A UN ADOLESCENT
Vos yeux m^ont révélé ce que vous vouliez taire. Enfant, et j'ai compris tout votre grand mystère. Dans la saison fleurie où vous êtes entré, A peine au premier pas, vous avez rencontré. Et vous suivez déjà du regard et de Tâme ha ange, une sirène, ou plutôt une lemmel Fantôme qui, je gage, est le portrait vivant D^une apparition que vous vîtes souvent
Soulever vos rideaux au dortoir du collège; Et déjà, pour chanter la belle au front de neige,
Pour dire ses beaux yeux, son sourire enfantin, Je vous vois dérober au Parnasse latin Toutes les fleurs d^amour dont le divin Virgile Semait la pastorale et parfumait Tidylle. * Ai-je deviné juste enfin, et pensiez-vous Me cacher un secret que vous dites à tous?
Car il est dans vos yeux écrit pour qui sait lire, lit vous Tavez trahi mille fois sans le dire.
Ainsi donc à quoi bon vouloir mentir encor
Et jouer à seize ans un rôle de Nestor ?.•• Dépouillez, dépouiUez ce fàux manteau de sage, Troplourd pour votre épaule et trop lourd pour votre ft«ço; ' Laissez dormir en paix tous vos auteurs poudreux. Qui, s'ils étaient vivants, discuteraient entre eux; Et, dans Tantiquités! vous voulez un guide,
PETITS POËMESt 157
Choisissez Épicure, ou rainoureux Ovide ;
Ils sont de bon conseil, et leurs folles chansons
Vous feront oublier les austères leçons
Des sages rassemblés au portique crAthèuc.
Croyez-moi, la sagesse est une chose vaine;
C'est le mal d'un autre âge, et plus tard vous Taurez!
Mais maintenant, jeune homme, oh ! sans attendre, ouvre/,
Ouvrez & vos désirs ailés d'impatience
Les portes de la vie où de vivre on commence ;
Ët, si vos passions ont leur virginité.
Déflorez-les sans hâte, avec pudicité.
Mais d^abord, avant tout, alléz rejoindre celle
Qui vous attend toujours et vous veut auprès d'elle.
Et pleure en écoutant l'heure du rendez-vous
Sonner sans vous avoir assis à ses genoux.
Partez! pour vous le ciel, dans Tombre de ses urnes.
Étale la spleudeur de ses écrins nocturnes;
Partez I tous ces oiseaux qui chantent dans leurs nids
Fout un épithaiame à vos amours bénis,
Et Tair, tout embaumé des senteurs de la plaine,
Murmure aussi pour vous sa Arafche cantilène.
Partez 1 pour Tescalade elle a tout apprêté :
L^échelle est suspendue au vieux balcon sculpté,
Et, comme JuUetta, Tamante véronaise,
Dans ses vétementâ bluncs, pensive sur sa chaise, •
Votre maîtresse attend. Partez, mon Uoméo !
Entre ses bras restez jusqu*au chant de Toiseau,
Et, durant cette nuit, sur son beau front sans voiles.
Mettez plus de baisers qu'il n'est aux cieux d'étoiles.
Juillet 1844.