‹ Les nuits anglaisesChapitre 10 sur 14 · LES NUITS D'ÉTÉ A LONDRES · texte numérisé non relu

LES NUITS D'ÉTÉ A LONDRES

La nuit eât le jout do Tété; les péripatéticitQâ Tont prouvé avant moi, eux qui ont inventé Vart de yivte aui étoiles. En été, ils ne connaissaient d'autre midi que minuit; la chaleur n'existe pas, disalentrils, c'est un mot vide de sens. Ces grands philosophes n'assistaient qu'au lever et au coucher du soleil ; ils aimaient mieux avoir mille et vingt-deux soleils sur la tète qu'un seul; c'était plus riche et plus frais. Chez eux, on déjeunait à huit heures du soir avec des fi|ues sèches, des raisins de Corinthe, du miel d'Hybla, du vin de Crète, sous les platanes de l'Académie, ou sur l'escalier d'une colonnade, au pied de la statue de quelque dieu ; on dînait à trois heures du matin, avec des rôtis succulents et du cytise fleuri, arrosé d'huile. Ils se promenaient avant et après le repas, devisant des choses du ciel et de la terre, se proposant des énigmes, se contant leurs voyages en Sicile, où ils avaient appris la sagesse par principes, de la bouche des rhéteurs en renom: existence douce, silencieuse, ^toilée, insoucieuse du grand jour et du soleil, sa vogue

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le pouvaii. tenir dèvaiit le progrès des iumiêres ; noble QCte qiu s*e§t éteinte sans retour peut-être dans les zones lu Midi, et qiii. jette quelques liieurs encore à Londres; )ù la p,olice. complaisante protégé toutes les opinions qui uient le tUmùïtè ëi réclai.

La chaleiir de 1 été est iniolèràble dans le Nord; ce n'est pas la chaleur fràncnë et expiansive des contrées inéridio-

aales ; c'est une oppression qui refoule la respiratiôii dans a poitrine, comme si l'on présentait lès lèvres à là bouche d'un four. Â Londres^ les jours il'et^ Sont pleins de

joiir, J'ai vii des iiiiits dans bien dès pays ; elles se ressemblent toutes ; le peuple dort, il né reste dans les riiès que les maisons. La seule capitale dé l'Angleterre a une éxistejice npcturne a part ; c'est un spectacle inoiii qui produit rettet d'un rèvë dé vingt lieues de circuit', éclairé au gaz. Il est jgiossîble qiie l'Anglais indigeiie n'ait jâinais remarqué Londres sôus cet autre aspect ; en géiiéral, perâohiie ne connaît pîhs njal un pays que cel^ii qui l'habite ; mais Tétranger saisit aisément toutes les nouveautés saillantes qui échappent aux nationaux. ,

Il n'est point de ville au monde comparable a Londres, pour la sécurité de ses nuits; toutes lés riiês y.sbntillùminées comme des paieries de palais ; on marcné dans un éclair de gaz hydrogène, et l'esprit s'effraie a calculer ce que coûte à fonder et a entretenir ce prodigieux travail souterrain d'artères et de veines qui rallument le jour et la ^le dans cette cité immense. Toute l'Angleterre est ainsi soignée pour ses nuits, villes, bourgs, ponts, grandes routes, c'est partout la même et opulente illùminatioxi. Dan#

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les pays où le soleil n'est à peu près connu que de réputation, où la lune et les étoiles sont des auxiliaires mutiles, il n'est pas étonnant qu'on ait multiplié ces myriades d'astres factices, afin de prouver à la nature avare, qu'on peut se passer de ses dons, quand on s'appeUe l'Angleterre et qu'on a des mines de houille sous la main. Dieu veuille que les mines ne è'épuisent pas I Albion s'éteindrait.

Rien ne favorise les promenades nocturnes , comme cette clarté qui vous environne et assure vos pas. L'étranger, qui a toujours entendu parler des voleurs de Londres, traite de fables tout ce qu'on lui a conté. On ne peut passer d'un trottoir à un autre sans se croiser avec un sergent de ville ; une armée d'hommes de police s'éparpille en éclaireurs et garde la ville en détail. Ces policeinen sont graves, inoffensifs, silencieux et mélancoliquement observateurs : la tolérance qu'ils accordent aux péripatéticiens des deux sexes est admirable. Ils ne vous demandent jamais Où allez-vous^ comme à Paris, parce qu'on leur répondrait : « Je me promène, » et que la grande charte ne défend à personne de préférer lacune ef les étoiles au soleil. Cependant, si le piéton nocturne portait atteinte au repos de la majorité diurne qui juge à propos de dormir, un policeman conduirait le péripaté- j cien en prison; cela est de stricte justice sur une terre constitutionnelle, où la majorité a toujours raison, même lorsqu'elle a tort.

A Londres , le peuple qui dort se couche vers les deux heures du matin; celui qui ne dort pas ne se couche quaprès le soleil levant ou quelque chose qui ressemble au soleil. Jusqu'à deux heures, les théâtres jouent , les voitures

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