‹ Les nouvellistesChapitre 34 sur 139 · Mçrcure gahmt. 1G73. III, 32&-S · texte numérisé non relu

Mçrcure gahmt. 1G73. III, 32&-S

fraîches, il n'était pas moins utile de les bien dire. 11 ne suffit pas d'être un journaliste bien informé; encore faut-il savoir tenir une plume, écrire avecélégance et clarté.

Dans son numéro de mai 1673, le rédacteur du Mercure raconte comment, le départ du roi étant devenu officiel, il se rendit dans les promenades, pour y recueillir l'impression qu'en éprouvaient les Parisiens; mais il tomba sur un groupe de Nouvellistes de Parnasse. Déjà l'un d'entre eux avait commencé à lire une pièce de vers. « 11 me dit sans compliment — car ce sont des choses que les nouvellistes trouvent inutiles — qu'il allait recommencer pour l'amour de moi. Ce qu'il fit sans me donner le temps de répliquer. »

C'étaient des stances intitulées :

Le père rirai de son /Us.

En voici la première :

Pliilis mes beaux jours sont passés, Et mon lils n'estqu'à smi aurore.

Pour vous il est trop jeune encore, Et je ne le suis plus assez.

A peine la lecture fut-elle terminée, que les auditeurs, en jurant cent fois et en frappant du pied et en levant les yeux au ciel, déclarèrent qu'ils n'avaient jamais rien entendu de plus beau '.

Dans ces cercles se répandent les nouvelles académiques. Nous sommes en mai KiT.'i; Godeau, évêque de Vence, vient de mourir. Il était des qua-

1. Mercure galant, 1613, II. l"-~, mai. — Cette pièce est du conseiller Ranchin,

ranle. On loue ses poésies, sa traduction des psaumes. Feu de temps auparavant était mort La Mothe Le Vayer. Celui-ci, disent nos discoureurs, était très savant; il avait beaucoup de belles-lettres, témoin les quinze ou seize volumes qu'il laissait au public. On passe à sa biographie. Le Vayeravaitété précepteur de .Monsieur, frère unique du roi. Il avait eu l'idée originale de se marier à quatre-vingts ans et avait vécu plusieurs années encore après lesdites noces, mais sans avoir d'enfants; ce qui taisait rendre un rare hommage à la vertu de sa femme.

C'est, comme on voit, l'article nécrologique au complet. Puis on dispose des deux fauteuils devenus vacants à l'Académie : ce sont des pronostics. Les beaux-esprits, qui semblent les plus dignes d'être élus. sont passés en revue. Enfin on parle des livres nouveaux.

Au \viiic siècle, les nouvellistes de Parnasse sont demeurés identiques à ceux qu'a dépeints, sous Louis XIV, Donneau de Vizé. ci Ils procèdent à l'anatomie des anciens et des modernes. Racine et Corneille souffrent, de ces bourreaux, un martyre qu'ils n'ont point mérité. Despréaux ne peut échapper à leurs fureurs l. »

Ils apparaissent, jusqu'à la fin de l'ancien régime, comme les faiseurs de gloire, dispensant le succès et minant d'autre part les renommées qui ont osé s'édifier sans leur agrément. « Troupe légère de beaux-esprits qui mettent un homme à la mode, selon leur caprice ou leur intérêt. Il faut les entendre pour savoir tout ce qu'on doit les apprécier. Ce sont des

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