PHYSIONOMIE DE MANCHESTER
Le 22 juillet dernier, on jouait au Théâtre-Boyal de Manchester le drame de No! Mademoiselle ïaglioni dansait dans la Bayadère; c’était un soir de grande attraction {great attraction), comme disent les affiches. Il y avait foule et enthousiasme; on aurait pu croire que madame Malihran était redescendue sur ce théâtre, où elle fit entendre le chant du cygne. La reine de la danse avait succédé à la reine du chant. Tout près de là, au Queen’s Théâtre, on jouait la Fie et la mort de Napoléon, drame en une infinité d’actes, écrit avant Shakspeare. L’empereur était représenté par un acteur gigantesque, fort maigre et trèsblond, mais qui prenait beaucoup de tabac. A ce drame cyclique on avait ajouté comme divertissement une chose intitulée : La lampe merveilleuse. Il n’y avait personne dans la salle, et je faillis y rester pour donner un spectateur à Napoléon. A Broion-Street, dans le voisinage, M. Thomson, candidat réformiste, haranguait le peuple au meeting de la maison de l’.Assurance générale : des milliers de houru ! orageusement lancés des poitrines prolétaires, ao-
Digifrzoa by Cou^e
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cueillaient chaque phrase de l’orateur. Je passai du mcclinci au théâtre et du théâtre au meeting pour me donner l’émotion des contrastes; c’étaient deux mondes différents, liés entre eux par un trait d’union de gaz hydrogène. La délicieuse musique d’Auber se mêlait aux énergiques acclamations du peuple réformiste; mademoiselle Taglioni partageait avec M. Thomson l’enthousiasme de Manchester. Au théâtre, le gaz allumait un jour éclatant comme le ciel do l’Inde, comme le soleil des bayadères; au meeting de BrownSlreet, l’obscurité la plus compacte enveloppait l’auditoire et le tribun. Je m attendais à une révolution sociale, éclose au foyer du meeting. A minuit, M. Thomson rentra à Swan-Inn et le peuple chez lui. Les applaudissements du théâtre et du forum avaient cessé ; on n’entendait plus que le bruit de quelques voitures qui descendaient Hay-Market ou montaient à Portland- Place. Tout à coup, le silence de la nuit tomba sur Manchester.
Le temps était fort beau pour Manchester; il ne pleuvait pas. Vous saurez qu’il pleut toujours à Manchester, et c’est une des conditions de son existence; un jour serein est la calamité du pays. Les machines industrielles ne peuvent fonctionner qu’à l’aide d’une humidité permanente; lorsque le temps tourne au sec, on se désole dan? les ateliers. L’obligeante nature favorise on ne peut mieux ces exigences du commerce: môme au mois de juillet, le ciel est toujours abaissé comme une tente grise sur l’immense ville, et trois eents cheminées élancées en obélisques semblent les supports de ce grand pavillon de brume, d’où l’eau suinte, en gouttes imperceptibles, comme si elle était tamisée en tombant. A Manchester, on ne con-
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naît le solcjl que do réputation; il me semble que je liai
• aperçu une fois, au fort. 'de l’été, à midi, derrière un épais 'j'ideau de nuages, mais je ne raflirmerais pas.
- , Je me promenai longtemps sur la place de Piccadilly, dc- . VSkiit Aibiou-Holel t c’est le point culminant de la ville. 1^ ••y a deux beaux édifices modernes, un bassin circulaire *4Veau dormante et une pelouse ; le gaz éclaire 'd’un côté la f longue bordure des maisons de brique, et le vis-à-vis reste •dans une ombre sourde, que perce en rond, sur, un seul '- point, le cadran illuminé de l’hospice. Là commence cette 'longue et interminable procession- d’ombres silencieuses •\çt nocturnes que j’ai trouvée dans toutes les grandes villes •' d’Angleterre,' et qui jette l’étranger dans cet étonnement ! qu’une 'énigme insoluble donné toujours. J’ai pourtant
• observé, à Manchester, que ces ombres différent de mœtirs >et d’habitudes avec leurs sœurs errantes de Londres, de Birmingham, de Liverpool : cela tient, je crois, surtout à la rareté des po/icemen. Manchester m’a paru à peu près dépourvu de ces redoutables sergents deiville qui couvrent le pavé do Londres et de Liverpool, et font si bonne garde la nuit. Aussi ^ Manchester, les fantômes ont des accès do gaieté vive et turbulente : ils font des rondes, ils folâtrent
' même, et s’ils ne parlent pas, c’est qu’il leur est défendu de parler ; la loi anglaise en impose aux fantômes comme aux vivants : à peine si on entend soupirer le mot shilliny lorsqu’on traverse un de ces tourbillons d’âmes plaintives.
J’ai médité longtemps sur ces étonnantes apparitions, je n’ai pu assigner une destinée raisonnable à ces femmesy si ce sont des femmes. J’ai questionné les Anglais, mais les 'Anglais sont habitués à ces choses, et ils n’en savent pas
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plas fiue moi. En général, le.s nationaux sont fortignorauts sur les phénomènes de leur pays; H faut s’adresser auE- 'étrangers pour en obtenir la solution. On voit ces my- • riades d’ombres affamées? De quoi vivent-elles dans un pays où la prostitution est avec raison' tenue i distance, ' comme une léproserie ambulante, comme un Qèaü vivant et contagieux? Où sont les passions ténébreuses qui alimentent cette vaste misère? Je n'ai’ rieti vu, rien appris, rien observé qui puisse satisfaire la curiosité du voyagcnir; ' sur ce point. A Manchester, l’énigme est encore plusnbs* ' cure que partout ailleurs. Dans cette vie laborieuse, la nuit est religieusement observée dans scs traditions de som- •' meil et de repos. La prostitution seule-veille et marche; • ellfe ne cherche et n’attend personne; elle reste dans un isolement ruineux et désespérant, mais avec une résignation plus merveilleuse eiieore qqe son existcnce.Lc hasard m’offritune scène qui ne s’effacera jamais de mon souvenir.
Depuis l’esplanade de l’hospice jusqu’à la rotonde voisine de la poste, c’est-à-dire dans toute la longueur d’Hay- Market, cette immense rue qui serait escarpée comme une montagne, si le travail n’en eût adouci la pente, on avait creusé pendant le jour un double rang de fosses profonds, pour restaurer les canaux souterrains du gaz. Hay-Markct n’était donc éclairé cette nuit-là que par d’énormes cassolettes de fer, où flambait le charbon de terre. Les lueurs de ces étranges candélabres jetaient leurs reflets sur les maisons, toutes bâties de briques rouges, et faisaient ressortir dans la nuit la couleur de ces façades, qui se perdaient dans un horizon de ténèbres. C’est dans les rayons de cette illumination infernale que je voyais défiler ces ombres de femmes, une à une, la tête basse, les bras croisés sous un
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châle en lambeaux, tenant scrupuleusement la gauche ou la droite du trottoir, selon qu’elles descendaient ou montaient la rue. Aux angles des carrefours s’immobilisaient des groupes silencieux de jeunes filles qui regardaient flamboyer le charbon et n’avaient pas l’air d’avoir d’autre souci que de suivre la décroissance du combustible. Par intervalles, la flamme faisait rayonner un joli visage d’Anglaise blonde sous un chapeau de soie dévasté par une longue misère de famille : c’était le corps d’un ange dans des haillons fondus en charpie fangeuse, une rose emprisonnée dans des toiles d’araignée. Pauvreté hideuse qui ne peut recevoir du secours, ni de l’aumône, ni de la passion 1
A Londres, j’avais souvent remarqué au carrefour de Castle-Street des orgies nocturnes faites avec silence et gravité devant une boutique de comestibles ouverte jusqu’à l’aurore, et dont les lanternes de gaz prodiguaient une lumière éclatante comme le jour. Les policemen se mêlaient , avec une familiarité sérieuse à ces ébats d’une prostitution ivre d’ale et de sherry. Dans ce défilé, la foule était quelquefois si compacte, qu’on ne pouvait la traverser sans ressentir les angles aigus des marins sortis du Pubiie-House du voisinage. Rien n’est singulier à voir comme celte apparence de bruit et d’agitation, dans une foule de rues, où ceux qui parlent, parlent bas. Je n’ai rien trouvé de sem- ’ blable à Manchester. Arrivé à mi-côte d’Hay-Market , je pris à droite et je m’enfonçai dans des rues désertes, largement éclaire pour moi seul, avec ce luxe anglais qui donne tant de lumière, la nuit, à ceux qui ont tant d’obscurité le jour. De temps en temps, je rencontrai des lambeaux de prostitution détachés de la métropole d’Hay-
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Market ; je voyais des ombres stationnés derrière des âmes lialelantes d’espoir aux soupiraux du purgatoire, dans une fresque d’Andréa Orcagna, J’en vis d’au très qui rallumaient leurs lampes aux candélabres de la rue, comme les vierges folles de l’Evangile; d’autres assises sur le gradin du trottoir, la tête appuyée sur les mains, et regardant le pavé ; d’autres qui vaguaient sans but, hâtant le pas et le ralentissant, puis se retournant avec un mouvement brusque, et toujours étalant, avec une certaine coquetterie, des robes, des cbâles, des chapeaux fanés où tombant en guenilles. Le gaz éclairait tout cela joyeusement, comme un raovA fashionablc de Londres ou de Paris. Par un labyrinthe de rues, j’arrivai sur une place lugubre, qui est entourée d’une grille, la place de la vieille église, Old~Çhurch. Je n’ai su son nom que le lendemain.
Bien, dans nos villes de France , ne peut donner une idée du tableau de Manchester, pris de ce point de vue. Oid-Church domine la ville basse ; c’est un belvéder d’où l’on aperçoit, la nuit, un prodigieux amoncellement de masses noires, où le gaz jette de pâles éclaircies de lumière, et fait saillir les ombres colossales des obélisques manufacturiers qui se hérissent partout sur les toits, à des distances infinies. Ces clartés livides qui sont semées, sur un fond ténébreux, comme des constellations terres très, ne déterminent aucune limite à l’horizon de cette ville ; aussi donnent-elles à Manchester une étendue fantastique ; c’est tout un monde qui dort. Sur la place s’élève l’église qui lui donne son nom. Ce" monument semble appartenir à une architecture idéale, et à l’antiquité jdulôt qu’au moyeu âge; on serait fort embarrassé d’assigner une date à sa naissance. Le clocher, qui est la ])icccprin-
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cipalc de l’édifice, mùnte coirémeut à une grande hauteur, avee ses assises en relief, émoussées aux angles par les sièolos, et noires comme des couches de tisons éteints;!* nuit, cette église est d’une tristesse qui s’allie peu avec le sentiment que portent avec elles iespierres consacrées par la religion: on dirait d’une église qui a renié Dieu, et fait un pacte avec l’esprit des ténèbres. Autour du monument règne une vaste toFrasseiavec'desidailes’ tumnloires pour pavé, comme sur le parvis de* Westminster; Là, rôdaient encore, dans leurs incroyables fantaisies, les prostituées' do la faim, toujours/ sans se plaindre, sans parler, sam dormir, n’attendant rien, ne cherchant rien .C’était pour moi'Comme une vision de nuits de fièvre: à mes pieds une* ville immense; au-dessus de ma tète, un ciel sans étoiles, un abîme d’un noir mat, comme on» se représente le néant; devant moi, un cimetière animé par des' ombres qui semblaient tourbillonner sous le pouvoir d’un souffle surnaturel, et ce clocher sombre, étrange, couronné de monstrueuses figures de pierre, do 'faces de démons, do péchés ' capitaux personnifiés ; tour funèbre et tacitumo comme un monument d’apostasie élevé à‘ la 'gloire' do Satan.
A quelque distance d’Old-Church, je reconnus une place que j’avais traversée dans la journée, et qui fut le théâtre d’une scène mystérieuse, faite pour étonner et pour attendrir. Après le coucher du soleil, j’avais vu là rassemblés un grand nombre de femmes, d’hommes et d’enfants qui chantaient un cantique sur un air dolent, comme tout ce qui vient de la mélopée de Luther. Cette foule était grave, recueillie, et jamais distraite par les objets extérieurs; les Spectateurs, non initiés, entouraient les chanteurs, et 1^
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écoutaient avec mie physionomie pleine d’intérêt et de tolérance. Le sol était jonché d'enfants demi-nus, qui se roulaient silencieusement dans la poussière, et à chaque instant d’autres enfants arrivaient par les issues, tous déguenillés, p;ÎIes, maigres à faire pitié: misère fluide de moindre dimension, qui coulait aux' pieds delà grande. Quelques-uns pendaient en grappes hideuses au cou et aux mains de leurs pauvres mères; le plus grand nombre semblait abandonnés à la Providence ou au hasard secourable dd la philanthropie. Voilà donc, me disais-je, l’écume vivante qui flotte de toute nécessité sur les villes manufacturières ! Est-ce donc à ce prix que l’industrie arrive au triomphe ? Le commerce maritime est plus heureux ; il fait vivre tous ceux qui baignent leurs pieds dans un' port! ‘ A' Manchester comme à Lyon, la navette et le méfier échappent à chaque instant aux mains du pauvre. Mhis les économistes ne trouveront jamais de remède à celai Toutefois il n’y a pas de commune mesure à établir entre la misère endémique de Lyon et celle de Manchester. Pai vu Lyon, dans ses plus mortelles crises, je l’ai vu placé' entre la famine et le fusil de l’insurrection; mais jamais, à ces cruelles époques, je n’ai rencontré dans ses rues un groupe de l’immense tableau qui a pour cadre l’enceinte de Manchester. J’ajouterai- mêràe quemos yeux se révolteraient devant cette incroyable misère qui se liquéfie et se fond avec la boue dans les beaux quartiers de Manchester et de Dublin. Là, le peuple est arrivé au stoïcisme par l’haltitude du spectacle. Un industriel de Manchester' est exact et rigoureux dans ses calculs de commerce; il prend des ouvriers en grand nombre, et les paie bien tant que les affaires marchent. La crise arrivée, il donne un
secours temporaire à ces malheureux, et sa conscience est en repos. Au fait, l’algèbre de la philanthropie n’en demande pas davantage.
Autre difTérencc entre Lyon et Manchester. En France, la misère est honteuse; c’est toujours le turpi$ egestas de Virgile ; elle prend des attitudes suppliantes ; elle donne dos regards accusateurs à l’homme et au ciel ; elle fuit les quartiers opulents, de peur de les salir; elle fait violence à l’aumône ; elle prend Dieu à témoin de votre charité ; elle veut qu’il soit pris acte de son état, parce qu’il y a toujours une sorte de consolation au fond du malheur consommé, lorsqu’il est reconnu. A Manchester, la misère semble avoir accepté sa destinée comme chose due ; elle a une Ggure calme, aussi éloignée de la résignation que du désespoir ; elle regarde passer les heureux, sans envie ni importunité; elle demande sa place au trottoir du palais et de la masure ; elle n’a pas l’air de prendre en souci sa position; elle parodie même, avec un flegme inconcevable, toutes les pièces d’un ajustement de luxe; elle porte quelquefois un chapeau, un châle, une robe de soie, des gants , mais elle n’a pas de souliers. J’ai vu dans la rue haute du Zoological-Garden, à Liverpool, une mendiante flèrement parée d’un boa au mois de juillet. Ce boa avait laissé son duvet en pâture à trente générations d’insectes rongeurs, mais c’était toujours un boa; son squelette serpentait encore, avec une certaine coquetterie, sur un amas de haillons, figurant la robe et le châle. Telle est la misère de ce pays. • *
La place où tant de malheureux s’étaient donné rendezvous pour chanter le chœur de la famine était déserte à cette heure ; je la traversai pour aboutir à Hay-Market et
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remonter la côte jusqu’à la grille de l’hospice. A lalneur d’un candélabre, je lus, sur l’angle d’une rue, ruo du Port. Cette inscription me sembla toute de fantaisie; il ne me paraissait pas probable que ce chemin, situé sur une montagne, conduisît au port de Manchester. A tout hasard, je m’y lançai, insoucieux, comme je leeuis toujours, du but de mes courses dans les villes que je ne connais pas. A l’extrémité de cette rue, j’en vis une autre, longue et large démesurément; son nom, je l’ignore. Je pris à droite, et à l’odeur du goudron qui remplissait l’air, je reconnus le voisinage d’un port. Quel port! Ce n’est ni le bassin de Marseille qui s’allonge comme l’ellipse d’un cirque, ni la belle rivière de Liverpool, qui donne une lieue de sa rive droite aux navires qui lui viennent de l’Océan voisin. Manchester est au milieu des terres, et c’est bien glorieux à lui d’entretenir commerce avec la mer par ses écluses et ses canaux. De ce côté, Manchester ressemble à une Venise passée à la suie. Il y a des riattos enfumés, des ponts des soupirs vernissés au charbon, des canaux bordés de palais noirs qui sont dos arsenaux de commerce; de longs quais gluants jalonnés d’anneaux de fer où s’amarrent les coches : c’est encore un spectacle unique au monde, surtout la nuit, quand on contemple cet amas prodigieux d’usines, ces ponts d’ébène, jetés sur une eau plombée, comme les ponts du Cocyte ; ces forêts d’antennes, chargées de voiles sombres, comme les ailes colossales d’oiseaux de ténèbres; ces gouffres mystérieux, où s’abîment des torrents; cos fabriques à raille croisées, portant sur leurs toits d’énormes moulins de fer; toute cette autre ville flottante, qui est le centre des besoins industriels du globe, et qui se montre comme un ouvrier roljuslc et laborieux, non pas
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sous le vôteinent soyeux du Sybari.tcj-, ^aais avce la nobte*',
livrée du travail. ,
Le voyageur oisif et ioutile à la société, le voyageur désœuvré qui arrive devant un pareil tahleau^ sotrouva ccoi-fondu de surprise et d’admiration : ;il- reoonnaît une raec d’hommes supérieurs àceui qu’il a vus, et il s’hurnilie au pied de ces hautes œuvres qui rendent l’humanité digne' , de Dieu. Pour moi, qui tiens la première place parmi oe^., voyageurs, je ressentis profondément ces impressions; je’ demeurai longtemps en extaso do,vant ce culte du travail;, dont chaque maison était le temple. La nuit donnait à la. • pensée ce recueillement solennel qui lui est refusé par le fracas étourdissant du jour. Qu’il me paraissait sul)limo;., ce repos de celte forte ville, placée entre les fiïtiguQS de la .j veille et les devoirs du lendemain! Ils étaient là, autour ’ de moi, cent mille qui dormaient à la hâte, jjour être debout à l’aube, et interroger devant -la forge le génie iné-puisahle des grandes inventions. Ces œuvres qui s’aocom» • plissaient, dans leur perfection incomparable, étaient destinées à cet univers anglais, presque aussi grand que la> terre; elles allaient, à travers l’Océan, retentir sur quel-* ques rochers de la mer du Sud, ou dans quelque massif t d’ombrage, aux comptoirs coloniaux des archipels et doscontinents indiens! Ce Manchester, que je voyais dormir au bord des canaux, était l’atelier du monde; c’est à lui qu’on a recours quand il faut creuser une route à travers* les montagnes, emprisonner un volcan dans un vaisseau, amollir le fer comme de la cire, lancer un bloc do roche équarri au sommet d’un édifice, ourdir les tissus, cuirasser les navires contre les écueils. Quand il faut servir l’homme dans ses besoins, ses plaisirs, son luxe, ses ca-