là matière a pour véritable fonction de recevoir et de conserver les formes, de leur donner une permanence relative, une durée. Nous ne pouvons imaginer des formes séparées des conditions matérielles qui les font distinguer, discerner, concevoir, et celles que crée notre puissance de coordination supérieure ne pourraient se manifester sans la matière cérébrale. Au sein de cette matière, en effet, l'action des forces diverses qui s'y distribuent nous permet de saisir la représentation sensorielle des formes qui s'y reproduisent et de celles qui s'y créent. »

Les années suivantes, au lieu de ce mot fnrme^ j'ai employé le mot rythme lorsqu'il s'agit de la sensation actuelle (périphérique ou cérébrale). Quant aux formes gardées par les cellules de l'encéphale, elles sont bien des formes, mais d\ine espèce particulière. C'est les définir suffisamment que de les appeler inscriptions rythmiques ou rythmes inscrits, représentant l'ensemble de tous nos souvenirs latents venus du monde extérieur ou créés par la spontanéité de notre moi ou de notre âme, celle-ci, définie elle-même par cette expression « puissance de coordination supérieure (1). »

M. Jules Soury cite encore à l'appui de son opinion sur l'inconscience des êtres à organisme sommaire, un certain nombre d'expériences faites à l'étranger. Pas une de ces expériences n'est nouvelle. Toutes ont été faites en France des centaines de fois et dès la première moitié de ce siècle, et la plupart ne font que rappeler des faits connus depuis la plus haute antiquité. Aucune ne prouve plus que l'histoire rapportée dans mon livre des fonctions supérieures de la petite vipère à laquelle j'écrasai d'abord, puis je coupai la tête, et qui, sans tête, ne fut plus, pendant les quelques heures qu'elle vécut, une vipère au sens psychologique, mais un animal assez comparable à l'amphioxus. En cet état, elle ne manifestait que de la sensation par des mou-

(1) Quant à la corrélation des « forces physiques » avec les actions névropalliques correspondant à nos divers ordres, fçenres et espèces de sensations,j'en ai exposé la conception complète dans le livre ler de naoa traité des fonctions supérieures du système nerveux, et je crois être le premier qui s'en soit avisé. Je n'en ai point tiré alors, plus que maintenant, — et bien au contraire, — les conséquences que M. Soury prétend en déduire, et qu'il veut faire servir à sa thèse matérialiste ou moniste.

Comme pièce justificative de ma revendication, je transcrirai seulement ici le sommaire du chapitre I^' du Premier Livre : La sensation.

« La sensation considérée cans ses conditions dynamiques est une modalité de la force générale. Transformation du mouvement extérieur ea mouvement organique sensoriel, et de ce dernier en action musculaire, etc.

vements deréaclion encore très vifs, comme tous les êtres à conscience rudimentaire.

Elle n'avait plus en elle (sans nul doute) la représentation d'un monde extérieur où elle pût elle-même se discerner du reste. Si c'est cela qu'on s'acharne à vouloir appeler conscience, et ce qu'il faut appeler conscience réfléchie ou objectivée, il est trop évident qu'elle n'en avait point. Pour moi, je lui suppose des sensations, non plus les sensations perc^ues par la ci-devant personnelle vipère, en ce moment absente, mais par les êtres conscients constituant ce reste d'organisme. Et ces sensations sous l'influence desquelles et sans le concours de sa volonté se faisaient, lorsqu'elle était entière, tant de mouvements « réflexes» elle ne les a jamais éprouvées. Elle n'éprouvait alors, en tant qu'âme souveraine, que des sensations à elle, et non celles de ses éléments inférieurs, lesquels ne formaient nullement une unité collective mais une simple collectivité organique. Contre cette vue de mon esprit, en présence du fait expérimental et de tous les autres faits analogues, y compris ceux que rapporte M. Jules Soury, il n'est pas possible d'élever la moindre objection valable, et elle suffit à expliquer, avec la plus grande clarté, tous les cas d'expériences et tous les faits pathologiques analogues que la clinique nous montre chaque jour.

La crainte de faire trop long le présent travail ne doit pas me faire négliger le moindre des quelques faits généraux d'où M. Jules Soury pense tirer des raisons en faveur de sa doctrine. Ces faits, sont en eux-mêmes incontestés et incontestables. Il n'en est pas de même des formes argumentâtes dans lesquelles ils sont présentés et qui tendent à les défigurer ; les voici (1).

1. « Chez les Protistes aucun organe des sens ne prédomine encore et ne concentre comme en un foyer les autres modes de sensibilité. »

Traduction : les Çlrotistes n'ont point de sens spéciaux. — L'essai de théorie contenu dans cette rédaction ne s'appuie sur aucune probabilité expérimentale — je veux dire : si des êtres de cet ordre semblent se plaire, par exemple, dans la lumière plus que dans l'obscurité, et même dans telle lumière de l'une des zones colorées du spectre, rien ne prouve qu'ils sentent cette lumière comme telle.

IL « Chez les animaux supérieurs ainsi que chez les amibes,

(1) Ramenés à leur signification expérimentale pure par de brèves critiques, par des traductions, et par la mise eu italiques de certains mots dogmatiquement parasites.

on peut, au moyen des \i\i&ec[ions, diviser V agrégat psychique en une partie consciente et une autre inconsciente. »

Traduction : Chez les animaux inférieurs ceux-ci étant divisés en tronçons, ces tronçons sont tous également sensibles et réacteurs ; chez les animaux supérieurs, dont le névraxe est divisé, la même chose a lieu sans nul doute ; mais la conscience réfléchie caractérisant ces êtres ne se manifeste que dans la partie où elle se manifestait avant la séparation du reste, dans la tête ou dans ce qui en tient lieu, et cela n'a pas besoin d'explication.

III. « De la partiesupérieurede l'agrégat psychique (1) on peut, à volonté, éliminer une ou plusieurs formes cV activité supérieures ; vision, audition, olfaction, etc., en extirpant tel ou tel territoire délimité de l'écorce cérébrale. »

IV. « Le mammifère décérébré n'a plus qu'une manière de vie psychique réduite à celle d'un amphioxus. L'idiotie et la démence, chez l'homme, produisent des automates vivants de même sorte. »...

Ceci serait exact el bien dit sans cette expression très malheureuse (Vavtomates vivants que M. Soury prend au sens usuel.

On arrive, enfin, à comprendre le but de celte discussion de la part de notre philosophe moniste, il le montre à la fin de son deuxième paragraphe dans la phrase suivante :

« Ces faits... prouvent... que contrairement aux idées reçues sur la nature de !'« âme, » l'unité des fonctions psychiques n'existe jamais ni à aucun degré, car Vapparition successive au cours de l'évolution des organes et des appareils de centralisation, de coordination (2) et de localisation, de plus en plus différenciés, n'a pu et ne pourra jamais réaliser qu'un semblant d'unité. »

Ces faits ne prouvent rien de pareil et on ne peut les interpré-

(1) La méthode générale du matérialisme et de Jjputes les fausses métaphysiques coDsiste à supposer toujours ce qui est eu question par des alliances de mots qu'on ne justifie pas et de l'imposer en le mêlant à toutes ses formules. C'est l'audace incessante du cercle vicieux.

(2) L'assemblage de ces mots organes de coordination ne correspond à rien de réeL II ne peut y avoir et on ne peut concevoir d'aucune manière ni représenter par aucune figure, ni admettre par acucune anajogie, des organes ou des instruments de coordination,

Bouilland est le premier qui ait employé ces mots « organes de coordination » dans ses premiers travaux. Plus tard il y renonça, et les remplaça par ceux de principes ou pouvoirs de coordination lesquels, toujours qualifiés par lui de « merveilleux » et d' «admirables >. ne représentaient guère mieux dans son esprit, une réalité concevable des choses.

ter ainsi qu'en ne les regardant pas, obsédé par un parti pris métaphysique antérieur à l'observation et cruellement invétéré.

M. Soury, craignant peut-être de n'avoir pas convaincu son lecteur ; ajoute encore, (d'après M. P. Janet) quelques mots rappelant les faits de dédoublement observés chez les hystériques et chez d'autres malades. Il considère ce dédoublement comme absolu et réalisant la division d'un être en deux consciences complètement distinctes.

Je réponds que jamais un observateur, un savant, médecin ou naturaliste n'a présenté un fait prouvant seulement la possibilité du dédoublement d'une âme. L'âme, une, et toujours caractérisée par sa double fonction générale, conscience et volonté (sensation et réaction) dans un cas pathologique ou expérimental peut cesser de se manifester ; mais dans les cas où elle se manifeste, elle se montre toujours une et avec les caractères généraux que je lui ai donnés.

Il en est ainsi dans la veille et dans le rêve, et dans l'hallucination et dans toutes les formes du délire et de la folie. C'est pour cela que ces formes pathologiques sont précieuses à étudier et doivent être observées et analysées avec la plus minutieuse attention. Dans leurs variétés multiples, elles permettent de bien dislit)guer, de ces fonctions générales et inséparables, polaires, sphériques et synergiques de l'âme, les fonctions organiques ou instrumentales du cerveau, celles-ci parfaitement distinctes les unes des autres, comme leurs organes., bien que reliées entre elles par des connexions nécessaires (1).

C'est en cela que la physiologie et même la pathologie, y compris l'anatomie pathologique, sont indispensables pour déterminer le champ propre à la psychologie vraiment scientifique et pour démontrer aux anciens psychologues ou à ceux qui les continuent, qu'ils se sont gravement trompés en leurs essais de détermination de ce qu'ils ont appelé les « facultés de l'âme. » Et cela, je l'ai bien démontré pour ma part dès 1837 (2).

Dans les faits de dédoublement pathologique, — j'ai lu beaucoup de ceux qui ont été publiés, et j'en ai observé moi-même un assez grand nombre — ilne s'en trouve pas un seul qui, étudié

(1) Ces coonexions n'ont pas besoin d'être constituées par des continuités hisloloo;iques ; les contiguïtés simples qui paraissent bien constatées par la nouvelle anatomie, y suffisent amplement.

{2) Thèse inaugurale, sur les fonctions des lobules antérieurs du certeau, etc.

de près, montre le dédoublement réel ou ontologique d'une âme. Tous présentent l'image frappante d'un dédoublement fonctionnel et cé>'ébral, tous peuvent s'expliquer par des troubles physiques des masses encéphaliques : centres, cellules, conducteurs nerveux, et peuvent êtres représentés par des schêmes topographiques et mécaniques. Celui ou celle qui dit moi désigne toujours la même chose ou plutôt la même personne, lors même qu'il ou qu'elle a oublié son nom et s'en est donné un autre, c'est toujours l'âme souveraine, qui est ainsi désignée, toujours identique au milieu des plus grands, des plus tempétueux désordres dynamiques des appareils nerveux constituant le monde cérébral.

Ce dédoublement pathologique, s'explique parraitement au point de vue du mécanisme qui le constitue, par le continuel dédoublement normal appelé par les psychologues la réflexion. Il s'explique, par les faits normaux de délibération, de discussion avec soi-même, un soi-même en quelque sorte, idéalement objectivé, il s'explique encore et aussi bien par la faculté que nous avons tous de nous supposer un autre, et de composer ainsi des romans et des contes où nous nous donnons un rôle à notre gré très diflérent de celui que nous jouons dans la vie réelle. Dans les divers états morbides dont il vient d'être question, le mode seul de ce fonctionnement est changé et non pas sa nature. Ce dédoublement ne dépasse jamais et n'atteint que très rarement la netteté si communément réalisable chez un acteur, représentant tour à tour deux personnages fictifs se donnant alternativement la réplique, engageant entre eux une discussion ou un dialogue quelconque. Toute la différence entre ce fait banal et le fait pathologique réside en ceci, que la volonté du sujet malade et comme on dit vulgairement et très exactement détraqué ne conduit pas la scène; et pareille condition se retrouve dans le rêve le plus ordinaire, cet état accidentel de l'être qui peut être dit à demi pathologique.

Prenons pour exemple l'un des cas ou le dédoublement fonctionnel est le plus évident, celui où la personne troublée de cerveau, mène alternativement comme deux vies de relation distinctes. Il faut noter d'abord, comme l'ont fait les auteurs des observations, que l'une de ces vies est « la vraie » c'est-à-dire qu'elle se rattache amplement aux souvenirs datant de l'époque antérieure aux accidents cérébraux. La seconde vie, ou la vie seconde, alternant avec celle qu'on nomme la vraie, s'y rattache aussi, ce qu'il ne faut pas négliger, mais avec grande prédomi-

nance d'oubli. Elle s'est faite, en des régions cellulaires déterminées, de souvenirs récents où apparaissent spécialement des conceptions délirantes analogues à toutes les autres caractérisant les troubles cérébraux. Pour faire la théorie du fait, il suffit de supposer entre le centre où réside la conscience et un grand nombre des cellules où sont gardés les souvenirs de la vie normale, un obstacle inter^nittant quelconque empêchant pour un temps, toute transmission dynamo-rythmique. Une intermittence de ce genre n'a rien de singulier et la pathologie en montre des exemples de toute sorte. S'il vous faut un signe en quelque manière extérieur de l'identité de la personne, faites-la écrire dans ses deux états, et comparez les écritures. Elles pourront différer en quelque chose, mais vous y retrouverez identiques tous les caractères graphologiques importants et qu'on peut appeler personnels (1).

Je sais bien que le malade le plus souvent s'y trompe lui-même, et qu'il se croit deux ; mais est-ce à lui de juger la question, et devons-nous lui accorder une autorité et une compétence capable d'entraîner la conviction de l'observateur ?

Quand un patient de cette espèce, sentant les effets indéniables de ce dédoublement fonctionnel de son cerveau, parle de luimême comme d'une personne qui lui serait étrangère, et se nomme à la troisième personne disant : Je sens que Pierre va mourir ! Sa conscience une et permanente, bien que troublée, se révèle dans le mol je ou dans un verbe quelconque où ce je est représenté, son illusion consiste à croire que ce Pierre, auquel il rapporte des souvenirs cérébraux dont beaucoup lui échappent n'est pas lui ; et, à ce moment, grâce aux circonstances pathologiques, il dislingue précisément, avec la plus grande netteté, sa personne indissoluble et réelle de ces inscriptions rythmiques cellulaires (souvenirs latents) qui ne sont pas lui, qui ne l'ont jamais été, et qui ne peuvent constituer aucune personnalité en dehors de lui, distinction impossible à faire dans l'étal fonclion-

(1) En certains cas, cela n'est pas possible, la personne seconde ne sachant pas écrire et ne l'apprenant qu'à la manière des enfants, c'est-à-dire en constituant dans une région du cerveau disponible pour cette personne seconde un nouveau centre de mouvements coordonnés graphiques. J'ai observé un cas pareil. On en peut, conclure, avec une grande probabilité, que les centres de coordination de ce genre ne sont nullement prédéterminés dans le germe, mais qu'ils se forment pendant le développement des êtres et à des époques variables de ce développant par Vexercice et ce qu'on nomme V'iabitude.

nel normal de la vie, si ce n'est par nous physiologistes et psychologues et par la mise en rapport de beaucoup de faits et d'idées.

Ces questions déjà classées après des observations scientifiquement, c'est-à-dire rigoureusement faites et relevées, il faut bien le reconnaître., ne sont pas faciles. Il y faut de l'art et de la méditation. 11 faut, surtout en les abordant, savoir se dégager de tout préjugé d'éducation et d'école, avoir renversé en son temple intérieur les idola specus, fnri et theatri. On ne doit pas s'étonner non plus que les vrais rapports des choses ne nous apparaissent pas du premier coup.

Lorsque j'écrivais mon livre des Fonctions supérieures (de 1837 à 1865) où je me suis attaché à cette si intéressante question du dédoublement, mes conclusions sur ce sujet furent bien moins nettes que je ne les formulerais aujourd'hui et que je ne les ai formulées déjà en divers écrits, je n'admettais pas précisément qu'une âme peut se dédoubler. — Cette opinion — que je comprends parfaitement delà part de M. Jules Soury, puisqu'il ne s'agit pas pour lui d'une âme réelle, mais de quelque chose de cérébralement fonctionnel d'où dépend l'apparence d'une <c âme. » — Cette opinion ne pouvait être la mienne, puisque dans le même ouvrage, j'essayais de dégager de toutes les fonctions des centres encéphaliques et des fatuités spéciales do l'être complexe vivant, la puissance de coordination supérieure, laquelle diffère seulement de l'âme selon les théologiens par certaines délimitations plus précises que les leurs. Cependant je me demandais presque si dans le cerveau d'un homme, ne pourraient pas coexister plusieurs âmes d'un ordre assez élevé pour expliquer, par la séparation de l'une d'elles des autres, ces faits de dédoublement dont je n'avais pu encore achever la théorie. Depuis, un examen plus attentif des faits, des recherches poussées plus loin sur les possibles de la mécanique cérébrale, m'ont fait complètement abandonner cette conjecture. J'ai donné plus haut quelques-unes des raisons qui m'ont décidé, autant que les limites du présent travail pouvaient me le permettre.

Cette question se rattache directement à celle des mutilations expérimentales des animaux, où on semble faire des dédoublements ontologiques pareils à ceux dont les cas pathologiques présentent l'apparence. Les deux questions, à vrai dire, n'en font qu'une ; et à Tépoque relativement lointaine dont je parle, je n'avais pas plus résolu définitivement celle-ci que celle-là. Pour achever de traiter cette dernière partie de la question, je

considérerai deux cas généraux seulement et cela suffira pour que l'expression de ma pensée soil entière.

Une section de la moelle épinière est pratiquée au milieu delà région dorsale par exemple, chez un mammifère vivant.

L'animal est-il ainsi divisé en deux animaux ? On peut le dire. Sa conscience a-t-elle été divisée en deux consciences ? Nullement. Sa conscience souveraine est demeurée intacte (je la nomme ainsi pour indiquer, autant que possible, à quelle hauteur prodigieuse je la place au-dessus des consciences élémentaires organiques).

Dans le segment inférieur, une autre conscience sous^eraine (même d'un degré très inférieur) s'est-elle produite ? Evidemment, non. Ce segment inférieur ne manifestera jamais que les réactions des consciences élémentaires de divers ordres, réactions métaphoriquement appelées ac/«'orts réflexes par les physiologistes qui ne se sont pas risqués à les voir ou à les supposer. Jamais ces consciences élémentaires ne s'associent pour former, par composition, par une synthèse ontologique impossible, et dont aucun fait ne montre l'exemple, une conscience nouvelle supérieure à ses composantes et capable de les diriger.

Considérons le fait de l'autruche décapitée, par amusement, aux temps antiques, pendant qu'elle courait dans l'arène, et dont le tronc continuait sa course ; il constitue une véritable expérience biologique, précieuse malgré sa grossièreté. On peut le rapprocher du cas observé sur les champs de bataille du cheval dont un boulet emporte la tête et dont le galop ne s''arrête pas, de celui de ma vipère décapitée, et presque de la poule privée par Bouillaud de ses lobes cérébraux, enfin de mille autres du même genre. i

Tous ces faits prouvent, jusqu'à la dernière évidence que « le principe de la vie » du corps entier, ne réside pas dans la tête, et que l'âme n'est point du tout ce qui anime le corps.

Les causes qui empêchent une longue survie dans ces cas di* vers sont d'ordre secondaire et accidentel ; ce qui le prouve, c'est la possibilité de vie et même de développement de fœtus humains anencéphales et même acéphales, pendant les neuf mois de la vie intra-utérine.

Le second cas général à faire intervenir est celui de toute une division zoologique, celle qui comprend les animaux de formes si diverses où rien ne saurait faire découvrir une âme directrice ou souveraine. Ce ne sont pas là des êtres, mais des apparences d'êtres, et, en réalité, des collectivités associées, des réunions

d'êtres élémenlaires, affectant une figure générale, parfois symétrique, le plus souvent bien déterminée. Les végétaux semblent constitués de la même manière. De là vient la possibilité de couper en plusieurs tronçons ces formes vivantes, sans que l'un de ces tronçons cesse de vivre, et voilà pourquoi chacun des tronçons ne tarde pas (si les conditions de milieu sont favorables) à se compléter et à reproduire la forme spéciale et totale de l'apparence d'être, de la communauté ainsi divisée.

Les naturalistes n'ont guère voulu voir — empêchés par leurs préjugés anti-théologiques, provisoirement nécessaires peut-être ■ — ce caractère zoologique différenciel d'une si grande importance : la présence ou l'absence dans un organisme d'une âme directrice et souveraine.

Il apparaît chez les mollusques et chez les annelés mais avec des particularités différentes chez les différents genres ou espèces. L'importance de cette âme directrice, jhez les annelés par exemple, dépourvus des sens supérieurs et spéciaux, commence à peine à se montrer. Il y a bien là une direction suprême, parfois anatomiquement marquée par un ganglion un peu plus gros que les autres au niveau du premier article ou de l'anneau fermé antérieur ; mais on ne pourrait, littérairement ni scientifiquement, lui donner le nom de souveraineté.

Même pour des animaux assez élevés de ces classes, la fameuse et très incomplète définition de l'homme « une intelligence servie par des organes » ne saurait s'appliquer. L'intelligence (1), là, n'est pas, ou se réduit à des sensations élémentaires peu distinctes, et à des réactions dont les effets s'appliquent à la recherche et à la préhension des aliments ou à des actes de défense contre les dangers ambiants. Loin que les êtres fragmentaires représentés par cliaque anneau ou plus précisément par chaque ganglion du chapelet abdominal soient au service de Vâme résidant dans les ganglions antérieurs, celle-ci, à pour destination, presque unique, de servir et de garder les autres.

Nous étions tout à l'heure en communauté égalitaire ; voici se dessiner faiblement d'abord une première ébauche de hiérarchie. Et encore, peut-on croire à quelque illusion à cet égard, et supposer que la seule situation de l'être prédominant a déterminé cette prédominance, de façon à ce qu'il puisse être séparé des autres, être remplacé par celui qui le suit immédiatement sans grand dommage définitif, pour tous ceux qui lui demeurent anatomiquement reliés.

(1) Surtout au sens complexe donné à ce mot par les psychologues.

Chez les animaux d'an ordre plus élevé, à plus forte raison -chez l'homme, les choses sont bien différentes, sans que les analogies fonctionnelles cessent jamais de s'y aflirmer.

L'âme de la tète y sert toujours à la conservation et à la nutrition des personnes organiques élémentaires et subordonnées <les autres parties, en assurant les conditions de cette nutrition, mais il devient clair aussi qu'elle commande à ces dernières, et que ces dernières et les organes qu'elles composent la servent à leur tour, et sont en quelque manière suburdonnnées à sa destinée supérieure.

La nature réalise en ces êtres une sorte de royauté, de monarchie. Cette monarchie, nous le verrons bientôt, n'est jamais absolue (1).

Chez les insectes ou animaux pourvus sinon d'un cerveau — tout au moins d'un ganglion en faisant fonction partielle, et pourvus aussi de sens spéciaux déjà très parfaits, nous trouvons des formes de synthèses organiques intermédiaires. Ces synthèses «e doivent pas être cherchées dans les individus seulement, mais dans les communautés, où des fonctions diverses se distribuent parmi des groupes d'individus morphiquement difîérents. Exemple : les abeilles. Ces faits montrent clairement que ce n'est pas -dans l'être individuel seul, non plus, qu'il faut chercher l'origine des espèces ; mais ce n'est pas ici le lieu de poursuivre la solution des questious nombreuses et intéressantes se rattachant à celle-ci.

Encore une remarque d'ensemble pour compléter le dessin général des corrélations ci-avant présentées. Si nous considérons un organisme supérieur, celui de l'homme, par exemple, nous trouvons en lui réunies des conditions que nous n'avions trouvées que séparées dans les synthèses inférieures. Un tel organisme, en effet, présente, pour ce qui regarde certains ordres d'éléments, la communauté constituant le seul mode d'association des êtres inférieurs. 11 présente aussi l'association des départements organiques avec fonctions distinctes de chaque groupe, enfin une

(l)La royauté ou monarchie dont je parle est bien différente de ce qu'on notume ainsi en politique et en histoire humaine, surtout si on la considère chez les animaux d'un ordre élevé. Dans ce dernier cas, en effet, l'âma souveraine d'un organisme est infiniment supérieure à toutes les autres qui lui sûut subordonnées ; tandis que le chef politique et militaire d'un peuple peut être et même est — presque fatalement — ontologiquement inférieur à beaucoup des êtres reconnaissant, quel que soit son titre, la suprématie — convenue ou acceptée — de sa fonction.

souveraineté d'ordre très supérieur dont ces premières déterminations de synthèses sont et demeurent indépendantes, et qui n'exerce son empire que sur des groupes spéciaux d'éléments çt d'organes, ceux dits de la vie de relation.

Dans une telle hiérarchie partielle de particularités organiques, la solidarité et la subordination des parties n'est pas égalitaire^ ni confuse, elle varie du tout au tout en ses formes et en ses manifestations suivant les groupes de fonctions et d'organes qu'on étudie.

J'ai volontairement omis, dans l'exposé de ces vues générales, beaucoup de faits intermédiaires, dont l'examen ne saurait être négligé au point de vue d'une étude complète, me limitant à ce qu'il est indispensable d'apercevoir, au point de vue des questions formant le fond de la discussion que je poursuis, et à ce qui suffît pour relier entre eux les faits brièvement rappelés qu'il s'agit de faire parler conformément aux corrélations véritables des choses.

J'en ai dit assez pour montrer comment il faut considérer enphysiologie les organes et les fonctions et combien les faits cités par ]\I. Jules Soury sont loin non seulement de démontrer, mais encore de faire prendre pour probable, à quelque titre que ce soit, la vieille conjecture matérialiste, cette conjecture faisant dépendre la vie et la pensée exclusivement de la mise en mouvement d'un mécanisme, et attribuant la réalisation nécessaire de ce mécanisme dans ses plus simples et dans ses plus complexes cas particuliers, exclusivement à des transactions d'ailleurs incompréhensibles — entant qu'eurythmiques et eumorphiques — de la matière pure (ou masse) et de la force (ou énergie).

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