Nouvelles nouvelles, II
■2. Tbid., II. 240.
— Hé bien, quelles nouvelles?
— Comment, dis-je, en contrefaisant le surpris, vous ne savez pas?
— Non, qu'est-il arrivé?
— Il n'est pas possible, lui dis-je, que vous ne sachiez pas une aussi grande nouvelle.
— Point du tout, me répondit-il, en me faisant mille serments et en me priant de la lui dire.
— Mais, la reine vient d'accoucher d'un garçon!
« Après m'avoir demandé trois ou quatre fois si cela était vrai et si j'en étais bien assuré, et que je lui eusse juré que je lui disais la vérité, et que je lui eusse même fait un conte à plaisir de tout ce qui était arrivé aux couches de la reine, il me quitta sans me dire adieu et courut à quantité de nouvellistes, qui étaient en pelotons et qui s'entretenaient d'autres affaires. D'abord qu'ils l'aperçurent venir si vite, ils jugèrent bien qu'il avait quelque chose de bien nouveau à leur dire. Il y en eut un de la Compagnie qui s'écarta un peu pour lui faire place et, cette mobile et parlante couronne s'étant ouverte par ce moyen, il se mit au milieu.
« Le nouvelliste amplifia encore sur ce que j'avais dit. Il donna des détails plus précis encore, car il avait vu partir quatre personnes qui s'en étaient allées porter la nouvelle au roi, absent dans le moment. »
A peine eut-il terminé sa narrai ion et eeux qui l'écoutaient connurent ils qu'il n'avait plus rien à dire, v qu'ils s'évanouirent tous ou, plutôt, s'envolèrent chacun de son côté pour aller publier celte nouvelle, comme s'ils eussent été gagés pour cela. Ils se promenaient par toutes les salles du Palais et chacun disait celle nouvelle à tous eeux qu'il connaissait ».
« Plus de deux mille personnes, conclut Donneau de Vizé, qui étaient dans le Palais, l'apprirent. J'estimais qu'elle serait sue de tout Paris avant que la journée s'écoulât. Je ne me trompai point. Elle fut plus tôt que moi au logis '. »
Sa femme, en effet, qui l'attendait à la fenêtre, lui cria toute joyeuse, du plus loin qu'elle le vit :
— Tu ne sais pas? la reine a un fils!
Et Du Camp d'Orgas écrit :
Cependant, on ce temps, le Palais abreuvé D'un conte que, la nuit, quelqu'un aura rêvé. Vous fait voir à la fois des objets si comiques Qu'ils pourraient réjouir les fous mélancoliques. L'un se retire à part et médite un moment Sur le conte inventé qu'il trouve si charmant : Et, de sa main tremblante il tire ses lunettes, Pour charger d'un tel fait ses stériles tablettes; Et l'autre, de plaisir aussitôt transporté, Se faisant de ce conte une félicité, Parait aussi content, à ses yeux, à sa mine, Que s'il restait lui seul rentier à la tontine.
Il faut reconnaître toutefois que les nouvelles du Palais étaient généralement soumises à une critique attentive et avertie, avant qu'elles ne prissent leur essor, et que l'on n'ajoutait créance aux bruits qui s'y répandaient, que s'ils avaient reçu leur exeal de nouvellistes autorisés. Le plus écouté de tous était un ancien magistrat, de qui le nom n'est malheureusement pas venu jusqu'à nous. « 11 a autant de mérite que de naissance, dit, en K1G3, Donneau de Yi/.é, et reçoit, tous les ordinaires, des lettres de Rome et d'autres pays étrangers. On peut dire que celui-là est passé « docteur en nouvelles >• el .qu'il y a bien des