‹ Les nuits d'hiverChapitre 39 sur 43 · LES MESSAGES DE LA BRISE · texte numérisé non relu

LES MESSAGES DE LA BRISE

« Douce brise du soir! disaient les oiseaux perchés au bord de leur nid, porte nos chansons à la jeune fille qui rêve là-bas, assise à son balcon; dislui que c'est pour elle que nous faisons des concerts dans les arbres. — Oui, dit l'alouette, c'est moi qui l'éveille le matin. — Et c'est moi qui l'endors le soir, dit le rossignol.

— Douce brise du soir! disait la cloche, prends mon carillon sur tes ailes, et porte -le à la rêveuse

qui regarde dans la plaine. Mes notes d'argent lui rappelleront la petite église et la chapelle de sa patronne, où elle apportait des guirlandes.

— Douce brise du soir ! disaient les grillons cachés sous les blés, prends nos refrains sur tes ailes, et porte-les aussi à la jeune fille; ils lui rappelleront les moissons mûres et les bluets qu'elle liait en couronne.

— Douce brise du soir! disait le jeune homme qui veillait, au clair de sa lampe, dans sa chambre solitaire, à celle qui rêve là-bas, assise au balcon, porte les paroles de mes lèvres et fais-les chanter à son oreille. Prends mes pensées et laisse-les tomber dans son âme. Prends mes baisers et mets-les sur son front quand tu caresseras ses cheveux. Prends sur tes ailes mon amour tout entier, ses larmes et ses sourires, ses craintes et ses espérances , et porte-le tout entier à la jeune fille qui rêve là -bas, assise à son balcon. »

Et la brise s'envola de son plus rapide essor, et fut accomplir ses messages.

D AI. LA I)i: S. '227

« Brise du soir! dit la jeune fille, va dire aux oiseaux qu'ils m'appellent, s'ils tombent aux mains de l'oiseleur ; j'irai les délivrer de la ca^e et du lacet, et je leur rendrai la liberté du ciel et leurs nids dans les bois.

« Dis à ïa clochette qui tinte que je ne l'ai pas oubliée; ses Angélus me trouvent toujours à genoux devant une image de ma patronne, comme autrefois, quand je portais des guirlandes à sa chapelle.

« Dis aux grillons des plaines que je me souviens d'eux. Quand la neige couvrira les champs, je leur donnerai un nid dans mon foyer, et ils me rappelleront celui de ma famille, où les fileuses s'assemblaient durant les veillées d'hiver.

« Douce brise du soir! au jeune homme qui veille là-bas, au clair de sa lampe, dans sa chambre solitaire, porte sur tes ailes cette écharpe que j'ai brodée de mes mains. Les fleurs dont elle est semée ODt reçu la rosée de mes yeux, et mes lèvres lui ont souvent confié le secret de mon cœur.

« Douce brise du soirl prends mon amour sur tes ailes. »

Et la brise s'envola, chargée de ses nouveaux messages.

Mai 1844.

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