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QUAI DES GRANDS-AUGUST1NS

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A Monsieur Alfred LALLIÉ,

ïéminent historien de la révolution nantaise, y offre ce livre qui lui doit tant.

A l'heure où la charrette de l'exécuteur portait, le Ifi octohre 1703, la reine Marie-Antoinette vers l'échafaud, les Vendéens s'apprêtaient à livrer pour sa cause un combat décisif.

La veille, ils avaient évacué Cholet, aussitôt occupé par les troupes répuhlicaines. L'incapable et prétentieux Léchelle qui commandait les bleus — et qui, d'ailleurs, ne se montrait qu'après les batailles, laissant à Kléber la direction de la campagne, — avait installé son quartier général place du Bretonnais, dans une maison appartenant à un négociant, M. Mesnard-Dupin, et c'est là que, le 16 vers midi, il réunit en conseil ses officiers, auxquels se joignirent plusieurs représentants du peuple, membres de la Convention nationale, en mission dans les provinces de l'Ouest et venus là pour assister à l'extermination, tant de fois annoncée, de Farmée des rebelles.

Elle paraissait définitivement perdue, quoique partout victorieuse depuis six mois : une habile manœuvre des bleus venait de l'acculer à la Loire qu'elle ne pouvait, croyait-on, franchir, n'ayant ni pontons ni canonnières; alourdie, d'ailleurs, par trente ou qua-

rante mille fuyards, femmes de tous rangs, enfants ou vieillards éperdus, traînant avec eux charrettes, bestiaux, mobiliers et provisions. La plupart des généraux républicains ne jugeaient pas possible un retour offensif des « Brigands » ; mais Kléber, connaissant par expérience la valeur de ses adversaires, passa l'aprèsmidi à fortifier ses positions; il appuya sa droite au château du Bois-Grolleau, sa gauche à la Treille1, et plaça son avant-garde à la lande de la Papinière. Le mouvement ne fut terminé que tard dans la nuit. La femme chez qui logeait Kléber paraissait initiée aux projets des chefs royalistes : le 17, au matin, elle l'avertit que « avant deux fois vingt-quatre heures », ceux-ci attaqueraient Gholet. Le général informa de cet avis ses collègues et proposa de marcher immédiatement à « l'ennemi », pour l'empêcher de passer la Loire ou de se diriger vers Nantes; Marceau et d'autres approuvaient cette stratégie ; mais Léchelle et les conventionnels présents, — sauf Merlin de ïhionville, — s'y opposèrent. La prudente tactique qu'ils préconisaient était toujours la même : « s'avancer en masse et majestueusement ». A quoi, dédaigneusement, Kléber répliqua :

— Cette manœuvre a cela d'avantageux que, pour la concevoir, il ne faut pas se mettre l'esprit à la torture.

Et il quitta le conseil.

Deux heures plus tard, l'événement lui donnait raison. A l'aube, l'armée vendéenne, bien équipée et

' Kléber en Vendée, 1793-1794. Documents publiés pour la Société de l'histoire contemporaine par H. Baguenicr-Désormcaux, p. 209.

résolue, s'est mise en route et descend de Beaupréau sur Cholet : vers midi, elle se heurte aux avant-postes des bleus. La fusillade, sur toute la ligne, éclate, terrible, assourdissante « semblable au bruit de dix mille tambours roulant à la fois »f. Le combat s'engage, acharné. A l'effort des royalistes sur le centre, Kléber et Marceau tiennent tête, malgré la défection de la division du général Muller qui, voyantl'affreuse mêlée, fait volte-face et se replie en désordre sur Cholet. L'élan des paysans est si impétueux que, se faisant jour à travers les bataillons mayençais, ils pénètrent jusqu'au faubourg de la ville, s'emparent de l'artillerie républicaine, la tournent contre les bleus et déjà ceux-ci se dispersent, au cri de Sauce qui peut, quand le général Haxo, surgissant avec sa division du ravin de la Maillochère, attaque en flanc les Vendéens et leur reprend les canons conquis. Leur ligne est rompue; elle se reforme ; elle est rompue encore; ils reviennent à la charge et ce massacre fratricide se prolonge jusqu'à la nuit : dans l'ombre, républicains et royalistes se fusillent à bout portant; au loin, à toutes les églises, du côté de Beaupréau et de Chemillé, le tocsin, haletant, tinte ; les landes de genêts sont en feu ; une fumée acre s'en élève, enveloppant les combattants; les paysans, dont les masses compactes sont entamées par les cavaliers de Beaupuy, se désunissent, reculent, s'égaillent: A la Loire! A la Loire! clamentils. Ils savent que le passage du fleuve assurera leur retraite et leur vaudra de nouvelles victoires et, mal-

* Mémoires de Boutillier de Saint-André', cités par l'abbé Deniaud, Histoire de la guerre de Vendée, III. p. 40.

gré les objurgations du jeune Henri de La Roehejaquelein qui, avec quatre cents hommes résolus, fait front à toute l'armée républicaine, ils se débandent et disparaissent dans la nuit.

Tous, républicains et royalistes, furent héroïques en cette mémorable journée où luttèrent quarantecinq mille Français, en nombre à peu près égal dans chacun des deux camps1. L'état-major de Kléber perdit quatorze officiers 2 ; le général Beaupuy eut deux chevaux tués sous lui; le chef de brigade Targe, le corps troué d'une balle, continua à se battre; Yernange, autre officier de Kléber, atteint d'un coup mortel, se fit porter auprès de son général et expira en criant : Vive la République ! Saint-Sauveur, Dubreton, malgré leurs blessures, demeurèrent avec leurs hommes jusqu'à la lin de Faction; Patris, chef de bataillon des chasseurs de Kastel fut tué; le vieil Ageron, commandant un bataillon de grenadiers et qui comptait quarante ans de service, mourut percé de la baïonnette d'un paysan, Jacques Vandangeon, dit le Sabreur*. Et l'on vit même, au fort de la mêlée, le

1 Sur les forces respectives des deux partis, voir une note de Deniaud, Histoire de la guerre de Vendée, t. II, p. 27. Parmi les récits les plus intéressants de la journée du 17 octobre, il faut citer celui de Kléber. — Kléber en Vendée par Baguenier-Désormeaux, p. 214 à 226; la narration de Poirier de Beauvais, commandant l'artillerie royaliste est aussi à consulter. — Mémoires inédits de Bertrand Poirier de Beauvais, publiés par la comtesse de la Bouëre, p. 146 et suiv. Voit* aussi la Bataille de Cholet par Chassin, La Vendée patriote, III, p. 206 et suiv.

2 Dans la journée de Cholet et dans le combat de l'avant-veille à la Tremblaye : « Tous mes amis et compagnons d'armes de Mayence », écrit-il. Kléber en Vendée, 225, note.

3 Kléber en Vendée et Cretineau-Joly, édition du R.-P. Drochon, t. I, p. 302.

conventionnel Merlin de Tliionville mettre pied à terre et pointer les canons. Son secrétaire, Juif, fut tué à ses côtés1. Bonchamps. mortellement blessé d'une halle au ventre, fut emporté par ses soldats; d'filbée eut la poitrine ouverte par un éclat de mitraille... « Les rebelles combattaient comme des tigres, écrivait Kléber. et nos soldats comme des lions. »

Sans parler de Léchelle, le général en chef des républicains, qui, de la journée, ne parut pas, il n'y eut qu'un lâche : c'était un représentant du peuple empanaché et ceinturonné; on le vit, pendant la bataille, sortir de Cholet à cheval et s'avancer sur la route de Beaupréau, au moment où les bleus reculaient. Le représentant, pris de panique, descend prestement de sa monture que, hors d'haleine, il ramène par le licol jusque dans la ville; il traverse Cholet avec précipitation, bousculant les soldats qui encombrent le passage. Il se jette dans un cul-de-sac, abandonne son cheval, sa ceinture tricolore, son panache, se laisse couler du haut des vieilles fortifications et ne se croit en sûreté qu'après avoir passé le pont de la Moine. On rapporte que Kléber, voyant sa couardise, dit à ses grenadiers :

— Laissez passer le citoyen représentant, il tuera après la victoire2.

1 Kléber en Vendée, p. 225.

'- Plusieurs témoins déposèrent de la lâcheté de Carrier : l'un d'eux, Bonder, commissaire des guerres à l'armée de l'Ouest, déclare : — « La vérité est que, au lieu d'être sur le champ de bataille, il se sauva sur le derrière de l'armée avec tant de précipitation, qu'il ne se donna pas le temps de brider son cheval et qu'il

Ce poltron était Jean-Baptiste Carrier, obscur député envoyé par le département du Cantal à la Convention nationale. Son histoire était celle de tant d'autres : né de cultivateurs aisés, et destiné par eux à la prêtrise, il avait, à seize ans, déclaré que la vocation lui manquait et s'était placé, à Aurillac, chez un procureur. Bientôt il est agent d'affaires, vient à Paris étudier la chicane, rentre dans sa province en 1785, épouse la fille d'un marchand de la ville. Taciturne, distrait, l'air brutal et parfois hébété, il ne séduit guère ; sa violence, sa mise négligée, son intempérance, son âpreté éloignent de lui ses confrères : car il est devenu procureur ; une assez louche affaire, dont pourtant il se tire indemne, lui permet de payer une petite charge : au début de la Révolution, il se montre assidu au club populaire, qu'on appelle la Société des hommes de la nature : il s'y révèle orale conduisit avec le seul licou. Carrier arriva vers moi, tout hors d'haleine, il me pria de lui donner une bride... » Carrier nie les faits et désigne le témoin comme un aristocrate. Un autre déclare également que « Carrier s'est porté en queue de l'armée avec son cheval sans licou et qu'il fuyait de toutes ses forces ». Bûchez et Roux, XXXIV, p. 170 et 172. Chassin écrit que « Carrier enveloppé dans cette déroute partielle, y perdit son cheval et ne reparut pas sur le champ de bataille ». La Vendée patriote, III, 210. Le mot de Kléber est rapporté par Cretineau-Joly et par l'abbé Deniaud. Un seul témoin parle « de la bravoure » de Carrier à Cholet et assure que le représentant eut un cheval tué sous lui. Bulletin, VII, 41. Mais Choudieu, collègue de Carrier et témoin oculaire est très précis : — « Il s'enfonça, écrit-il, dans une rue qu'il ne connaissait pas et qui le conduisit à un cul-de-sac... il se laissa alors couler tout le long d'un mur, qui faisait partie des vieilles fortifications de la ville, abandonnant son cheval, sa ceinture et son panache. Le lendemain, on nous ramena à Beaupréau son cheval et ses décorations. Nous le crûmes mort, lorsque nous le vîmes reparaître dans la matinée du 19. Ce fut la première fois que nous le vîmes à l'armée [Mémoires et notes de Choudien).

teur facile, quoique son élocution soit singulièrement précipitée; il devient président d'un comité de surveillance, se porte candidat lors des élections de 1792, est nommé au dernier tour de scrutin et, laissant sa femme à Aurillac, il vient siéger à la Convention. Il s'y tient ordinairement parmi les silencieux, vote la mort du roi, propose l'établissement du tribunal révolutionnaire, la mise en arrestation du duc d'Orléans-Egalité, se classe, au 31 mai, parmi les Montagnards et cette attitude lui vaut d'être envoyé, avec son collègue Pocholle, en mission dans la Normandie; il passe de là en Bretagne, séjourne à Rennes et reçoit du Comité de Salut public l'ordre de se diriger sur Nantes. Il y arrive le 7 octobre, en part le 9 pour rejoindre l'armée, et c'est ainsi qu'il se trouve, le 17, à Cholet. On vient de lire comment il s'y comporta. Le soir, quand la fusillade eut pris fin, il osa s'avancer sur le champ de bataille et poussa jusqu'au château du Bois-Grolleau où s'était livré, dans l'après-midi, un sanglant combat. Il y dîna avec Léchelle et tous deux se contèrent leurs prouesses : Carrier assura qu'il avait perdu son cheval au plus fort de l'action, dans la lande de la Papinière ' et Léchelle qui s'était caché, lui aussi, dut, suivant sa coutume, critiquer la marche de l'armée qui ne s'était pas avancée « en masse et majestueusement ». Ensemble les deux compères gagnèrent, le lendemain, Beaupréau, où s'était transporté le quartier général2. Les Vendéens avaient

Histoire de la guerre de Vendée, par M. l'abbé Dpniaml, III. Kléber en Vendée, p. 2S

passé la Loire, laissant sur la rive gauche i.OOO prisonniers bleus, auxquels Bonchamps mourant accorda grâce de la vie. Le 19, l'armée républicaine bivouaquait à La Chapelle-Heulin et, le 20, elle rentrait à Nantes, accompagnant Carrier qui, triomphant, s'établit à demeure dans l'hôtel de La Villetreux, à la Petite Hollande, réquisitionné pour servir de résidence aux conventionnels.

L'objet de la mission de Carrier est, à la fois, vamie et précis : il doit « purger le corps politique de toutes les mauvaises humeurs qui y circulent » *. Telles sont les instructions qu'il a reçues du Comité du Salut public, lequel, du reste, ne laisse passer aucune occasion de rappeler aux commissaires de la Convention qu'ils sont «revêtus de pouvoirs illimités »2. On sait quels étaient le but et la raison de ces missions. Dans le principe, les conventionnels, envoyés dans les départements, devaient agir « deux à deux », l'un contrôlant l'autre3; renouvelés par moitié tous les mois4, ils ne pouvaient déléguer aucune des fonctions dont ils étaient investis5; ils étaient tenus de rendre

1 Recueil des actes du Comité de Salut public, par Aulanl, t. VIII, p. 289. Cité par A. Lallié, J.-B. Carrier, p. 40.

2 Les représentants du peuple en mission, par II. Wallon, t. I, p. 24 et suiv.

3 Un décret du 29 avril 1793 les autorisait, il est vrai, à agir seuls, mais seulement après que, par une décision prise à deux, ils s'étaient partagé le ressort de leurs opérations.

4 Ceci concernait les représentants en mission aux armées, ce qui était le cas de Carrier.

« Décret du 15 juillet 1793.

compte chaque semaine à la Convention et d'adresser chaque jour au Comité de Salut public un journal de leurs opérations. Précautions qui, par malheur, comme on le verra, ne furent pas observées. Ainsi Carrier arrive à Nantes le 20 octobre 1793 ; il y rencontre son collègue Francastel et tous deux prennent en commun quelques arrêtés ; mais bientôt Francastel retourne à Angers et Carrier reste, dans la Loire-Inférieure, le seul maître de la situation. Quant au compte rendu de ses opérations, il suffit de feuilleter le recueil de sa correspondance avec le Comité de Salut public, pour assurer que le journal actes, encore que très intermittent, était d'un laconisme qui frisait la mystification : des invectives, de gros mots, de grandes phrases '. Il paraît inadmissible que, dès le début de cette ridicule correspondance, le gouvernement ne se soit pas ému de l'attitude prise par le furieux auquel il avait délégué ses pouvoirs et ne l'ait pas aussitôt rappelé.

La mission, il faut le dire, était particulièrement ardue et délicate : elle exigeait manifestement un autre homme que ce brutal que rien n'y avait préparé. Il serait oiseux de disserter ici des moyens pratiques de pacifier la Vendée : retenons cependant un mot du conventionnel Lequinio, peu suspect de

• ' La première de ses lettres datées de Nantes, se termine ainsi : — a Je tâcherai de rester ici quelques jours : je vais faire en sorte aujourd'hui de faire fusiller les grands coupables, ceux qu'on a trouvés nantis des instruments de la rébellion. Tout ira, mais f .... il faut des exemples terribles et la poursuite des brigands que nos troupes et nos généraux désirent aussi ardemment que nous ». Archives historiques de la guerre. Document cité par Wallon, Les représentants en mission, I. 171.

sympathie pour ce « pays grossier » qui, dit-il, est « plus facile à gagner cependant qu'à combattre ». Carrier n'examina môme pas cet aspect de la question et, dès l'abord, il préconisa la destruction et le massacre, encouragé en cela par la Convention qui proclamait : « Il faut que tous les brigands de la Vendée soient exterminés avant la fin d'octobre » '. A Nantes même, dès sa descente de la chaise de poste, avant d'avoir recueilli un renseignement sur l'esprit des habitants et sur leurs ressources, il déclare que, « si tous les marchands et négociants ne lui sont pas dénoncés sous peu de jours, il les fera tous incarcérer et ensuite décimer pour être guillotinés » 2. Or Nantes était l'une des villes de France « où la bourgeoisie avait accueilli la Révolution avec le plus d'enthousiasme » :i. La population était, en grande partie, d'opinion républicaine, mais, à la vérité, modérée ; jamais elle ne pactisa avec « les brigands » de la Vendée, dont, trois mois avant l'apparition de Carrier, elle avait valeureusement repoussé l'attaque. Un si éminent service rendu à la cause de la Convention eût justifié quelque rémission. Mais Carrier apportait son idée préconçue : il venait pour beaucoup tuer.

11 s'occupa, sans désemparer, à recruter des comparses.

1 La vie et les crimes de Carrier, député du Cantal, par Gracchus Babeuf, p. 112.

2 Idem, p. 107.

3 A. Lallié. J.B. Carrier, p. &7.

À côté des trois administrations locales : municipalité, district, département, composées d'hommes pusillanimes et prêts aux pires concessions, Nantes possédait depuis peu un Comité révolutionnaire, créé le 11 octobre, par les représentants Gillet et Ruelle, alors que Carrier se trouvait à l'armée. Ce Comité comptait treize membres dont aucun, — le cloutier Proust excepté x, — ne se recommandait par des aptitudes spéciales ou par un passé méritoire. Parmi ceux dont les noms 2 reviendront plus d'une fois dans ce récit, il faut citer le boisselier Louis Naux, l'horloger Bollogniel, l'entrepreneur Perrochaud, libertin

1 Proust employait à sa clouterie quatre-vingts ouvriers. Il fut « le bon ange » du Comité. Les collègues le traitaient de pleureur et d'apitoyeur. Il avait adopté un petit vendéen fait orphelin par la noyade ou la fusillade et aussi les cinq enfants d'un de ses confrères, bien qu'il eût, lui-même, cinq enfants. Proust était un brave homme : chargé de distribuer les certificats de civisme, il en donnait autant qu'on lui en demandait. Xote manuscrite de M. A. Lallié.

* Voici les noms des treize membres du Comité. Celui de Grandmaison ne figurait pas dans l'arrêté du 1 1 octobre (A. Lallié, le Comité révolutionnaire de Santés, p. 17) qui n'indiquait, par conséquent que douze membres. Nous ajoutons à la liste trois noms qui y furent inscrits postérieurement en raison des places vacantes et aussi ceux des secrétaires et commissaires :

Bacuelieh Jean-Marguerite). 42 ans, né à Nantes, avoué, rue Contrescarpe, en face le Bon Pasteur, au 1" étage, président du Comité jusqu'au 15 décembre 1793.

Goullin (Jean-Jacques), 36 ans, né àr Saint-Domingue, sans profession, rue Félix, sur le Cours, au deuxième étage. Succède à Bachelier dans la présidence du Comité.

Chaux (Pierre), né à Nantes, 34 ans, marchand failli, place Grac chus, ci-devant Saint-Pierre.

Perrochaud Jeuir, 47 ans. né à Nantes, enlrépreneur de bâtiments, rue du Bignon-Lestard (actuellement rue Scribe) .

Moreac de Graxdmaisox (Michel', 38 ans, né à Nantes, maître d'armes, vis-à-vis la Bourse, maison Sagory, premier étage, sur le derrière.

Naux Louis-Nicolas), 34 ans, né à Nantes. Boisselier et fayenrter.

et voleur i, l'épinglier Mainguet qui, sachant a peine lire, posait sa signature au bas des arrêtés sans prendre connaissance de leur texte, et surtout le maître d'armes Moreau de Grandmaison, un gentilhomme qui n'avait pas cru déroger en fondant un cours d'escrime vis-à-vis la Bourse. Grandmaison avait été condamné pour assassinat, puis gracié ; il avait trente-neuf ans : il buvait. Bête féroce quand il était ivre, il se montrait à jeun doux comme un enfant2.

Mais les trois « têtes » du nouveau Comité étaient Bachelier, Chaux et Goullin.

Le premier, ancien procureur du fief de l'évêché,

quai des Gardes françaises. Quitte le Comité le 25 janvier 1794, démissionne le 8 mars.

Bollogniel (Antoine-Nicolas), 42 ans, horloger, Hautc-Grande- Rue, 38.

Richelot, entrepreneur. Quitte le Comité le 18 décembre 1793.

Levèque (Jean), 57 ans, né à Mayenne, maçon, rue Saint-Nicolas, 6.

Chevalier, rue Keller, 10, près la place Viarmes. Quitte le Comité le 6 février 1794.

Proust aîné (Yves), 39 ans. cloutier à Nantes. Se retire le 14 avril 1794.

Mainguet (Jean-Baptiste), 35 ans, né à Nantes, épinglier, rue Saint-Nicolas. 23.

Guillet (Pierre), 26 ans, cloutier, rue Saint-Nicolas. Son nom disparaît à partir du 6 janvier 1794. Il était le beau-frère de Louis- Nicolas Naux.

Garreau, nommé le 14 février 1794. Son nom ne figure à aucun procès-verbal.

Petit (C.-F.), nommé le 18 février en remplacement de Guillet.

Gaulier (Jean) — ou Gaulmer — maître d "écritures, nommé postérieurement à la fondation du Comité.

Barras, secrétaire salarié du Comité.

Jolly, Bataillé, Durassier, Pinard, Dhéhon, Gallon, commissaires,

1 Bulletin, VI, n° 62, p. 247.

*'Notes manuscrites de M. A. Lallié.

craintif, gauche, parlant peu, écrivant bien, exact, ponctuel et hypocrite, était père de famille et besogneux. Promu, en 1792, notable à la municipalité, il s'était montré quelque peu fédéraliste en temps opportun et se disait maintenant partisan des mesures énergiques, non par cruauté, ni par ambition; simplement par lâcheté. Bachelier, prêt à toute besogne, avait successivement fait partie, en mars 1793, d'un éphémère comité d'exécution; puis, en août, d'un comité d'arrestation, plus éphémère encore et, en septembre, d'un comité de surveillance qui vécut moins que les précédents. Bachelier était âgé de quarante-trois ans.

Pierre Chaux, plus jeune de huit ans, boutiquier deux fois mis en faillite1, avait une intelligence médiocre et une vanité supérieure. Aussi « impétueux et bouillant2 » que Bachelier se montrait chattemite, il s'était insinué dans la politique en fréquentant la Société des Cordeliers siégeant à l'église Saint-Vincent. Apre au gain, il achetait, en 1792, à la barbe créanciers, pour 60.000 livres de biens nationaux3. Devenu président du Club, affublé du prénom de Socrate, qui cadrait mal avec son manque absolu de sens moral', il servit de secrétaire au conventionnel Philippeaux et se trouva ainsi désigné quand fut institué le Comité révolutionnaire.

Quant à Jean-Jacques Goullin, c'était un créole de Saint-Domingue, venu très jeune à Nantes où son

1 Déclaration de G. -F. LuÀnnec, Bulletin, VI, n° 50, p. i-2'6. * Bulletin, VF. îv 69, p.2T\

3 Déclaration de G. -F. Laënnec, Bulletin VI, n° 56, p. -lis. 1 Campardon. Le tribunal révolutionnaire. II, p. 82.

i& LES NOYADES DE NANTES

père était négociant. Il n'exerçait avant la Révolution d'autre profession que de discourir dans les cafés de la ville. Il avait, en 1793, trente-six ans, la taille courte, les cheveux noirs, les yeux petits, le nez long et retroussé, le teint pâle, l'apparence très frêle. 11 souffrait, en effet, de douloureuses coliques d'estomac et se nourrissait de laitage. Élégant, sceptique, très intelligent, affectant l'allure « bon garçon », Goullin avait la répartie prompte et parlait avec une sorte d'éloquence entraînante dont on pourra juger. Il habitait avec son ami, le raffineur Gallon et la femme de celui-ci, — très honnête citoyenne, d'ailleurs, — une maison faisant l'angle de la rue du Lycée et de la rue Félix et appartenant à la citoyenne Minée, mère de l'évêque constitutionnel. Gomme le ménage Gallon-Goullin se trouvait à l'étroit, il jugea pratique de s'adjuger un bel appartement du même immeuble, occupé par Mme de Coutances qu'on envoya loger en prison1. Les deux compères s'installèrent sans gêne dans les meubles de l'aristocrate et y vécurent tant que dura le bon temps.

Goullin, de son propre aveu, dirigea, dès les premiers jours, le Comité révolutionnaire, bien qu'il n'en prît effectivement la présidence que le 15 décembre 1793, succédant en ce poste à Bachelier qui l'avait occupé nominativement durant deux mois. Si les pouvoirs du représentant étaient illimités, ceux du Comité révolutionnaire à sa dévotion ne l'étaient pas moins et dès que celui-ci fonctionna la terreur régna

1 Notes manuscrites do M. A. Lallic.

LE PBOCOHSUL 17

sur la ville : arrestations non motivées, incarcérations arbitraires, exactions, dénonciations, appositions de scellés sans aucune des garanties légales, — ce fut le règne du bon plaisir. Les Membres du Comité toucbaient 10 livres par jour1, ce qui est peu, vu le labeur: mais ils surent, ainsi qu'on l'apprendra, se créer des ressources accessoires, en dépit du serment qu'ils prêtèrent et dont la formule mérite d'être rapportée, car elle est l'exposé d'un programme dont pas un seul point ne fut observé :

Je jure de maintenir la liberté, l'égalité, l'unité et l'indivisibilité de la République, la sûreté des personnes et des propriétés; de poursuivre de toutes mes forces les fédéralistes, les feuillants, les modérés et autres ennemis de la cbose publique, sous quelque forme et quelque couleur qu'ils osent se montrer; de ne jamais composer avec l'intérêt personnel, avec la parenté et même avec l'amitié ; de mourir enfin à mon poste plutôt que de fléchir sur les principes de sûreté et de salut public2.

Rassuré par de si formels engagements sur le patriotisme des Membres du Comité révolutionnaire, Carrier s'en remit à eux et leur livra la ville de Nantes. Sans avoir pris aucune information, il donnait pleine confiance à leur sans-culottisme ; mais leurs concitoyens, qui les connaissaient, conçurent, dès ce jour-là, quelques inquiétudes : à voir plus puissant que toutes

1 Leur solde était d'abord fixée à 6 livres; mais Carrier laugîenta, le 22 octobre. f A. Lallié. Le Comité révolutionnaire de Nantes, p. 17.

les administrations un groupe d'hommes « immoraux, sans principes, sans délicatesse, d'hommes qui, manquant de conduite dans leur vie domestique, ne pouvaient en faire preuve dans les affaires publiques1 », ils eurent la vision des catastrophes prochaines. Quand le Comité fut à l'œuvre, l'appréhension ne décrut pas. On le vit, avec stupeur, ordonner des mesures imbéciles : l'incarcération, par exemple, « de tous les gens d'esprit que l'opinion publique désigne comme suspects »2; et les arrestations se faisaient avec tant de précipitation et de « légèreté » qu'un médecin, en visite, certain jour, chez un de ses clients, se vit appréhender avec le malade et conduit, en sa compagnie, au département. Malade et médecin étaient, d'ailleurs, parfaitement innocents : seulement les agents, emportés par leur zèle, s'étaient trompés d'étage3.

On comprend l'impossibilité d'exercer, à l'aide seulement des commissaires de police, la surveillance active et soutenue exigée par le proconsul : il fallait au Comité une armée d'argousins; Chaux et Goullin, bien renseignés sur les bas-fonds de Nantes, se chargèrent de son recrutement. Peut-être croit-on que, pour le choix des hommes, ils s'adressèrent à l'administration municipale; non pas4. Goullin se rendit à la

1 Déclaration de G.-F. Laënnec, Bulletin, Vf, n° 56, p. 223. * A. Lallié. Le sans-culotte Goullin, p. 35.

3 Bulletin, VI, n° 56, p. 223.

4 Bulletin, VI, n° 88, p. 249. Gicqueneau, administrateur, déclare que les corps administratifs n'ont pris aucune part à l'organisation de la Compagnie Marat.

Société populaire siégeant à l'église Saint- Vincent et appelée pour cette raison le club de Vincent la Montagne : il exposa son désir de rassembler une troupe de patriotes qui, moyennant un salaire de 10 livres par jour. — non compris les aubaines, — chargés de dénoncer tous les malveillants et ennemis de la République, auraient le droit de requérir la force armée, de pratiquer des visites domiciliaires, de se faire ouvrir ou d'enfoncer les portes et de mettre en arrestation tout citoyen suspect. Le Comité qui partageait, on Ta vu, les pouvoirs illimités du représentant, investissait de pouvoirs également illimités les coupe-jarrets dont il allait composer sa bande executive. Goullin procéda à quelques choix satisfaisants.

— Voilà de beaux b..., ricanait-il en contemplant ce premier peloton de sa garde. Y en a-t-il de plus scélérats"? Car il nous faut des hommes de cette espèce pour mettre les aristocrates à la raison1.

Il conduisit sa phalange chez Carrier qui, militairement, la reçut le sabre nu à la main. Il avait rapporté de sa courte campagne un ton et des allures martiales et croyait savoir comment on enflamme le courage des soldats. Ceux du Comité lui furent présentés « comme des citoyens sur lesquels on pouvait compter ».

— Tant mieux, dit-il; soyez sûrs, mes enfants, que la République vous paiera bien2.

1 Ce propos lui fut plus tard reproché; il ne put le nier et l'expliqua ainsi : ■ j'ai pu dire voilà de beaux b.. . , parce qu'il y avait des fripons mais je n'ai rien dit de plus ».

* Bulletin, VI, n« 88, p. 349. Déclaration de Bernard Séguinel, menuisier à Nantes, membre de la Compagnie Marat.

Il fit fermer les portes de la chambre où on les avait introduits, marchait, pérorait, agitant son sabre :

— Je vous crois de bons b..., ajouta-t-il; je vais vous donner des pouvoirs, j'espère que vous les exécuterez et que vous accomplirez mes volontés1.

En sortant de l'hôtel du proconsul, on se rendit à l'église Saint-Pierre pour l'élection des chefs. Fleury fut nommé capitaine; le chapelier Richard, adjudant; l'armurier René Naux, dont le frère Louis était membre du Comité révolutionnaire, reçut les galons de quartier-maître et l'on choisit pour secrétaire Durassier, un ivrogne, courtier sur le port. Il fut décidé que le nouveau corps d'élite prendrait le nom de Compagnie révolutionnaire ou celui de Compagnie Bru tus; mais quelques jours plus tard, lorsqu'il fut définitivement constitué, les recrues, pour qui ce nom romain ne représentait pas grand'chose, déclarèrent qu'elles préféraient porter le nom de Marat, « cet ami vrai et constant du peuple, ce vertueux martyr de la Liberté et de l'Égalité, dont le souvenir était bien fait pour animer et soutenir de bons sans-culottes...2 » L'armée du Comité révolutionnaire fut donc appelée la Compagnie Marat. Le 28 octobre, Carrier et son collègue Francastel qui se trouvait encore à Nantes, signèrent l'arrêté conférant les brevets individuels dont chaque membre reçut un exemplaire3 et l'on procéda à la

1 Bulletin, VI, n° 73, p. 290. Déclaration de Nicolas Jomard, marchand à Nantes, membre de la Compagnie Marat.

i Compte que rendent les membres du Comité révolutionnaire à Nantes... 15 nivôse an II, Archives nationales, F' 4422.

3 La minute de ces brevets lut enregistrée par le notaire Nugent. (A. Lallié, la Compagnie Marat, p. 7.) Voici le texte de ce docu-

cérémonie du serment, rédigé en ces termes par Bachelier, Goullin et Grandmaison :

Je jure que Marat tant calomnié, tant avili par le parti feuillantin, par les crapauds du Marais, par les contrerévolutionnaires en un mot, ne vécut que pour le peuple et quil mourut victime de son dévouement pour ce même

peuple.

ment : « Les représentants du peuple près de l'armée de l'Ouest, donnent au citoyen de la dite Compagnie, le droit de sur-

veillance sur tous les citoyens suspects de Nantes, sur les étrangers qui y entrent et qui y résident, sur ceux qui s'y réfugient, sur les accapareurs de toute espèce, sur tous ceux qui cherchent à soustraire, à receler frauduleusement les subsistances, marchandises et denrées de première nécessité. — Il veillera sur tous les malveillants et ennemis de la République française, ou qui auraient déjà commis de pareils délits. Il sera tenu de les dénoncer au Comité de surveillance établi à Nantes, à toutes les autorités constituées, en ce qui les concerne et aux représentants du peuple, s'il s'aeit d'un complot contre la liberté nationale ou la sûreté générale de la République. — Le dit Citoyen aura le droit d'arrêter ou de faire arrêter tout individu dont il croira prudent de s'assurer, et s'attachera à la découverte detoutes les assemblées appelées Chambres littéraires; arrêtera en outre, ou fera arrêter tous les individus qu'il trouvera assister aux conciliabules ou Chambres littéraires. — Ledit citoyen exercera la surveillance et les pouvoirs qui lui sont délégués dans toute l'étendue du département de la Loire-Inférieure. — La force publique obéira sur tout aux réquisitions qui lui seront adressées, soit au nom de la Compagnie, soit au nom individuel des membres qui la composent; aura de même le droit de faire des visites domiciliaires partout où il le jugera convenable, dans Nantes et dans l'étendue du département de la Loire-Inférieure. Nul individu ne pourra s'y opposer "et sera tenu, au contraire, d'ouvrir les portes de tous les lieux et appartements où il jugera convenable de porter la surveillance de ses recherches. En cas de refus, ledit citoyen demeure autorisé à faire ouvrir les portes par des gens de l'art, même à les faire enfoncer, s'il y a lieu; en cas de rébellion, il requerrera la force armée qui sera tenue de lui prêter obéissance et secours. Ceux qui auront opposé la rébellion seront saisis sur le champ et punis comme rebelles à l'autorité légitime. A Nantes le 7e jour de la 1" décade du -e mois de l'an II de la République une et indivisible. Signé : Francastel et Carrier. » (Pièces remises à la Commissioti des Yingt-el-un, p. 50.)

Je jure que les principes révolutionnaires qu'il osa professer et dans ses écrits et à la tribune conventionnelle furent, sont et seront toujours les miens. Je jure que les sociétés populaires sont les vraies colonnes de la liberté et de l'égalité et que toujours je les regarderai comme telles.

Je jure de dénoncer et poursuivre, même de tous mes moyens, les calomniateurs de ces sociétés bienfaisantes.

Je jure mort aux royalistes, aux fanatiques, aux muscadins, aux feuillants, aux modérés, de quelque couleur, de quelque marque, de quelque forme qu'ils se revêtissent.

Je jure de ne jamais composer ni avec la parenté, ni avec mes intérêts personnels, ni avec l'amitié même ; de ne reconnaître en un mot pour parents, pour frères, pour amis que les seuls patriotes, que les défenseurs ardents de la République.

Je jure enfin de défendre jusqu'au dernier soupir le maintien de la République indivisible et d'être scrupuleusement soumis aux règlements militaires de ma compagnie1.

Les soldats de la Compagnie Marat, ou plus brièvement, les Marats, — c'est ainsi qu'on les désignait à Nantes, — se ruèrent aussitôt sur la ville. On va les voir à l'œuvre2; des exploits d'un genre particulier

1 Bulletin, VI, n» 92, p. 361.

* Le nombre des Marats était, suivant quelques historiens, de soixante ; mais d'autres l'arrêtent à quarante environ, et ce chiffre est, plus que l'autre, près de la vérité. Je n'ai point rencontré une seule liste de leurs noms ; en voici une, cependant, que j'ai tenté de dresser, d'après divers documents et qui, incomplète probablement, servira cependant à montrer que le recrutement s'était opéré dans les classes les plus diverses de la société; mais surtout dans le petit commerce de Nantes. En regard de chacun des noms j'ai mentionné

valurent à plusieurs d'entre eux une sorte de réputation : Durassier, René Xaux, Richard, déjà nommés, le perruquier Ducou, le coutelier Gauthier, le fondeur

le document où le personnage visé est indiqué comme ayant fait partie de la Compagnie.

Bercard (ou Bernard), Courrier républicain, 29 vendémiaire an III.

Boulay (ou Boulet Joseph), cordonnier, 26 ans, Courrier républicain, 28 brumaire an III.

Boussy, marchand de parasols, 35 ans, né à la Chassaigne, Puyde-Dôme. Bulletin, VI, n° 87. p. 348 et Courrier républicain du 24 brumaire an III. C'est évidemment lui que vise une anecdote rapportée par Beaulieu. Essais historiques sur les causes et les effets de la Révolution de France. VI, p. 94.

Bouvier, charpentier. Courrier républicain, 27 brumaire an III.

Chartier, filassier. A. Lallié, J.B. Carrier, 331.

Chevalier. Campardon, le Tribunal révolutionnaire de Paris, II. 75.

Coron (ou Couron) ex-procureur, ex-membre de la commission des Trois, 40 ans. Courrier républicain, 17 brumaire an III.

Crépin (ou Crespin) perruquier et négociant en vins, 38 ans, né à Paris. Bulletin, VI, n° 84, p. 335 et Vil, n» 2, p. 6.

Delasalle, Louis-Antoine, courtierpour le déchargement des navires. Xotes de Bachelier. Collection Dugart-Matifaux. Bibliothèque de Nantes.

Desmarets (?) Courrier républicain, 29 vendémiaire an III.

Dubreuil, Joseph. Bulletin, VI, n° 85, p. 338 et Xotes de Bachelier.

Ducou, perruquier. A. Lallié, J.-B. Carrier, p. 331.

Durand. A. Lallié. La Compagnie Marat, 31.

Durassier, Jean-François, né à Nantes. Courtier pour le déchargement des navires venant de Saint-Domingue, 50 ans. Secrétaire de la Compagnie Marat. Campardon. Tribunal révolutionnaire, II, 32.

Fleury (?) Capitaine de la Compagnie Marat. Bulletin, VI, n« 88, p. 349.

Foucaud (oa Foucault), A. Lallié. J.-B. Carrier, 331.

Gauthier, Jacques, coutelier. Bulletin, VI, n» 94, p. 373.

Giret, Claude (Girek d'après les notes de Bachelier), Courrier républicain du 30 brumaire an III.

Goufïîn, Julien, tonnelier, garde-magasin, Caurrier républicain, 26 brumaire an III, Bachelier écrit Couffin.

Hoqmar (?i Campardon Tribunal révolutionnaire, II, 75.

Jolly <?i Jean-Baptiste, 50 ans. né à Angerville-le-Martel, Seine- Inférieure. Commissaire du Comité révolutionnaire.

Jomard. Nicolas, marchand à Nantes. Courrier républicain, 8 brumaire an 111, et Bulletin, VI. n° 73, p. 290.

JolJy1, figureront, à divers titres, dans le réeit des noyades; mais le plus fameux de tous est Pierre Foucaud : c'était un nantais, âgé de trente et un ans, tonnelier de profession et marchand de vins : il s'était bravement conduit, au mois de juin, lors du siège ; fait prisonnier par les Vendéens, il parvint à s'échapper et reprit son grade de lieutenant dans la garde nationale.

Outre ces deux instruments de terreur, formidables et dociles, Carrier disposait, bien entendu, d'un tribunal révolutionnaire, doublé bientôt d'une commission

Lafarge (?) Courrier républicain, 29 vendémiaire an III.

Lebrun, teinturier. Courrier républicain, 15 brumaire an III.

Lechantre (?) Campardon, Tribunal révolutionnaire, II, 75.

Lucas, perruquier, Bulletin, VI, n- 84, p. 335.

Mony, couvreur, 31 ans. Courrier républicain, 24 brumaire an III.

Naux (ou Naud), René, ci-devant négociant armurier, quart icrmaître de la Compagnie. Bulletin, VI, n° 88, p. 341.

Nicolon (?) A. Lallié. La Compagnie Marat, p. 32.

Petit, Julien, tonnelier, Bulletin, VI, n° 92, p. 366.

Pinatel, perruquier, Bulletin, VI, n° 89, p. 353.

Poncet (?) A. Lallié. La Compagnie Marat, p. 31.

Richard, Jean-Claude, chapelier, adjudant de la Compagnie Marat, Bulletin, VI, n° 88, p. 349.

Sauvage, Charles-Mathurin, tonnelier. Courrier républicain, \ frimaire an III.

Séguinel, René-Bernard, menuisier à Nantes. Bulletin, VI. n° 88, p. 349.

Varin, François, perruquier, Bulletin, VI, n° 89, p. 355, ex-procureur, dit le Courrier républicain, 24 brumaire an III.

Viau (ou Viot), Louis, cloutier, Bulletin, VI, n° 94, p. 373.

Vie, poêlier. A. Lallié, J.-B. Carrier, p. 331.

1 Je n'ai trouvé nulle part la qualité de Marat accolée au nom 3» Jolly; ce personnage était commissaire du Comité révolutionnaire; mais, comme Vie, comme Durassier, qui portaient ce même titre, on le voit travailler avec les Marats au Bouffay et ailleurs. Je crois pouvoir en conclure que. comme ses deux collègues, il faisait partie de la Compagnie.

LE PROCONSUL 2n

militaire, nommée commission Lenoir, du nom de son président. Un tribunal supplémentaire, la commission Bignon, vint aussi, du Mans, prêter son concours. Nous n'aurions rien à dire de ces redoutables institutions qui ne contribuèrent pas aux noyades si nous ne devions retenir l'attention sur le président du tribunal révolutionnaire qui tiendra un rôle important dans notre récit : il s'appelait François-Anne- Louis-Phélippes deCoatgoureden deTronjolly. Magistrat de carrière, Phélippes Tronjolly, — ainsi, en l'an II, s'écrivait démocratiquement son noble nom, — avait été, pendant dix ans, procureur du roi à Rennes, puis commissaire royal à Paimbœuf et enfin président élu du tribunal criminel de la Loire-Inférieure, d'où il passa, en la même qualité, au tribunal révolutionnaire que réorganisait Carrier1. Pbélippes Tronjolly, entaché, comme bien d'autres, de fédéralisme, se montra terroriste fougueux pour faire oublier sa tiédeur passée ; mais il eut, en quelques occasions, le courage de résister à Carrier et au Comité; cette attitude, bien rare, lui assure l'indulgence de l'histoire.

Il est indispensable enfin, pour compléter, avant les premières scènes, la liste des personnages du drame, d'indiquer que Carrier, dès son installation à Nantes, se composa une sorte de maison civile et militaire, sans qu'on sache ce qui dicta son choix et fixa ses préférences. Nous ne parlons que pour mémoire de ses

1 Carrier à Nantes, par M. le comte Fleury, p. 502.

secrétaires, Bonneval, Picaud1 et Prirent2, ainsi que de son valet de chambre Jean Cousine3; mais il faut citer les noms de quelques intimes dont il s'entoura et avec lesquels il entretint une sorte de grossière camaraderie.

Guillaume Lamberty, ouvrier carrossier, était le personnage important de la bande : comme Foucaud, il s'était battu «héroïquement » contre les Vendéens; il passait pour avoir repoussé, à la tête de quelques gaillards de sa trempe, une armée de 10.000 brigands. Sans doute rendit-il a Carrier, pendant le court séjour de celui-ci à l'armée, quelque service signalé : le représentant l'y employa comme espion et, rentré à Nantes, le récompensa parle grade d'adjudant général commandant les canonniers *.

A peine en faveur, Lamberty présenta au proconsul son ami Robert Fouquet qu'il souhaitait pour aide de camp. Fouquet était magasinier et tonnelier ; on l'avait, en 1791, chassé de la garde nationale comme indigne; Carrier, qui savait deviner les hommes, fit également de celui-ci un adjudant général, mais sans brevet; d'ailleurs il avoua, plus tard, qu'il ne le connaissait pas5.

11 fallait, aux deux nouveaux promus, un officier

1 Pièces remises à la Commission des Vingt-un, p. 91.

■ • Bulletin, Vf, 85, n° 339. Déclaration de Sandrocq. Le nom est écrit Préj an.

3 Pièces remises à la Commission des Vingt-un, p. 84.

* Aucun dossier n'existe, aux archives administratives de la Guerre, concernant Lamberty.

5 A. Lallié. Le sans-culotte Goullin, p. 88.

d'ordonnance : ils choisirent Théodore Lavaux1, l'un de ces 6/e «s prisonniers de l'armée Vendéenne, patriote exalté, auxquels Bonchamps mourant avait accordé la vie et la liberté2. Lavaux était un républicain ardent : lors de sa captivité parmi. les «brigands», certain d'être fusillé et craignant que son cadavre ne fût confondu avec celui de quelque chouan, il avait, de la pointe de son couteau, tatoué sur l'un de ses bras : je mourrai pour la République. Vice la liberté*. Que seraient devenus, sous les ordres d'un Marceau ou d'un Kléber, des hommes tels que Lamberty ou Lavaux? Quelle carrière, glorieuse peut-être, eussent-ils parcourue"? La fatalité les livra au lâche Carrier qui fit d'eux des assassins.

A ces trois militaires s'était joint un jeune Nantais, fils d'une sage-femme et d'un menuisier : il se nommait Pierre Robin et avait vingt ans. Lui aussi, s'il faut en croire Chaux, s'était « battu comme un lion » en Vendée; mais il valait surtout par son esprit enjoué et ses facéties. Malgré son jeune âge président du club de Vincent-la-Montagne, on le voyait se promener par les rues, traînant un grand sabre dont la lame s'était usée à force d'abattre des tètes de « brigands ». Robin, hâbleur, cynique, joyeux compagnon, bellâtre et fanfaron était « perdu de vices ». Carrier le vit et l'aima « éperduement » \ De fait, ce sinistre éphèbe fut

1 On trouve aussi le nom écrit : Laveau.

* A. Lallié. Noyades, p. 10.

1 Bulletin, VI, n° 71, p. 283.

4 Déclaration de la femme Pichot, Bulletin, VI, n» 71, p.

le seul Nantais peut-être qui prit quelque influence sur le représentant.

Dans l'entourage immédiat de Carrier rôdait encore un autre gamin de dix-neuf ans1 dont la silhouette est plus vague. C'était un parisien échoué à Nantes on ne sait comment: il disait s'appeler Lalouet2 et se targuait d'une vague parenté avec Robespierre ". Beaucoup voyaient en lui un espion du Comité de Salut public.

Enfin, pour parfaire le groupe, y paradait un gentilhomme, d'origine irlandaise, John-Baptiste-Jacques, Daniel-Guillaume O'Sullivan , maître d'armes breveté du roi. Marié à Nantes, en 1781, alors qu'il avait vingt et un ans, O'Sullivan était une brute féroce, un fauve, un inconscient aussi. Carrier l'apprécia et le nomma adjudant de la place4.

Lamberty, Fouquet, Lavaux, Robin, Lalouet et O'Sullivan, formaient ce qu'on appelait non sans envie l 'Etat-major. L'honneur d'approcher familièrement le proconsul valait à ces privilégiés bien des jaloux. Les membres du Comité révolutionnaire les redoutaient; eux n'avaient pour ces pleutres que du mépris. De là, dès les premiers jours, un antagonisme latent qui devait, quelques mois plus tard, contribuer au dénouement.

1 Courrier républicain, 14 brumaire an III. p. 40, 365, p. 48.

* On trouve aussi Lalloué ou Laloi. .

3 Bulletin, VI, n« 81, p. 322 et 323. Cette parenté, d'après les généalogies dressées par A. Paris (la Jeunesse de Robespierre) paraît absolument controuvée.

* Journal des I^ois, 9 brumaire an II. On trouvera quelques détails sur O'Sullivan dans une étude de Valbert, les Anglais en France, publiée par la Revue des Deux Mondes (juin 1910. Renseignement fourni par M. A. Lallié).

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