Journaliste amusant ou le M et comique Paris
distributeurs de réputation, d'autant plus libéraux qu'en ce genre ils ne gardent ordinairement rien pour eux1. >■> A l'époque où le marquis de Luclict écrit ces lignes, sous Louis XVI, la presse littéraire a commencé à prendre quelque importance. En elle nos nouvellistes ont vu la rivale. « Il suffit qu'un journaliste rende compte d'un ouvrage, dit Luchet, pour qu'ils frondent son avis, voulant être seuls juges. » Et ils ont bien l'allure qui convient à des critiques. « On les connaît à leur morgue, ainsi qu'à leur tranchant. »
Parmi eux, ceux qui s'occupent spécialement d'art dramatique forment une phalange peu nombreuse, mais active. On les voit disserter au pied des ormes et des marronniers. Gresset les appelle les « chenilles de théâtre ». et le mot fait fortune. Us annoncent les pièces nouvelles : une comédie du fameux Molière, avec ballet de Beauchamp; le théâtre du Marais donnera Pulchérîe de Corneille l'aîné et l'Hôtel de Bourgogne représentera Cléodat de son frère Thomas; puis on aura Mithridate de M. Racine. Le nouvelliste affirme que celte tragédie est assurée de réussir, « parce que les pièces de cet auteur ont toujours beaucoup d'amis ».
Les « chenilles de théâtre » appréciaient la valeur des pièces et le jeu des acteurs. Dans cette catégorie de nouvellistes, le comédien pensionné, Pierre Le Noir de la Thorillière, dernier survivant de l'illustre troupe de Molière, occupa l'un des premiers rangs jusqu'à sa mort qui survint en 1731.
De la comédie on passe à l'opéra. On aura, pour le
1. [Marquis de Luchet . Paris en miniature, Amsterdam, 1784, p. 81.
carnaval, dit l'un, une nouveauté de Lulli, à laquelle travaille « le tendre M. Quinault ». Par malheur sa profession d'auditeur à la Cour des Comptes nuit à la régularité de sa production.
Les rivalités d'étoiles divisent nos critiques en camps ennemis. Les Pélissiens poursuivent de sarcasmes les Mauriens, car ceux-ci osent proclamer la supériorité de Mlle Le Maure sur Mlle Pélissier. Et il devient en fait difficile de garder sa neutralité entre ces passions contraires '.
L'Opéra n'est d'ailleurs pas du goùl de tout le monde. L'amateur de comédie affirme qu'on s'y ennuie d'entendre toujours chanter. Encore admettrait-il des opéras, pourvu qu'on n'y chantât pas.
A. ces mots bondit un « nouvelliste musical ». Ne pas tressaillir d'émotion à la beauté d'un grand air! El il se met sur-le-champ, en manière d'argumentation, à entonner l'un de ceux qui ont eu le plus de succès dans la saison dernière: ce qui accroît la compagnie des nouvellistes d'une troupe de badauds :
Voyons encor ce chantre entêté de musique Amuser follement tant de sots curieux2.
Cependant un autre admire surtout les machineries construites par les soins du marquis de Sourdéac. Et l'on rappelle les anciennes « inimitables » qu'il créa pour la Toison d'Or.
Mais le musicien, un pur, déclare que les machines sont inutiles.
Lorsque la musique est dans sa perfection, elle
1. La Nouveauté, comédie do Le Grand, scène X. dans le recueil de ses
Paris. 1770 . IV. 246.