‹ Les nuits d'hiver poésies complètes Henri MurgerChapitre 28 sur 43 · LES ÉMIGRANTS · texte numérisé non relu

LES ÉMIGRANTS

Nous soiuiues lu pauvre laïuille Éiuigrant vers d'autres climats:

Nous n'emportons pour pacotille Que notre courage et nos bras.

Des bonnettes à la grand*voile, Jusqu'au dernier pouce on a mis

Tout ce qu'on peut tendre de toile Sur le trois-m&te les Detê^-Amis*

De sa proue eo triton sculptée

Le navire entr'ouvre dans l'eau Un sillon d^écome argentée.

~ Nous avons le vent et le flot.

Les falaises diminuées Disparaissent dans le brouillard; On ne voit plus que les nuées Et rOcéan de toute part.

Isolé sur la mer immense, Plus d'un qui s^embarqua joyeux Sent la tristesse qui commence A inelirc de Teau dans ses yeux.

La viëille Europe, notre mère,

A trop d'enfants pour les nourrir, i:i c'est aux champs d'une étrange Que notre moisson va mûrir.

PETITS POEHBS.

^ On nous a dit qu'au nouveau monde Nous trouverons dans les déserts Une terre jeune et féconde JJlont les (lancs à tous sont ouverts.

Aux ouvriers de la patrie Le labeur refose le pain:

Car le progrès de rindustrie Fait chômer Toutil dans sa main.

Dans Tatelier ou dans Tusine Quand il vieut pour offrir ses braSf On montre à Thomme une machine Qui travaille et ne mange pas.

Comme 1 oiseau qui se rassemblé Par triangles ailés dans Tair, Dés que son frileux duvet tremble Au premier frisson de Thiver,

102 LES NUITS D'UIVEll.

Chaque jour par cent et par mille Nous parlons, la besace au dos, Le bâton en main» pour la Tille

Où nous embarquent les vaisseaux. •

Pèlerins que les astres mènent.

Tous les âges sont dans nos rangs , Ceux qui s'en vont et ceux qui viennent, Les aïeules et les enfants.

Dans nos campagnes dépeuplées Il ne reste que les perclus:

Les colombes sont envolées

De nos toits qui ne fument plus.

Non pas sans regret, mais sans plainte.

Aux volontés du ciel soumis.

Nous quittons cette terre sainte Que Ton appelle le p^ys.

Nos femmes ont- tissé la tente Que doit habiter notre exil,

— Fragile abri , — maison erraute Où Dieu nous arréterart-il ?

1^0 us sommes la pauvre famille Ëmigrant vers d^autres climats , Nous n'emportons pour pacotille

Que noU^e courage et nos bras.

Digitizoa Ly Li(.)0^le

COU[iTlSÂ^E

La ponssière de ris blafarde son cou maigre, Ët ses cheveux, tordus dans un chignon épais, K rftcre odeur du roux mélangent Todeur aigre Des parfùms éventés qu^on achète au rabais.

Ses yeux, qu'ont fatigués les débauches hùtives, Dans le creux de Torbite éteignent leur regard. Et semblent redouter les lumières trop vives.

Comme ceux d'un enfant malade ou d'un vieillard.

m LES NLIÏS D'HIVER.

Dans Talcool fraudé pour Tivresse du vice,

£Ue a déjà, perdu le sexe de sa voix^

Et, coiniiie Jean Iliroux pariant à la justice,

Le mot reste étranglé dans son gosier de bois.

Son haleine est fétide et vous souffle au visage La putréfaction de ses poujoions malsains.

Sa volupté cynique a l'aspect de la rage :

On voit qu^elle a connu beaucoup de médecins.

Elle me raconta sa vie et sa misère.

Et comment sans amour elle avait un amant

Quand elle était petite, — et qu'elle devint mère Comme à peine elle avait cessé d*étre un enfant

Elle ajouta, je crois, qu*elle n^était pas née Pour ce métier honteux, et qu'elle eût préféré,

Maîtresse de pouvoir choisir sa destinée, A vivre chastement près d'un homme honoré.

lifeis ce refrain banal rarement apitoie.

Hormis Tadolescent qui ne peut croire au mal,

Kt chei'clie encor l'amour dans la fille de joie, Ignorant que la rouille a rongé le métal.

Je voulus à tout prix la renvoyer chez elle; Elle me résista : ce i ut mon châtiment, Et, jusqu^au rayon bleu de Faurore nouvelle, J'ai dû subir Pennui de cet accouplement.

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