‹ Les nouvellistesChapitre 119 sur 139 · PRÉLUDES · texte numérisé non relu

PRÉLUDES

les embellissent jamais de leurs raisonnements », tandis que « le vulgaireinquiet » les recherche et les commente avec passion.

Avec la Régence, la manie de politiquer gagne jusqu'aux femmes, « sans excepter les cuisinières », observe la princesse Palatine. En 17-25 le nombre des nouvellistes et des « mauvais discours » en arrive à effrayer la police '. Le 8 septembre elle signale le « bruit très répandu dans le public et qu'on s'efforce en toute occasion de bien inculquer » au sujet des subsistances : le roi a donné des ordres secrets pour tenir le pain cher. Dans un rayon de cinquante lieues autour de Paris, les fermiers auraient reçu l'injonction de ne pas envoyer de grains. On dit bien que le Parlement a mis la lieutenance de police entre les mains de M. Hérault, afin que celui-ci fit venir le blé nécessaire à l'approvisionnement de la capitale; mais il n'en sera rien fait, assurent les nouvellistes, car le roi et les ministres ont résolu de prélever au préalable un bénéfice de 35 à 40 millions sur la vente de ce blé; « ce qui contribue puissamment, conclut notre rapport, à mettre les esprits en agitation2 ». C'est déjà la campagne du pacte de famine qui précéda la Révolution.

Aux Tuileries, le 24 août 1725, on réclame la tète des grands financiers, des frères Paris, de Samuel Bernard et de « tous les autres fripons qui font mourir le peuple de faim ». Des motionnaires proposent que, le lendemain 25 août, jour de la fête du roi, en allant offrir au monarque les bouquets

1. Voir un rapport >lc Vanncroux, du 28 aoûl 1725, Bibl.de l'Arsenal, Archives de la Bastille, ms. 10155, f. 50. •-'. Bibl. de l'Arsenal, Archivas de la Bastille, ms. 10155, f. 03-01.

d'usage, on lui demande les têtes en question. En 1791, on présentera des requêtes semblables, mais on ne les accompagnera plus de bouquets. Xosmotionnaires de 1725 ajoutaient que les pauvres gens pouvaient se soulever en toute assurance : jamais les mousquetaires, ni les troupes réglées ne voudraient tirer sur le peuple; il n'y aurait pour le faire que les archers, c'est-à-dire les soldats de police dont il serait facile de venir à bout *. Aurore lointaine du 14 juillet.

C'est contre les frères Paris qu'on se déchaîne le plus aux Tuileries. Les nouvellistes affirment que ces financiers accapareurs font enlever de grandes quantités de blés et les font passer en pays étranger, « tant ils sont accoutumés à piller ». Et une bonne part des profits que produira l'opération reviendra à la marquise de Prie, maîtresse du premier ministre, le duc de Bourbon. C'est elle qui soutient les Paris; aussi paraît-elle la plus coupable. « Tout le monde sait qu'elle tire des sommes immenses de toutes choses, à cause de sa qualité de p.... de M. le duc. C'est une chienne à qui il faudrait de bas en haut ouvrir le ventre. »

Ainsi devisaient les nouvellistes, le 24 août 172o, à l'ombre des grands arbres, sur les deux terrasses des Tuileries; et leurs confrères des cafés se mettaient à l'unisson.

Un bulletin, daté du 26 septembre suivant, résume en ces termes la conversation des « raisonneurs » :

« On tient des discours aussi injurieux qu'impertinents contre le gouvernement et c'est à l'occasion

1. Bibl. de L'Arsenal, Archives de in Bastille, ms. 10155. 1". 52 v.

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de la cherté du pain. » Et la plupart de ces « discoureurs » parlent avec véhémence. Le Parlement de Bretagne a fait des remontrances : on en tire des copies qui circulent dans Paris. L'opposition janséniste s'exalte avec une force nouvelle. « La reine, il est vrai, dit-on dans les cafés et les promenades, fait tout ce qu'elle peut pour soulager le peuple; elle « représente » au roi tous les placcts et les mémoires qu'on lui donne; mais le duc de Bourbon, premier ministre, dit à la reine :

« — Madame, vous ne connaissez pas les Parisiens; parce que, plus ils ont, plus ils veulent avoir et se plaignent toujours. C'est pourquoi ne vous en mêlez point et ne pensez qu'à vous divertir. C'est la volonté du roi '. »

Ces discours, que les nouvellistes répètent partout, commencent à produire leur effet. Dix-sept femmes, ayant rencontré à la barrière Richelieu la brouette d'une boulangère, qui s'en retournait l'après-diner, l'ont arrêtée, « parce que cette boulangère avait un sac rempli, que ces femmes croyaient du pain, et, l'ayant vidé, il s'est trouvé qu'il n'y avait que des navets ». Le lieutenant de police d'Omberval, passant par le marché aux veaux le 25 août, — jour où l'on devait présenter les bouquets, -- « l'ut attaqué par la populace; et, si son postillon n'avait pas été habile, la chose aurait eu des suites funestes ». Ses laquais sont insultés au Palais-Royal -.

Et, dès cette époque, apparaissent les elul>^ . Tavernes et cales avaient ordre de rester fermés 1rs dimanches et jours de fête à l'heure de la messe.

1. Bibl. de l'Arsenal, Archives de lu Bastille, ms. 10155, f. ".'-';.';. •J. Ibid., f.

Le 38 mai 17-20, <• quelques personnes qui ne se nommaient point pour ne pas s'attirer d'ennuis », se croyaient « obligées », « tant pour un motif de religion que pour l'intérêt public », de dénoncer les réunions clandestines qui se tenaient chez Maugis, limonadier, rue Saint-Séverin, précisément pendant les offices divins. C'était, derrière les volets clos, <* depuis neuf heures du matin, une grande assemblée d'avocats, de procureurs, libraires et nouvellistes ». « On y parle hautement, lisons-nous dans la lettre au .Magistrat, de toutes sortes d'affaires d'État, de finances et étrangères, vérifiées et assurées par les libraires qui ont correspondance en Angleterre, Hollande et Genève. »

« La porte de la boutique reste fermée pendant le service divin; mais on entre par la porte de l'allée où rend une fausse porte de la boutique qui rend au premier étage, Maugis ayant la précaution, lui ou un garçon, de faire le guet sur ladite porte pour voir venir les commissaires qui marchent pour la police, lesquels passent sans s'arrêter, voyant la boutique fermée, vu qu'ils ne savent pas ce qui se passe au dedans. »

Les agissements et l'audace des « raisonneurs » prennent de telles proportions que le Parlement doit intervenir. Barbier note, à la date du 18 mars 1745, que les conseillers viennent de rendre un arrêt « qui pourra contenir les nouvellistes dans les endroits publics, qui se plaisent, comme frondeurs et mauvais citoyens, à critiquer tout ce que fait le gouvernement, à répandre de mauvaises nouvelles et à diminuer

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