‹ Les nuits d'hiverChapitre 17 sur 43 · ÉTRENNES · texte numérisé non relu

ÉTRENNES

Nous avons tous les deux laissé derrière nous Une époque où la vie est bien bonne et bien belle; Je m'en souviens encor, vous en souvenez-vous De notre enfance heureuse? — ô ma cousine Angèleî

Ils sont bien loin ces jours, et déjà bien des fois Les ans nous ont touchés en passant de leur aile;

Et notre gaîté blonde aux grands éclats de voix Hélas! s'est envolée, — ô ma cousine Angèlel

Écoliers turbulents de la classe échappés, Pour danser en chantant l'antique ritournelle : « Nous n'irons plus aux bois, les lauriers sont coupés, » Nous n'irons plus aux bois, — ô ma cousine Angèle!

Plus heureuse que moi, vous n'avez pas quitté

Le foyer de famille, et la voix maternelle

Conserve à votre cœur la sainte piété

Qui n'est plus dans le mien, — ô ma cousine Angèlel

Vous avez le travail pour compagnon le jour, La nuit un ange blanc vous couvre de son aile, Et des songes bénis descendent tour à tour Du ciel à votre lit, — ô ma cousine Angèlel

Votre parole est douce ainsi que votre nom; L'esprit de la bonté dans vos yeux se révèle, Et vos seize ans fleuris embaument la maison D'un parfum de jeunesse, — ô ma cousine Angèle!

Autrefois, quand venait le jour de Tan nouveau, Selon le contenu de ma pauvre escarcelle J'arrivais tout joyeux vous offrir mon cadeau, Qui ne coûtait pas cher, — ô ma cousine Angèle!

Mais depuis ce temps-là le diable, comme on dit, S'est logé dans ma bourse, et vainement j'appelle Plutus, l'aveugle dieu, que je crois sourd aussi, Car il ne m'entend pas, — ô ma cousine Angèle 1

Donc, vous n'aurez de moi nul présent aujourd'hui,

Ni keepsake éclatant, ni riche bagatelle,

Ni bijou ciselé par quelque Cellini,

Et ni bonbons sucrés, — ô ma cousine Angèle I

Vous n'aurez rien de. moi qu'un serrement de main, Ou qu'un baiser au front, — étrenne fraternelle, Et puis ces pauvres vers que, ce soir ou demain, Vous oublîrez sans doute, — ô ma cousine Angèle !

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