‹ Les nuits d'hiverChapitre 35 sur 43 · LA BALLADE DU DÉSESPÉRÉ · texte numérisé non relu

LA BALLADE DU DÉSESPÉRÉ

Qui frappe à ma porte à cette heure?

— Ouvre, c'est moi. — Quel est tou nom? On n'entre pas dans ma demeure,

A minuit, ainsi sans façon 1

Ouvre. — Ton nom? — La neige tomDe ; Ouvre. — Ton nom? — Vite, ouvre-moi.

— Quel est ton nom? — Ah! dans sa tombe Un cadavre n'a pas plus froid.

J'ai marché toute la journée De l'ouest h Test, du sud au nord.

A l'angle de ta cheminée Laisse-moi m'asseoir. — Pas encor.

Quel est ton nom? — Je suis la gloire, Je mène à l'immortalité.

— Passe, fantôme dérisoire!

— Donne-moi l'hospitalité.

Je suis l'amour et la jeunesse.

Ces deux belles moitiés de Dieu.

— Passe ton chemin! ma maîtresse Depuis longtemps m'a dit adieu.

— Je suis l'art et la poésie,

On me proscrit; vite, ouvre. — Non!

Je ne sais plus chanter ma mie, Je ne sais même plus son nom.

— Ouvre-moi ., je suis la richesse, Et j'ai de l'or, de l'or toujours; Je puis te rendre ta maîtresse.

— Peux-tu me rendre nos amours?

— Ouvre-moi, je suis la puissance.

J'ai la pourpre. — Vœux superflus !

Peux-tu me rendre l'existence

De ceux qui ne reviendront plus?

— Si tu oe veux ouvrir ta porte Qu'au voyageur qui dit son nom, Je suis la Mort! ouvre; j'apporte Pour tous les maux la guérison.

Tu peux entendre à ma ceinture Sonner les clefs des noirs caveaux; J'abriterai ta sépulture De l'insulte des animaux.

— Entre chez moi, maigre étrangère, Et pardonne à ma pauvreté.

C'est le foyer de la misère Qui t'offre l'hospitalité.

Entre, je suis las de la vie, Qui pour moi n'a plus d'avenir; J'avais depuis longtemps l'envie, Non le courage de mourir.

Entre sous mon toit, bois et mange.

Dors, et, quand tu t'éveilleras,

Pour payer ton écot, cher ange, Dans tes bras tu m'emporteras.

Je t'attendais, je veux te suivre, Où tu m'emmèneras — j'irai ; Mais laisse mon pauvre chien vivre Pour que je puisse être pleuré.

A ARSENE HOUSSAYE

Morr cher Arsène,

Faites-mol îe plaisir d'accepter la dédicace de ces petites pages. Quelques-unes ont à vous remercier de l'accueil u"t vous avez bien voulu leur faire quand vous dirigiez le recueil hospitalier de l'Artiste. C'est de vous que m'est venu le pn> mier encouragement, et, bien que vos bonnes paroles sûitnl vieilles de quinze ans, le souTenir m'en est resté jeune.

Votre bien dévoué

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