‹ Les nouvellistesChapitre 130 sur 139 · Marmontel, Mémoires, liv. XV · texte numérisé non relu

Marmontel, Mémoires, liv. XV

Aux piliers qui soutiennent les arcades du palais, des affiches sont collées, où la duchesse de Polignac, le comte d'Artois, les princes de Conti et de Condé, Lenoir, ancien lieutenant de police, sont flétris comme accapareurs de grains et auteurs de la disette. Après avoir étalé son placard, l'afficheur se met en faction auprès du pilier, menaçant d'abattre d'un coup de sabre la main du mauvais citoyen qui oserait y toucher '.

Le ministre de la maison du roi, d'accord avec Besenval et le lieutenant de police, cherchent à prendre des mesures pour calmer l'effervescence du Palais-Royal-; mais en vain.

Recherchons l'origine de l'émotion populaire qui aboutit à la prise de la Bastille.

Le 30 juin 1789, au Palais-Royal, l'affluence est telle que, non seulement le terrain en est exactement occupé par la masse compacte des gens qui s'y pressent, mais que les branches des arbres plient sous des grappes humaines3. Onze gardes-françaises ont été mis à l'Abbaye pour avoir refusé de tourner leurs armes contre le peuple. On se rappelle le rapport du policier de 1721, cité précédemment : «Jamais les troupes réglées ne voudront tirer sur le peuple ». Un nouvelliste arrive au café de Foy. Jl apporte une lettre : scène que nous connaissons. On y donne avis que, la nuit même, les gardes-françaises doivent être

1. Journal do Hardy, à la date du 27 juin 1789, Bibl. nat., ms. franc. 6687.

2. Lettre du ministre en date du 21 juin 17.SV*, Arch. nat., O', 500, f. 358.

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