CHAPITRE PREMIER
L'Inconnaissable et l'homogène. — La Force ne tend qu'à produire incessamment le mouvement de masses à structures plus ou moins complexes, et n'a pas d'autres tendances. — L'hétérogène, en devenant plus hélérogèoe encore, ne manifeste rien qu'on puisse appeler le progrès. — L'iiomogéûéité absolue de la matière ne s'observe nulle part, et, de plus, elle est rigoureusement inconcevable, et ne peut, dès lors, entrer légitimement en aucune hypothèse. — Constater et concevoir. — Nous constatons souvent des corrélations non directement saisissables par notre esprit, dans ce cas nous les admettons par déinomtr(ilion, et nous pouvons travailler sur les signes, expressions ou formules de ces corrélations, ce qui nous permet d'en découvrir de nouvelles iudéfioiment. — Que faut-il entendre par le mot création et ses congénères ou dérivés, — Les deux entités universelles Force et Masse. — L'élher et la théorie moléculaire. — Quelques données de Physique générale, expérimentales ou théoriques nécessaires pour la compréhension rapide des discussions qui vont suivre. — La masse et la force nous apparaissent comme éternelles, mais non pas les eumorphies ni les eurythmies. — Les absolus de l'esprit. Tout ce quon nomme des fonctions ou des rapports dans un ordre déterminé de faits ou d'événements, nous est ou peut nous être complètement connu.
M. Herbert Spencer, comme tous les matérialistes, et bien qu'il se défende un peu de l'élre, veut que tout vienne de l'homogène, une sorte de rien ou, dans l'espèce, équivalent à rien. (!es philosophes ne s'aperçoivent pas que leur doctrine se rapproche singulièrement de celle des théologiens enseignant que Dieu a fait d'un pareil rien tout ce qui actuellement existe.
« Vienne maintenant, dit-il, (Progress, ils law and cause), vienne la confirmation de l'hypothèse des nébuleuses, et il sera démontré que l'univers a débuté comme un organisme par un état homogène... »
Une hypothèse concernant ce qui est invisible, inaccessible ou
passé, ne sera jamais rigoureusement confirmée, mais refaite ou perfectionnée de façon à acquérir le plus haut degré de probabilité possible, comme celle qu'on nomme le t^/^a/ système du monde. Si les auteurs des cosmogonies considérées aujourd'hui comme les plus probables, avaient positivement admis l'homogénéité absolue du chaos élhéré théoriquement primitif, ils les auraient marquées, dès le début, du sceau de la plus évidente absurdité. Et puis, où le philosophe anglais a-t-il vu commencer un organisme par un état homogène? Il y a dans la cellule ovarienne d'une part, et dans le spermatozonaire, d'autre part, un nombre relativement immense de corpuscules différenciés, organisés, vivants et visibles au microscope. Cela n'a rien de commun avec ce qu'on pourrait appeler de l'homogénéité, si ce n'est par très superficielle apparence.
C'est ain^i, qu'au lieu de faire de la bonne induction modo baconico, ce qui aurait quelque valeur, ou d'essayer de se rendre compte des conditions géométriques, numériques et mécaniques des événements, ce qui serait faire de la science, on nous pose des « principes » scolastico more et on nous en déduit des conséquences à perte de vue, en les illustrant de faits scientifiques explicatifs ou démonstratifs à volonté.
« Il sera démontré, continue M. Spencer, que cet univers dans sa totalité et dans chacune de ses parties... »
Qu'est-ce que la toto.lité de l'univers infini? Mais passons 1 Tout le tnonde s'exprime ainsi (1).
« ...et dans chacune de ses parties a marché et marche encore vers un état de plus en plus hétérogène. »
Et cela, selon vous, se fait uniquement en vertu des nécessités éternelles! Il le ïdA\dÀ\. démontrer, ce que vous ne faites nulle part. Simple conjecture injustifiable ; car même le fait étant supposé vrai, la possibilité n'en serait concevable par aucun moyen ; et aucun raisonnement ne peut y conduire, car les éléments du problème ne sont, en aucune façon, posés.
« On s'assurera, continue le philosophe, que depuis le commencement jusqu'à notre temps, une force qui se dépense en se décomposant en plusieurs forces, a toujours produit un degré supérieur de complication. »
Voilà une phrase qui, passant sous les yeux d'un très grand nombre de lecteurs du temps où nous vivons, leur paraîtra
(t) Eq d'autres passages, M. H. Spencer reconnaît (et il y insiste uiêiue) que l'infini n'est pas un tout.
claire et substantielle, et les laissera satisfaits. Ils penseront y trouver une expression assez heureuse d'une ide'e déjà conçue ou entrevue depuis longtemps.
Pour ma part, il n'en saurait être ainsi, par suite de mes recherches et de mes antérieures méditations sur des questions très souvent rappelées à mon esprit parle mot force, j'y cherche en vain un sens précis et scientifiquement acceptable.
Ce mot de force^ ni dans la contexture delà phrase ni dans la pensée de l'auteur, ne saurait être entendu à la manière des géomètres mécaniciens, ni des physiciens, ni des cliimistes. Soit ce qu'on nomme une force dans ces sciences, soit ce qu'on nomme une quantité d'énergie, en se dispersant — ce qu'elle ne fait jamais d'elle-même — ne fait naître un degré quelconque de complication ou de complexité. Il faut donc l'entendre au sens métaphysique de toutes les espèces d'activités observables dans la nature. Or, si on l'applique à des causes ou puissances individuelles, la pensée de l'auteur échappe encore mieux, car ces puissances appelées aussi les êtres (considérés comme principes actifs) qui n'ont rien de commun essentiellement avec la force, ni avec les forces, ne se dispersent pas en composantes ni en dérivées, et ne donnent point lieu à des choses, (événements, faits ou phénomènes) qu'on puisse dire plus compliquées que ces puissances mêmes, car de leur degré de complication intime, nous ne savons rien et ne pouvons rien savoir.
Donc, en relisant la formule que je viens de citer, je n'y trouve plus qu'une tentative d'induction, où les faits sont embrassés en masse, sans avoir été mis en leurs vrais rapports, et, dans tous les cas, cette formule induclive se trouve impossible à vérifier, pour bien des raisons, dont la première et suffisante est son indétermination même.
Je sais bien que la politique, et ce qu'on nomme un peu trop tôt les sciences sociales, ne vivent que de pareilles formules qui semblent tant contenir, et regarder les choses humaines ou naturelles de si haut ; mais, en philosophie, une certaine précision du langage serait nécessaire, qui n'a été guère réalisée jusqu'ici que dans les sciences mathématiques.
Poursuivons :
« L'hétérogénéité qui en est résultée s'accroît et s'accroîtra encore, » « Le progrès nest pas un accident, il nest pas soumis à la volonté de l^ homme : le progrès est une nécessité bienfaisante. »
Je ne demande pas mieux que de le croire, mais il serait à désirer que quelque savant ou quelque philosoi)he vint projeter
sur celte question, encore très obscure, un peu de vraie clarté.
L'idée la plus facile à dégager de telles propositions ambitieuses serait que le progrès se fait de lui-même et en vertu d'une loi. Gela n'est pas démontré du tout, et ne le sera jamais, car dans le sens rigoureux d'une telle formule, c'est parfaitement et très évidemment faux et sera démontré tel par la suite de la discussion. Mon induction sur les faits considérés par M. H. Spencer, est toute différente de la sienne. Toute la loi du progrés consiste, pour moi en ceci : l'œuvre d'une âme élevée, résultat et trace de son développement, ne se perd pas toujours. Elle agit sur un certain nombre d'autres âmes et celles-ci sur d'autres encore. Cela constitue un trésor pouvant être gardé, et capable de s'enrichir avec le temps par l'apport successif du travail de nouvelles âmes ; et tout cela ne se fait pas sans mille conditions sur lesquelles je ne puis insister ici, et rien de tout cela ne se comporte à la manière des forces proprement dites. Rien de tout cela ne se peut représenter par des nombres, ni par aucun des signes généraux de quantités.
Tout élément de progrès, lorsqu'il peut se réaliser, est toujours réalisé par quelqvHun.
Pour appuyer sa proposition, et pour la rattacher à un principe antérieur et plus général, M. Herbert Spsncer déclare que Vétat d'homogénéité est une condition d'équilibre instable. Cet énoncé et les raisons qui l'accompagnent méritent d'être soigneusement examinés.
Et d'abord de quelle liomogénéité s'agit-il? On ne peut penser qu'à une homogénéité très relative, car l'absolue serait l'invariabilité, la stabilité éternelle (1).
Nous examinerons à son tour ce prétendu axiome ou principe.
Considérons sous d'autres faces la doctrine :
« L'insuffisance de la théorie théiste de la création, dit M. Herbert Spencer ("2), devient encore plus manifeste quand on passe des objets matériels à ce qui les contient, quand, au lieu de la ma-
(1) 11 aurait donc fallu poser au commencement : 1° la force, 2° l'homogène relatif, c'est-à-dire un certain état hétérogénique mais régulier delà matière pure ou masse. C'est ainsi que M. Herbert Spencer entend la question, mais il ne le dit pas clairement dès le début.
(2) Les premiers principes. Ed. ,1894. — L'Inconnaissable, chap. Il, Idées dernières de la religion.
lière, on examine l'espace. N'existàl-il rien qu'un vide incommensurable, il faudrait encore l'expliquer. »
Le philosophe n'a pas de peine à prouver qu'une telle recherche est impossible et même absurde, la notion de l'espace (comme celle du temps) ne pouvant pas un seul moment élre écartée de notre conscience par le signe de la négation. Il insiste de même sur l'impossibilité parallèle de concevoir l'existence ou la création par soi de l'univers, et sa création de rien par une Cause extérieure.
11 n'est pas cependant impossible d'arrêter notre pensée sur ce sujet non pas à des conceptions claires, mais à d'évidentes constatations, de conduire notre esprit à la compréhension intellectuelle de certaines possibilités et d'aussi certaines impossibilités.
Nous avons beau nous en défendre, cette pensée, cette intuition si l'on veut, ne pourra jamais être chassée de notre esprit, (\\xll faut absolument que quelque chose existe par soi de toute éternité (I). L'expérience de la vie et de la science nous permet de concevoir un quelque chose subissant des modifications indéfinies. Des modalités de rien, ou des modalités d'autres modalités sont tout à fait insaisissables et inconcevables. Les possibles du nombre, de l'espace et du temps, constituant les nécessités éternelles, n'ont pu être déterminés, combinés, faits, décidés ou créés par personne. Expliquer une chose c'est la ramener à des conditions de ces possibles antérieurement découverts et possédés, constituant la part absolue de notre savoir. Donc, chercher l'origine de ces possibles, essayer d'en expliquer les conditions corrélatives par quelque chose qui leur soit extérieur, supérieur ou étranger, serait une véritable aberration, comme de se demander qui a fait le temps et l'espace (2).
Mais des questions nouvelles apparaissent dès qu'il s'agit de la Matière.
La matière est-elle éternelle, ou a-t-elle pu être créée?
(1) M. H. Spencer, en vue de ses conclusions, essaie de démontrer que nous ne pouvons concevoir « l'univers » existant par soi. Mais ce n'est pas précisément la question. Il s'agit de savoir si nous pouvons concevoir l'unirers sans qu'il existe quelque chose par soi, de toute éternité.
(2j II y aurait pareille aberration à se demander dans ce sens pourquoi 4 est multiple de 12, pourquoi une dioile ne peut couper une circonféreuce en plus de deux points, etc.
li faut ici définir les mots créer, création.
Ce mot ne devrait jamais être employé dans le sens théologique, — éduction du néant — car ce sens à moins d'une explication logique qu'on ne nous donne pas, est un véritable nonsens.
Si on veut lui donner un sens concevable et scientifique, il faut lui faire signifier coordination, production de formes nouvelles ou de rythmes nouveaux, ou de mouvements coordonnés, qui sont à la fois formes et rythmes (1). C'est dans ce sens qu'on l'emploie lorsqu'on l'applique aux œuvres de l'esprit humain; et alors on sait parfaitement ce quon dit. Les poètes ou les cosmologues anciens supposant un dieu ou Dieu, mettant de l'ordre dans le chaos, savent aussi très bien ce qu''ils veulent dire.
A cette question : la matière est-elle éternelle, ou a-t-elle été formée d'autre chose? les anciens ne pouvaient rien répondre, si ce n'est par des fables, dont le fond était suivant l'expression de M. Herbert Spencer incogitable.
Sommes-nous plus avancés? Peut-être, à quelques égards. Dans ce qui était appelé confusément autrefois la matière, même dans la matière la plus « brute », la science de noire siècle permet de distinguer deux entités, et je me suis appliqué plusieurs fois dans mes travaux à préciser cette distinction, deux entités parfaitement inconnaissables en elles-mêmes, mais distinctes bien que non-absolument séparables l'une de l'autre (si ce n'est par abstraction verbale) c'est la Masse et la Ftjrce.
On s'apercevra bientôt, je l'espère, que c'est là un très grand progrès en métaphysique. Peu importe que ce mot de métaphysique désignant assez bien son objet ait été compromis par de très imparfaits métaphysiciens, qui n'étaient ni assez physiciens, ni assez biologistes. Et M. H. Spencer fait-il autre chose que de la métaphysique, notamment dans le livre dont je viens de citer des passages, de la métaphysique à la manière d'Aristote, je veux dire sur des questions qu'Aristote a traitées et bien d'autres philosophes avant lui, sans se servir de ce mot qui, ramené à son véritable sens, n'est certes ! pas plus mauvais qu'un autre ?
Nous voilà donc en possession de deux entités.
Je sais bien, et les scolastiques, dont quelques-uns, par moments, n'ont pas trop mal pensé, nous ont averti qu'il ne faut pas multiplier les entités sans nécessité. « Non sunt enlia mul-
(1) Formes : déterminations, rapports ou fonctions d'étendue ; rythmes : déterminations, rapports ou fonctions de durée.
liplicanda prseter necessitate » (Occam). Mais ici n'y a-t-il pas nécessité foronelle?
Ce n'est pas tout. Nous avons acquis, depuis environ deux siècles, quelques notions sur un fluide remplissant l'espace bien au-delà des éloiles les plus lointaines que nous puissions voir, c'est l'éther, dont l'existence me paraît à peu près aussi bien établie, par ses fonctions déjà étudie'es, que celle de notre air atmosphérique ; et les restrictions de quelques physiciens à cet égard sont d'une prudence quelque peu exagérée.
De plus, la chimie moderne reprenant, surtout depuis Newton, l'idée géniale de Leucippe sur la discontinuité de la matière, a pu édifier la très belle et très féconde théorie atomique, ou des constructions moléculaires subordonnées.
Avant de commencer la moindre hypothèse cosmogonique, nous nous trouvons en présence d'un fiil général de la plus haute importance. Ce fait, apparaît aux matérialistes et aux positivistes à chaque instant, comme à tous les savants et à tous les philosophes. Ils ne le méconnaissent pas, mais ils n'y prêtent qu'une attention distraite. C'est la structure géométriquement régulière de la matière pondérable.
D'un autre côté, si nous considérons la matière impondérable, (l'éther) nous reconnaîtrons, d'une façon moins banale, qu'elle doit être, qu'elle est également, et très spéciQquementsO'uc/uree.
Ici, pour expliquer toute ma pensée, je suis obligé de présenter des inductions et des vues dilTérentielles qui ne se trouvent pas toutes dans les écrits des savants, sur des questions de physique générale. On pourra trouver simplement conjecturales certaines de ces vues et de ces inductions et, à ce titre, les récuser jusqu'à plus ample informé. Cela n'importe guère quant aux conclusions, qui s'appuieront uniquement sur les données scientifiques actuelles les plus incontestables.
L'énoncé en ce lieu de ces données, soit inductives, soit hypothétiques, se justifie par la construction du livre Les premiers principes, dont la charpente, si l'on peut ainsi dire, est constituée par la cosmogonie de Kant ou celle de Laplace paraphrasée et reportée métaphoriquement sur tous les ordres de faits dont s'occupent les sciences.
L'éther est un corps fluidique ayant unemasse comme les autres corps mieux connus. Son élasticité est extrême sans
que rien nous autorise à la croire infinie ou absolue. Cette matière fluide est impondérable, et cela peut d'autant mieux se concevoir qu'en elle se trouvent probablement — nécessairement ^&n\.étre — les conditions générales de la gravitation. L'étlier ne pèse pas, comme la flamme n'est pas combustible, comme Teau (à l'état liquide) n'est pas liquéfiable, etc. On conçoit très bien ce corps comme faisant Isi gravitation et ne la subissant pas.
Si nous considérons l'ensemble des faits connus de la matière pondérable, relativement au rythme, nous trouvons qu'on ne peut lui attribuer avec certitude qu'une seule espèce de vibrations dont les variétés innombrables sont déterminées par les structures et les formes d'ensemble des corps vibrants. Très bien étudiées en acoustique, ces vibrations, dans la mesure où notre sens auditif peut en être affecté, sont dites sonores. En dehors de ces limites, nous pouvons, dans certains cas, les rendre constatables par la vue, et eu beaucoup d'autres, les sentir au moyen du tact de notre derme et de notre sens musculaire.
La matière impondérable vibre en modes variés. L'actinisme, la lumière, la chaleur, l'action gravitaire constituent quatre des rythmes qui lui sont propres. Il est d'usage, en ce moment, parmi les physiciens, d'appeler cela \es fu7'7nts diverses et corrélatives de l'énergie. Cela veut dire que dans tous les phénomènes, ou événements de la nature, une seule force ou énergie est en cause, et qu'on en peut déterminer les proportions en des cas donnés, ramenant ces proportions à de l'énergie mécanique, d'où l'on abstrait mentalement toute vibration, et mesurable au kilogrammètre.
Les vraies /ormes universelles de l'énergie, pour correctement parler, j'entends formes qui ne soient pas celles des ondes rythmiques, sont au nombre de deux : la radiante et la gravitante.
Dans l'interprétation qui n'est pas toujours facile — qui n'est jamais facile ni absolument certaine, — des faits, on a pu croire que les corps pondérables en ignition, par exemple, peuvent en tant que tels (pondérables, en vertu de leur structure primitive) vibrer eux-mêmes en mode calorique, en mode lumineux, etc., mais cette hypothèse ne trouve dans les faits aucune confirma-
tîon sérieuse. De plus, elle n'est en rien nécessaire pour s'expliquer aucun détail de ces faits. L'éther y est toujours présent et suivant certains indices, en état de concentration particulière très variable, suivant la substance en cause et suivant bien d'autres conditions physiques (1). Il devient de plus en plus probable que c'est cet éther, cet éther seul qui vibre suivant les circonstances dynamiques déterminées, et manifeste ainsi un ou plusieurs des rythmes qui lui sont propres.
Je ne parle pas de « l'électricité » que plusieurs physiciens de la plus haute valeur considèrent déjà comme de l'éther en diverses transactions de quantités, de tensions, de répartitions, de mouvements. L'électricité manifeste, en effet, tous les rythmes connus de l'éther y compris toutes les conditions possibles ou observables des milieux gravitaires.
Bien qu'on l'ait quelquefois supposé, en vue d'essais théoriques dont les résultats ont été à peu près nuls, on ne peut considérer Téther comme un fluide homogène (dans le sens absolu de ce mot). Un corps homogène qui serait compressible, dilatable, élastique, en un mot, siège de divers mouvements intérieurs très variés et très complexes est absolument impossible à se représenter. Cette pure conjecture doit être rejetée, ou bien il faudrait rejeter tout ce que nous savons des propriétés générales des corps, les essais d'explication fondés sur cette conjecture d'un éther homogène n'ont jamais réussi — même au point de vue très large de la théoi^e abstraite.
L'éther est donc un corps structuré comme les autres, composé comme les autres de corpuscules discontinus; et cette conception a pour elle de s'accommoder parfaitement à ce que la physique expérimentale nous en a appris.
Cl) Sur certaines données hypothétiques plus ou moins bien accordées avec les faits connus, des calculateurs ingénieux et habiles sont arrivés à conclure que l'éther est peu ou n'est point compressible ; mais sans une compressibilité suffisante, comment concevoir son élasticité, prouvée par ses vibrations ?
D'autres conçoivent l'éther comme solide et d'une densité dépassant de beaucoup celle des plus denses des corps pondérables, etc. Je ne discuterai pas ici ces opinions, ni d'autres, dont l'origine n'est pas exempte de tout reproche, et que le défaut d'analogie avec d'autres faits de la nature plus à la portée de nos sens et de notre entendement, tend à nous présenter comme très improbables.
Je ne rapporte pas ici les faits déjà nombreux prouvant l'existence re'elle de l'éther, on les trouvera dans les ouvrages spéciaux (1).
Considérant que l'éther nous présente des modes vibratoires très différents les uns des autres, en un mot des rj'thmes de genres différents, il faut en conclure que sa structure intime est complexe.
Aux physiciens ne voulant admettre qu'un genre de vibrations dans les radiations qui présentent trois rythmes distincts au moins (2) — question que je dois réserver pour le moment — je montrerais l'aclion gravitaire tout à fait et indéniablement distincte des autres.
Je ne puis, en ce lieu et à cette occasion, poursuivre cette question de physique générale des plus intéressantes.
Il me suffit de faire remarquer que dans l'éther, il faut absolument admettre comme fait pwement expérimental ou immédiatement déduit des expériences, les conditions de rythmes différents donc une