Alissan de Cha; - Pai 1837); III, 230: . Salabery, loc
Parlant do l'époque où se déroulait la guerre pour 1 indépendance des Étals-Unis, Leclerc de Sept-Chènes s'exprime ainsi :
« Rappelons-nous ces temps à jamais mémorables, où des flottes puissantes couvraient toutes les mers du globe, où on se battait avec une égale fureur en Europe, sur les rives du Sénégal, dans la presqu'île de l'Inde, si souvent teinte de notre sang, et dans les vastes contrées de l'Amérique. C'est alors que M. Métra déploya toute l'énergie de son caractère. Combien de fois lavons-nous vu ranimer le courage abattu, faire revivre l'espérance presque éteinte, dresser des marches savantes, envoyer des escadres au secours d'un peuple qui combattait pour sa liberté : et cependant, au milieu de tant de mouvements, de tant d'agitation, de la lutte des empires qui pesaient les uns sur les autres, conserver toujours le même calme et la même sérénité? »
En son badinage Sept-Chênes donne à Métra un rôle héroïque que cet excellent homme ne rêva jamais. Son mérite était fait, tout au contraire, de modération et de réserve. On devait estimer la juste mesure de ses appréciations. Il plaisait par sa bonhomie et sa rondeur. Xous serions presque tentés de dire qu'il a été le père Sarcey de son temps, l'oncle Métra. La marquise de Villeneuve -Arifat parle de F « honnête politique de M. Métra ». Voilà exactement, semble-t-il, l'expression qui convienne. Interprète de la bourgeoisie pondérée et clairvoyante , interprète fidèle au point que Louis XVI, à chaque événement important dont la nouvelle lui était parvenue, ne manquait pas de s'informer auprès de ses courtisans :
« — Qu'en dit le bonhomme Métra? »
On voit bien ainsi, une fois de plus, quel fut le rôle des nouvellistes. De nos jours un membre du gouvernement s'informerait de même, en pareille circonstance, de ce qu'aura pu dire tel ou tel grand journal.
Quand Métra mourut, le 21 janvier J786, épitaphes et bons mots de courir tout Paris. Ses trois nez, en étages surperposés, firent parler de la descente d'Enée aux enfers, et de Bachaumont publia les vers suivants :
Métra n'est plus! revers tragique, Dont se doit affliger tout digne politique ! Pour lui. j'en suis certain, qu'au suprême moment.
A son caractère fidèle, Il eût trouvé moins dur d'entrer au monument S'il avait pu lui-même en donner la nouvelle.
Le nom de Métra a survécu parce qu'il a été donné à une publication de lettres périodiques, imprimée à Neuwied-sur-le-Rhin, capitale de la petite principauté de ce nom, dépendant aujourd'hui de la Prusse. C'est un recueil de nouvelles politiques et littéraires, d'échos de la Ville et de la Cour, présentés en toute simplicité et sans commentaires, mais d'un caractère très hardi, qui parut à dater du là juin 1771 mort de Louis XV), et fut continué jusqu'au 7 mars 1793 '. Nous voulons parler de la fameuse Correspondance secrète, imprimée à la Société typographique de Neuwied, en petites feuilles in-8.
L'abonnement en était de 11 florins d'empire pour
1. Une réimpression faite à Londres 1787-1790 s'arrête au 7 octobre L785.
cinquante-deux numéros et, de trente-six livres hors le domaine des postes impériales. M. Maurice Tourneux conteste avec juste raison que Métra ait été le rédacteur de cette correspondance. Tout au plus en aurait-il été l'entrepreneur.
Notons en passant que le recueil de nouvelles publié par Lescure en 1866, sous le titre Correspondance secrète inédite sur Louis XVI , Marie-Antoinette, la Cour et la Ville de 1777 à 179-2, formé de lettres adressées vraisemblablement à quelque grand personnage de la cour de Pologne ou de celle de Russie, et un autre recueil publié par M. Léouzon-Leduc, sous le titre Lettres du baron de Kagenec, brigadier des gardes du corps, au baron Alstrômer [1779-1784 , ont avec l'œuvre de Neuwied les rapports les plus étroits. Des pages entières en sont une reproduction littérale.
On pourrait donc admettre que, de l'entourage de Métra débitant et commentant ses nouvelles sur la terrasse des Feuillants, seraient émanées un certain nombre de correspondances dont les auteurs se seraient fait rémunérer par les destinataires. Métra en serait ainsi arrivé à tenir uixbureau de nouvelles, bureau en plein air, présentant une certaine analogie avec celui que Renaudot avait constitué plus d'un siècle auparavant rue de la Calandre, à l'enseigne du Coq d'Or.
Ou bien des écrivains se seraient-ils simplement approprié les nouvelles que Métra fournissait quotidiennement aux Tuileries, pour en nourrir leurs gazeltrs. sans que celui-ci y eût été le moins du monde intéressé?
Donnons, pour ce qu'elle vaut, l'opinion de Nou-
garet , formulée dans ses Anecdotes secrètes du XVIII0 siècle ', d'après laquelle l'auteur de la Correspondance imprimée à Neuwied aurait été un médecin du nom de Métra, résidant tantôt à Paris, tantôt à Versailles, d'où les lettres de la Correspondance sont alternativement datées -. Nougaret confond-il le médecin avec le nouvelliste des Tuileries? le premier aurait-il été un parent du second et celui-ci l'aurait-il pris pour associé en le chargeant de tenir la plume?
Ou bien les contemporains ont-il simplement donné le nom de Métra à cette publication de nouvelles parce qu'ils le considéraient comme le nouvelliste par excellence?
Celte dernière hypothèse, la plus vraisemblable, serait celle que nous adopterions. On ne rencontre nulle part, en cette correspondance, le nom de Métra, ni au cours du texte, ni dans l'une ou l'autre des préfaces mises en tète des deux différentes éditions qui en ont été publiées. On dira aussi que de nombreux témoignages font de Métra un esprit modéré, favorable plutôt qu'hostile au gouvernement de Louis XVI, appréciant les faits avec bonhomie et bienveillance; tandis que la Correspondance est âpre, mordante, très hostile au pouvoir royal.
Pour nous résumer, nous croyons donc à l'existence d'un bureau de nouvelles à la main, s'inspirant pour "une bonne part de ce que disaient les nouvellistes dans les promenades. Ce bureau alimenta tout à la fois la Correspondance imprimée à Neuwied, cette
1. 1'. .1. B. V Nougaret . inecdotes secrètes du XVIII' siècle
n d'après la correspondance secrète politique et littéraire pour [unisuite aua )/■ n — 'i s de Bachaumont, Paris, l><iv. 2 vol. in-8.