‹ Les nuits anglaisesChapitre 9 sur 14 · BONHEUR D*UN MILLIONNAIRE · texte numérisé non relu

BONHEUR D*UN MILLIONNAIRE

qui est roi, jusques à vous, monsieur qui êtes coutelier.

Shoffîdd écoutait, bouche béante, ce domestique philosophe qui lui parlait ainsi.

Micali regardait le golfe par la croisée ouverte, et sourialL

^ Je me parlais encore à moi-même, dit Mioali; excusez-moij monsieur.

— Et toi, Micali, dit Shoffield en riant; es-tu heureux?

— Moi I... J'ai servi quatre maîtres, tout exprès pour les humilier par mon bonheur. ^

— Des maîtres anglais?

^ — Tous Anglais, et riches comme une mine du Pérqu,

— Que sont-ils devenus?

— Je les ai enterrés l'un après l'autre, à Florence, au Campo^Santo de San^Spirito. Ils se portaient fort bien; ils étaient frais et vigoureux, ils sont morts contre toutes les règles de la médecine, sans raison. Us avaient la maladie de la vie ; c'est ce qui les a tués.

— Micali, je prendrai Içsp/een en ^écoutant. Parlons d'autre chose; sortons, mon déjeuner est uni... Dis-moi, qu'y a-t-il à voir de curieux à Naples?

— Rien du tout; c'est une ville comme toutes les villes; il y a des maisons alignées qui font des rues, et des gens qui marchent sans savoir où ils vont. Seulement les rues sont plus laides ici que partout ailleurs. Naples n'est pas à Naples ; il faut sortir de la ville pour la voir.

-r- Eh bien? sortons.

Ds partirent pour Pompeïa.

— Avez-vous jamais entendu parler de Pompeïa? dit Micali à Shoffield, chemin faisant.

— Jamais, répondit le bon coutelier.

— C'est la chose la plus curieuse de l'Italie ; quand vous aurez vu Pbmpeïa, vous" pourrez rentreVà'Birmmghain; "'^'Est-cé pliis 'beau que Londres?

— Vous verrez.

A uji (Juarl dé lieue de la mer ils découvrirent la cité

momie.

— Voilà Pompeïa, dit Micali.

— Ahl c'est Pompeïa, celai... dit Shoffield stupéfait; je crois que 3 ai oublié meiâ gants a motel.

'-^'Voulez-vous prendre lés miens?

— Non, je mettrai mes mains dans mes j^pches : c'est qu'il me semble que je vois des Anglaisla-ÈasT' '

•~-^"ôtii;iîe STôiaf vos' compagnons *du pàqûe'bot ; ils soni devant la maison de Diomède. ' " * '" *' ''*'*'**' '^^

•' ~ 'fis VM fondre Visité à 11. Diomède ?

•^ ]\6n, ce Dîoiiièdé est un *grec-nâp6lîtain, qui vivait da'ûs^bette mïdëôn ," il f à dix-sept cent cmquànte-cînq

— Comment savez-vous cela, vous, dans votre état domeètîqire?' '•'' ' ' "' • * * *' ' ^'^"^^ "^

''— Nous savons tout cela, ici.

Cependant Shoffield s'était mêlé à la nombreuse société arigîâîéô qui se promenait dans la riïé deg tbmbeâùx. les damesétàîenf eu grande tenue de kings-^theàtrè; ioiiies leà élbïïfeà d'Everirigtôn; toutésles popeline^ de 'Dublin; oô* diilaîent ipoïletiiént sûr lé pavé de l'ave/ en éôuVràntles formes anguleuses de Ces Angladâes voyageuses, châSSéëà de leur île par la beauté presque universelle 'déi^ Anglaises qui ne voyagent pas. Les hbmmes avàiéM dês'SôStuDÎès de raàut; Ils portaient des ichâp'eaux'dè'baronnel^ deT[n castor, que l'on fabrique ël mal dans le Sffaiid, Lès grdoiiS

BONHEUn D*UN MILHONNAIIIE lg3

suivaient avec leurs pliants. Un cicérone disait en italiennapolitain : Pcco la casa di Diornede, sepolio nella cinere del YesuviOf qttanta anni doppo lesu-Cristo. — Ecco un' qsteriq anticq. — Ecco la porta d'Ercolano. — Ecco la botega^ o café, dove g(i Somani pigliavano ^orbetti doppo pranzo. — ^cco la casa di Çaïus Céïus, -— Ecco la casa di Gatus Sallustus, -^ Ecco i7 tempio délia Fortuna Augusta, — // Foro civile» — Jl tempio 4'Ercole. — H Téatro tragico. — Il tempio d'Escuiapio. — Ecco, signori, VAinfiteatro !

Les Anglais passaient processionnellement devanj ces ruines vénérables, avec une admiration muette et concentrée ; ils écoutaient le cicérone comme s'ils l'avaient com-

pris ; les Anglaises lorgnaient le temp|e (i!gerci||.e, et cuisaient : Very-^nice, very-^nice ; les plus savantes d'entre elles cherchaient dans lord ^yron les vers que le poëte a consacrés à l'Italie, et elles trouvaient :

« Reine au sépulcre, maîtresse 4u monde, qu'as-jtu fait » de ta splenc^eur? fu es couchée dans ton linceul! Rome » est une tête de mort rongée. Hélas ! hélas I »

Puis, elles cherchaient autre cho^e et ne trouvaient plus rien. JjQ cicérone chassait aux lézards ; les Anglais pre-

naient des poses de méditation, et bâillaient derrière leurs

foulards indiens. Le spectacle était aussi triste que le spectateur. Shoffield deman4ait à Jkficali pourquoi l^ v d'une inscription antique était un u aujourd'hui ; cela le préoccupait beaucoup. Micali, les bras croisés, souriaft nlélancolijuement et ne répondait; pas.

Baxton, qui avait appris l'italien à fiOïKjres, d'un Français qui ne le savait pas, voulut engager alors une conversation avec Jle cicérone. L'Anglais prenait une syllabe au fond de sa poitrine r la hissait péniblement sous s

langue, et la tourmentait pour la forcer à se faire italienne. La syllabe rebelle restait anglaise, par esprit national, et le cicérone ne comprenait pas. Cette conversation ayant été bientôt épuisée, Baxton eut recours aux signes ; il tira de sa poche un joli petit marteau portatif, et rappliq[ua prudemment, avec un air de tète significatif, sur une colonne d'un temple d'Isis; le cicérone répondit par une affirmation. Alors, l'Anglais mit en lambeaux un socle et un chapiteau tombé : il en offrit aux dames et au reste de la société ; on remplit trois foulards de parcelles de Pompeïa, et ils furent confiés aux grooms.

Ordinairement ce sont les domestiques anglais qui font collection, par ordre de leurs maîtres, de toutes les briques romaines des monuments en ruines. Les domestiques ont un coffre particulier pour ces reliques : dans le trajet de Pompeïa et d'Herculanum à Naples, ils trouvent le fardeau trop lourd et jettent les lambeaux de briques à la mer. En arrivant à Londres, ils remplissent le coffre vide de briques concassées, qu'on trouve à monceaux , sur le bord de la Tamise, devant le palais des archives de Westminster. Ce sont ces reliques menteuses que les Anglais étalent dans leurs cabinets, avec des étiquettes et des numéros. Les galeries de Londres regorgent de ces débris.

Le temple dlsis et de Sérapis est toujours maltraité de

préférence par le marteau de l'ennui anglais. En voici la

;• raison. L«s Anglais ont trouvé une grande ressemblance

. : architecturale entre ce vieux monument tetrastyle, et le

l } grand club de Piccadilly ; les gros boutiquiers enrichis du

I Strand, de Flet'Street, de Ludgate-Hill, quand ils passent à

Pompeïa, s'imaginent sérieusement que le temple romain

a copié le club de Londres, et l'orgueil national satisfait

^ BONHEUR d'un MILLIONNAIRE 185

donne à rarchitecte grec cet éloge concis english-fashion. De là, les déprédations de reliques, les vols à main armée commis sur la sainte antiquité.

Ce fut Micali qui communiqua cette réflexion à Shoifield. Malheureusement l'honnête citoyen du grand bourg de Birmingham était arrivé à Tétat de pétrification stupide : il voyait des pierres sales, des ruines hideuses, des buissons agités par des lézards, des sépulcres dégoûtants, de petites maisons dévastées ; il ne comprenait pas que des hommes sensés s'exposassent au soleil et aux serpents pour voir des masures qui, certes, ne valaient pas le palais de Grammar-School et Toîv-Hall de Birmingham.

— Voilà donc ce qu'il y a de plus curieux en Italie? dit-n à Micali.

— Sans contredit, réponâit le domestique savant.

— Eh bien ! allons déjeuner.

— Vous ne trouvez rien du tout à admirer ici, n'est-ce pas?

— Que voulez-vous que j'admire? tout cela me rappelle Old'Church de Manchester; c'est vieux et noir. Cependant j'aime mieux Old-Church parce qu'il y a devant la grille de fer une bonne poissonnerie où l'on trouve à toute heure du cold''meat et des homards.

A ces mots, Shoffîeld poussa le premier éclat de rire de sa vie de voyage. Les échos du temple dlsis firent, à cet accès bruyant de gaieté, l'honneur de le rouler de ruines en ruines, jusqu'à la nymphée sonore de la maison de • Diomèdc. Les lézards et les couleuvres se dressèrent sur leur queue pour voir passer le fracas de la gaieté britannique. Les Anglais trouvèrent ce rire de très-mauvais ton et regardèrent Shoffîeld de travers.

i86 LES NUITS ANGLAISES

Là journée fut ainsi remplie. On avait visité Ponjpeia. SHofiicld, conduit par Micaii, suivit toutes les caravanes

de ses compatriotes. On visita les temples dé Pœstum Cam di Monte, Caserte, Sorreiité, Cùmes, lé lac Luci'in. Shoffleld, à la fin dii quatrième jour, déclara qu'il était suJSîsàmment instruit. La seule grotte dû Chien eut un grand succès. Nos Anglais pardonnèrent ses ruinés àl'Italie eii faveur de cette merveille. Lé cicérone avait éonduit trois chiens à deini-em|)oisonnés â rentrée dé la frotte. Lés pauvres bêtes eurent des convulsions affreaseà ; un Anglais leâ dessina dans leur accès, pour l'album d'une dame. Oh demanda au cicerohe quelle était la cause mystérieuse qui donnait a cette frotte une èi grande puissance sur les nerfs des chiens. Le cicerohe prit une pose solennelle et dit d'un ton grave e{ pétemptôire : ïd Sô/Zotara, la Solfatara, Tout le lîioiidé fui satisfait de l'explication.

— Enfin, voilà une journée amusante! dit Shofileld; et il serra cordialement la main de Micali, ce qui scandalisa lès autres Anglais.

Tout était vu; il né restait plus à Naples que la mer, le

golfe, le soleil, la gaieté, la musique, les parfums, l'amour,

le printemps; plus rien enfin. Chaque jour, un nouveau

paquebot versait sur le môle, hue collection de familles k» . *'• • j ') •j '\ ' ' i" •. " .*'''. ■ i<'. . *•

anglaises. Les nôtelleries de Chiaïa et ile la place Royale

avaient deux comtes britanniques dans leurs murs. La rue

de Tolède ressemblait au Straiid et â Parliament^Street

quand la foule de midi roule, comme line Tamise vivante,

de l'obélisque dé Far ingdon- Place, au palais du duc de

Northiimberland, se brise à l'angle de ChàHng'Cro'ss, et va

faire trembler sur ses arches le pont de Westminster. À

BONHEUR d'un MILLIONNAIRE ^ lo7

Napleg, comme à Londres, les Anglais garilerit Jlçurs tabitudes de rues; ils sont graves, muets, mélancoliques et tiennent la droite du pavé en marchant.

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mauvais; le j)orter n'est pas. du t^/i.i«e-6read; les lits sont

môiji^;. les maisons ne^sopt.pa^ fermées; la nuit, on n'^

voit pas: que viennent faire .Içs Anglais ici ? Il y ^ la grotte du Chien, c'est yrai, mai^ oji pourrait en faire une aussi bonne à Staffort-Hill, sur la route, de^ Birmingham ; il y aune grotte, un chemip 4^,fer», etl?eaucoup de chiens. jQ.t'avouerai QQpendant, l^pal.i,^queje m'ennuie toujours

beaucoup je m'ennuie à la mort. Il me sçmble quel-

quefois que l'air me manque, et que je vai^ mourir faute

de respiration. Que veux-tu? je ne trouve du plaisir à

rien. Les jpufs.ioi SQi).t ^\me. Iqngueur qiji m'accable; je

n'ai pas la force dçsupjpojçi^er )l^e.l^eure,, quand il faut que

je la laisse passer pour arriver à un plaisir qu'o a m'a pro-

^lis;. et çpandrh^urç, est passée, je, ne rencontrQ.pas ce

plaisir.Xrois-tu, Mipali, que tous ce$ Anglais resteront à

Naples ? Je crois que la viUe serait plus gaie s[jl1s n y

étajiei^t pa§?pe.sont eux, qui jettent Ae*.l'^niiui partout.

Pourquoi ne vont-ils pas mourir à Florence ?

— • ils iront à Florence, et ils y mourront, sir Shoflield,

n'en doutez pas; mais, en ce moment, on leur a, promus f..'^ . .. '« • •■^!...-:'^ . •'■'■ ■••,.; t y, '■; —

une éruption du Vésuve, et vous voyez qu'ils l'attpndent

4an8 1^ jfue de" Tolède. Ils l'attendront longtemps, ftegàr-

T ••^. '« .,f' T T. ■.•.-. .ii";j.;r ^- -^'/Jv.' {T^r

dez le Vésuve ; comme il se moque des Anglais I Ce matin, Baxton est allé demander à votre ambassadeur si, par son cré!,d4t, U.pe pouvait pas obtenir une éruption du Vésuve. L'ambassadeur a répondu qu'il y songerait. Per-

188 LES mJITS ANGLAISÉS

sonne n'a ri de cela. L'Angleterre n'a-t-elle pas tout pouvoir ? Elle déclarera la guerre au volcan, s'il le faut, à cet insolent Vésuve qui se permet de refuser un plaisir à TAngleterre qui s'ennuie.

— Quant à moi, Micali, je me moque du Vésuve, et je ne veux pas être rôti par le feu de cette montagne, ni englouti par un tremblement de terre. Ces Anglais sont si ennuyés de vivre, qu'ils ne cherchent que plaie et bosse pour passer le temps. Partons, partons.

— Où voulez-vous aller, sir Shoffleld?

— Je n'en sais rien.

— Voulez-vous aller à Rome ?

— Pour voir encore des pierres noires, des lézards et des Anglais ? Non.

— A Florence ?

— Non.

— Si vous faisiez un petit voyage en France ? -7- Non ; mon père n'aimait pas les Français.

— C'est juste.

— Mais enfin, où va-t-on quand on est millionnaire, quand on voyage et qu'on veut jouir pour son argent ?

— On reste chpz soi.

— Mais je t'ai dit l'autre soir, Micali, que je ne puis pas rester chez moi, à cause de John, mon ennemi, qui veut

me tuer.

— Il faut alors quitter le comté de Kent, et rentrer à

Birmingham.

— John me poursuivra partout Et ce policeman que

j'ai tué ou blessé à Toteanham-Rood,.. Tu vois que je ne puis pas rentrer en Angleterre.

— Il faut bien pourtant que vous habitiez quelque part.

BONHEUR d'un MILLIONNAIRE 189

— Je le crois. Mais où ?

— Si vous essayez Naples encore un peu ?

— Oh I j'y meurs.

— Vous iriez à la grotte du Chien tous les jours.

— Micali, je voudrais être pauvre; je sens que ma richesse me fait mourir.

— Eh bien I mangez votre fortune.

— Comment?

— Jouez.

— Je n'aime pas le jeu.

— Mariez-vous.

— On n'aime pas les femmes, à cinquante-huit ans.

— Donnez des fêtes.

— Je n'aime pas la société.

— Enfin, quels sont vos goûts ?

— J'ai le goût de faire des couteaux; la nuit, je rêve toujours que j'en fabrique.

— Eh bien I faites des couteaux. Prenez une boutique à la rue de Tolède.

— Je crois que le climat n'est pas bon pour la trempe de Tacier.

— Vous fabriquerez de mauvais couteaux. Qu'est-ce que cela vous fait ; ce ne sera pas vous qui vous en servirez.

.— Veux-tut'associer avec moi, Micali? Tu ne risqueras pas un sbilling.

— Sir Shoffield, je me suis intéressé à vous parce que vous m'avez paru le meilleur Anglais que j'aie vu de ma vie. Un jour, sur le paquebot, je vous ai vu pleurer ; c'est la première larme anglaise qui ait coulé sur un paquebot. Dès ce moment, j'ai résolu devons être utile, si je le pou-

vais. Aussi, après avoir étudié votre caractère, j'ai compris que vous aviez plus de bonheur que vous ne pouviez en supporter. Il faut en jeter bas quejique p§ii. Vous^êtes né ouvrier, vivez ouvrier, mon ainj. Les gants jaij^es pèsent plus à votre main que cent livres d'acier. Je yevix. vous trouver sur la petite rivière du Sebetto j ici tout près, une usine ; je vous procurerai des ouvriers, je vous louerai une boutique , ^

— Et tu seras mon associé, s'écria Shoffield au comble de la joie.

—Non, non, c'est impossible, répopdit Micali eii^^ouriant. Vous serez heureux, jo vous le. promets, et vous n'aurez pas besoin de moi. ,

— Et pourquoi impossible, sir Micali ? ,. Micali souriait toujours et serrait la main de Bhoffield.

— Pourquoi impossible ? répéta le coutelier.

— Écoutez, sir Shoffield. Vous êtes un honnête honame, un homme candide, un homme discret { "^oUs m'avez conûé un secret que vous croyez dangereux ; je viûs vous rendre confidence pour confidence. Jetez les yeux sur ce passe-port, et lisez mon nom.

Shoffield recula comme épouvanté.

— Je suis, poursuivit le faux Micali en souriant avec bonté, je suis le l)rinGe P*** M***i Je suis Uii Russe ptiiosophe, qui ne voyage que pour étudier les Anglais dâtis iMr intérieur. J'ai déjà servi comme domestique dkfîs quatre maisons, je puis dire que je connais les Anglais, 6t TAtigleterre entendra bientôt parler de moi.

fehoffieldnésavaîtqtielle posture pretidrls f)Ouir faire des excuses convenables à soû èi*dbmèâti(|ûe, le |lf iiicè. Il avait

BONHEUR d'un MILLIONNAIllE l9l

des expressions dans le cœur,, mais àe pouvait les traduire en langue ïiumaine. .

gu,e vous, puisque je suis riche et prince. Je veux acheter vptçe première douzaine de pouteaux. Ce soir, venez au

théâtre de San-Garlo, et demandez là loge du prîiice

T. -Mf" ' ) r • .

P**f M***. Adievi.

SHoâeicl se couvrit iie âiàmSSt^ & Il ioîlétté iîu ioir^et

cougput

salle, avec do mauvaises pièces j kvéc dëé cÎLa&téuH ^ui

ïàM iiùi û'bst

pà§ Sheriçtàh.

..Il irôùvia dans la logé indiquée 1^ J)ri3Hë r'** W^ aâns lé costume le jplus fàshibiikiile d'uii ïo& àé gâlk; Oti joflait Norma. Dupre;iç chantait avec la Përsktii! ta sàlie f3fentissait de musique et de voix divines: -au aônors, là mer pkantait aiissi, à runissôn iie l'orchestré ël aéi âcl^ilrs. C'était une soirée ravissante pour léS cinquiôSiës ioies, toutes luisantes de tisons qui éUieiIt lëS yeiïi Hé pdïïvtes dileltanti napolitains.

. Les Ariglaîs prenaient des sorhetâ dàfis îe§ feges et jouaient àd -sVist avec une gravité Britâniiiqtie'. Lèâ Anglaises lorgnaient la Persiani, et disaient : Very»nicey vèry-

wice. Le roi dé Nabi es dormait.

• —If».,.,, * i^ '.-^',

^ ShofQeld regarda les Anglais, ecoiita uii înslànî îe bruit de la itiusique el du chant, et s'endormit comme le roi. Le prince P*** M*** écrivait au crayon, sur ses tablettes, les ligues suivantes, qui sont inédiles :

(( L'apogée de la civilisation matérielle engendre une maladie de l'âme qui tue le corps. Une longue rue tirée au cordeau ; une grande route sablée comme une allée de parc ; un intérieur de maison, où il y a une place prévue pour chaque main, sont de belles inventions, sans doute; malheureusement, l'homme n'est pas né pour descendre la vie sur une pente de velours ; ce sont les aspérités qui donnent une douce fièvre à l'existence ; on expire de langueur sur un terrain uni. Le spleen est né dans Oxford^ Street, entre le gaz et le cordeau.

» J'ai vu beaucoup de millionnaires avares et périssant d'ennui: je ne les ai pas compris d'abord, n est si aisé, disais-je, d'échanger une guinée contre une distraction ou un plaisir. Ces infortunés millionnaires ont un Insitinct qui leur dit de ne, pas donner un shilling à l'homme qu'un shilling va lancer au comble du bonheur. L'avarice n'est pas toujours un amour stupide d'une richesse inutile, c'est un profond calcul de méchanceté.

» Les Anglais ont fait plus de mal à lltalie que Théodoric et Attila avec leurs bandes de barbares : ne pouvant s'en servir comme remède, ils l'ont dépoétisée, en haine des artistes qui en jouissent ; ils en ont fait une table d'hôte et une écurie à leur fashion,

» Que signifient la richesse et la civilisation ? Prenez vingt Napolitains, parmi ceux-là qui trépignent, à Costa Diva de Persiani ; conduisez-les à Londres et dites-leur : Voilà le palais du duc de Northumberland ; à Charing- Cross : voilà le palais de Robert- Peel; à Parliament^Street : voilà le palais de Wellington ; à la grille d'Hyde-Park : voilà le palais du duc de Sunderland; devant Saint- James : voilà Sommerset - House , entre le Sirand et la

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Tamise. Ces palais sont à vous, et la fortune de leurs maîtres aussi ; six mois passés, tous ces mendiants du soleil et de la mer voudraient revenir à leurs lits d'algue, pauvres et nus. )>

Huit jours après cette soirée au théâtre de San Carlo, on lisait sur l'enseigne d'une boutique, rue de Tolède : Au Coutelier de Birmingham^

La plume qui a écrit ces ligues a été taillée avec un canif acheté chez le pauvre millionnaire Shofifteld. L'histoire du prince p***M*** m'a été contée à bord de laMarie^ Christine, paquebot anglais, allant de Marseille à Naples, avec un chargement de spleen.

Shoffield est très-heureux : il va tous les dimanches visiter la grotte du Chien.

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